Etymologie Etimología, Étymologie, Etimologia, Etymology, (griech.) etymología, (lat.) etymologia, (esper.) etimologio - FR Frankreich, Francia, France, Francia

MADAME KATIA DUTERDECrĂ©ation artistique relevant des arts plastiques LES CHALOTTIERES 72560 ChangĂ©Siren 409002581Autre entrepreneur individuel depuis 1996 Arts, spectacles > Arts, spectacles > ActivitĂ©s crĂ©atives, artistiques et de spectacle > CrĂ©ation artistique > CrĂ©ation artistique relevant des arts plastiquesMADAME MARIETTE FOUQUETAutre crĂ©ation artistique LE CLOS AUDIAN 72560 ChangĂ©Siren 485279616Autre entrepreneur individuel depuis 2005 Arts, spectacles > Arts, spectacles > ActivitĂ©s crĂ©atives, artistiques et de spectacle > CrĂ©ation artistique > Autre crĂ©ation artistiqueMADAME SYLVIE RIDERAYArts du spectacle vivant AMIGNE 72560 ChangĂ©Siren 378502686Autre entrepreneur individuel depuis 1988 Arts, spectacles > Arts, spectacles > ActivitĂ©s crĂ©atives, artistiques et de spectacle > Arts du spectacle vivant > Arts du spectacle vivantMONSIEUR ALBERT DUPUIAutres activitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs 101 RTE DE BOIS MARTIN 72560 ChangĂ©Siren 309563773Autre entrepreneur individuel depuis 1977 Arts, spectacles > Sports et loisirs > ActivitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs > Autres activitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs > Autres activitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirsMONSIEUR BERNARD DETOURNAYGestion d'installations sportives LD LA BONDE 72560 ChangĂ©Siren 331948885Autre entrepreneur individuel depuis 19831 ou 2 salariĂ©s Arts, spectacles > Sports et loisirs > ActivitĂ©s liĂ©es au sport > Gestion d'installations sportives > Gestion d'installations sportivesMONSIEUR BERNARD RENOUArts du spectacle vivant 21 RUE DES PRIMEVERES 72560 ChangĂ©Siren 423093038Autre entrepreneur individuel depuis 1999 Arts, spectacles > Arts, spectacles > ActivitĂ©s crĂ©atives, artistiques et de spectacle > Arts du spectacle vivant > Arts du spectacle vivantMONSIEUR CHRISTOPHE SALINAutres activitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs CHEF RAISON 72560 ChangĂ©Siren 753368760Autre entrepreneur individuel depuis 2012 Arts, spectacles > Sports et loisirs > ActivitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs > Autres activitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs > Autres activitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirsMONSIEUR JEAN LUC GUEGANCrĂ©ation artistique relevant des arts plastiques 50 RTE DE PARIGNE L EVEQUE 72560 ChangĂ©Siren 519262497Autre entrepreneur individuel depuis 2010 Arts, spectacles > Arts, spectacles > ActivitĂ©s crĂ©atives, artistiques et de spectacle > CrĂ©ation artistique > CrĂ©ation artistique relevant des arts plastiquesMONSIEUR JEAN PIRONGestion des musĂ©es 2 BD DES RAVALIERES 72560 ChangĂ©Siren 577143019Autre entrepreneur individuel depuis 1964 Arts, spectacles > Biblio, archives, musĂ©es > BibliothĂšques, archives, musĂ©es et autres activitĂ©s culturelles > Gestion des musĂ©es > Gestion des musĂ©esMONSIEUR STEVE BELLIARDCrĂ©ation artistique relevant des arts plastiques 10 PL LOUIS ARAGON 72560 ChangĂ©Siren 431927003Autre entrepreneur individuel depuis 2000 Arts, spectacles > Arts, spectacles > ActivitĂ©s crĂ©atives, artistiques et de spectacle > CrĂ©ation artistique > CrĂ©ation artistique relevant des arts plastiquesMONSIEUR VINCENT HOCHARDAutres activitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs LES PERDRIELLES 72560 ChangĂ©Siren 813119898Autre entrepreneur individuel depuis 2015 Arts, spectacles > Sports et loisirs > ActivitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs > Autres activitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs > Autres activitĂ©s rĂ©crĂ©atives et de loisirs

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21Centre de vaccination COVID se situent aux alentours de ChangĂ© : Pharmacie Hernot 39 Place de l’Eglise 72560 ChangĂ© 0,12 km de ChangĂ© 0243401322 Centre de Vaccination - CHANGÉ- Sud-Est Manceau 1 AllĂ©e du Pont des Arts 72560 ChangĂ© 0,84 km de ChangĂ© 0252360700 UC-IRSA Le Mans 178 Avenue BollĂ©e 72000 Le Mans 4,62 km de ChangĂ© LE MANS- UC-IRSA
L'information des familles Les sites des directions des services dĂ©partementaux de l'Ă©ducation nationale et des rectorats proposent une information complĂšte sur la carte scolaire et des formulaires de demande d'affectation. Les sites acadĂ©miques ont mis en ligne une fiche synthĂ©tique prĂ©sentant, pour chaque collĂšge et chaque lycĂ©e sa structure pĂ©dagogique ses taux de rĂ©ussite aux examens sur cinq ans les points forts de son projet d'Ă©tablissement les prioritĂ©s de sa politique Ă©ducative Des journĂ©es "portes ouvertes" Ă  l'intention des parents des futurs Ă©lĂšves de sixiĂšme et de seconde sont organisĂ©es par les chefs d'Ă©tablissement. Elles vous permettront de connaĂźtre les conditions de travail proposĂ©es aux Ă©lĂšves et de poser toutes les questions, notamment sur le rĂšglement intĂ©rieur, le traitement des absences, la communication avec les parents, etc. L'affectation en seconde satisfait Ă  la fois le choix d'orientation des Ă©lĂšves entĂ©rinĂ© par la dĂ©cision d'orientation du troisiĂšme trimestre le libre choix de l'Ă©tablissement par les parents PrĂšs de chez vous votre acadĂ©mie vous informe Questions-rĂ©ponses Quelle est la rĂšgle gĂ©nĂ©rale ? Les enfants sont inscrits dans un Ă©tablissement proche de leur domicile. Dans quel Ă©tablissement l'affectation de mon enfant est-elle garantie ? L'affectation de votre enfant est garantie dans un collĂšge ou un lycĂ©e proche de votre domicile, sauf demande de dĂ©rogation de votre part. Dans le cas d'un secteur commun Ă  plusieurs collĂšges, visant Ă  favoriser la mixitĂ© sociale au sein des collĂšges publics, les Ă©lĂšves rĂ©sidant dans le secteur Ă©largi ont le droit d'ĂȘtre affectĂ©s dans un des Ă©tablissements de ce secteur. Aussi, vous serez invitĂ©s Ă  classer par ordre de prioritĂ© tous les Ă©tablissements du secteur lors de votre demande d'affectation. Puis-je demander d'inscrire mon enfant dans un autre Ă©tablissement scolaire ? Si vous souhaitez inscrire votre enfant dans un autre Ă©tablissement, vous devez faire une demande de dĂ©rogation. Cette demande sera satisfaite s'il y a de la place dans l'Ă©tablissement demandĂ©. À qui adresser ma demande de dĂ©rogation ? La demande de dĂ©rogation est adressĂ©e au directeur acadĂ©mique des services de l'Ă©ducation des acadĂ©mies Comment sont accordĂ©es les dĂ©rogations ? Les demandes de dĂ©rogation sont satisfaites dans la seule limite de la capacitĂ© d'accueil des Ă©tablissements. Si le nombre des demandes pour un Ă©tablissement dĂ©passe ses capacitĂ©s d'accueil, le directeur acadĂ©mique des services de l'Ă©ducation nationale accorde les dĂ©rogations selon l'ordre indicatif suivant les Ă©lĂšves handicapĂ©s les Ă©lĂšves bĂ©nĂ©ficiant d'une prise en charge mĂ©dicale importante Ă  proximitĂ© de l'Ă©tablissement demandĂ© les boursiers au mĂ©rite les boursiers sociaux les Ă©lĂšves dont un frĂšre ou une sƓur est scolarisĂ©e dans l'Ă©tablissement souhaitĂ© les Ă©lĂšves dont le domicile, en limite de zone de desserte, est proche de l'Ă©tablissement souhaitĂ© les Ă©lĂšves qui doivent suivre un parcours scolaire particulier Une attention particuliĂšre sera portĂ©e aux demandes visant Ă  assurer la continuitĂ© des parcours pĂ©dagogiques linguistiques entre l'Ă©cole et le collĂšge. Bien entendu, plusieurs motifs peuvent ĂȘtre indiquĂ©s. Dans le cas d’un secteur commun Ă  plusieurs collĂšges, si les capacitĂ©s d'accueil d'un Ă©tablissement ne permettent pas de donner satisfaction Ă  toutes les demandes de premier rang, une prioritĂ© est donnĂ©e aux vƓux formulĂ©s par les Ă©lĂšves souffrant d'un handicap, puis les Ă©lĂšves bĂ©nĂ©ficiant d'une prise en charge mĂ©dicale Ă  proximitĂ© de l'Ă©tablissement. Afin d'affecter les Ă©lĂšves ne relevant pas de ces deux prioritĂ©s, le directeur acadĂ©mique des services de l'Ă©ducation nationale peut dĂ©finir localement des critĂšres permettant d'atteindre un objectif de mixitĂ©, notamment en prenant en compte les Ă©lĂšves boursiers. Mon enfant est en CM2 et pourrait ĂȘtre boursier l'an prochain en sixiĂšme. Puis-je demander, Ă  ce titre, une dĂ©rogation pour l'inscrire dans un autre Ă©tablissement ? Oui. Vous communiquerez au directeur acadĂ©mique des services de l'Ă©ducation nationale votre revenu fiscal de rĂ©fĂ©rence figurant sur l’avis d’imposition sur les revenus de l'annĂ©e N-2 dĂšs la demande d'affectation en avril de l'annĂ©e N. Ce justificatif permet d'apprĂ©cier le caractĂšre prioritaire de votre demande de dĂ©rogation d'affectation, en fonction des plafonds de ressources pour l'attribution des bourses de collĂšge. Cette apprĂ©ciation ne vaut pas attribution de bourse vous devrez constituer un dossier de demande de bourse en octobre, dans le collĂšge oĂč votre enfant sera scolarisĂ© en sixiĂšme. À titre complĂ©mentaire, deux simulateurs de droit Ă  l’obtention d’une bourse dans le second degrĂ© s’adressent aux parents de collĂ©giens et de lycĂ©ens et sont accessibles sur internet aux adresses suivantes Bourses de collĂšgeBourses de lycĂ©e En quelques clics, vous pouvez dĂ©sormais savoir si vous ĂȘtes Ă©ligibles et obtenir l’estimation du montant de la bourse. Comment les Ă©lĂšves boursiers en classe de troisiĂšme bĂ©nĂ©ficient-ils d'une prioritĂ© Ă  l'entrĂ©e en seconde ? Les demandes des Ă©lĂšves boursiers en classe de troisiĂšme sont examinĂ©es prioritairement lors des procĂ©dures d'affectation en lycĂ©e. Quelle diffĂ©rence y a-t-il entre l'affectation d'un Ă©lĂšve et son inscription ? Le directeur des services dĂ©partementaux de l'Ă©ducation nationale a la responsabilitĂ© de dĂ©cider l'affectation des Ă©lĂšves dans les collĂšges et les lycĂ©es de son dĂ©partement. Les chefs d'Ă©tablissement procĂšdent ensuite Ă  l'inscription des Ă©lĂšves qui sont affectĂ©s dans leur Ă©tablissement. Quel est le calendrier de l'affectation ? Avant la fin du second trimestre, le calendrier des procĂ©dures vous sera communiquĂ©. Vous pourrez tĂ©lĂ©charger le formulaire de demande d'affectation dans l'Ă©tablissement de votre choix sur le site de la direction des services dĂ©partementaux de l'Ă©ducation nationale de votre dĂ©partement. Dans quel collĂšge ou lycĂ©e inscrire mon enfant ? DĂšs que vous aurez connaissance de la dĂ©cision d'affectation de votre enfant, vous devrez l'inscrire dans le collĂšge ou le lycĂ©e oĂč il a Ă©tĂ© affectĂ© par le directeur acadĂ©mique des services de l'Ă©ducation nationale. Le premier degrĂ© est-il concernĂ© ? L'affectation de votre enfant dans une Ă©cole maternelle ou Ă©lĂ©mentaire relĂšve de la compĂ©tence du maire de votre commune. Comment les Ă©lĂšves boursiers sont-ils affectĂ©s pour l'entrĂ©e en sixiĂšme ? Le dossier de demande d'affectation comporte une fiche d'information sur les bourses de collĂšge comprenant le barĂšme simplifiĂ© d'ouverture des droits. Vous pouvez Ă©galement savoir si vous ĂȘtes Ă©ligible et obtenir l’estimation du montant de la bourse en accĂ©dant au site internet indiquĂ© plus haut. Si vous estimez, que votre enfant pourrait ĂȘtre boursier, vous devez cocher la case "Ă©lĂšve susceptible d'ĂȘtre boursier" sur le dossier. Vous communiquez alors au directeur acadĂ©mique des services de l'Ă©ducation nationale votre revenu fiscal de rĂ©fĂ©rence figurant sur l’avis d’imposition sur les revenus de l'annĂ©eN-2 dĂšs la demande d'affectation d'avril de l'annĂ©e est prĂ©cisĂ© que l'obtention d'une dĂ©rogation Ă  ce titre n'ouvrira pas droit au bĂ©nĂ©fice de la bourse ; l'attribution d'une bourse de collĂšge relĂšve en effet de la compĂ©tence du chef d'Ă©tablissement qui examine le dossier de demande dĂ©posĂ© par la famille Ă  la rentrĂ©e scolaire. Comment les Ă©lĂšves boursiers sont-ils affectĂ©s pour l'entrĂ©e en seconde ? A l'entrĂ©e en seconde, l'affectation des Ă©lĂšves boursiers sur critĂšres sociaux, notamment lorsqu'ils sont bĂ©nĂ©ficiaires d'une bourse au mĂ©rite, fait l'objet d'une attention particuliĂšre. Les demandes de dĂ©rogation des Ă©lĂšves qui sont boursiers en classe de troisiĂšme sont examinĂ©es prioritairement lors des procĂ©dures d'affectation. Si nĂ©cessaire, les principaux signaleront aux directeurs acadĂ©miques des services de l'Ă©ducation nationale le cas des Ă©lĂšves non boursiers au collĂšge dont la situation sociale se serait rĂ©cemment dĂ©gradĂ©e afin que leur demande de dĂ©rogation soit examinĂ©e avec bienveillance. - La carte scolaire c'est L'affectation d'un Ă©lĂšve dans un collĂšge ou un lycĂ©e gĂ©nĂ©ral ou technologique correspondant Ă  son lieu de rĂ©sidence. - Calendrier prĂ©visionnel Printemps information prĂ©alable des familles dans les Ă©coles et collĂšges ; mise en ligne des informations sur les Ă©tablissements ; portes ouvertes dans les collĂšges et les lycĂ©es recueil des demandes d'affectation pour l'entrĂ©e en sixiĂšme recueil des demandes d'affectation pour l'entrĂ©e en seconde Fin d'annĂ©e scolaire communication de l'affectation des Ă©lĂšves Ă  l'entrĂ©e en sixiĂšme communication de l'affectation des Ă©lĂšves Ă  l'entrĂ©e en seconde - Et pour le premier degrĂ©? Comment fonctionne la sectorisation dans le premier degrĂ© Le saviez-vous ? La carte scolaire a Ă©tĂ© créée en 1963.
Consulteztoutes les informations des entreprises d'Impression et édition en Sarthe (72) avec Kompass, l'annuaire mondial des entreprises. Entrez votre code postal ou ville pour rechercher les centres de vaccination et pharmacies les plus proches et vous faire vacciner contre le coronavirus / covid-19 prÚs de chez vous 1Úre, 2Úme, 3Úme dose, 4Úme dose Coordonnées, carte, adresse et téléphone du centre de vaccination contre la covid-19 à Change - 72560 1Úre dose, 2Úme dose ou 3Úme dose Adresse 1 Allée du Pont des Arts 72560 Changé Horaires d'ouverture lundi 9h - 17h45 mardi 9h - 17h45 mecredi 9h - 17h45 jeudi 9h - 17h45 vendredi 9h - 17h45 samedi fermé dimanche ferméDate d'ouverture 12 avril 2021 AccÚs sur rendez-vous Oui Questions fréquentes Oui, il est possible de se faire vacciner contre la covid-19 à Centre De Vaccination - Changé- Sud-est coordonnées complÚtes sont disponibles en cliquant de Centre De Vaccination - Changé- Sud-est Manceau est 1 Allée du Pont des Arts 72560 ses coordonnées sont disponibles en cliquant ici. Partager la fiche du centre de vaccination Centre De Vaccination - Changé- Sud-est Manceau pour se faire vacciner contre le coronavirus à Change

Fulltext of Commercial and Financial Chronicle : January 1, 1953, Vol. 177, No. 5182 View original document The full text on this page is automatically extracted from the file linked above and may contain errors and inconsistencies.

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Cartede Impasse du Petit Pont, Commune de ChangĂ© (Le Petit Sablon). RĂ©pertoire des services proches de Impasse du Petit Pont: commerces, restaurants, installations de loisirs et de sport, hĂŽpitaux, stations-service et autres lieux d’intĂ©rĂȘt.
Accueil Article rĂ©servĂ© aux abonnĂ©s LaFĂ©dĂ©ration ADMR de la Sarthe et la maison de quartier du GuĂ©-Perray de ChangĂ© s’associent pour organiser un aprĂšs-midi convivial gratuit rĂ©servĂ© Ă  Pourquoi vous voyez ces rĂ©sultats-30% sur la carteSalle de restaurant calme. TrĂšs bon accueil de l'hĂŽte-20% sur la carteAgrĂ©ablement surpris. Les plats super bons! Un rĂ©gale !L'Ermitage 3 Route du Colonel Marcel Moraine, 92360, Meudon 8,8 / 10 687 avisPrix moyen 52 €-20% sur la carteExcellent accueil, excellent repas, et excellent serviceOisushi 15 Rue de Paris, 92190, Meudon 9,3 / 10 59 avisPrix moyen 23 €Bon restaurant classique japonaisIndiquez vos disponibilitĂ©s pour ĂȘtre sĂ»r de profiter de promotions jusqu'Ă  -50% dans nos meilleurs restaurants-20% sur la carteLe rhum arrangĂ©, la 1/2 langouste, les plats locaux...-20% sur la cartePlats dĂ©licieux, viande, poissons et lĂ©gumes bien cuitsSeventeen 17, Rue Marcel Allegot, 92190, Meudon 9,3 / 10 93 avisPrix moyen 36 €-20% sur la carteCuisine parfaite. Bon resto, bonne adresseService parfait cadre super et cuisine dĂ©licieuse !...INSIDER1 Ă©toileMICHELINFrançaisPrix moyen 100 €Le Menu Carte en 3 services 69 €Menu 7 services quantitĂ©s parfaites, mets fins et gouteuxAdour 16 - 20 Avenue du MarĂ©chal Juin, 92360, Meudon 9,4 / 10 131 avisPrix moyen 70 €Excellent accueil. Cuisine parfaite, dessert exquis...Couscous succulent pour un prix tout Ă  fait abordable...Nous avons pris le menu entrĂ©e plat dessert. Mets dĂ©licieuxDĂ©licieuse crĂȘperie avec de vraies crĂȘpes bretonnes-20% sur la carteViande parfaitement cuite et bonne. Service impeccable !...Kayani 8, place Bir Hakeim, 92100, Boulogne-Billancourt 9,1 / 10 1 295 avisPrix moyen 25 €-30% sur la carteExcellent restaurant indien cuisine rĂ©ception et excellent...Al Duomo 7 Rue Jean Pierre Timbaud, 92130, Issy-les-Moulineaux 9,2 / 10 427 avisPrix moyen 26 €-20% sur la carteUn accueil formidable Les plats pizza et pĂątes dĂ©licieuxLa cuisine dĂ©licieuse. Le vin blanc excellentL'accueil est excellent, et les burgers Ă  se damner !...Prix moyen 20 € Accepte les Yums-20% sur la carteLe poisson Ă©tait dĂ©licieux. TrĂšs bonne choix d'y diner. OnNous nous sommes rĂ©galĂ©s et avons passĂ© un bon dĂ©jeuner-20% sur la carteTrĂšs bien, cadre, accueil. Service rapide table de 4...Manaslu 5 Rue Aristide Briand, 92130, Issy-les-Moulineaux 9,5 / 10 479 avisPrix moyen 28 €-20% sur la carteUne excellente dĂ©couverte. Les plats Ă©taient dĂ©licieux...Prix moyen 40 € Accepte les Yums-20% sur la carteLes amateurs de viande seront ravis! Mezze dĂ©licieux-20% sur la carteUn lieu tranquille, la cuisine est bonne2Questions frĂ©quentesLes meilleurs restaurants Ă  MeudonEt si vous dĂ©compressiez un peu de la vie parisienne en profitant d'une respiration Ă  Meudon ? DĂ©couvrez le parcours santĂ© de sa forĂȘt domaniale ou promenez-vous au parc de l'Observatoire. AprĂšs quelques longueurs Ă  la piscine Guy Bey, complĂ©tez votre journĂ©e sportive Ă  la patinoire ou optez pour un aprĂšs-midi shopping Ă  VĂ©lizy 2. D'une sortie Ă  l'autre, dĂ©couvrez les bons restaurants des Hauts-de-Seine grĂące Ă  notre autour de MeudonTrouver tous les restaurants de
CALENDRIERMOTARDS 2016 AVRIL / APRIL / APRILE / APRIL / APRIL / ABRIL 2016 Du 15/04/16 au 17/04/16 - 21Úme SALON DE LA MOTO Lieu exact: Rendez vous à l'Hippodrome de Cagnes-sur-Mer (06800 Alpes-Maritimes) Programme: 21Úme Salon de la Moto organisé par Ware Organisation, les 15, 16 et 17 avril 2016, à Cagnes-sur-Mer dans le département des Alpes
RĂšglement Art. 1 Toutes mesures relatives Ă  l'instauration de zones horodateurs Ă  Namur et Jambes sont abrogĂ©es. Art. 2 Une zone payante est dĂ©limitĂ©e comme suit Namur - zone centre-ville rue de l'ArmĂ©e Grouchy; avenue des Combattants; avenue de Stassart, avant la trĂ©mie en venant de Salzinnes; boulevard FrĂšre Orban, Ă  son carrefour avec l'avenue de Stassart; pont de l'EvĂȘchĂ©, avant son carrefour avec le boulevard FrĂšre Orban; pont du MusĂ©e, avant son carrefour avec la rue des Bouchers; avenue Golenvaux, Ă  son carrefour avec le boulevard Isabelle Brunell; rue du Tan, avant son carrefour avec la rue Saint-Nicolas; rue Ponty, avant son carrefour avec la rue Saint-Nicolas; rue Courtenay, avant son carrefour avec la rue Saint-Nicolas; place de l'Ecole des Cadets, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; rue des Bourgeois, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; parking des Casernes II, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; rue GĂ©nĂ©ral Michel, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; rue Delvaux, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; pont de Louvain, avant son carrefour avec la place LĂ©opold; rue Sous le Pont, au dĂ©but de la trĂ©mie; boulevard Cauchy, avant son carrefour avec la place LĂ©opold. Namur - zone Nord place AbbĂ© Joseph AndrĂ©; boulevard du Nord. Namur - zone Confluent parking du Grognon. Namur - zone Salzinnes I place Wiertz; rue Patenier. Namur - zone Salzinnes II place Louise Godin rue Henri Lecocq, depuis l'immeuble n°10 vers la place Louise Godin. Jambes quai de Meuse, Ă  hauteur de l'accĂšs carrossable de l'Elysette; boulevard de la Meuse, aprĂšs son carrefour avec la rue du Couvent; pont de Jambes, avant son carrefour avec le quai de Meuse; rue Mazy, avant son carrefour avec la rue Wasseige; rue de Coppin, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue Van OprĂ©, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue Tillieux, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue du Couvent, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue de Dave, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; allĂ©e du Parc Astrid, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; place de la Gare Fleurie, aprĂšs la sortie du parking "Acinapolis"; avenue Jean Materne, aprĂšs son carrefour avec la rue de la Porcelaine; rue Baivy, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue d'Enhaive, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue Brigade Piron, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue des Cotelis Jambois, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue Henri Burgniaux, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue de la Croix Rouge, aprĂšs son carrefour avec la rue d'Enhaive; avenue Prince de LiĂšge, avant le rond-point JosĂ©phine Charlotte; rue du Pont des Ardennes, avant son carrefour avec le rond-point JosĂ©phine Charlotte; rue des Brigades d'Irlande, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue Van OprĂ©, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue des Masuis Jambois, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse. Art. 3 Dans ces zones, les riverains peuvent bĂ©nĂ©ficier de facilitĂ©s de stationnement pour autant qu'ils rĂ©unissent les conditions fixĂ©es par l'ArrĂȘtĂ© royal du 9 janvier 2007. La mesure est matĂ©rialisĂ©e par le placement de signaux E9a avec la mention "Payant", de dĂ©but et de fin de rĂ©glementation. CatĂ©gorisation Texte additionnel qui est cherchable dans la recherche du site Settings Si activĂ©, une table de matiĂšre sera affichĂ©e en haut de la page. Contenus Il n'y a aucun Ă©lĂ©ment dans ce dossier pour l'instant. LaFerme EARL La PaulĂ©e ValĂ©rie et Marc Fernoux 71620 Saint Didier en Bresse tĂ©l: .71 e-mail: lapaulee@ pratique la vente directe et sur les marchĂ©s : mercredi matin Ă  Saint Martin en Bresse ; samedi matin Ă  Saint Marcel ; 1er mardi de chaque mois Ă  Saint Gengoux le National. DonnĂ©es SeLoger June 2022 Rue Prix moyen au mÂČ Prix bas Prix haut AllĂ©e du Pont des Arts 1896 € 1783 € 2574 € N'oubliez pas, le prix dĂ©pend aussi de son Ă©tat ! DĂ©tail des prix de vente des appartements au mÂČ AllĂ©e du Pont des Arts Prix moyen des appartements au mÂČ dans AllĂ©e du Pont des Arts Rue Prix bas Prix moyen Prix haut AllĂ©e du Pont des Arts 1351 € 1731 € 2204 € Moyenne Ă  Le Bourg 2017 € Prix de l’immobilier aux alentours de AllĂ©e du Pont des Arts Rue Prix mÂČ moyen Le Bourg 1733 €/mÂČ Sources 1307 €/mÂČ BruyĂšres 1324 €/mÂČ Ă‰tangs Chauds 1782 €/mÂČ AĂ©rodrome 1782 €/mÂČ DĂ©tail des prix de vente des maisons au mÂČ AllĂ©e du Pont des Arts Prix moyen des maisons au mÂČ dans AllĂ©e du Pont des Arts Prix bas Prix moyen Prix haut 1788 € 1897 € 2575 € Moyenne Ă  Le Bourg 2017 € Prix de l’immobilier aux alentours de AllĂ©e du Pont des Arts Rue Prix mÂČ moyen Le Bourg 1817 €/mÂČ Sources 1793 €/mÂČ BruyĂšres 1835 €/mÂČ Ă‰tangs Chauds 2039 €/mÂČ AĂ©rodrome 2039 €/mÂČ Les professionnels AllĂ©e du Pont des Arts Laurent CHASSERAY - Noovimo ChangĂ© Contacter l'agence note 44 avis StĂ©phane Plaza Le Mans Centre Contacter l'agence note 212 avis SAFTI - Eric TRACHSLER Contacter l'agence note 24 avis FONTAINE IMMOBILIER LE MANS Contacter l'agence note 83 avis note 19 avis note 36 avis Tendances du marchĂ© immobilier dans le quartier ChangĂ© Quelques chiffres sur le marchĂ© ChangĂ© Rue Biens sur le marchĂ© Vendu sur 12 mois AllĂ©e du Pont des Arts Les logements dans le quartier ChangĂ© Nombre de logements 1201 RĂ©sidence principale 1122 % RĂ©sidence sĂ©condaire 18 Les derniers biens Ă  vendre dans le quartier ChangĂ© Description Prix Appartement 2 piĂšces 40 mÂČ Paris 17Ăšme 420000€ Maison 5 piĂšces 96 mÂČ Vindelle 215000€ Appartement 3 piĂšces 73 mÂČ La Garenne-Colombes 545000€ Appartement 2 piĂšces mÂČ Boulogne-Billancourt 346000€ Appartement 4 piĂšces 91 mÂČ Versailles 730000€ Appartement 3 piĂšces 77 mÂČ Boulogne-Billancourt 547000€ Evolution du marchĂ© immobilier de ChangĂ© ce que les acheteurs cherchent Type de bien Appartement 2% Maison 98% Autres types de bien loft, hĂŽtel, chĂąteau, terrain... 0% Nombre de piĂšces Studio 0 % 2 piĂšces 2 % 3 piĂšces 10 % 4 piĂšces 21 % 5 piĂšces et + 66 % Surface minimum 100mÂČ 63 % Voisinage Composition du foyer CĂ©libataires 20 % Couples 42 % Familles 38 % Vie de quartier Transports 6 arrĂȘts Education 3 Ă©tablissements Quartier 5 commerces Population Total habitans 2996 Habitans par km2 949 Superficie en km2 3 Âge moyen Age mĂ©dian 47 - de 25 ans 30 % + de 25 ans 70 % Revenu moyen annuel par foyer Emploi et chĂŽmage Actifs -30 ans 4 % Actifs 46 % chercheurs d'emploi 1 %
r675r712 1 2 3 4 "code INSEE Departement";"code INSEE commune";"Commune brute";"Adresse brute";"Adresse formatee";"Numero du bureau de vote";"date";"lat";"lng";
AIN 01Kado-Kool, 23 Place des Bons Enfants, 01000 BOURG EN BRESSELudikbazar, Vente en Ligne, 01100 OYONNAXMini-Hobby, 14 rue Paul Pioda, 01000 BOURG EN BRESSELes darx fantastiques, 11 rue des Alpes, 01170 SEGNYVisa Jeux, 01240 LENTLes Arts FrontiĂšres - La Contrebande Jeux, 34 grand'rue, 01210 FERNEY VOLTAIREUn Monde en Jouets, 32 Rue de l'HĂŽtel de ville, 01130 NANTUAArtemis, 988 route de Bourg, 01140 SAINT DIDIER SUR CHALARONNEL'Ăšre du Jeu, 72 chemin des tates du moulin, 01280 PREVESSIN MOENSARDECHE 07L’Arbre Ă  Jeux, 9 rue HĂ©lĂšne Durand, 07000 PRIVASJoupi, ZC FugiĂšre, 07000 PRIVASLe Point Jeux, 2 rue Bernady, 07200 AUBENASJouets Sajou, 9 avenue Boissy d'Anglas, 07270 LAMASTREJouets Sajou - Filou Joujou, ZAE Chemin champagne, 07300 TOURNON SUR RHONEDROME 26L’Amusoir, 11 rue des Quatre Alliances, 26200 MONTELIMARLa Diagonale du Fou, 3 CitĂ© Chabert, 26000 VALENCELes ptites sardines, 16-18 grande rue, 26000 VALENCELa citadelle du jeu, 11 rue Francois Pie, 26000 VALENCELe chat bleu 16 - 18 grande rue, 26000 VALENCEVepy Jouets / Sajou Valence, Centre Commercial Valence 2, 26000 VALENCESpountlink, 62 rue Jacquemart, 26100 ROMANS SUR ISERELibrairie du Tiers Temps, Place de la Paix, 07200 AUBENASISERE 38Les 7 Royaumes, 11 rue des Clercs, 38000 GRENOBLELes ContrĂ©es du Jeu, 6 rue Beyle Stendhal, 38000 GRENOBLELibrairie Chapitre Arthaud, 23 Grande Rue, 38000 GRENOBLELes ContrĂ©es du Jeu, 6 rue Beyle Stendhal, 38000 GRENOBLELes sphĂšres du jue, 13 rue du docteur Mazet, 38000 GRENOBLELoolai Jeux du Monde, 1 rue Lakanal, 38000 GRENOBLELe Damier, 25bis cours Berriat, 38000 GRENOBLEMomie Folie, 1 rue Lafayette, 38000 GRENOBLEL'antre des HĂ©ros, 52 cour Berriat, 38000 GRENOBLEKeljeu, 4 avenue doyen Louis Weil, 38000 GRENOBLEMega Joupi, 26 Cours Berriat, 38000 GRENOBLEL’OdyssĂ©e du Griffon, 13 Ter rue Poncottier, 38300 BOURGOIN JAILLEUDĂ©clic Ludik, 8 rue Brunet Lecomte, 38300 BOURGOIN JAILLEUIl Etait Une Fois, 7 rue Lieuteant Colonnel Bel, 38460 CREMIEUAgora presse, 55 Boulevard de la Noiree, 38070 SAINT QUENTIN FALLAVIERLa CommunautĂ© des Jeux, 22 avenue Jules Ravat, 38500 VOIRONTic et Puce, 4 place de la Halle, 38260 LA COTE SAINT ANDREAbracadabra, 15 rue du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, 38520 LE BOUR D'OISANSAcadĂ©mie des jeux, 100 chemin de la feyta, 38940 SAINT CLAIR SUR GALAURELe saut de moineau, Avenue LĂ©opold Fabre, 38250 LANS EN VERCORSCrin Blanc, 222 rue gĂ©nĂ©rale de Gaulle, 38220 VIZILLEPoisson d'Avril, 36 rue Joseph Brenier, 38200 VIENNELibrairie du Zodiaque, Avenue des Jeux, 38750 L'ALPE D'HUEZLOIRE 42Au Tapis Vert, 22 rue Louis Braille, 42000 SAINT-ETIENNELa Taverne du Gobelin Farci, 39 rue du 11 novembre, 42100 SAINT ETIENNEL'arĂšne, 15 Rue du 11 novembre, 42000 SAINT ETIENNECap'taine Romain, 3 rue notre Dame, 42000 SAINT ETIENNELe dĂ© calĂ©, 14 rue de la rĂ©publique, 42000 SAINT ETIENNELe Comptoir du Jeu, 15 rue Dormoy, 42000 SAINT ETIENNETapis Vert, 22 rue Louis Braille, 42000 SAINT ETIENNEP'tit loustic, 5 rue MerciĂšre, 42000 SAINT ETIENNEDestination Terre de Jeux, 14 rue de Cadore, 42300 ROANNECAD'JOU / Jouets Sajou, 50 rue de Clermont, 42000 ROANNEStarjouet Roanne, 4 rue Roger Salengro, 42300 ROANNEFĂȘtes Vos Jeux, 18 rue de la Paix, 42700 FIRMINYLa Puce Ă  l'Oreille, 12 bis avenue de Montbrison, 42160 ANDREZIEUX BOUTHEONAprĂšs l'Ecole, 18 rue Gambetta, 42400 SAINT CHAMONDLa Compagnie du Jouet de Bois, Le Briat, 42520 SAINT APPOLINARDO Tour du Jeu, 6 rue de la RĂ©publique, 42350 LA TALAUDIEREInnovation Club Sajou, 45 rue Tupinerie, 42600 MONTBRISONStar jouet L'as Vegas Forez, 13 rue Marguerite Fournier, 42600 MONTBRISONLa belle plume, 39 rue Maurice AndrĂ©, 42330 SAINT GALMIERStarjouet, 3 carrefout Saint Roch, 42140 CHAZELLES SUR LYONRHONE 69A Titre d’Aile, 23 rue des Tables Claudiennes, 69001 LYONArchi Chouette, 3 place du Griffon, 69001 LYONLe roi de coeur, 21 rue Edouard Herriot, 69001 LYONAu Nain Jaune, 53 rue Edouard Herriot, 69002 LYONBellecour jouets Les Ptits MĂŽmes, 29 rue Gasparin, 69002 LYONLoupiots, 44 rue Franklin, 69002 LYONLa Diagonale du Fou, 63 rue de la RĂ©publique, 69002 LYONJeux Descartes, 13 rue des Remparts d’Ainay, 69002 LYONMarikatt in cuisine, 1 place Bellecour, 69002 LYONL'esprit livre, 76 rue du dauphinĂ©, 69003 LYONLa grande rĂ©crĂ©, Centre Commercial La Part Dieu, 69003 LYONLa Marmite aux livres, 76 rue du DauphinĂ©, 69003 LYONLes Jeux du Plateau, 105 rue Denfert Rochereau, 69004 LYONJouĂ©Club modern'mail, 4 rue du mail, 69004 LYONLibrairie Inter-Fun!, 59 rue VendĂŽme, 69006 LYONL’Atout MaĂźtre, 133, rue Bugeaud, 69006 LYONTrollune, 25 rue SĂ©bastien Gryphe, 69007 LYONUkronium, 55 rue de la ThibaudiĂšre, 69007 LYONJeu de Paume, 34 cours Gambetta, 69007 LYONLa 9Ăšme Bulle, 33 Grande rue de Vaise, LYONAtout jeux, 264 avenue Berthelot, 69008 LYONMise en page, 45 avenue des FrĂšres LumiĂšre, 69008 LYONCarla et Swimy / le chat et la souris, 51 rue Marietton, 69009 LYONL'odyssĂ©e des Coccinelles, 26 rue Masaryk, 69009 LYONKing Jouet City, 40 rue Charles de Gaulle, 69210 L'ARBRESLEBoudois et Ricochet, 1 place Hirschberg, 69530 BRIGNAISLudik, 180 rue Victor Hugo, 69400 VILLEFRANCHE SUR SAONELudigones, 46 rue Grenette, 69400 VILLEFRANCHE SUR SAONEMyrtille, 589 rue Nationale, 69400 VILLEFRANCHE SUR SAONEVive le jouet / JouĂ© Club, 840 rue Nationale, 69400 VILLEFRANCHE SUR SAONEStarjouet - Le Roi de Coeur, 38 rue Michel Servet, 69100 VILLEURBANNELa CroisĂ©e des Jeux, 11 rue Bellecombe, 69100 VILLEURBANNELe Roi de coeur, 140 grande rue, 69600 OULLINSJouets Sajou, 15 avenue Edouard Millaud, 69290 CRAPONNELa grande rĂ©crĂ©, Route nationale, 69760 LIMONESTAmbiance jeux, Grand Champs, 69210 SAINT BELAmbiance Jeux, 31 chemin des Gouttes, 69380 LOZANNESajou Fiorello Boutet, 14 avenue Charles de Gaulle, 69170 TARAREMystĂšre et Boule de Gomme, 3 rue de Monts d'Or, 69450 SAINT CYR AU MONT D'ORTassin Jouets JouĂ©Club, 40 avenue de la RĂ©publique, 69160 TASSIN LA DEMI LUNESAVOIE 73L’Antre des Jeux, 153 rue Croix d’Or, 73000 CHAMBERYGrimgaard, 515 faubourg MontmĂ©lian, 73000 CHAMBERYLudocortex, Vente par correspondanceVirus jeux, 13 rue filaterie, 74000 ANNECYNeurones, Galerie de l'Emeraude du Lac, 74000 ANNECYKing Jouet baby toys, 1098 chemin de la Cassine ZI du Chiriac, 73200 ALBERTVILLECarroussel, 81 rue du Casino, 73100 AIX LES BAINSE-Concept, vente en ligne, LA RAVOIREJouets Sajou, 38 place du marchĂ©, 73300 SAINT JEAN DE MAURIENNEDrugstore Mermoz, 148 Grande rue, 73700 BOURG SAINT MAURICEHAUTE SAVOIE 74Au Coeur du Jeu, 312A Route du Chablais, 74140 VEIGY-FONCENEXAux NĂ©vĂ©s, 103 rue Monseigneur Conseil, 74120 MEGEVEBecassine, 73 rue Arly, 74120 MEGEVELudocortex, 3 boulevard du LycĂ©e, 74000 ANNECYMagic Bazar, 15 avenue du RhĂŽne, 74000 ANNECYNeurones, 11 rue de la PrĂ©fecture, 74000 ANNECYOnyris, 11 avenue Henri Barbusse, 74100 ANNEMASSELibrairie jeunesse Tatulu, 6 passage Jean Moulin, 74100 ANNEMASSETerre de Jeux, 46 rue des Allobroges, 74700 SALLANCHESLire et dĂ©lire, CC du compostelle, 74700 SALLANCHESAbracadabois, 6 Grande rue, 74160 SAINT JULIEN EN GENEVOISZig Zag Zoug, 74100 VILLE LA GRANDHistoires sans fin, 74800 LA ROCHE SUR FORONJouĂ© Club, Centre Ville rue prĂ©sident Carnot, 74800 LA ROCHE SUR FORONJouĂ© Club, 23 grande rue - BP110, 74200 THONON LES BAINSRĂȘve d'enfant, 12 avenue Jean LĂ©ger, 74500 EVIAN LES BAINSLa Courterie, 633 rue du Centre, 74260 LES GETSJoubaby, 22 Grande Rue, 74300 CLUSESSajou Jouets, 95 route Roche, 74800 AMANCY

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29 avril 2022 Ă  11h01 Arneke vide-greniers, de 6 h Ă  17 h, centre-ville, entrĂ©e gratuite ;Bois Grenier braderie / brocante, de 8 h Ă  13 h, allĂ©e du BĂ©quinage et rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Bray-Dunes brocante, de 7 h Ă  18 h, secteur village, rue Roger-Salengro, entrĂ©e gratuite ;Brillon braderie / brocante, de 8 h 30 Ă  14 h, place de l’Eglise et rues alentours, entrĂ©e gratuite ;Cappelle Brouck braderie / brocante, de 7 h Ă  17 h, rue du Speye Straete et allĂ©es adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Carnin vide-greniers, de 8 h Ă  16 h, rue Lucien Dal et du lieutenant Baillet, entrĂ©e gratuite ;Crespin brocante, de 7 h Ă  18 h, rue des DĂ©portĂ©s, rue Pasteur et place Bellevue, entrĂ©e gratuite ;Crochte brocante, de 7 h Ă  16 h, rue des Lilas et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Flers en Escrebieux braderie / brocante, de 7 h Ă  18 h, quartier du Pont de la DeĂ»le, entrĂ©e gratuite ;Gravelines braderie, de 8 h Ă  17 h, cour de l’école, rue du CollĂšge, entrĂ©e gratuite ;Hazebrouck brocante, de 7 h Ă  16 h, complexe Beltrame, rue de Sercus et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Houplines braderie, de 7 h Ă  15 h, place de la RĂ©publique, entrĂ©e gratuite ;La Gorgue brocante de la Mayolle, de 8 h Ă  14 h, rue de BĂ©thune et autres axes adjacents, entrĂ©e gratuite ;Lambersart braderie spĂ©ciale enfants, de 8 h Ă  14 h, cour de l’école primaire Victor-Hugo, rue ChampĂȘtre, entrĂ©e gratuite ;Lille vinyles market, de 12 h Ă  20 h, Bistrot de Saint-So, 17, bd Jean-Baptiste Lebas, entrĂ©e gratuite ;Loffre brocante / vide-greniers, de 7 h Ă  13 h, rue Saint-Jean, entrĂ©e gratuite ;Mairieux vente de livres, BD, revues, journaux, disques, cassettes, etc, de 8 h Ă  18 h, salle des fĂȘtes, entrĂ©e gratuite ;Malo-les-Bains brocante / vide-greniers, de 7 h Ă  17 h, parking du Carrefour du MĂ©ridien, rue de Cambrai, entrĂ©e gratuite ;Marquillies vide-greniers, de 9 h Ă  18 h, quartier de la Gare, entrĂ©e gratuite ;Mons en PĂ©vĂšle brocante, de 7 h Ă  17 h, au Pas Roland, rue du 8 Mai, entrĂ©e gratuite ;Mouvaux braderie / brocante, de 8 h Ă  13 h, rue Franklin-Roosevelt et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Neuville-en-Ferrain marchĂ© aux puces, de 7 h Ă  15 h, place du GĂ©nĂ©ral-de-Gaulle et rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Petite-ForĂȘt brocante, de 7 h Ă  17 h, quartier Duclos, rue Emmanuel Chabrier, entrĂ©e gratuite ;Ronchin bourse aux jouets et vĂȘtements de puĂ©riculture, de 9 h Ă  13 h, salle des fĂȘtes Alfred Colin, par de l’HĂŽtel de Ville, 650, avenue Jean-JaurĂšs, entrĂ©e gratuite ;Roubaix vide-greniers, de 9 h Ă  12 h 30, cour de l’école Anatole France, 5, avenue Anatole France, entrĂ©e gratuite ;Saint-Amand-les-Eaux brocante, de 6 h 30 Ă  15 h, rĂ©sidence Davaine, rue de Nivelle et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Saint-AndrĂ©-lez-Lille braderie du Muguet, de 8 h Ă  16 h, rue du MarĂ©chal Foch et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Saint-Saulve brocante, de 10 h Ă  18 h, avenue Alsace-Lorraine, rue de Strasbourg et rue de Metz, entrĂ©e gratuite ;Sepmeries brocante, de 7 h Ă  15 h, Grand rue, entrĂ©e gratuite ;Teteghem brocante, de 9 h Ă  18 h, parking du magasin Bric Ada Brac, 229, route du Chapeau Rouge, entrĂ©e gratuite ;Tourcoing marchĂ© aux puces, de 8 h Ă  16 h, avenue Brun Pain, entrĂ©e gratuite ;Trith Saint-LĂ©ger braderie / brocante, de 8 h Ă  15 h, quartier du Fort, rue GhesquiĂšre et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Valenciennes vide-greniers, de 8 h Ă  17 h, quartier Sainte-Catherine, rue de la Digue, entrĂ©e gratuite ;Verlinghem vide-greniers, de 8 h Ă  14 h, place du GĂ©nĂ©ral-de-Gaulle, entrĂ©e gratuite ;Villeneuve-d’Ascq vide-greniers, de 8 h Ă  15 h, quartier Pont de Bois, avenue du Pont de Bois et rue de la Chatellenle, entrĂ©e gratuite ;Wallers brocante, de 8 h Ă  13 h, Ă©cole Saint-Joseph, 3, rue Merrheim, entrĂ©e gratuite ;Wasquehal brocante / vide-greniers, de 8 h Ă  16 h, rue Jean-Paul Sartre, entrĂ©e gratuite. Alembon brocante, de 8 h Ă  18 h, rue Basse, entrĂ©e gratuite ;Angres marchĂ© aux puces, de 8 h Ă  14 h, rue de La CavĂ©e, entrĂ©e gratuite ;Audresselles brocante, de 8 h Ă  18 h, rue Marin de MeslĂ©e et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Bailleulmont vide-greniers, de 8 h Ă  14 h, rue du Crinchon, entrĂ©e gratuite ;BĂ©thune marchĂ© aux puces, de 8 h Ă  18 h, place du GĂ©nĂ©ral-de-Gaulle, entrĂ©e gratuite ;Burbure marchĂ© aux puces, de 8 h Ă  16 h, place Rietz, entrĂ©e gratuite ;Calonne Ricouart marchĂ© aux puces, de 7 h Ă  17 h, place RenĂ©-Lannoy, bd des Sports et autres rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Camiers brocante en salle, de 8 h Ă  18 h, salle Sainte Gabrielle, rue du Campe de Rosamel, entrĂ©e gratuite ;Campigneulles les Petites brocante, de 8 h Ă  18 h, rue de la Mairie et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Courcelles le Comte brocante, de 9 h Ă  17 h, rue de Verdun, entrĂ©e gratuite ;Epinoy brocante, de 8 h Ă  18 h, prĂšs du terrain de football, entrĂ©e gratuite ;Ficheux braderie / brocante, de 8 h Ă  16 h, rue Hector, Bonnel, entrĂ©e gratuite ;GuĂźnes brocante, de 7 h Ă  19 h, bd Blanchard et rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Hesdin exposition et bourse d’échange de piĂšces auto, de 8 h Ă  17 h, salle du manĂšge, route du ManĂšge, 3 euros l’entrĂ©e ;Inchy en Artois brocante, de 8 h Ă  16 h, grand place, entrĂ©e gratuite ;Libercourt bourse aux jouets et aux vĂȘtements toute taille, de 9 h Ă  17 h, salle des fĂȘtes LĂ©on Delfosse, rue Cyprien-Quinet, entrĂ©e gratuite ;LiĂ©vin marchĂ© aux puces, de 6 h Ă  13 h 30, parking du Carrefour, 21 TER, rue Marie-LiĂ©tard, entrĂ©e gratuite ;Marles les Mines marchĂ© aux puces, de 8 h Ă  14 h, bd LĂ©on Gambetta, entrĂ©e gratuite ;Marck brocante, de 8 h Ă  19 h, avenue Mitterand, de Calais et de Verdun, entrĂ©e gratuite ;Maresquel Ecquimicourt brocante, de 8 h Ă  18 h, place des Tilleuls, rue d’Hesdin et de Montreuil, entrĂ©e gratuite ;Menneville brocante, de 8 h Ă  18 h, rue des Ecoles, entrĂ©e gratuite ;Metz en Couture brocante, de 8 h Ă  17 h, place d’Halifax et rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Moulle brocante, de 8 h Ă  18 h, rue des Arts et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Ruminghem braderie / brocante, de 6 h Ă  18 h 30, rue des Jardins de CĂ©rĂšs, grand Chemin de l’Eglise et rue des Fleurs, entrĂ©e gratuite ;Saint Folquin brocante en salle, de 8 h Ă  18 h, salle des fĂȘtes / des sports, rue de Calais, entrĂ©e gratuite ;Saint-Martin-Boulogne brocante, de 8 h Ă  18 h, rue Mangin et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Saint-Omer braderie / brocante, de 7 h Ă  18 h, rue d’Arras et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Tortequesne brocante, de 7 h Ă  14 h, rue de Sailly, entrĂ©e gratuite ;Vaudringhem brocante, de 8 h Ă  17 h, dans le centre du village, entrĂ©e gratuite ;Vendin-le-Vieil marchĂ© aux puces, de 7 h Ă  17 h, aire de Faitelles chemin Manot, entrĂ©e gratuite ;Verchocq brocante, de 7 h Ă  18 h, dans le centre du village, entrĂ©e gratuite ;Wierre Effroy braderie / brocante, de 8 h Ă  18 h, dans le centre du village, entrĂ©e gratuite ;Wismes brocante / vide-greniers, de 8 h Ă  18 h, chemin de Merck, entrĂ©e gratuite. 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Interventionde Monsieur GIROD PrĂ©sident du PNR des Boucles de la Seine Normande. Public attendu L’exactitude des informations ci-dessous relĂšve uniquement de la responsabilitĂ© de l’organisateur de l’évĂšnement“ Objet Permettre aux citoyens de Castets de s'exprimer librement sur les thĂšmes du grand dĂ©bat Public attendu Cet Ă©vĂ©nement est ouvert
Nos produits sont disponibles chez nos partenaires en France et Ă  l'Ă©tranger FRANCE Ile de France Je suis Ă  vĂ©lo – 41 Rue de Rivoli, 75001 Paris Allo VĂ©lo – 2 Rue Beauregard, 75002 Paris Giant Notre Dame – 1 Boulevard Henri IV, 75004 Paris E-Roue – 5 Quai de la Tournelle, 75005 Paris Cycles Laurent – 9 Boulevard Voltaire, 75011 Paris Ca RedĂ©marre – 99 Rue de Charonne, 75011 Paris Culture VĂ©lo – 90 Avenue Daumesnil, 75012 Paris MobilityUrban Paris – 84 Rue Didot, 75014 Paris KilomĂštre 0 – 20 Rue des Acacias, 75017 Paris Pour mon vĂ©lo - 38 Rue D'Estienne d'Orve, 91370 VerriĂšres Le Buisson Culture VĂ©lo Boulogne-Billancourt – 63 AllĂ©e George Askinazi, 92100 Boulogne-Billancourt VĂ©lo actif Paris Sud – 39 Avenue Pierre Brossolette, 92120 Montrouge 12/14 Rue François Sommer, 92160 AntonyEcolocomotion VaurĂ©al – 8 Rue Nationale, 95490 VaurĂ©al Encyclo – 2 Rue Saint-Nicolas, 78600 Maisons-Laffitte Ecolocomotion Mantes-la-Jolie - 18 Av. du PrĂ©sident Franklin Roosevelt, 78200 Mantes-la-Jolie D-Ride - 16 bis Avenue Gabriel PĂ©ri, 93400 Saint-Ouen Hauts-de-France Les Mains Dans Le Guidon – 166 Rue LĂ©on Gambetta, 59000 Lille Cyclable Lille – 11-13 Rue des Arts, 59000 LilleNorth Watt Trading – 145 Avenue de la RĂ©publique, 59110 La MadeleineAbordage – 88 Rue de Fontenoy, 59100 RoubaixNSNS - 49 Rue de Mons, 59300 Valenciennes Normandie Citibike Caen - 1 Rue de BerniĂšres, 14000 Caen Citibike Le Havre – 9 Rue Jules Siegfried, 76600 Le HavreFitch Bike – 19 Avenue Gallieni, 76130 Mont-Saint-AignanCitibike Cherbourg – 11 Rue Albert Mathieu, 50100 Cherbourg-en-Contentin Bretagne Mobilect Les Longchamps – 314 Rue de FougĂšres, 35000 RennesRaleigh vs Berthou - Coffee Bike – 280 Rue Alain Colas, 29200 BrestBrest hobby cycles – 70 Boulevard Montaigne, 29200 Brest Velozen Brest – 13 Rue de l’Eau Blanche, 29200 BrestVelozen Lorient – 23 Avenue de la PerriĂšre, 56100 Lorient Tempo VĂ©lo - 5 Passage Du Blavet, 56100 LorientAlbatroz – Parc d'activitĂ© ZA de Lanjouan, 22400 LamballeVelectric – Quai Armez, 22000 Saint-BrieucBe good n bike – 22 Place Gambetta, 29120 Pont l'AbbĂ© Pays de la Loire Raconte-moi un vĂ©lo – 13 Avenue de la RĂ©publique, 44600 Saint-Nazaire Urban Cycle – 35 ChaussĂ©e de la Madeleine, 44000 Nantes BovĂ©lo A – 62 Boulevard Victor Hugo, 44000 Nantes BovĂ©lo B – 3 Cours Olivier de Clisson, 44000 Nantes Beebike – 19 Quai Henri Barbusse, 44000 NantesPump CafĂ© Nantes - 13 Rue de l’arche sĂšche, 44000 Nantes Nouvelle Aquitaine Cycle Elec – 7 Route de Royan, 17600 Le GuaMaa Shop Hossegor – 48 Avenue du Golf, 40150 Soorts-HossegorCycles Chiasson Sautel – 141 Boulevard AndrĂ© Sautel, 17000 La RochelleGo Bike Il de RĂ© – 11 Rue de Hurle Vent, 17880 Les Portes-en-RĂ©Ecox - 40 Quai Richelieu, 33000 BordeauxCitibike - 32 Av. Descartes, 33160 Saint-MĂ©dard-en-JallesGoupil MobilitĂ© – 28B Cours du GĂ©nĂ©ral de Gaulle, 33170 GradignanMaa – 144 Rue des Artisans, 40510 Seignosse Occitanie CitĂ©2Roues – 15 AllĂ©es Forain-François Verdier, 31000 ToulouseSashalou - Vent dans le dos – 3 Impasse PalayrĂ©, 31000 ToulouseCulture VĂ©lo Blagnac – 4 AllĂ©e Emile Zola, 31700 BlagnacAu vieux Campeur - 62 Rue de Sienne, 31670 LabĂšgeMondovĂ©lo Sport 2000 – 5D AllĂ©e de Gascogne, 31470 Fonsorbes Provence-Alpes-CĂŽte d'Azur E-Rider 83 – 11 Rue du Cepoun San Martin, 83990 Saint-Tropez Auvergne-RhĂŽne-Alpes IdMoving – 6 Quai Romain Rolland, 69005 Lyon VĂ©lo Station - 91 Quai de Pierre-Scize, 69005 LyonAu vieux campeur - 3 Rue Mortier, 69003 Lyon Jet Cycles – 12c Rue du PrĂ© Faucon, ZAE les Glaisins, 79940 AnnecyCyclable ChambĂ©ry – 256 Rue de la RĂ©publique, 73000 ChambĂ©ryEspace Cycles Ă©lectrique – 7 Ancienne-Route-d'Annecy, 74160 Saint-Julien-en-GenevoisC&C -Greentrack – 1063 Route des Tattes de Borly, 74380 Cranves-SalesGreen2Go – 94 Contre AllĂ©e du Larry, 74200 MarinCycles Routens – 2 Avenue Henri Duhamel, 38610 GiĂšres Bourgogne-Franche-ComtĂ© CitiBike Dijon – 20 Avenue du Drapeau, bĂątiment A, 21000 DijonTactil Urban Moov – 55 Avenue Jean JaurĂšs, 21000 Dijon Grand Est Cycles Naudin – 17-19 Boulevard d’Haussonville, 54000 Nancy Requinquer – 2B Route national, 57270 RichemontAu vieux campeur - 32 Rue du 22 Novembre, 67000 Strasbourg BELGIQUE Mobility Center VDB – 66 Avenue François Malherbe, 1070 AnderlechtCycles CYD – 14 Avenue Eudore Pirmez, 1040 EtterbeekVĂ©lo Familial - Rue GĂ©ry Everaerts 40, 1300 LimalBC Move - Nieuwstraat 16, 1840 LonderzeeDans l'Assiette du Cycliste – 215 Lange Lozanastraat, 2018 AntwerpenFitch Bike LiĂšge – 2 Rue des Tamaris, 4000 LiĂšgeMega Fun House – 238 ChaussĂ©e de Tubize, 1440 Wauthier-BraineFreemoov – 12 Avenue du Bourgmestre Jean Materne, 5100 NamurCalvenzi SRL - Cyclovia - ChaussĂ©e de Waterloo 521, 1060 Ixelles SUISSE eRider Cycles – 3 Passage du Pont-de-Danse, 1800 VeveyPlanĂšte VĂ©los SARL- 7 Avenue d'Aire, 1203 GenĂšveSwiss distribution – 6 Chemin de la Biole, 1860 AigleBlackdealday – 21 Route des BrĂ©vires, 1741 CottensKissMyWheels SARL – 15 Rue de la Mairie, 1207 GenĂšveInmotion Suisse - Gerberngasse 12, 3011 Bern, Suisse ITALIE Edoardo – Via Leopardi 24, 51031 Agliana MEXIQUE Cletofilia – Benjamin Franklin 119, Cuauhtemoc, Distrito Federal CORÉE DU SUD E-SENSE – B/D 29 Hannamdeo Yongsan-gu, Seoul, Korea 04410
Centrede vaccination de ChangĂ© : 1 allĂ©e du Pont des Arts 72560 ChangĂ©. 02 52 36 07 00. Centre de vaccination du Mans Centre Paul-Courboulay : rue Paul-Courboulay 72 100 Le Mans. 08 00 72 08 00. Centre de vaccination de Coulaines : espace culturel Henri-Salvador 2 place Jean-Claude Boulard 72190 COULAINES. 02 55 31 00 24. Centre de vaccination de La FlĂšche: salle Printania, Professionnel de santĂ©Dr Merienne Catherine - MĂ©decin gĂ©nĂ©ralistePlace de l'Eglise72650 AIGNEProfessionnel de santĂ©Bouabel Bahija - Infirmier60 Avenue Charles de Gaulle72700 ALLONNESProfessionnel de santĂ©Dr Trousset Yves - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste4 Avenue Francois Cevert72700 ALLONNESProfessionnel de santĂ©Moreau Chantal - Infirmier4 Avenue Francois Cevert72700 ALLONNESPharmaciePharmacie MedicisLa Raterie72700 ALLONNESVaccination contre la grippe possiblePharmaciePharmacie MercierCentre com PRINCIPAL COURS MOZART72700 ALLONNESPharmaciePharmacie D'arconnay1 Place du 8 Mai 194572610 ARCONNAYProfessionnel de santĂ©Thomas Elodie - Infirmier32 Rue des Fonderies72610 ARCONNAYProfessionnel de santĂ©Dr Chevrier-Veron Delphine - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste1 Rue ClĂ©ment Beuruay72230 ARNAGEProfessionnel de santĂ©Dr Jaguelin Stephanie - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste1 Rue ClĂ©ment Beuruay72230 ARNAGEProfessionnel de santĂ©Dr Lemele Isabelle - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste1 Rue ClĂ©ment Beuruay72230 ARNAGEPharmaciePharmacie Granet GaelBoulevard Pierre Lefaucheux72230 ARNAGEPharmaciePharmacie Le Coz136 Avenue Nationale72230 ARNAGEProfessionnel de santĂ©Tassery Florence - Infirmier1bis Rue ClĂ©ment Beuruay72230 ARNAGEPharmaciePharmacie Chauvat16 Place de l’Eglise72800 AUBIGNE-RACANPharmaciePharmacie Du PrieureRue de SablĂ©72300 AUVERS-LE-HAMONVaccination contre la grippe possibleProfessionnel de santĂ©Hardoin Ingrid - Infirmier3 bis Place de la RĂ©publique72290 BALLON-SAINT MARSProfessionnel de santĂ©Heuzard Christelle - Infirmier3 bis Place de la RĂ©publique72290 BALLON-SAINT MARSProfessionnel de santĂ©Pincon Corinne - Infirmier3 bis Place de la RĂ©publique72290 BALLON-SAINT MARSProfessionnel de santĂ©Dr Freire Perez Maria Pilar - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste23 Rue du PavĂ©72110 BEAUFAYProfessionnel de santĂ©Dr Luque Palomo Ana - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste23 Rue du PavĂ©72110 BEAUFAYProfessionnel de santĂ©Jardin Cecile - Infirmier23bis Rue du PavĂ©72110 BEAUFAYProfessionnel de santĂ©Legendre Maggy - Infirmier23bis Rue du PavĂ©72110 BEAUFAYPharmaciePharmacie De Beaufay10 Place du GĂ©nĂ©ral de Gaulle72110 BEAUFAYProfessionnel de santĂ©Veron Noemie - Infirmier23bis Rue du PavĂ©72110 BEAUFAYProfessionnel de santĂ©Argentieri Patricia - Infirmier8 Avenue du Joncheray72170 BEAUMONT-SUR-SARTHEProfessionnel de santĂ©Claude Sandrine - Infirmier8 Avenue du Joncheray72170 BEAUMONT-SUR-SARTHEProfessionnel de santĂ©Dr Baud Gerard - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste8 Avenue du Joncheray72170 BEAUMONT-SUR-SARTHEPharmaciePharmacie De La Place Dufour1 Place Dufour72170 BEAUMONT-SUR-SARTHEProfessionnel de santĂ©Poirier Ludivine - Infirmier8 Avenue du Joncheray72170 BEAUMONT-SUR-SARTHEProfessionnel de santĂ©Sille Queru Valerie - Infirmier8 Avenue du Joncheray72170 BEAUMONT-SUR-SARTHEProfessionnel de santĂ©Toupin Celine - Infirmier8 Avenue du Joncheray72170 BEAUMONT-SUR-SARTHEPharmaciePharmacie Centrale14 Place de l’HĂŽtel de Ville72310 BESSE-SUR-BRAYEProfessionnel de santĂ©Foegtlin Geraldine - Infirmier1 Rue du MarĂ©chal-Joffre72110 BONNETABLEProfessionnel de santĂ©Launay Sonia - Infirmier1 Place d’Armes72110 BONNETABLEProfessionnel de santĂ©Lehain Lucie - Infirmier1 Rue du MarĂ©chal-Joffre72110 BONNETABLEProfessionnel de santĂ©Mehannek Chrystel - Infirmier1 Rue de Luynes72110 BONNETABLEPharmaciePharmacie Bernard-Leriverend19 Rue Saint Nicolas72110 BONNETABLEProfessionnel de santĂ©Tregouet Cecile - Infirmier1 Rue de Luynes72110 BONNETABLEProfessionnel de santĂ©Veron Estelle - Infirmier1 Place d’Armes72110 BONNETABLEProfessionnel de santĂ©Delahaies Lemaitre Aurore - Infirmier4 Rue Pre Nuit72350 BRULONMaison De Sante Vegre Et Champagne4 Rue Pre Nuit72350 BRULONPharmaciePharmacie Leroyer - Bricault78 Rue Nationale72330 CERANS-FOULLETOURTEVaccination contre la grippe possiblePharmaciePharmacie Garreau3 Rue LĂ©opold GouloumĂšs72470 CHAMPAGNEProfessionnel de santĂ©Berengier Benjamin - InfirmierRue de l’Epau72560 CHANGEProfessionnel de santĂ©Ragot Isabelle - Infirmier13 Rue François Avice72400 CHERRE-AUProfessionnel de santĂ©Dr Fetiveau Guillaume - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste38 Rue du Mans72240 CONLIEPharmaciePharmacie Mammiferi - Tapon38 Rue du Mans72240 CONLIECentre de santĂ©Centre Municipal De Sante De ConnerreRue du Petit Train72160 CONNERREProfessionnel de santĂ©Dr Cormier Jean-Luc - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste30 Rue de Carnac72190 COULAINESProfessionnel de santĂ©Dr Cormier-Lebreton Marie-Noelle - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste30 Rue de Carnac72190 COULAINESProfessionnel de santĂ©Dr Hettier Florian - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste7 Rue de Vienne72190 COULAINESPharmaciePharmacie De La Paix7 Rue de la Paix72190 COULAINESPharmaciePharmacie Saint Nicolas6 Boulevard Saint Nicolas72190 COULAINESProfessionnel de santĂ©Fourmon Marie Amelie - Infirmier3 Rue Saint-Julien72550 COULANS-SUR-GEEProfessionnel de santĂ©Metais Severine - Infirmier3 Route De Saint Julien72550 COULANS-SUR-GEEProfessionnel de santĂ©Morin Armelle - Infirmier3 Rue Saint-julien72550 COULANS-SUR-GEEPharmaciePharmacie Kouassi8 Rue DU TRAMWAY72550 COULANS-SUR-GEEPharmaciePharmacie Bracquemond10 Rue de Beauregard72150 COURDEMANCHEProfessionnel de santĂ©Poupee Eloise - Infirmier12 Rue de Beauregard72150 COURDEMANCHEProfessionnel de santĂ©Tracey Stephan - Infirmier12 Rue de Beauregard72150 COURDEMANCHEProfessionnel de santĂ©Dejonghe Thomas - Infirmier14 Rue Nationale72200 CROSMIERESProfessionnel de santĂ©Julien Anne - Infirmier7 Place Marcel Morand72500 DISSAY-SOUS-COURCILLONProfessionnel de santĂ©Boulifard Julie - Infirmier8 Place de l’Eglise72390 DOLLONProfessionnel de santĂ©Legroux Sophie - Infirmier8 Place de l’Eglise72390 DOLLONProfessionnel de santĂ©Marchand Helene - Infirmier2 Rue de la Poste72390 DOLLONPharmaciePharmacie De Dollon2 Place de l’Eglise72390 DOLLONVaccination contre la grippe possibleProfessionnel de santĂ©Arnaud Alexandre - Infirmier1 Place Henry IV72220 ECOMMOYPharmaciePharmacie Sevaux9 Rue Carnot72220 ECOMMOYProfessionnel de santĂ©Charon Delphine - Infirmier11 Rue Principale72700 ETIVAL-LES-LE-MANSProfessionnel de santĂ©Dore Celine - Infirmier11 Rue Principale72700 ETIVAL-LES-LE-MANSProfessionnel de santĂ©Bellanger Estelle - InfirmierRue de la Mairie72430 FERCE-SUR-SARTHEProfessionnel de santĂ©Broussard Coralie - Infirmier2 Rue de l’AbbĂ© LeliĂšvre72130 FRESNAY-SUR-SARTHEPharmaciePharmacie Des Alpes MancellesRue de l’AbbĂ© LeliĂšvre72130 FRESNAY-SUR-SARTHEProfessionnel de santĂ©Taupin Sophie - 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Infirmier36a Rue d’Isaac72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Cuenot Cyril - Infirmier4 Rue Edouard Branly72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Dr Baudart Bruno - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste56 Rue Constant Drouault72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Dr Besnard Francoise - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste43 Avenue du GĂ©nĂ©ral Leclerc72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Dr Leblanc-Gibert Sophie - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste24 Avenue du MarĂ©chal Lyautey72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Dr Poitou-Rogowski Lise - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste5 Avenue Pierre MendĂšs France72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Dr Renaud Donatienne - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste92 bis Rue Gambetta72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Dr Richard Bernard - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste5 Avenue Pierre MendĂšs France72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Dr Seemuller Edouard - MĂ©decin gĂ©nĂ©raliste5 Avenue Pierre MendĂšs France72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Duluard Isabelle - Infirmier88 Rue Gambetta72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Girardin Jean Francois - Infirmier118 Avenue Georges Duhamel72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Haie Jennifer - Infirmier41 Av Frederic Auguste Bartholdi72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Huon Isabelle - Infirmier84 Avenue Rubillard72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Jourdain Soizic - Infirmier222 Avenue de la LibĂ©ration72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Kovac Aurelie - Infirmier132 Avenue BollĂ©e72000 LE MANSPharmacieLa Grande Pharmacie Des Minimes13 Rue des Minimes72000 LE MANSPharmacieLa Nouvelle Pharmacie135 Rue de SablĂ©72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Lagree Elen - Infirmier9 Rue Barbier72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Lefort Marie-Francoise - Infirmier16 Rue Garnier PagĂšs72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©M'bengue Assane - Infirmier30 Avenue du MarĂ©chal Lyautey72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Paris Laetitia - Infirmier84 Avenue Rubillard72000 LE MANSPharmaciePharmacie BeauregardAvenue Georges Duhamel72000 LE MANSPharmaciePharmacie Carnot195 Boulevard Carnot72000 LE MANSPharmaciePharmacie Daligault27 Rue Nationale72000 LE MANSPharmaciePharmacie De Gazonfier256 Avenue BollĂ©e72000 LE MANSVaccination contre la grippe possiblePharmaciePharmacie De L'universite76 Avenue Henri Pierre Klotz72000 LE MANSPharmaciePharmacie De La Gare72 Avenue du GĂ©nĂ©ral Leclerc72000 LE MANSPharmaciePharmacie De Paris30 Rue de Bolton72000 LE MANSPharmaciePharmacie Ferran - Devaux182 Avenue Olivier HeuzĂ©72000 LE MANSVaccination contre la grippe possiblePharmaciePharmacie Gambetta95 Rue Gambetta72000 LE MANSPharmaciePharmacie Hemont7 Rue d’Helsinki72000 LE MANSPharmaciePharmacie Lemercier - Pinon22 Rue Gambetta72000 LE MANSPharmaciePharmacie Rota-Pirot45 Avenue du GĂ©nĂ©ral de Gaulle72000 LE MANSPharmaciePharmacie Rubillard80 Avenue Rubillard72000 LE MANSPharmaciePharmacie Saint-Lazare80 Boulevard Anatole France72000 LE MANSPharmaciePharmacie Touchard200 Rue Nationale72000 LE MANSPharmaciePharmacie Wachowiak4 Rue Nationale72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Pianezze Delphine - Infirmier16 Rue Garnier PagĂšs72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Rodriguez Flore - Infirmier34 Rue Philippe72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Tasca Laetitia - Infirmier1 Rue Port Royal72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Tuna Guner - Infirmier178 Avenue Olivier HeuzĂ©72000 LE MANSProfessionnel de santĂ©Bernard Gwendoline - Infirmier238 Rue de Ruaudin72100 LE MANSProfessionnel de santĂ©Denos Nathalie - 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Readthe publication # 32 septembre octobre LE CANARD CHANGÉEN Bulletin municipal d’informations de la Ville de ChangĂ© p10 Dossier : les travaux au coeur de ChangĂ© Nos Ă©lus Les voisineurs p14 / La fibre optique arrive - p19 / CommunautĂ© de communes Urgence : j’ai besoin d’un mĂ©decin p11 / Associations Un basketteur en or p37 /
Balzac La peau de chagrin I. Le Talisman A Monsieur Savary membre de l'académie des sciences STERNE. Tristam Shandy , ch. CCXXII Vers la fin du mois d'octobre dernier, un jeune homme entra dans le Palais-Royal au moment oÃÂč les maisons de jeu s'ouvraient, conformément à la loi qui protÚge une passion essentiellement imposable. Sans trop hésiter, il monta l'escalier du tripot désigné sous le nom de numéro 36. - Monsieur, votre chapeau, s'il vous plaÃt? lui cria d'une voix sÚche et grondeuse un petit vieillard blÃÂȘme, accroupi dans l'ombre, protégé par une barricade, et qui se leva soudain en montrant une figure moulée sur un type ignoble. Quand vous entrez dans une maison de jeu, la loi commence par vous dépouiller de votre chapeau. Est-ce une parabole évangélique et providentielle? N'est-ce pas plutÎt une maniÚre de conclure un contrat infernal avec vous en exigeant je ne sais quel gage? Serait-ce pour vous obliger à garder un maintien respectueux devant ceux qui vont gagner votre argent? Est-ce la police, tapie dans tous les égouts sociaux, qui tient à savoir le nom de votre chapelier ou le vÎtre, et si vous l'avez inscrit sur la coiffe? Est-ce, enfin, pour prendre la mesure de votre crùne et dresser une statistique instructive sur la capacité cérébrale des joueurs? Sur ce point, l'administration garde un silence complet. Mais, sachez-le bien, à peine avez-vous fait un pas vers le tapis vert, déjà votre chapeau ne vous appartient pas plus que vous ne vous appartenez à vous-mÃÂȘme vous ÃÂȘtes au jeu, vous, votre fortune, votre coiffe, votre canne et votre manteau. A votre sortie, le Jeu vous démontrera, par une atroce épigramme en action, qu'il vous laisse encore quelque chose en vous rendant votre bagage. Si toutefois vous avez une coiffure neuve, vous apprendrez à vos dépens qu'il faut se faire un costume de joueur. L'étonnement manifesté par le jeune homme en recevant une fiche numérotée en échange de son chapeau, dont heureusement les bords étaient légÚrement pelés, indiquait assez une ùme encore innocente; aussi le petit vieillard, qui sans doute avait croupi dÚs son jeune ùge dans les bouillants plaisirs de la vie des joueurs, lui jeta-t-il un coup d'oeil terne et sans chaleur, dans lequel un philosophe aurait vu les misÚres de l'hÎpital, les vagabondages des gens ruinés, les procÚs-verbaux d'une foule d'asphyxies, les travaux forcés à perpétuité, les expatriations au Guazacoalco. Cet homme, dont la longue face blanche n'était plus nourrie que par les soupes gélatineuses de Darcet, présentait la pùle image de la passion réduite à son terme le plus simple. Dans ses rides, il y avait trace de vieilles tortures, il devait jouer ses maigres appointements le jour mÃÂȘme oÃÂč il les recevait. Semblable aux rosses sur qui les coups de fouet n'ont plus de prise, rien ne le faisait tressaillir; les sourds gémissements des joueurs qui sortaient ruinés, leurs muettes imprécations, leurs regards hébétés le trouvaient toujours insensible. C'était le jeu incarné. Si le jeune homme avait contemplé ce triste cerbÚre, peut-ÃÂȘtre se serait-il dit Il n'y a plus qu'un jeu de cartes dans ce coeur-là ! " L'inconnu n'écouta pas ce conseil vivant, placé là sans doute par la Providence, comme elle a mis le dégoût à la porte de tous les mauvais lieux. Il entra résolument dans la salle, oÃÂč le son de l'or exerçait une éblouissante fascination sur les sens en pleine convoitise. Ce jeune homme était probablement poussé là par la plus logique de toutes les éloquentes phrases de Jean-Jacques Rousseau, et dont voici, je crois, la triste pensée Oui, je conçois qu'un homme aille au jeu, mais c'est lorsque, entre lui et la mort, il ne voit plus que son dernier écu. Le soir, les maisons de jeu n'ont qu'une poésie vulgaire, mais dont l'effet est assuré comme celui d'un drame sanguinolent. Les salles sont garnies de spectateurs et de joueurs, de vieillards indigents qui s'y traÃnent pour s'y réchauffer, de faces agitées, d'orgies commencées dans le vin et décidées à finir dans la Seine. Si la passion y abonde, le trop grand nombre d'acteurs vous empÃÂȘche de contempler face à face le démon du jeu. La soirée est un véritable morceau d'ensemble oÃÂč la troupe entiÚre crie, oÃÂč chaque instrument de l'orchestre module sa phrase. Vous verriez là beaucoup de gens honorables qui viennent y chercher des distractions et les payent comme ils payeraient le plaisir du spectacle, de la gourmandise, ou comme ils iraient dans une mansarde acheter à bas prix de cuisants regrets pour trois mois. Mais comprenez-vous tout que doit avoir de délire et de vigueur dans l'ùme un homme qui attend avec impatience l'ouverture d'un tripot? Entre le joueur du matin et le joueur du soir il existe la différence qui distingue le mari nonchalant, de l'amant pùmé sous les fenÃÂȘtres de sa belle. Le matin seulement, arrivent la passion palpitante et le besoin dans sa franche horreur. En ce moment, vous pourrez admirer un véritable joueur qui n'a pas mangé, dormi, vécu, pensé, tant il était rudement flagellé par le fouet de sa martingale, tant il souffrait travaillé par le prurit d'un coup de trente et quarante. A cette heure maudite, vous rencontrerez des yeux dont le calme effraye, des visages qui vous fascinent, des regards qui soulÚvent les cartes et les dévorent. Aussi les maisons de jeu ne sont-elles sublimes qu'à l'ouverture de leurs séances. Si l'Espagne a ses combats de taureaux, si Rome a eu ses gladiateurs, Paris s'enorgueillit de son Palais-Royal dont les agaçantes roulettes donnent le plaisir de voir couler le sang à flots sans que les pieds du parterre risquent d'y glisser. Essayez de jeter un regard furtif sur cette arÚne, entrez?... Quelle nudité! Les murs couverts d'un papier gras à hauteur d'homme n'offrent pas une seule image qui puisse rafraÃchir l'ùme. Il ne s'y trouve mÃÂȘme pas un clou pour faciliter le suicide. Le parquet est usé, malpropre. Une table oblongue occupe le centre de la salle. La simplicité des chaises de paille pressées autour de ce tapis usé par l'or annonce une curieuse indifférence du luxe chez ces hommes qui viennent périr là pour la fortune et pour le luxe. Cette antithÚse humaine se découvre partout oÃÂč l'ùme réagit puissamment sur elle-mÃÂȘme. L'amoureux veut mettre sa maÃtresse dans la soie, la revÃÂȘtir d'un moelleux tissu d'Orient, et la plupart du temps il la possÚde sur un grabat. L'ambitieux se rÃÂȘve au faÃte du pouvoir tout en s'aplatissant dans la boue du servilisme. Le marchand végÚte au fond d'une boutique humide et malsaine, en élevant un vaste hÎtel, d'oÃÂč son fils, héritier précoce, sera chassé par une licitation fraternelle. Enfin, existe-t-il chose plus déplaisante qu'une maison de plaisir? Singulier problÚme! Toujours en opposition avec lui-mÃÂȘme, trompant ses espérances par ses maux présents, et ses maux par un avenir qui ne lui appartient pas, l'homme imprime à tous ses actes le caractÚre de l'inconséquence et de la faiblesse. Ici-bas rien n'est complet que le malheur. Au moment oÃÂč le jeune homme entra dans le salon, quelques joueurs s'y trouvaient déjà . Trois vieillards à tÃÂȘtes chauves étaient nonchalamment assis autour du tapis vert; leurs visages de plùtre, impassibles comme ceux des diplomates, révélaient des ùmes blasées, des cÅ“urs qui depuis longtemps avaient désappris de palpiter, mÃÂȘme en risquant les biens paraphernaux d'une femme. Un jeune Italien aux cheveux noirs, au teint olivùtre, était accoudé tranquillement au bout de la table, et paraissait écouter ces pressentiments secrets qui crient fatalement à un joueur - Oui. - Non! Cette tÃÂȘte méridionale respirait l'or et le feu. Sept ou huit spectateurs, debout, rangés de maniÚre à former une galerie, attendaient les scÚnes que leur préparaient les coups du sort, les figures des acteurs, le mouvement de l'argent et celui des rùteaux. Ces désÅ“uvrés étaient là , silencieux, immobiles, attentifs comme l'est le peuple à la GrÚve quand le bourreau tranche une tÃÂȘte. Un grand homme sec, en habit rùpé, tenait un registre d'une main, et de l'autre une épingle pour marquer les passes de la Rouge ou de la Noire. C'était un de ces Tantales modernes qui vivent en marge de toutes les jouissances de leur siÚcle, un de ces avares sans trésor qui jouent une mise imaginaire; espÚce de fou raisonnable qui se consolait de ses misÚres en caressant une chimÚre, qui agissait enfin avec le vice et le danger comme les jeunes prÃÂȘtres avec l'eucharistie, quand ils disent des messes blanches. En face de la banque, un ou deux de ces fins spéculateurs, experts des chances du jeu, et semblables à d'anciens forçats qui ne s'effraient plus des galÚres, étaient venus là pour hasarder trois coups et remporter immédiatement le gain probable duquel ils vivaient. Deux vieux garçons de salle se promenaient nonchalamment les bras croisés, et de temps en temps regardaient le jardin par les fenÃÂȘtres, comme pour montrer aux passants leurs plates figures, en guise d'enseigne. Le tailleur et le banquier venaient de jeter sur les pondeurs ce regard blÃÂȘme qui les tue, et disaient d'une voix grÃÂȘle - " Faites le jeu! " quand le jeune homme ouvrit la porte. Le silence devint en quelque sorte plus profond, et les tÃÂȘtes se tournÚrent vers le nouveau venu par curiosité. Chose inouïe! les vieillards émoussés, les employés pétrifiés, les spectateurs, et jusqu'au fanatique Italien, tous en voyant l'inconnu éprouvÚrent je ne sais quel sentiment épouvantable. Ne faut-il pas ÃÂȘtre bien malheureux pour obtenir de la pitié, bien faible pour exciter une sympathie, ou d'un bien sinistre aspect pour faire frissonner les ùmes dans cette salle oÃÂč les douleurs doivent ÃÂȘtre muettes, oÃÂč la misÚre est gaie et le désespoir décent? Eh bien, il y avait de tout cela dans la sensation neuve qui remua ces cÅ“urs glacés quand le jeune homme entra. Mais les bourreaux n'ont-ils pas quelquefois pleuré sur les vierges dont les blondes tÃÂȘtes devaient ÃÂȘtre coupées à un signal de la Révolution? Au premier coup d'Å“il les joueurs lurent sur le visage du novice quelque horrible mystÚre, ses jeunes traits étaient empreints d'une grùce nébuleuse, son regard attestait des efforts trahis, mille espérances trompées! La morne impassibilité du suicide donnait à ce front une pùleur mate et maladive, un sourire amer dessinait de légers plis dans les coins de la bouche, et la physionomie exprimait une résignation qui faisait mal à voir. Quelque secret génie scintillait au fond de ces yeux voilés peut-ÃÂȘtre par les fatigues du plaisir. Etait-ce la débauche qui marquait de son sale cachet cette noble figure jadis pure et brûlante, maintenant dégradée? Les médecins auraient sans doute attribué à des lésions au coeur ou à la poitrine le cercle jaune qui encadrait les paupiÚres, et la rougeur qui marquait les joues, tandis que les poÚtes eussent voulu reconnaÃtre à ces signes les ravages de la science, les traces de nuits passées à la lueur d'une lampe studieuse. Mais une passion plus mortelle que la maladie, une maladie plus impitoyable que l'étude et le génie, altéraient cette jeune tÃÂȘte, contractaient ces muscles vivaces, tordaient ce cÅ“ur qu'avaient seulement effleuré les orgies, l'étude et la maladie. Comme, lorsqu'un célÚbre criminel arrive au bagne, les condamnés l'accueillent avec respect, ainsi tous ces démons humains, experts en tortures, saluÚrent une douleur inouïe, une blessure profonde que sondait leur regard, et reconnurent un de leurs princes à la majesté de sa muette ironie, à l'élégante misÚre de ses vÃÂȘtements. Le jeune homme avait bien un frac de bon goût, mais la jonction de son gilet et de sa cravate était trop savamment maintenue pour qu'on lui supposùt du linge. Ses mains, jolies comme des mains de femme, étaient d'une douteuse propreté enfin depuis deux jours il ne portait plus de gants! Si le tailleur et les garçons de salle eux-mÃÂȘmes frissonnÚrent, c'est que les enchantements de l'innocence florissaient par vestiges dans ces formes grÃÂȘles et fines, dans ces cheveux blonds et rares, naturellement bouclés. Cette figure avait encore vingt-cinq ans, et le vice paraissait n'y ÃÂȘtre qu'un accident. La verte vie de la jeunesse y luttait encore avec les ravages d'une impuissante lubricité. Les ténÚbres et la lumiÚre, le néant et l'existence s'y combattaient en produisant tout à la fois de la grùce et de l'horreur. Le jeune homme se présentait là comme un ange sans rayons, égaré dans sa route. Aussi tous ces professeurs émérites de vice et d'infamie, semblables à une vieille femme édentée, prise de pitié à l'aspect d'une belle fille qui s'offre à la corruption, furent-ils prÚs de crier au novice - Sortez! Celui-ci marcha droit à la table, s'y tint debout, jeta sans calcul sur le tapis une piÚce d'or qu'il avait à la main et qui roula sur Noir; puis, comme les ùmes fortes, abhorrant de chicaniÚres incertitudes, il lança sur le Tailleur un regard tout à la fois turbulent et calme. L'intérÃÂȘt de ce coup était si grand que les vieillards ne firent pas de mise; mais l'italien saisit avec le fanatisme de la passion une idée qui vint lui sourire, et ponta sa masse d'or en opposition au jeu de l'inconnu. Le Banquier oublia de dire ces phrases qui se sont à la longue converties en un cri rauque et inintelligible " Faites le jeu! - Le jeu est fait! - Rien ne va plus. " Le Tailleur étala les cartes, et sembla souhaiter bonne chance au dernier venu, indifférent qu'il était à la perte ou au gain fait par les entrepreneurs de ces sombres plaisirs. Chacun des spectateurs voulut voir un drame et la derniÚre scÚne d'une noble vie dans le sort de cette piÚce d'or; leurs yeux arrÃÂȘtés sur les cartons fatidiques étincelÚrent; mais, malgré l'attention avec laquelle ils regardÚrent alternativement et le jeune homme et les cartes, ils ne purent apercevoir aucun symptÎme d'émotion sur sa figure froide et résignée. - "Rouge, pair, passe", dit officiellement le Tailleur. Une espÚce de rùle sourd sortit de la poitrine de l'italien lorsqu'il vit tomber un à un les billets pliés que lui lança le Banquier. Quant au jeune homme, il ne comprit sa ruine qu'au moment oÃÂč le rùteau s'allongea pour ramasser son dernier napoléon. L'ivoire fit rendre un bruit sec à la piÚce qui, rapide comme une flÚche, alla se réunir au tas d'or étalé devant la caisse. L'inconnu ferma les yeux doucement, ses lÚvres blanchirent; mais il releva bientÎt ses paupiÚres, sa bouche reprit une rougeur de corail, il affecta l'air d'un Anglais pour qui la vie n'a plus de mystÚres, et disparut sans mendier une consolation par un de ces regards déchirants que les joueurs au désespoir lancent assez souvent sur la galerie. Combien d'événements se pressent dans l'espace d'une seconde, et que de choses dans un coup de dé! - Voilà sans doute sa derniÚre cartouche, dit en souriant le croupier aprÚs un moment de silence pendant lequel il tint cette piÚce d'or entre le pouce et l'index pour la montrer aux assistants. - C'est un cerveau brûlé qui va se jeter à l'eau, répondit un habitué en regardant autour de lui les joueurs qui se connaissaient tous. - Bah! s'écria le garçon de chambre en prenant une prise de tabac. - Si nous avions imité monsieur? dit un des vieillards à ses collÚgues en désignant l'italien. Tout le monde regarda l'heureux joueur dont les mains tremblaient en comptant ses billets de banque. - J'ai entendu, dit-il, une voix qui me criait dans l'oreille Le jeu aura raison contre le désespoir de ce jeune homme. - Ce n'est pas un joueur, reprit le Banquier, autrement il aurait groupé son argent en trois masses pour se donner plus de chances. Le jeune homme passait sans réclamer son chapeau; mais le vieux molosse, ayant remarqué le mauvais état de cette guenille, la lui rendit sans proférer une parole; le joueur restitua la fiche par un mouvement machinal, et descendit les escaliers en sifflant di tanti palpiti d'un souffle si faible, qu'il en entendit à peine lui-mÃÂȘme les notes délicieuses. Il se trouva bientÎt sous les galeries du Palais-Royal, alla jusqu'à la rue Saint-Honoré, prit le chemin des Tuileries et traversa le jardin d'un pas indécis. Il marchait comme au milieu d'un désert, coudoyé par des hommes qu'il ne voyait pas, n'écoutant à travers les clameurs populaires qu'une seule voix, celle de la mort; enfin perdu dans une engourdissante méditation, semblable à celle dont jadis étaient saisis les criminels qu'une charrette conduisait du Palais à la GrÚve, vers cet échafaud, rouge de tout le sang versé depuis 1793. Il existe je ne sais quoi de grand et d'épouvantable dans le suicide. Les chutes d'une multitude de gens sont sans danger, comme celles des enfants qui tombent de trop bas pour se blesser; mais quand un grand homme se brise, il doit venir de bien haut, s'ÃÂȘtre élevé jusqu'aux cieux, avoir entrevu quelque paradis inaccessible. Implacables doivent ÃÂȘtre les ouragans qui le forcent à demander la paix de l'ùme à la bouche d'un pistolet. Combien de jeunes talents confinés dans une mansarde s'étiolent et périssent faute d'un ami, faute d'une femme consolatrice, au sein d'un million d'ÃÂȘtres, en présence d'une foule lassée d'or et qui s'ennuie. A cette pensée, le suicide prend des proportions gigantesques. Entre une mort volontaire et la féconde espérance dont la voix appelait un jeune homme à Paris, Dieu seul sait combien se heurtent de conceptions, de poésies abandonnées, de désespoirs et de cris étouffés de tentatives inutiles et de chefs-dñ€ℱÅ“uvre avortés. Chaque suicide est un poÚme sublime de mélancolie. OÃÂč trouverez-vous, dans l'océan des littératures, un livre surnageant qui puisse lutter de génie avec cet entrefilet. Hier, à quatre heures, une jeune femme s'est jetée dans la Seine du haut du Pont-des-Arts. Devant ce laconisme parisien, les drames, les romans, tout pùlit, mÃÂȘme ce vieux frontispice Les lamentations du glorieux roi de KaÃrnavan, mis en prison par ses enfants ; dernier fragment d'un livre perdu, dont la seule lecture faisait pleurer ce Sterne, qui lui-mÃÂȘme délaissait sa femme et ses enfants. L'inconnu fut assailli par mille pensées semblables, qui passaient en lambeaux dans son ùme, comme des drapeaux déchirés voltigent au milieu d'une bataille. S'il déposait pendant un moment le fardeau de son intelligence et de ses souvenirs pour s'arrÃÂȘter devant quelques fleurs dont les tÃÂȘtes étaient mollement balancées par la brise parmi les massifs de verdure, bientÎt saisi par une convulsion de la vie qui regimbait encore sous la pesante idée du suicide, il levait les yeux au ciel là , des nuages gris, des bouffées de vent chargées de tristesse, une atmosphÚre lourde, lui conseillaient encore de mourir. Il s'achemina vers le pont Royal en songeant aux derniÚres fantaisies de ses prédécesseurs. Il souriait en se rappelant que lord Castelreagh avait satisfait le plus humble de nos besoins avant de se couper la gorge, et que l'académicien Auger était allé chercher sa tabatiÚre pour priser tout en marchant à la mort. Il analysait ces bizarreries et s'interrogeait lui-mÃÂȘme, quand, en se serrant contre le parapet du pont, pour laisser passer un fort de la halle, celui-ci ayant légÚrement blanchi la manche de son habit, il se surprit à en secouer soigneusement la poussiÚre. Arrivé au point culminant de la voûte, il regarda l'eau d'un air sinistre. - Mauvais temps pour se noyer, lui dit en riant une vieille femme vÃÂȘtue de haillons. Est-elle sale et froide, la Seine! Il répondit par un sourire plein de naïveté qui attestait le délire de son courage; mais il frissonna tout à coup en voyant de loin, sur le port des Tuileries, la baraque surmontée d'un écriteau oÃÂč ces paroles sont tracées en lettres hautes d'un pied SECOURS AUX ASPHYXIES. M. Dacheux lui apparut armé de sa philanthropie, réveillant et faisant mouvoir ces vertueux avirons qui cassent la tÃÂȘte aux noyés, quand malheureusement ils remontent sur l'eau; il l'aperçut ameutant les curieux, quÃÂȘtant un médecin, apprÃÂȘtant des fumigations; il lut les doléances des journalistes écrites entre les joies d'un festin et le sourire d'une danseuse; il entendit sonner les écus comptés à des bateliers pour sa tÃÂȘte par le préfet de la Seine. Mort, il valait cinquante francs, mais vivant il n'était qu'un homme de talent sans protecteurs, sans amis, sans paillasse, sans tambour, un véritable zéro social, inutile à l'Etat, qui n'en avait aucun souci. Une mort en plein jour lui parut ignoble, il résolut de mourir pendant la nuit afin de livrer un cadavre indéchiffrable à cette Société qui méconnaissait la grandeur de sa vie. Il continua donc son chemin, et se dirigea vers le quai Voltaire en prenant la démarche indolente d'un désoeuvré qui veut tuer le temps. Quand il descendit les marches qui terminent le trottoir du pont, à l'angle du quai, son attention fut excitée par les bouquins étalés sur le parapet; peu s'en fallut qu'il n'en marchandùt quelques-uns. Il se prit à sourire, remit philosophiquement les mains dans ses goussets, et allait reprendre son allure d'insouciance oÃÂč perçait un froid dédain, quand il entendit avec surprise quelques piÚces retentir d'une maniÚre véritablement fantastique au fond de sa poche. Un sourire d'espérance illumina son visage, glissa de ses lÚvres sur ses traits, sur son front, fit briller de joie ses yeux et ses joues sombres. Cette étincelle de bonheur ressemblait à ces feux qui courent dans les vestiges d'un papier déjà consumé par la flamme; mais le visage eut le sort des cendres noires, il redevint triste quand l'inconnu, aprÚs avoir vivement retiré la main de son gousset, aperçut trois gros sous. - Ah! mon bon monsieur, la carita! la carita! catarina ! Un petit sou pour avoir du pain! Un jeune ramoneur dont la figure bouffie était noire, le corps brun de suie, les vÃÂȘtements déguenillés, tendit la main à cet homme pour lui arracher ses derniers sous. A deux pas du petit Savoyard, un vieux pauvre honteux, maladif, souffreteux, ignoblement vÃÂȘtu d'une tapisserie trouée, lui dit d'une grosse voix sourde - Monsieur, donnez-moi ce que vous voudrez, je prierai Dieu pour vous... Mais quand l'homme jeune eut regardé le vieillard, celui-ci se tut et ne demanda plus rien, reconnaissant peut-ÃÂȘtre sur ce visage funÚbre la livrée d'une misÚre plus ùpre que n'était la sienne. - La carita! la carita ! L'inconnu jeta sa monnaie à l'enfant et au vieux pauvre en quittant le trottoir pour aller vers les maisons, il ne pouvait plus supporter le poignant aspect de la Seine. - Nous prierons Dieu pour la conservation de vos jours, lui dirent les deux mendiants. En arrivant à l'étalage d'un marchand d'estampes, cet homme presque mort rencontra une jeune femme qui descendait d'un brillant équipage. Il contempla délicieusement cette charmante personne dont la blanche figure était harmonieusement encadrée dans le satin d'un élégant chapeau. Il fut séduit par une taille svelte, par de jolis mouvements. La robe, légÚrement relevée par le marchepied, lui laissa voir une jambe dont les fins contours étaient dessinés par un bas blanc et bien tiré. La jeune femme entra dans le magasin, y marchanda des albums, des collections de lithographies; elle en acheta pour plusieurs piÚces d'or qui étincelÚrent et sonnÚrent sur le comptoir. Le jeune homme, en apparence occupé sur le seuil de la porte à regarder des gravures exposées dans la montre, échangea vivement avec la belle inconnue l'oeillade la plus perçante que puisse lancer un homme, contre un de ces coups d'oeil insouciants jetés au hasard sur les passants. C'était, de sa part, un adieu à l'amour, à la femme! mais cette derniÚre et puissante interrogation ne fut pas comprise, ne remua pas ce coeur de femme frivole, ne la fit pas rougir, ne lui fit pas baisser les yeux. Qu'était-ce pour elle? une admiration de plus, un désir inspiré qui le soir lui suggérait cette douce parole J'étais bien aujourd'hui. Le jeune homme passa promptement à un autre cadre, et ne se retourna point quand l'inconnue remonta dans sa voiture. Les chevaux partirent, cette derniÚre image du luxe et de l'élégance s'éclipse comme allait s'éclipser sa vie. Il marcha d'un pas mélancolique le long des magasins, en examinant sans beaucoup d'intérÃÂȘt les échantillons de marchandises. Quand les boutiques lui manquÚrent, il étudia le Louvre, l'Institut, les tours de Notre - Dame, celles du Palais, le Pont-des-Arts. Ces monuments paraissaient prendre une physionomie triste en reflétant les teintes grises du ciel dont les rares clartés prÃÂȘtaient un air menaçant à Paris qui, pareil à une jolie femme, est soumis à d'inexplicables caprices de laideur et de beauté. Ainsi, la nature elle-mÃÂȘme conspirait à plonger le mourant dans une extase douloureuse. En proie à cette puissance malfaisante dont l'action dissolvante trouve un véhicule dans le fluide qui circule en nos nerfs, il sentait son organisme arriver insensiblement aux phénomÚnes de la fluidité. Les tourments de cette agonie lui imprimaient un mouvement semblable à celui des vagues, et lui faisaient voir les bùtiments, les hommes, à travers un brouillard oÃÂč tout ondoyait. Il voulut se soustraire aux titillations que produisaient sur son ùme les réactions de la nature physique, et se dirigea vers un magasin d'antiquités dans l'intention de donner une pùture à ses sens ou d'y attendre la nuit en marchandant des objets d'art. C'était, pour ainsi dire, quÃÂȘter du courage et demander un cordial, comme les criminels qui se défient de leurs forces en allant à l'échafaud; mais la conscience de sa prochaine mort rendit pour un moment au jeune homme l'assurance d'une duchesse qui a deux amants, et il entra chez le marchand de curiosités d'un air dégagé, laissant voir sur ses lÚvres un sourire fixe comme celui d'un ivrogne. N'était-il pas ivre de la vie, ou peut-ÃÂȘtre de la mort. Il retomba bientÎt dans ses vertiges, et continua d'apercevoir les choses sous d'étranges couleurs, ou animées d'un léger mouvement dont le principe était sans doute dans une irréguliÚre circulation de son sang, tantÎt bouillonnant comme une cascade, tantÎt tranquille et fade comme l'eau tiÚde. Il demanda simplement à visiter les magasins pour chercher s'ils ne renfermaient pas quelques singularités à sa convenance. Un jeune garçon à figure fraÃche et joufflue, à chevelure rousse, et coiffé d'une casquette de loutre, commit la garde de la boutique à une vieille paysanne, espÚce de Caliban femelle occupée à nettoyer un poÃÂȘle dont les merveilles étaient dues au génie de Bernard de Palissy; puis il dit à l'étranger d'un air insouciant - Voyez, monsieur, voyez! Nous n'avons en bas que des choses assez ordinaires; mais si vous voulez prendre la peine de monter au premier étage, je pourrai vous montrer de fort belles momies du Caire, plusieurs poteries incrustées, quelques ébÚnes sculptées, vraie renaissance , récemment arrivées, et qui sont de toute beauté. Dans l'horrible situation oÃÂč se trouvait l'inconnu, ce babil de cicérone, ces phrases sottement mercantiles furent pour lui comme les taquineries mesquines par lesquelles des esprits étroits assassinent un homme de génie. Portant sa croix jusqu'au bout, il parut écouter son conducteur et lui répondit par gestes ou par monosyllabes; mais insensiblement il sut conquérir le droit d'ÃÂȘtre silencieux, et put se livrer sans crainte à ses derniÚres méditations, qui furent terribles. Il était poÚte, et son ùme rencontra fortuitement une immense pùture il devait voir par avance les ossements de vingt mondes. Au premier coup d'oeil, les magasins lui offrirent un tableau confus, dans lequel toutes les oeuvres humaines et divines se heurtaient. Des crocodiles, des singes, des boas empaillés souriaient à des vitraux d'église, semblaient vouloir mordre des bustes, courir aprÚs des laques, ou grimper sur des lustres. Un vase de SÚvres, oÃÂč Mme Jacotot avait peint Napoléon, se trouvait auprÚs d'un sphinx dédié à Sésostris. Le commencement du monde et les événements d'hier se mariaient avec une grotesque bonhomie. Un tournebroche était posé sur un ostensoir, un sabre républicain sur une hacquebute du Moyen Age. Mme Dubarry peinte au pastel par Latour, une étoile sur la tÃÂȘte, nue et dans un nuage, paraissait contempler avec concupiscence une chibouque indienne, en cherchant à deviner l'utilité des spirales qui serpentaient vers elle. Les instruments de mort, poignards, pistolets curieux, armes à secret, étaient jetés pÃÂȘle - mÃÂȘle avec des instruments de vie soupiÚres en porcelaine, assiettes de Saxe, tasses diaphanes venues de Chine, saliÚres antiques, drageoirs féodaux. Un vaisseau d'ivoire voguait à pleines voiles sur le dos d'une immobile tortue. Une machine pneumatique éborgnait l'empereur Auguste, majestueusement impassible. Plusieurs portraits d'échevins français, de bourgmestres hollandais, insensibles alors comme pendant leur vie, s'élevaient au-dessus de ce chaos d'antiquités, en y lançant un regard pùle et froid. Tous les pays de la terre semblaient avoir apporté là quelques débris de leurs sciences, un échantillon de leurs arts. C'était une espÚce de fumier philosophique auquel rien ne manquait, ni le calumet du sauvage, ni la pantoufle vert et or du sérail, ni le yatagan du Maure, ni l'idole des Tartares. Il y avait jusqu'à la blague à tabac du soldat, jusqu'au ciboire du prÃÂȘtre, jusqu'aux plumes d'un trÎne. Ces monstrueux tableaux étaient encore assujettis à mille accidents de lumiÚre par la bizarrerie d'une multitude de reflets dus à la confusion des nuances, à la brusque opposition des jours et des noirs. L'oreille croyait entendre des cris interrompus, l'esprit saisir des drames inachevés, l'oeil apercevoir des lueurs mal étouffées. Enfin une poussiÚre obstinée avait jeté son léger voile sur tous ces objets, dont les angles multipliés et les sinuosités nombreuses produisaient les effets les plus pittoresques. L'inconnu compara d'abord ces trois salles gorgées de civilisation, de cultes, de divinités, de chefs-d'oeuvre, de royautés, de débauches, de raison et de folie, à un miroir plein de facettes dont chacune représentait un monde. AprÚs cette impression brumeuse, il voulut choisir ses jouissances; mais à force de regarder, de penser, de rÃÂȘver, il tomba sous la puissance d'une fiÚvre due peut-ÃÂȘtre à la faim qui rugissait dans ses entrailles. La vue de tant d'existences nationales ou individuelles, attestées par ces gages humains qui leur survivaient, acheva d'engourdir les sens du jeune homme; le désir qui l'avait poussé dans le magasin fut exaucé il sortit de la vie réelle, monta par degrés vers un monde idéal, arriva dans les palais enchantés de l'Extase oÃÂč l'univers lui apparut par bribes et en traits de feu, comme l'avenir passa jadis flamboyant aux yeux de saint Jean dans Pathmos. Une multitude de figures endolories, gracieuses et terribles, obscures et lucides, lointaines et rapprochées, se leva par masses, par myriades, par générations. L'Egypte, roide, mystérieuse se dressa de ses sables, représentée par une momie qu'enveloppaient des bandelettes noires; puis ce fut les Pharaons ensevelissant des peuples pour se construire une tombe, et Moïse, et les Hébreux, et le désert, il entrevit tout un monde antique et solennel. FraÃche et suave, une statue de marbre assise sur une colonne torse et rayonnant de blancheur lui parla des mythes voluptueux de la GrÚce et de l'Ionie. Ah! qui n'aurait souri comme lui de voir sur un fond rouge la jeune fille brune dansant dans la fine argile d'un vase étrusque devant le Dieu Priape qu'elle saluait d'un air joyeux? En regard, une reine latine caressait sa chimÚre avec amour! Les caprices de la Rome impériale respiraient là tout entiers et révélaient le bain, la couche, la toilette d'une Julie indolente, songeuse, attendant son Tibulle. Armée du pouvoir des talismans arabes, la tÃÂȘte de Cicéron évoquait les souvenirs de la Rome libre et lui déroulait les pages de Tite - Live. Le jeune homme contempla Senatus Populusque romanus le consul, les licteurs, les toges bordées de pourpre, les luttes du Forum, le peuple courroucé défilaient lentement devant lui comme les vaporeuses figures d'un rÃÂȘve. Enfin la Rome chrétienne dominait ces images. Une peinture ouvrait les cieux, il y voyait la Vierge Marie plongée dans un nuage d'or, au sein des anges, éclipsant la gloire du soleil, écoutant les plaintes des malheureux auxquels cette Eve régénérée souriait d'un air doux. En touchant une mosaïque faite avec les différentes laves du Vésuve et de l'Etna, son ùme s'élançait dans la chaude et fauve Italie il assistait aux orgies des Borgia, courait dans les Abruzzes, aspirait aux amours italiennes, se passionnait pour les blancs visages aux longs yeux noirs. Il frémissait aux dénouements nocturnes interrompus par la froide épée d'un mari, en apercevant une dague du Moyen Age dont la poignée était travaillée comme l'est une dentelle, et dont la rouille ressemblait à des taches de sang. L'Inde et ses religions revivaient dans une idole coiffée de son chapeau pointu, à losanges relevés, parée de clochettes, vÃÂȘtue d'or et de soie. PrÚs du magot, une natte, jolie comme la bayadÚre qui s'y était roulée, exhalait encore les odeurs du sandal. Un monstre de la Chine dont les yeux restaient tordus, la bouche contournée, les membres torturés, réveillait l'ùme par les inventions d'un peuple qui, fatigué du beau toujours unitaire, trouve d'ineffables plaisirs dans la fécondité des laideurs. Une saliÚre sortie des ateliers de Benvenuto Cellini le reportait au sein de la Renaissance, au temps oÃÂč les arts et la licence fleurissaient, oÃÂč les souverains se divertissaient à des supplices, oÃÂč les conciles couchés dans les bras des courtisanes décrétaient la chasteté pour les simples prÃÂȘtres. Il vit les conquÃÂȘtes d'Alexandre sur un camée, les massacres de Pizarre dans une arquebuse à mÚche, les guerres de religion échevelées, bouillantes, cruelles, au fond d'un casque. Puis, les riantes images de la chevalerie sourdirent d'une armure de Milan supérieurement damasquinée, bien fourbie, et sous la visiÚre de laquelle brillaient encore les yeux d'un paladin. Cet océan de meubles, d'inventions, de modes, d'oeuvres, de ruines, lui composait un poÚme sans fin. Formes, couleurs, pensées, tout revivait là ; mais rien de complet ne s'offrait à l'ùme. Le poÚte devait achever les croquis du grand peintre qui avait fait cette immense palette oÃÂč les innombrables accidents de la vie humaine étaient jetés à profusion, avec dédain. AprÚs s'ÃÂȘtre emparé du monde, aprÚs avoir contemplé des pays, des ùges, des rÚgnes, le jeune homme revint à des existences individuelles. Il se personnifia de nouveau, s'empara des détails en repoussant la vie des nations comme trop accablante pour un seul homme. Là dormait un enfant en cire, sauvé du cabinet de Ruysch, et cette ravissante créature lui rappelait les joies de son jeune ùge. Au prestigieux aspect du pagne virginal de quelque jeune fille d'Otaïti, sa brûlante imagination lui peignait la vie simple de la nature, la chaste nudité de la vraie pudeur, les délices de la paresse si naturelle à l'homme, toute une destinée calme au bord d'un ruisseau frais et rÃÂȘveur, sous un bananier qui dispensait une manne savoureuse, sans culture. Mais tout à coup il devenait corsaire, et revÃÂȘtait la terrible poésie empreinte dans le rÎle de Lara, vivement inspiré par les couleurs nacrées de mille coquillages, exalté par la vue de quelques madrépores qui sentaient le varech, les algues et les ouragans atlantiques. Admirant plus loin les délicates miniatures, les arabesques d'azur et d'or qui enrichissaient quelque précieux missel manuscrit, il oubliait les tumultes de la mer. Mollement balancé dans une pensée de paix, il épousait de nouveau l'étude et la science, souhaitait la grasse vie des moines exempte de chagrins, exempte de plaisirs, et se couchait au fond d'une cellule, en contemplant par sa fenÃÂȘtre en ogive les prairies, les bois, les vignobles de son monastÚre. Devant quelques Teniers, il endossait la casaque d'un soldat ou la misÚre d'un ouvrier; il désirait porter le bonnet sale et enfumé des Flamands, s'enivrait de biÚre, jouait aux cartes avec eux, et souriait à une grosse paysanne d'un attrayant embonpoint. Il grelottait en voyant une tombée de neige de Mieris, ou se battait en regardant un combat de Salvator Rosa. Il caressait un tomhawk d'Illinois, et sentait le scalpel d'un Chérokée qui lui enlevait la peau du crùne. Emerveillé à l'aspect d'un rebec, il le confiait à la main d'une chùtelaine en en savourant la romance mélodieuse et lui déclarant son amour, le soir, auprÚs d'une cheminée gothique, dans la pénombre oÃÂč se perdait un regard de consentement. Il s'accrochait à toutes les joies, saisissait toutes les douleurs, s'emparait de toutes les formules d'existence en éparpillant si généreusement sa vie et ses sentiments sur les simulacres de cette nature plastique et vide, que le bruit de ses pas retentissait dans son ùme comme le son lointain d'un autre monde, comme la rumeur de Paris arrive sur les tours de Notre - Dame. En montant l'escalier intérieur qui conduisait aux salles situées au premier étage, il vit des boucliers votifs, des panoplies, des tabernacles sculptés, des figures en bois pendues aux murs, posées sur chaque marche. Poursuivi par les formes les plus étranges, par des créations merveilleuses assises sur les confins de la mort et de la vie, il marchait dans les enchantements d'un songe. Enfin, doutant de son existence, il était comme ces objets curieux, ni tout à fait mort, ni tout à fait vivant. Quand il entra dans les nouveaux magasins, le jour commençait à pùlir; mais la lumiÚre semblait inutile aux richesses resplendissant d'or et d'argent qui s'y trouvaient entassées. Les plus coûteux caprices de dissipateurs morts sous des mansardes aprÚs avoir possédé plusieurs millions, étaient dans ce vaste bazar des folies humaines. Une écritoire payée cent mille francs et rachetée pour cent sous, gisait auprÚs d'une serrure à secret dont le prix aurait suffi jadis à la rançon d'un roi. Là , le génie humain apparaissait dans toutes les pompes de sa misÚre, dans toute la gloire de ses gigantesques petitesses. Une table d'ébÚne, véritable idole d'artistes, sculptée d'aprÚs les dessins de Jean Goujon et qui coûta jadis plusieurs années de travail, avait été peut-ÃÂȘtre acquise au prix du bois à brûler. Des coffrets précieux, des meubles faits par la main des fées, y étaient dédaigneusement amoncelés. - Vous avez des millions ici, s'écria le jeune homme en arrivant à la piÚce qui terminait une immense enfilade d'appartements dorés et sculptés par des artistes du siÚcle dernier. - Dites des milliards, répondit le gros garçon joufflu. Mais ce n'est rien encore, montez au troisiÚme étage, et vous verrez! L'inconnu suivit son conducteur et parvint à une quatriÚme galerie oÃÂč successivement passÚrent devant ses yeux fatigués plusieurs tableaux du Poussin, une sublime statue de Michel-Ange, quelques ravissants paysages de Claude Lorrain, un Gérard Dow qui ressemblait à une page de Sterne, des Rembrandt, des Murillo, des Velasquez sombres et colorés comme un poÚme de lord Byron; puis des bas-reliefs antiques, des coupes d'agate, des onyx merveilleux!... Enfin c'était des travaux à dégoûter du travail, des chefs-d'oeuvre accumulés à faire prendre en haine les arts et à tuer l'enthousiasme. Il arriva devant une Vierge de RaphaÃl, mais il était las de RaphaÃl. Une figure de CorrÚge qui voulait un regard ne l'obtint mÃÂȘme pas. Un vase inestimable en porphyre antique et dont les sculptures circulaires représentaient de toutes les priapées romaines la plus grotesquement licencieuse, délices de quelque Corinne, eut à peine un sourire. Il étouffait sous les débris de cinquante siÚcles évanouis, il était malade de toutes ces pensées humaines, assassiné par le luxe et les arts, oppressé sous ces formes renaissant qui, pareilles à des monstres enfantés sous ses pieds par quelque malin génie, lui livraient un combat sans fin. Semblable en ses caprices à la chimie moderne qui résume la création par un gaz, l'ùme ne compose-t-elle pas de terribles poisons par la rapide concentration de ses jouissances, de ses forces ou de ses idées? Beaucoup d'hommes ne périssent-ils pas sous le foudroiement de quelque acide moral soudainement épandu dans leur ÃÂȘtre intérieur? - Que contient cette boÃte? demanda-t-il en arrivant à un grand cabinet, dernier monceau de gloire, d'efforts humains, d'originalités, de richesses parmi lesquelles il montra du doigt une grande caisse carrée construite en acajou, suspendue à un clou par une chaÃne d'argent. - Ah! monsieur en a la clef, dit le gros garçon avec un air de mystÚre. Si vous désirez voir ce portrait, je me hasarderai volontiers à prévenir monsieur. - Vous hasarder! reprit le jeune homme. Votre maÃtre est-il un prince? - Mais, je ne sais pas, répondit le garçon. Ils se regardÚrent pendant un moment aussi étonnés l'un que l'autre. AprÚs avoir interprété le silence de l'inconnu comme un souhait, l'apprenti le laissa seul dans le cabinet. Vous ÃÂȘtes-vous jamais lancé dans l'immensité de l'espace et du temps, en lisant les oeuvres géologiques de Cuvier? Emporté par son génie, avez-vous plané sur l'abÃme sans bornes du passé, comme soutenu par la main d'un enchanteur? En découvrant de tranche en tranche, de couche en couche, sous les carriÚres de Montmartre ou dans les schistes de l'Oural, ces animaux dont les dépouilles fossilisées appartiennent à des civilisations antédiluviennes, l'ùme est effrayée d'entrevoir des milliards d'années, des millions de peuples que la faible mémoire humaine, que l'indestructible tradition divine ont oubliés et dont la cendre entassée à la surface de notre globe, y forme les deux pieds de terre qui nous donnent du pain et des fleurs. Cuvier n'est-il pas le plus grand poÚte de notre siÚcle? Lord Byron a bien reproduit par des mots quelques agitations morales; mais notre immortel naturaliste a reconstruit des mondes avec des os blanchis, a rebùti comme Cadmus des cités avec des dents, a repeuplé mille forÃÂȘts de tous les mystÚres de la zoologie avec quelques fragments de houille, a retrouvé des populations de géants dans le pied d'un mammouth. Ces figures se dressent, grandissent et meublent des régions en harmonie avec leurs statures colossales. Il est poÚte avec des chiffres, il est sublime en posant un zéro prÚs d'un sept. Il réveille le néant sans prononcer des paroles artificiellement magiques, il fouille une parcelle de gypse, y aperçoit une empreinte, et vous crie Voyez! Soudain les marbres s'animalisent, la mort se vivifie, le monde se déroule! AprÚs d'innombrables dynasties de créatures gigantesques, aprÚs des races de poissons et des clans de mollusques, arrive enfin le genre humain, produit dégénéré d'un type grandiose, brisé peut-ÃÂȘtre par le Créateur. Echauffés par son regard rétrospectif, ces hommes chétifs, nés d'hier, peuvent franchir le chaos, entonner un hymne sans fin et se configurer le passé de l'univers dans une sorte d'Apocalypse, rétrograde. En présence de cette épouvantable résurrection due à la voix d'un seul homme, la miette dont l'usufruit nous est concédé dans cet infini sans nom, commun à toutes les sphÚres et que nous avons nommé LE TEMPS, cette minute de vie nous fait pitié. Nous nous demandons, écrasés que nous sommes sous tant d'univers en ruines, à quoi bon nos gloires, nos haines, nos amours; et si, pour devenir un point intangible dans l'avenir, la peine de vivre doit s'accepter? Déracinés du présent, nous sommes morts jusqu'à ce que notre valet de chambre entre et vienne nous dire - "Madame la comtesse a répondu qu'elle attendait monsieur! " Les merveilles dont l'aspect venait de présenter au jeune homme toute la création connue mirent dans son ùme l'abattement que produit chez le philosophe la vue scientifique des créations inconnues, il souhaita plus vivement que jamais de mourir, et tomba sur une chaise curule en laissant errer ses regards à travers les fantasmagories de ce panorama du passé. Les tableaux s'illuminÚrent, les tÃÂȘtes de vierge lui sourirent, et les statues se colorÚrent d'une vie trompeuse. A la faveur de l'ombre, et mises en danse par la fiévreuse tourmente qui fermentait dans son cerveau brisé, ces oeuvres s'agitÚrent et tourbillonnÚrent devant lui; chaque magot lui jeta sa grimace, les paupiÚres des personnages représentés dans les tableaux s'abaissÚrent sur leurs yeux pour les rafraÃchir. Chacune de ces formes frémit, sautilla, se détacha de sa place gravement, légÚrement, avec grùce ou brusquerie, selon ses moeurs, son caractÚre et sa contexture. Ce fut un mystérieux sabbat digne des fantaisies entrevues par le docteur Faust sur le Brocken . Mais ces phénomÚnes d'optique enfantés par la fatigue, par la tension des forces oculaires ou par les caprices du crépuscule, ne pouvaient effrayer l'inconnu. Les terreurs de la vie étaient impuissantes sur une ùme familiarisée avec les terreurs de la mort. Il favorisa mÃÂȘme par une sorte de complicité railleuse les bizarreries de ce galvanisme moral dont les prodiges s'accouplaient aux derniÚres pensées qui lui donnaient encore le sentiment de l'existence. Le silence régnait si profondément autour de lui, que bientÎt il s'aventura dans une douce rÃÂȘverie dont les impressions graduellement noires suivirent, de nuance en nuance et comme par magie, les lentes dégradations de la lumiÚre. Une lueur en quittant le ciel fit reluire un dernier reflet rouge en luttant contre la nuit, il leva la tÃÂȘte, vit un squelette à peine éclairé qui pencha dubitativement son crùne de droite à gauche, comme pour lui dire Les morts ne veulent pas encore de toi! En passant la main sur son front pour en chasser le sommeil, le jeune homme sentit distinctement un vent frais produit par je ne sais quoi de velu qui lui effleura les joues, et il frissonna. Les vitres ayant retenti d'un claquement sourd, il pensa que cette froide caresse digne des mystÚres de la tombe venait de quelque chauve-souris. Pendant un moment encore, les vagues reflets du couchant lui permirent d'apercevoir indistinctement les fantÎmes par lesquels il était entouré; puis toute cette nature morte s'abolit dans une mÃÂȘme teinte noire. La nuit, l'heure de mourir était subitement venue. Il s'écoula, dÚs ce moment, un certain laps de temps pendant lequel il n'eut aucune perception claire des choses terrestres, soit qu'il se fût enseveli dans une rÃÂȘverie profonde, soit qu'il eût cédé à la somnolence provoquée par ses fatigues et par la multitude des pensées qui lui déchiraient le coeur. Tout à coup il crut avoir été appelé par une voix terrible, et il tressaillit comme lorsqu'au milieu d'un brûlant cauchemar nous sommes précipités d'un seul bond dans les profondeurs d'un abÃme. Il ferma les yeux, les rayons d'une vive lumiÚre l'éblouissaient; il voyait briller au sein des ténÚbres une sphÚre rougeùtre dont le centre était occupé par un petit vieillard qui se tenait debout et dirigeait sur lui la clarté d'une lampe. Il ne l'avait entendu ni venir, ni parler, ni se mouvoir. Cette apparition eut quelque chose de magique. L'homme le plus intrépide, surpris ainsi dans son sommeil, aurait sans doute tremblé devant ce personnage qui semblait ÃÂȘtre sorti d'un sarcophage voisin. La singuliÚre jeunesse qui animait les yeux immobiles de cette espÚce de fantÎme empÃÂȘchait l'inconnu de croire à des effets surnaturels; néanmoins, pendant le rapide intervalle qui sépara sa vie somnambulique de sa vie réelle, il demeura dans le doute philosophique recommandé par Descartes, et fut alors, malgré lui, sous la puissance de ces inexplicables hallucinations dont les mystÚres sont condamnés par notre fierté ou que notre science impuissante tùche en vain d'analyser. Figurez-vous un petit vieillard sec et maigre, vÃÂȘtu d'une robe en velours noir, serrée autour de ses reins par un gros cordon de soie. Sur sa tÃÂȘte, une calotte en velours également noir laissait passer, de chaque cÎté de la figure, les longues mÚches de ses cheveux blancs et s'appliquait sur le crùne de maniÚre à rigidement encadrer le front. La robe ensevelissait le corps comme dans un vaste linceul, et ne permettait de voir d'autre forme humaine qu'un visage étroit et pùle. Sans le bras décharné, qui ressemblait à un bùton sur lequel on aurait posé une étoffe et que le vieillard tenait en l'air pour faire porter sur le jeune homme toute la clarté de la lampe, ce visage aurait paru suspendu dans les airs. Une barbe grise et taillée en pointe cachait le menton de cet ÃÂȘtre bizarre, et lui donnait l'apparence de ces tÃÂȘtes judaïques qui servent de types aux artistes quand ils veulent représenter Moïse. Les lÚvres de cet homme étaient si décolorées, si minces, qu'il fallait une attention particuliÚre pour deviner la ligne tracée par la bouche dans son blanc visage. Son large front ridé, ses joues blÃÂȘmes et creuses, la rigueur implacable de ses petits yeux verts dénués de cils et de sourcils, pouvaient faire croire à l'inconnu que le Peseur d'or de Gérard Dow était sorti de son cadre. Une finesse d'inquisiteur trahie par les sinuosités de ses rides et par les plis circulaires dessinés sur ses tempes, accusait une science profonde des choses de la vie. Il était impossible de tromper cet homme qui semblait avoir le don de surprendre les pensées au fond des coeurs les plus discrets. Les moeurs de toutes les nations du globe et leurs sagesses se résumaient sur sa face froide, comme les productions du monde entier se trouvaient accumulées dans ses magasins poudreux. Vous y auriez lu la tranquillité lucide d'un Dieu qui voit tout, ou la force orgueilleuse d'un homme qui a tout vu. Un peintre aurait, avec deux expressions différentes et en deux coups de pinceau, fait de cette figure une belle image du PÚre Eternel ou le masque ricaneur du MéphistophélÚs, car il se trouvait tout ensemble une suprÃÂȘme puissance dans le front et de sinistres railleries sur la bouche. En broyant toutes les peines humaines sous un pouvoir immense, cet homme devait avoir tué les joies terrestres. Le moribond frémit en pressentant que ce vieux génie habitait une sphÚre étrangÚre au monde, et oÃÂč il vivait seul, sans jouissances parce qu'il n'avait plus d'illusion, sans douleur parce qu'il ne connaissait plus de plaisirs. Le vieillard se tenait debout, immobile, inébranlable comme une étoile au milieu d'un nuage de lumiÚre. Ses yeux verts, pleins de je ne sais quelle malice calme, semblaient éclairer le monde moral comme sa lampe illuminait ce cabinet mystérieux. Tel fut le spectacle étrange qui surprit le jeune homme au moment oÃÂč il ouvrit les yeux, aprÚs avoir été bercé par des pensées de mort et de fantasques images. S'il demeura comme étourdi, s'il se laissa momentanément dominer par une croyance digne d'enfants qui écoutent les contes de leurs nourrices, il faut attribuer cette erreur au voile étendu sur sa vie et sur son entendement par ses méditations, à l'agacement de ses nerfs irrités, au drame violent dont les scÚnes venaient de lui prodiguer les atroces délices contenues dans un morceau d'opium. Cette vision avait lieu dans Paris, sur le quai Voltaire, au dix-neuviÚme siÚcle, temps et lieux oÃÂč la magie devait ÃÂȘtre impossible. Voisin de la maison oÃÂč le dieu de l'incrédulité française avait expiré, disciple de Gay-Lussac et d'Arago, contempteur des tours de gobelets que font les hommes du pouvoir, l'inconnu n'obéissait sans doute qu'à ces fascinations poétiques auxquelles nous nous prÃÂȘtons souvent comme pour fuir de désespérantes vérités, comme pour tenter la puissance de Dieu. Il trembla donc devant cette lumiÚre et ce vieillard, agité par l'inexplicable pressentiment de quelque pouvoir étrange; mais cette émotion était semblable à celle que nous avons tous éprouvée devant Napoléon, ou en présence de quelque grand homme brillant de génie et revÃÂȘtu de gloire. - Monsieur désire voir le portrait de Jésus-Christ peint par RaphaÃl? lui dit courtoisement le vieillard d'une voix dont la sonorité claire et brÚve avait quelque chose de métallique. Et il posa la lampe sur le fût d'une colonne brisée, de maniÚre à ce que la boÃte brune reçût toute la clarté. Aux noms religieux de Jésus-Christ et de RaphaÃl, il échappa au jeune homme un geste de curiosité, sans doute attendu par le marchand qui fit jouer un ressort. Soudain le panneau d'acajou glissa dans une rainure, tomba sans bruit et livra la toile à l'admiration de l'inconnu. A l'aspect de cette immortelle création, il oublia les fantaisies du magasin, les caprices de son sommeil, redevint homme, reconnut dans le vieillard une créature de chair, bien vivante, nullement fantasmagorique, et revécut dans le monde réel. La tendre sollicitude, la douce sérénité du divin visage influÚrent aussitÎt sur lui. Quelque parfum épanché des cieux dissipa les tortures infernales qui lui brûlaient la moelle des os. La tÃÂȘte du Sauveur des hommes paraissait sortir des ténÚbres figurées par un fond noir; une auréole de rayons étincelait vivement autour de sa chevelure d'oÃÂč cette lumiÚre voulait sortir sous le front, sous les chairs, il y avait une éloquente conviction qui s'échappait de chaque trait par de pénétrantes effluves. Les lÚvres vermeilles venaient de faire entendre la parole de vie, et le spectateur en cherchait le retentissement sacré dans les airs, il en demandait les ravissantes paraboles au silence, il l'écoutait dans l'avenir, la retrouvait dans les enseignements du passé. L'Evangile était traduit par la simplicité calme de ces adorables yeux oÃÂč se réfugiaient les ùmes troublées. Enfin la religion catholique se lisait tout entiÚre en un suave et magnifique sourire qui semblait exprimer ce précepte oÃÂč elle se résume Aimez-vous les uns les autres ! Cette peinture inspirait une priÚre, recommandait le pardon, étouffait l'égoïsme, réveillait toutes les vertus endormies. Partageant le privilÚge des enchantements de la musique, l'oeuvre de RaphaÃl vous jetait sous le charme impérieux des souvenirs, et son triomphe était complet, on oubliait le peintre. Le prestige de la lumiÚre agissait encore sur cette merveille; par moments il semblait que la tÃÂȘte s'agitùt dans le lointain, au sein de quelque nuage. - J'ai couvert cette toile de piÚces d'or, dit froidement le marchand. - Eh! bien, il va falloir mourir, s'écria le jeune homme qui sortait d'une rÃÂȘverie dont la derniÚre pensée l'avait ramené vers sa fatale destinée en le faisant descendre par d'insensibles déductions d'une derniÚre espérance à laquelle il s'était attaché. - Ah! ah! j'avais donc raison de me méfier de toi, répondit le vieillard en saisissant les deux mains du jeune homme qu'il serra par les poignets dans l'une des siennes, comme dans un étau. L'inconnu sourit tristement de cette méprise et dit d'une voix douce - Hé! monsieur, ne craignez rien, il s'agit de ma vie et non de la vÎtre. Pourquoi n'avouerais-je pas une innocente supercherie, reprit-il aprÚs avoir regardé le vieillard inquiet. En attendant la nuit, afin de pouvoir me noyer sans esclandre, je suis venu voir vos richesses. Qui ne pardonnerait ce dernier plaisir à un homme de science et de poésie? Le soupçonneux marchand examina d'un oeil sagace le morne visage de son faux chaland tout en l'écoutant parler. Rassuré bientÎt par l'accent de cette voix douloureuse, ou lisant peut-ÃÂȘtre dans ces traits décolorés les sinistres destinées qui naguÚre avaient fait frémir les joueurs, il lùcha les mains; mais par un reste de suspicion qui révéla une expérience au moins centenaire, il étendit nonchalamment le bras vers un buffet comme pour s'appuyer, et dit en y prenant un stylet - Etes-vous depuis trois ans surnuméraire au trésor, sans y avoir touché de gratification? L'inconnu ne put s'empÃÂȘcher de sourire en faisant un geste négatif. - Votre pÚre vous a-t-il trop vivement reproché d'ÃÂȘtre venu au monde, ou bien ÃÂȘtes-vous déshonoré? - Si je voulais me déshonorer, je vivrais. - Avez-vous été sifflé aux Funambules, ou vous trouvez-vous obligé de composer des flons flons pour payer le convoi de votre maÃtresse? N'auriez-vous pas plutÎt la maladie de l'or? voulez-vous détrÎner l'ennui? Enfin, quelle erreur vous engage à mourir? - Ne cherchez pas le principe de ma mort dans les raisons vulgaires qui commandent la plupart des suicides. Pour me dispenser de vous dévoiler des souffrances inouïes et qu'il est difficile d'exprimer en langage humain, je vous dirai que je suis dans la plus profonde, la plus ignoble, la plus perçante de toutes les misÚres. Et, ajouta-t-il d'un ton de voix dont la fierté sauvage démentait ses paroles précédentes, je ne veux mendier ni secours ni consolations. - Eh! eh! Ces deux syllabes que d'abord le vieillard fit entendre pour toute réponse ressemblÚrent au cri d'une crécelle. Puis il reprit ainsi - Sans vous forcer à m'implorer, sans vous faire rougir, et sans vous donner un centime de France, un parat du Levant, un tarain de Sicile, un heller d'Allemagne, un copec de Russie, un farthing d'Ecosse, une seule des sesterces ou des oboles de l'ancien monde, ni une piastre du nouveau, sans vous offrir quoi que ce soit en or, argent, billon, papier, billet, je veux vous faire plus riche, plus puissant et plus considéré que ne peut l'ÃÂȘtre un roi constitutionnel. Le jeune homme crut le vieillard en enfance, et resta comme engourdi, sans oser répondre. - Retournez-vous, dit le marchand en saisissant tout à coup la lampe pour en diriger la lumiÚre sur le mur qui faisait face au portrait, et regardez cette PEAU DE CHAGRIN, ajouta-t-il. Le jeune homme se leva brusquement et témoigna quelque surprise en apercevant au-dessus du siÚge oÃÂč il s'était assis un morceau de chagrin accroché sur le mur, et dont la dimension n'excédait pas celle d'une peau de renard; mais, par un phénomÚne inexplicable au premier abord, cette peau projetait au sein de la profonde obscurité qui régnait dans le magasin des rayons si lumineux que vous eussiez dit d'une petite comÚte. Le jeune incrédule s'approcha de ce prétendu talisman qui devait le préserver du malheur, et s'en moqua par une phrase mentale. Cependant, animé d'une curiosité bien légitime, il se pencha pour regarder alternativement la Peau sous toutes les faces, et découvrit bientÎt une cause naturelle à cette singuliÚre lucidité. Les grains noirs du chagrin étaient si soigneusement polis et si bien brunis, les rayures capricieuses en étaient si propres et si nettes que, pareilles à des facettes de grenat, les aspérités de ce cuir oriental formaient autant de petits foyers qui réfléchissaient vivement la lumiÚre. Il démontra mathématiquement la raison de ce phénomÚne au vieillard, qui, pour toute réponse, sourit avec malice. Ce sourire de supériorité fit croire au jeune savant qu'il était la dupe en ce moment de quelque charlatanisme. Il ne voulut pas emporter une énigme de plus dans la tombe, et retourna promptement la Peau comme un enfant pressé de connaÃtre les secrets de son jouet nouveau. - Ah! ah! s'écria-t-il, voici l'empreinte du sceau que les Orientaux nomment le cachet de Salomon. - Vous le connaissez donc? demanda le marchand dont les narines laissÚrent passer deux ou trois bouffées d'air qui peignirent plus d'idées que n'en auraient exprimé les plus énergiques paroles. - Existe-t-il au monde un homme assez simple pour croire à cette chimÚre? s'écria le jeune homme piqué d'entendre ce rire muet et plein d'amÚres dérisions. Ne savez-vous pas, ajouta-t-il, que les superstitions de l'Orient ont consacré la forme mystique et les caractÚres mensongers de cet emblÚme qui représente une puissance fabuleuse? je ne crois pas devoir ÃÂȘtre plus taxé de niaiserie dans cette circonstance que si je parlais des Sphinx ou des Griffons, dont l'existence est en quelque sorte mythologiquement admise. - Puisque vous ÃÂȘtes un orientaliste, reprit le vieillard, peut-ÃÂȘtre lirez-vous cette sentence? Il apporta la lampe prÚs du talisman que le jeune homme tenait à l'envers, et lui fit apercevoir des caractÚres incrustés dans le tissu cellulaire de cette Peau merveilleuse, comme s'ils eussent été produits par l'animal auquel elle avait jadis appartenu. - J'avoue, s'écria l'inconnu, que je ne devine guÚre le procédé dont on se sera servi pour graver si profondément ces lettres sur la peau d'un onagre. Et, se retournant avec vivacité vers les tables chargées de curiosités, ses yeux parurent y chercher quelque chose. - Que voulez-vous? demanda le vieillard. - Un instrument pour trancher le chagrin, afin de voir si les lettres y sont empreintes ou incrustées. Le vieillard présenta son stylet à l'inconnu, qui le prit et tenta d'entamer la Peau à l'endroit oÃÂč les paroles se trouvaient écrites; mais, quand il eut enlevé une légÚre couche de cuir, les lettres y reparurent si nettes et tellement conformes à celles qui étaient imprimées sur la surface, que, pendant un moment, il crut n'en avoir rien Îté. - L'industrie du Levant a des secrets qui lui sont réellement particuliers, dit-il en regardant la sentence orientale avec une sorte d'inquiétude. - Oui, répondit le vieillard, il vaut mieux s'en prendre aux hommes qu'à Dieu! Les paroles mystérieuses étaient disposées de la maniÚre suivante Ce qui voulait dire en français SI TU ME POSSEDES, TU POSSEDERAS TOUT. MAIS TA VIE M'APPARTIENDRA. DIEU L'A VOULU AINSI. DESIRE, ET TES DESIRS SERONT ACCOMPLIS. MAIS REGLE TES SOUHAITS SUR TA VIE. ELLE EST LA. A CHAQUE VOULOIR JE DECROITRAI COMME TES JOURS. ME VEUX-TU? PRENDS. DIEU T'EXAUCERA. SOIT! - Ah! vous lisez couramment le sanscrit, dit le vieillard. Peut-ÃÂȘtre avez-vous voyagé en Perse ou dans le Bengale? - Non, monsieur, répondit le jeune homme en tùtant avec curiosité cette Peau symbolique, assez semblable à une feuille de métal par son peu de flexibilité. Le vieux marchand remit la lampe sur la colonne oÃÂč il l'avait prise, en lançant au jeune homme un regard empreint d'une froide ironie qui semblait dire il ne pense déjà plus à mourir. - Est-ce une plaisanterie, est-ce un mystÚre? demanda le jeune inconnu. Le vieillard hocha de la tÃÂȘte et dit gravement je ne saurais vous répondre. J'ai offert le terrible pouvoir que donne ce talisman à des hommes doués de plus d'énergie que vous ne paraissez en avoir; mais, tout en se moquant de la problématique influence qu'il devait exercer sur leurs destinées futures, aucun n'a voulu se risquer à conclure ce contrat si fatalement proposé par je ne sais quelle puissance. Je pense comme eux, j'ai douté, je me suis abstenu, et... - Et vous n'avez pas mÃÂȘme essayé? dit le jeune homme ne l'interrompant. - Essayer! dit le vieillard. Si vous étiez sur la colonne de la place VendÎme, essaieriez-vous de vous jeter dans les airs? Peut-on arrÃÂȘter le cours de la vie? L'homme a-t-il jamais pu scinder la mort? Avant d'entrer dans ce cabinet, vous aviez résolu de vous suicider; mais tout à coup un secret vous occupe et vous distrait de mourir. Enfant! chacun de vos jours ne vous offrira-t-il pas une énigme plus intéressante que ne l'est celle-ci? Ecoutez-moi. J'ai vu la cour licencieuse du régent. Comme vous, j'étais alors dans la misÚre, j'ai mendié mon pain; néanmoins j'ai atteint l'ùge de cent deux ans, et suis devenu millionnaire le malheur m'a donné la fortune, l'ignorance m'a instruit. je vais vous révéler en peu de mots un grand mystÚre de la vie humaine. L'homme s'épuise par deux actes instinctivement accomplis qui tarissent les sources de son existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deux causes de mort VOULOIR et POUVOIR. Entre ces deux termes de l'action humaine, il est une autre formule dont s'emparent les sages, et je lui dois le bonheur et ma longévité. Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme. Ainsi le désir ou le vouloir est mort en moi, tué par la pensée; le mouvement ou le pouvoir s'est résolu par le jeu naturel de mes organes. En deux mots, j'ai placé ma vie, non dans le coeur qui se brise, non dans les sens qui s'émoussent, mais dans le cerveau qui ne s'use pas et qui survit à tout. Rien d'excessif n'a froissé ni mon ùme, ni mon corps. Cependant, j'ai vu le monde entier. Mes pieds ont foulé les plus hautes montagnes de l'Asie et de l'Amérique, j'ai appris tous les langages humains, et j'ai vécu sous tous les régimes. J'ai prÃÂȘté mon argent à un Chinois en prenant pour gage le corps de son pÚre, j'ai dormi sous la tente de l'Arabe sur la foi de sa parole, j'ai signé des contrats dans toutes les capitales européennes, et j'ai laissé sans crainte mon or dans le wigwam des sauvages; enfin j'ai tout obtenu, parce que j'ai tout su dédaigner. Ma seule ambition a été de voir. Voir, n'est-ce pas savoir?... Oh! savoir, jeune homme, n'est-ce pas jouir intuitivement? n'est-ce pas découvrir la substance mÃÂȘme du fait et s'en emparer essentiellement? Que reste-t-il d'une possession matérielle? une idée. Jugez alors combien doit ÃÂȘtre belle la vie d'un homme qui, pouvant empreindre toutes les réalités dans sa pensée, transporte en son ùme les sources du bonheur, en extrait mille voluptés idéales dépouillées des souillures terrestres. La pensée est la clef de tous les trésors, elle procure les joies de l'avare sans en donner les soucis. Aussi ai-je plané sur le monde, oÃÂč mes plaisirs ont toujours été des jouissances intellectuelles. Mes débauches étaient la contemplation des mers, des peuples, des forÃÂȘts, des montagnes! J'ai tout vu, mais tranquillement, sans fatigue; je n'ai jamais rien désiré, j'ai tout attendu. Je me suis promené dans l'univers comme dans le jardin d'une habitation qui m'appartenait. Ce que les hommes appellent chagrins, amours, ambitions, revers, tristesse, est, pour moi, des idées que je change en rÃÂȘveries; au lieu de les sentir, je les exprime, je les traduis; au lieu de leur laisser dévorer ma vie, je les dramatise, je les développe; je m'en amuse comme de romans que je lirais par une vision intérieure. N'ayant jamais lassé mes organes, je jouis encore d'une santé robuste. Mon ùme ayant hérité de toute la force dont je n'abusais pas, cette tÃÂȘte est encore mieux meublée que ne le sont mes magasins. Là , dit-il en se frappant le front, là sont les vrais millions. je passe des journées délicieuses en jetant un regard intelligent dans le passé; j'évoque des pays entiers, des sites, des vues de l'Océan, des figures historiquement belles! J'ai un sérail imaginaire oÃÂč je possÚde toutes les femmes que je n'ai pas eues. je revois souvent vos guerres, vos révolutions, et je les juge. Oh! comment préférer de fébriles, de légÚres admirations pour quelques chairs plus ou moins colorées, pour des formes plus ou moins rondes! comment préférer tous les désastres de vos volontés trompées à la faculté sublime de faire comparaÃtre en soi l'univers, au plaisir immense de se mouvoir sans ÃÂȘtre garotté par les liens du temps ni par les entraves de l'espace, au plaisir de tout embrasser, de tout voir, de se pencher sur le bord du monde pour interroger les autres sphÚres, pour écouter Dieu! Ceci, dit-il d'une voix éclatante en montrant la Peau de chagrin, est le pouvoir et le vouloir réunis. Là sont vos idées sociales, vos désirs excessifs, vos intempérances, vos joies qui tuent, vos douleurs qui font trop vivre; car le mal n'est peut-ÃÂȘtre qu'un violent plaisir. Qui pourrait déterminer le point oÃÂč la volupté devient un mal et celui oÃÂč le mal est encore la volupté? Les plus vives lumiÚres du monde idéal ne caressent-elles pas la vue, tandis que les plus douces ténÚbres du monde physique la blessent toujours. Le mot de Sagesse ne vient-il pas de savoir? et qu'est-ce que la folie, sinon l'excÚs d'un vouloir ou d'un pouvoir? - Eh! bien, oui, je veux vivre avec excÚs, dit l'inconnu en saisissant la Peau de chagrin. - Jeune homme, prenez garde, s'écria le vieillard avec une incroyable vivacité. - J'avais résolu ma vie par l'étude et par la pensée; mais elles ne m'ont mÃÂȘme pas nourri, répliqua l'inconnu. Je ne veux ÃÂȘtre la dupe ni d'une prédication digne de Swedenborg, ni de votre amulette orientale, ni des charitables efforts que vous faites, monsieur, pour me retenir dans un monde oÃÂč mon existence est désormais impossible. Voyons! ajouta-t-il en serrant le talisman d'une main convulsive et regardant le vieillard. Je veux un dÃner royalement splendide, quelque bacchanale digne du siÚcle oÃÂč tout s'est, dit-on, perfectionné! Que mes convives soient jeunes, spirituels et sans préjugés, joyeux jusqu'à la folie! Que les vins se succÚdent toujours plus incisifs, plus pétillants, et soient de force à nous enivrer pour trois jours! Que cette nuit soit parée de femmes ardentes! Je veux que la Débauche en délire et rugissant nous emporte dans son char à quatre chevaux, par-delà les bornes du monde, pour nous verser sur des plages inconnues que les ùmes montent dans les cieux ou se plongent dans la boue, je ne sais si alors elles s'élÚvent ou s'abaissent, peu m'importe! Donc je commande à ce pouvoir sinistre de me fondre toutes les joies dans une joie. Oui, j'ai besoin d'embrasser les plaisirs du ciel et de la terre dans une derniÚre étreinte pour en mourir. Aussi souhaité-je et des priapées antiques aprÚs boire, et des chants à réveiller les morts, et de triples baisers, des baisers sans fin dont la clameur passe sur Paris comme un craquement d'incendie, y réveille les époux et leur inspire une ardeur cuisante qui les rajeunisse tous, mÃÂȘme les septuagénaires! Un éclat de rire, parti de la bouche du petit vieillard, retentit dans les oreilles du jeune fou comme un bruissement de l'enfer, et l'interdit si despotiquement qu'il se tut. - Croyez-vous, dit le marchand, que mes planchers vont s'ouvrir tout à coup pour donner passage à des tables somptueusement servies et à des convives de l'autre monde? Non, non, jeune étourdi. Vous avez signé le pacte, tout est dit. Maintenant vos volontés seront scrupuleusement satisfaites, mais aux dépens de votre vie. Le cercle de vos jours, figuré par cette Peau, se resserrera suivant la force et le nombre de vos souhaits, depuis le plus léger jusqu'au plus exorbitant. Le bramine auquel je dois ce talisman m'a jadis expliqué qu'il s'opérerait un mystérieux accord entre les destinées et les souhaits du possesseur. Votre premier désir est vulgaire, je pourrais le réaliser; mais j'en laisse le soin aux événements de votre nouvelle existence. AprÚs tout, vous vouliez mourir? hé! bien, votre suicide n'est que retardé. L'inconnu, surpris et presque irrité de se voir toujours plaisanté par ce singulier vieillard dont l'intention demi-philanthropique lui parut clairement démontrée dans cette derniÚre raillerie, s'écria - Je verrai bien, monsieur, si ma fortune changera pendant le temps que je vais mettre à franchir la largeur du quai. Mais, si vous ne vous moquez pas d'un malheureux, je désire, pour me venger d'un si fatal service, que vous tombiez amoureux d'une danseuse! Vous comprendrez alors le bonheur d'une débauche, et peut-ÃÂȘtre deviendrez-vous prodigue de tous les biens que vous avez si philosophiquement ménagés. Il sortit sans entendre un grand soupir que poussa le vieillard, traversa les salles et descendit les escaliers de cette maison, suivi par le gros garçon joufflu qui voulut vainement l'éclairer; il courait avec la prestesse d'un voleur pris en flagrant délit. Aveuglé par une sorte de délire, il ne s'aperçut mÃÂȘme pas de l'incroyable ductilité de la Peau de chagrin, qui, devenue souple comme un gant, se roula sous ses doigts frénétiques et put entrer dans la poche de son habit oÃÂč il la mit presque machinalement. En s'élançant de la porte du magasin sur la chaussée, il heurta trois jeunes gens qui se tenaient bras dessus bras dessous. - Animal! - Imbécile! Telles furent les gracieuses interpellations qu'ils échangÚrent. - Eh! c'est RaphaÃl. - Ah! bien, nous te cherchions. - Quoi! c'est vous? Ces trois phrases amicales succédÚrent à l'injure aussitÎt que la clarté d'un réverbÚre balancé par le vent frappa les visages de ce groupe étonné. - Mon cher ami, dit à RaphaÃl le jeune homme qu'il avait failli renverser, tu vas venir avec nous. - De quoi s'agit-il donc? - Avance toujours, je te conterai l'affaire en marchant. De force ou de bonne volonté, RaphaÃl fut entouré de ses amis, qui, l'ayant enchaÃné par les bras dans leur joyeuse bande, l'entraÃnÚrent vers le Pont-des-Arts. - Mon cher, dit l'orateur en continuant, nous sommes à ta poursuite depuis une semaine environ. A ton respectable hÎtel Saint-Quentin, dont par parenthÚse l'enseigne inamovible offre des lettres toujours alternativement noires et rouges comme au temps de Rousseau, ta Léonarde nous a dit que tu étais parti pour la campagne. Cependant nous n'avions certes pas l'air de gens d'argent, huissiers, créanciers, gardes du commerce, etc. N'importe! Rastignac t'avait aperçu la veille aux Bouffons, nous avons repris courage, et nous avons mis de l'amour-propre à découvrir si tu te perchais sur les arbres des Champs-Elysées, si tu allais coucher pour deux sous dans ces maisons philanthropiques oÃÂč les mendiants dorment appuyés sur des cordes tendues, ou si, plus heureux, ton bivouac n'était pas établi dans quelque boudoir. Nous ne t'avons rencontré nulle part, ni sur les écrous de Sainte-Pélagie, ni sur ceux de la Force! Les ministÚres, l'Opéra, les maisons conventuelles, cafés, bibliothÚques, listes de préfets, bureaux de journalistes, restaurants, foyers de théùtre, bref, tout ce qu'il y a dans Paris de bons et de mauvais lieux ayant été savamment explorés, nous gémissions sur la perte d'un homme doué d'assez de génie pour se faire également chercher à la cour et dans les prisons. Nous parlions de te canoniser comme un héros de juillet! et, ma parole d'honneur, nous te regrettions. En ce moment, RaphaÃl passait avec ses amis sur le Pont-des-Arts, d'oÃÂč, sans les écouter, il regardait la Seine dont les eaux mugissantes répétaient les lumiÚres de Paris. Au-dessus de ce fleuve, dans lequel il voulait se précipiter naguÚre, les prédictions du vieillard étaient accomplies, l'heure de sa mort se trouvait déjà fatalement retardée. - Et nous te regrettions vraiment! dit son ami poursuivant toujours sa thÚse. Il s'agit d'une combinaison dans laquelle nous te comprenions en ta qualité d'homme supérieur, c'est-à -dire d'homme qui sait se mettre au-dessus de tout. L'escamotage de la muscade constitutionnelle sous le gobelet royal se fait aujourd'hui, mon cher, plus gravement que jamais. L'infùme Monarchie renversée par l'héroïsme populaire était une femme de mauvaise vie avec laquelle on pouvait rire et banqueter; mais la Patrie est une épouse acariùtre et vertueuse, il nous faut accepter, bon gré, mal gré, ses caresses compassées. Or donc, le pouvoir s'est transporté, comme tu sais, des Tuileries chez les journalistes, de mÃÂȘme que le budget a changé de quartier, en passant du faubourg Saint-Germain à la Chaussée-d'Antin. Mais voici ce que tu ne sais peut-ÃÂȘtre pas! Le gouvernement, c'est-à -dire l'aristocratie de banquiers et d'avocats, qui font aujourd'hui de la patrie comme les prÃÂȘtres faisaient jadis de la monarchie, a senti la nécessité de mystifier le bon peuple de France avec des mots nouveaux et de vieilles idées, à l'instar des philosophes de toutes les écoles et des hommes forts de tous les temps. Il s'agit donc de nous inculquer une opinion royalement nationale, en nous prouvant qu'il est bien plus heureux de payer douze cents millions trente-trois centimes à la patrie représentée par messieurs tels et tels, que onze cents millions neuf centimes à un roi qui disait moi au lieu de dire nous. En un mot, un journal armé de deux ou trois cent bons mille francs vient d'ÃÂȘtre fondé dans le but de faire une opposition qui contente les mécontents, sans nuire au gouvernement national du roi-citoyen. Or, comme nous nous moquons de la liberté autant que du despotisme, de la religion aussi bien que de l'incrédulité; que pour nous la patrie est une capitale oÃÂč les idées s'échangent ou se vendent à tant la ligne, oÃÂč tous les jours amÚnent de succulents dÃners, de nombreux spectacles; oÃÂč fourmillent de licencieuses prostituées, oÃÂč les soupers ne finissent que le lendemain, oÃÂč les amours vont à l'heure comme les citadines; que Paris sera toujours la plus adorable de toutes les patries! la patrie de la joie, de la liberté, de l'esprit, des jolies femmes, des mauvais sujets, du bon vin, et oÃÂč le bùton du pouvoir ne se fera jamais trop sentir, puisque l'on est prÚs de ceux qui le tiennent... Nous, véritables sectateurs du dieu MéphistophélÚs, avons entrepris de badigeonner l'esprit public, de rhabiller les acteurs, de clouer de nouvelles planches à la baraque gouvernementale, de médicamenter les doctrinaires, de recuire les vieux républicains, de rechampir les bonapartistes et de ravitailler le centre, pourvu qu'il nous soit permis de rire in petto des rois et des peuples, de ne pas ÃÂȘtre le soir de notre opinion du matin, et de passer une joyeuse vie à la Panurge ou more orientali , couchés sur de moelleux coussins. Nous te destinions les rÃÂȘnes de cet empire macaronique et burlesque, ainsi nous t'emmenons de ce pas au dÃner donné par le fondateur dudit journal, un banquier retiré qui, ne sachant que faire de son or, veut le changer en esprit. Tu y seras accueilli comme un frÚre, nous t'y saluerons roi de ces esprits frondeurs que rien n'épouvante, dont la perspicacité découvre les intentions de l'Autriche, de l'Angleterre ou de la Russie, avant que la Russie, l'Angleterre ou l'Autriche n'aient des intentions! Oui, nous t'instituerons le souverain de ces puissances intelligentes qui fournissent au monde les Mirabeau, les Talleyrand, les Pitt, les Metternich, enfin tous ces hardis Crispins qui jouent entre eux les destinées d'un empire comme les hommes vulgaires jouent leur kirchen-wasser aux dominos. Nous t'avons donné pour le plus intrépide compagnon qui jamais ait étreint corps à corps la Débauche, ce monstre admirable avec lequel veulent lutter tous les esprits forts; nous avons mÃÂȘme affirmé qu'il ne t'a pas encore vaincu. J'espÚre que tu ne feras pas mentir nos éloges. Taillefer, notre amphitryon, nous a promis de surpasser les étroites saturnales de nos petits Lucullus modernes. Il est assez riche pour mettre de la grandeur dans les petitesses, de l'élégance et de la grùce dans le vice. Entends-tu, RaphaÃl? lui demanda l'orateur en s'interrompant. - Oui, répondit le jeune homme moins étonné de l'accomplissement de ses souhaits que surpris de la maniÚre naturelle par laquelle les événements s'enchaÃnaient. Quoiqu'il lui fût impossible de croire à une influence magique, il admirait les hasards de la destinée humaine. - Mais tu nous dis oui, comme si tu pensais à la mort de ton grand-pÚre, lui répliqua l'un de ses voisins. - Ah! reprit RaphaÃl avec un accent de naïveté qui fit rire ces écrivains, l'espoir de la jeune France, je pensais, mes amis, que nous voilà prÚs de devenir de biens grands coquins! jusqu'à présent nous avons fait de l'impiété entre deux vins, nous avons pesé la vie étant ivres, nous avons prisé les hommes et les choses en digérant. Vierges du fait, nous étions hardis en paroles; mais marqués maintenant par le fer chaud de la politique, nous allons entrer dans ce grand bagne et y perdre nos illusions. Quand on ne croit plus qu'au diable, il est permis de regretter le paradis de la jeunesse, le temps d'innocence oÃÂč nous tendions dévotement la langue à un bon prÃÂȘtre, pour recevoir le sacré corps de notre Seigneur Jésus - Christ. Ah! mes bons amis, si nous avons eu tant de plaisir à commettre nos premiers péchés, c'est que nous avions des remords pour les embellir et leur donner du piquant, de la saveur; tandis que maintenant... - Oh! maintenant, reprit le premier interlocuteur, il nous reste... - Quoi? dit un autre. - Le crime... - Voilà un mot qui a toute la hauteur d'une potence et toute la profondeur de la Seine, répliqua RaphaÃl. - Oh! tu ne m'entends pas. Je parle des crimes politiques. Depuis ce matin je n'envie qu'une existence, celle des conspirateurs. Demain, je ne sais si ma fantaisie durera toujours; mais ce soir la vie pùle de notre civilisation, unie comme la rainure d'un chemin de fer, fait bondir mon coeur de dégoût! Je suis épris de passion pour les malheurs de la déroute de Moscou, pour les émotions du Corsaire rouge et pour l'existence des contrebandiers. Puisqu'il n'y a plus de Chartreux en France, je voudrais au moins un Botany - Bay, une espÚce d'infirmerie destinée aux petits lords Byrons, qui, aprÚs avoir chiffonné la vie comme une serviette aprÚs dÃner, n'ont plus rien à faire qu'à incendier leur pays, se brûler la cervelle, conspirer pour la république, ou demander la guerre... - Emile, dit avec feu le voisin de RaphaÃl à l'interlocuteur, foi d'homme, sans la révolution de juillet, je me faisais prÃÂȘtre pour aller mener une vie animale au fond de quelque campagne, et... - Et tu aurais lu le bréviaire tous les jours? - Oui. - Tu es un fat. - Nous lisons bien les journaux. - Pas mal! pour un journaliste. Mais, tais-toi, nous marchons au milieu d'une masse d'abonnés. Le journalisme vois-tu, c'est la religion des sociétés modernes, et il y a progrÚs. - Comment? - Les pontifes ne sont pas tenus de croire, ni le peuple non plus... En devisant ainsi, comme de braves gens qui savaient le De Viris illustribus depuis longues années, ils arrivÚrent à un hÎtel de la rue Joubert. Emile était un journaliste qui avait conquis plus de gloire à ne rien faire que les autres n'en recueillent de leurs succÚs. Critique hardi, plein de verve et de mordant, il possédait toutes les qualités que comportaient ses défauts. Franc et rieur, il disait en face mille épigrammes à un ami, qu'absent, il défendait avec courage et loyauté. Il se moquait de tout, mÃÂȘme de son avenir. Toujours dépourvu d'argent, il restait, comme tous les hommes de quelque portée, plongé dans une inexprimable paresse, jetant un livre dans un mot au nez de gens qui ne savaient pas mettre un mot dans leurs livres. Prodigue de promesses qu'il ne réalisait jamais, il s'était fait de sa fortune et de sa gloire un coussin pour dormir, courant ainsi la chance de se réveiller vieux à l'hÎpital. D'ailleurs, ami jusqu'à l'échafaud, fanfaron de cynisme et simple comme un enfant, il ne travaillait que par boutade ou par nécessité. - Nous allons faire, suivant l'expression de maÃtre Alcofribas, un fameux tronçon de chiere lie , dit-il à RaphaÃl en lui montrant les caisses de fleurs qui embaumaient et verdissaient les escaliers. - J'aime les porches bien chauffés et garnis de riches tapis, répondit RaphaÃl. Le luxe dÚs le péristyle est rare en France. Ici, je me sens renaÃtre. - Et là -haut nous allons boire et rire encore une fois, mon pauvre RaphaÃl. Ah çà ! reprit-il, j'espÚre que nous serons les vainqueurs et que nous marcherons sur toutes ces tÃÂȘtes-là . Puis, d'un geste moqueur, il montra les convives en entrant dans un salon qui resplendissait de dorures, de lumiÚres, et oÃÂč ils furent aussitÎt accueillis par les jeunes gens les plus remarquables de Paris. L'un venait de révéler un talent neuf, et de rivaliser par son premier tableau avec les gloires de la peinture impériale. L'autre avait hasardé la veille un livre plein de verdeur, empreint d'une sorte de dédain littéraire, et qui découvrait à l'école moderne de nouvelles routes. Plus loin, un statuaire dont la figure pleine de rudesse accusait quelque vigoureux génie, causait avec un de ces froids railleurs qui, selon l'occurrence, tantÎt ne veulent voir de supériorité nulle part, et tantÎt en reconnaissent partout. Ici, le plus spirituel de nos caricaturistes, à l'oeil malin, à la bouche mordante, guettait les épigrammes pour les traduire à coups de crayon. Là , ce jeune et audacieux écrivain, qui mieux que personne distillait la quintessence des pensées politiques, ou condensait en se jouant l'esprit d'un écrivain fécond, s'entretenait avec ce poÚte dont les écrits écraseraient toutes les oeuvres du temps présent, si son talent avait la puissance de sa haine. Tous deux essayaient de ne pas dire la vérité et de ne pas mentir, en s'adressant de douces flatteries. Un musicien célÚbre consolait en si bémol et d'une voix moqueuse un jeune homme politique récemment tombé de la tribune sans se faire aucun mal. De jeunes auteurs sans style étaient auprÚs de jeunes auteurs sans idées, des prosateurs pleins de poésie prÚs de poÚtes prosaïques. Voyant ces ÃÂȘtres incomplets, un pauvre saint-simonien, assez naïf pour croire à sa doctrine, les accouplait avec charité, voulant sans doute les transformer en religieux de son ordre. Enfin, il s'y trouvait deux ou trois de ces savants destinés à mettre de l'azote dans la conversation, et plusieurs vaudevillistes prÃÂȘts à y jeter de ces lueurs éphémÚres qui, semblables aux étincelles du diamant, ne donnent ni chaleur ni lumiÚre. Quelques hommes à paradoxes, riant sous cape des gens qui épousent leurs admirations ou leurs mépris pour les hommes et les choses, faisaient déjà de cette politique à double tranchant, avec laquelle ils conspirent contre tous les systÚmes, sans prendre parti pour aucun. Le jugeur qui ne s'étonne de rien, qui se mouche au milieu d'une cavatine aux Bouffons, y crie brava avant tout le monde, et contredit ceux qui préviennent son avis, était là cherchant à s'attribuer les mots des gens d'esprit. Parmi ces convives, cinq avaient de l'avenir, une dizaine devait obtenir quelque gloire viagÚre; quant aux autres, ils pouvaient comme toutes les médiocrités se dire le fameux mensonge de Louis XVIII Union et oubli . L'amphitryon avait la gaieté soucieuse d'un homme qui dépense deux mille écus. De temps en temps ses yeux se dirigeaient avec impatience vers la porte du salon, en appelant celui des convives qui se faisait attendre. BientÎt apparut un gros petit homme qui fut accueilli par une flatteuse rumeur, c'était le notaire qui, le matin mÃÂȘme, avait achevé de créer le journal. Un valet de chambre vÃÂȘtu de noir vint ouvrir les portes d'une vaste salle à manger, oÃÂč chacun alla sans cérémonie reconnaÃtre sa place autour d'une table immense. Avant de quitter les salons, RaphaÃl y jeta un dernier coup d'oeil. Son souhait était certes bien complÚtement réalisé. La soie et l'or tapissaient les appartements. De riches candélabres supportant d'innombrables bougies faisaient briller les plus légers détails des frises dorées, les délicates ciselures du bronze et les somptueuses couleurs de l'ameublement. Les fleurs rares de quelques jardiniÚres artistement construites avec des bambous, répandaient de doux parfums. Tout jusqu'aux draperies respirait une élégance sans prétention; enfin, il y avait en tout je ne sais quelle grùce poétique dont le prestige devait agir sur l'imagination d'un homme sans argent. - Cent mille livres de rente sont un bien joli commentaire du catéchisme, et nous aident merveilleusement à mettre la morale en actions ! dit-il en soupirant. Oh! oui, ma vertu ne va guÚre à pied. Pour moi, le vice c'est une mansarde, un habit rùpé, un chapeau gris en hiver, et des dettes chez le portier. Ah! je veux vivre au sein de ce luxe un an, six mois, n'importe! Et puis aprÚs mourir. J'aurai du moins épuisé, connu, dévoré mille existences. - Oh! lui dit Emile qui l'écoutait, tu prends le coupé d'un agent de change pour le bonheur. Va, tu serais bientÎt ennuyé de la fortune en t'apercevant qu'elle te ravirait la chance d'ÃÂȘtre un homme supérieur. Entre les pauvretés de la richesse et les richesses de la pauvreté, l'artiste a-t-il jamais balancé? Ne nous faut-il pas toujours des luttes, à nous autres? Aussi, prépare ton estomac, vois, dit-il en lui montrant par un geste héroïque le majestueux, le trois fois saint et rassurant aspect que présentait la salle à manger du benoÃt capitaliste. Cet homme-là , reprit-il, ne s'est vraiment donné la peine d'amasser son argent que pour nous. N'est-ce pas une espÚce d'éponge oubliée par les naturalistes dans l'ordre des Polypiers, et qu'il s'agit de presser avec délicatesse, avant de la laisser sucer par des héritiers? Ne trouves-tu pas du style aux bas - reliefs qui décorent les murs? Et les lustres, et les tableaux, quel luxe bien entendu! S'il faut croire les envieux et ceux qui tiennent à voir les ressorts de la vie, cet homme aurait tué, pendant la révolution, un Allemand et quelques autres personnes qui seraient, dit-on, son meilleur ami et la mÚre de cet ami. Peux-tu donner place à des crimes sous les cheveux grisonnants de ce vénérable Taillefer? Il a l'air d'un bien bon homme. Vois donc comme l'argenterie étincelle, et chacun de ces rayons brillants serait pour lui un coup de poignard?... Allons donc! autant vaudrait croire en Mahomet. Si le public avait raison, voici trente hommes de coeur et de talent qui s'apprÃÂȘteraient à manger les entrailles, à boire le sang d'une famille. Et nous deux, jeunes gens pleins de candeur, d'enthousiasme, nous serions complices du forfait! J'ai envie de demander à notre capitaliste s'il est honnÃÂȘte homme. - Non pas maintenant! s'écria RaphaÃl, mais quand il sera ivre - mort, nous aurons dÃné. Les deux amis s'assirent en riant. D'abord et par un regard plus rapide que la parole, chaque convive paya son tribut d'admiration au somptueux coup d'oeil qu'offrait une longue table, blanche comme une couche de neige fraÃchement tombée, et sur laquelle s'élevaient symétriquement les couverts couronnés de petits pains blonds. Les cristaux répétaient les couleurs de l'iris dans leurs reflets étoilés, les bougies traçaient des feux croisés à l'infini, les mets placés sous des dÎmes d'argent aiguisaient l'appétit et la curiosité. Les paroles furent assez rares. Les voisins se regardÚrent. Le vin de MadÚre circula. Puis le premier service apparut dans toute sa gloire, il aurait fait honneur à feu CambacérÚs, et Brillat - Savarin l'eût célébré. Les vins de Bordeaux et de Bourgogne, blancs et rouges, furent servis avec une profusion royale. Cette premiÚre partie du festin était comparable, en tout point, à l'exposition d'une tragédie classique. Le second acte devint quelque peu bavard. Chaque convive avait bu raisonnablement en changeant de crus suivant ses caprices, en sorte qu'au moment oÃÂč l'on emporta les restes de ce magnifique service, de tempétueuses discussions s'étaient établies; quelques fronts pùles rougissaient, plusieurs nez commençaient à s'empourprer, les visages s'allumaient, les yeux pétillaient. Pendant cette aurore de l'ivresse, le discours ne sortit pas encore des bornes de la civilité; mais les railleries, les bons mots s'échappÚrent peu à peu de toutes les bouches; puis la calomnie éleva tout doucement sa petite tÃÂȘte de serpent et parla d'une voix flûtée; çà et là , quelques sournois écoutÚrent attentivement, espérant garder leur raison. Le second service trouva donc les esprits tout à fait échauffés. Chacun mangea en parlant, parla en mangeant, but sans prendre garde à l'affluence des liquides, tant ils étaient lampants et parfumés, tant l'exemple fut contagieux. Taillefer se piqua d'animer ses convives, et fit avancer les terribles vins du RhÎne, le chaud Tokay, le vieux Roussillon capiteux. DéchaÃnés comme les chevaux d'une malle-poste qui part d'un relais, ces hommes fouettés par les flammÚches du vin de Champagne impatiemment attendu, mais abondamment versé, laissÚrent alors galoper leur esprit dans le vide de ces raisonnements que personne n'écoute, se mirent à raconter ces histoires qui n'ont pas d'auditeur, recommencÚrent cent fois ces interpellations qui restent sans réponse. L'orgie seule déploya sa grande voix, sa voix composée de cent clameurs confuses qui grossissent comme les crescendo de Rossini. Puis arrivÚrent les toasts insidieux, les forfanteries, les défis. Tous renonçaient à se glorifier de leur capacité intellectuelle pour revendiquer celle des tonneaux, des foudres, des cuves. Il semblait que chacun eût deux voix. Il vint un moment oÃÂč les maÃtres parlÚrent tous à la fois, et oÃÂč les valets sourirent. Mais cette mÃÂȘlée de paroles oÃÂč les paradoxes douteusement lumineux, les vérités grotesquement habillées se heurtÚrent à travers les cris, les jugements interlocutoires, les arrÃÂȘts souverains et les niaiseries, comme au milieu d'un combat se croisent les boulets, les balles et la mitraille, eût sans doute intéressé quelque philosophe par la singularité des pensées, ou surpris un politique par la bizarrerie des systÚmes. C'était tout à la fois un livre et un tableau. Les philosophies, les religions, les morales, si différentes d'une latitude à l'autre, les gouvernements, enfin tous les grands actes de l'intelligence humaine tombÚrent sous une faux aussi longue que celle du Temps, et peut-ÃÂȘtre eussiez-vous pu difficilement décider si elle était maniée par la Sagesse ivre, ou par l'ivresse devenue une espÚce de tempÃÂȘte, ces esprits semblaient, comme la mer irritée contre ses falaises, vouloir ébranler toutes les lois entre lesquelles flottent les civilisations, satisfaisant ainsi sans le savoir à la volonté de Dieu, qui laisse dans la nature le bien et le mal en gardant pour lui seul le secret de leur lutte perpétuelle. Furieuse et burlesque, la discussion fut en quelque sorte un sabbat des intelligences. Entre les tristes plaisanteries dites par ces enfants de la Révolution à la naissance d'un journal, et les propos tenus par de joyeux buveurs à la naissance de Gargantua, se trouvait tout l'abÃme qui sépare le XIXÚme siÚcle du XVIÚme. Celui-ci apprÃÂȘtait une destruction en riant, le nÎtre riait au milieu des ruines. - Comment appelez-vous le jeune homme que je vois là - bas? dit le notaire en montrant RaphaÃl. J'ai cru l'entendre nommer Valentin. - Que chantez-vous, avec votre Valentin tout court s'écria Emile en riant. RaphaÃl de Valentin, s'il vous plaÃt! Nous portons un aigle d'or en champ de sable, couronné d'argent, becqué et onglé de gueules , avec une belle devise NON CECIDIT ANIMUS! Nous ne sommes pas un enfant trouvé, mais le descendant de l'empereur Valens, souche des Valentinois, fondateur des villes de Valence en Espagne et en France, héritier légitime de l'empire d'Orient. Si nous laissons trÎner Mahmoud à Constantinople, c'est par pure bonne volonté, et faute d'argent ou de soldats. Emile décrivit en l'air, avec sa fourchette, une couronne au-dessus de la tÃÂȘte de RaphaÃl. Le notaire se recueillit pendant un moment et se remit bientÎt à boire en laissant échapper un geste authentique, par lequel il semblait avouer qu'il lui était impossible de rattacher à sa clientÚle les villes de Valence, de Constantinople, Mahmoud, l'empereur Valence et la famille des Valentinois. - La destruction de ces fourmiliÚres nommées Babylone, Tyr, Carthage, ou Venise, toujours écrasées sous les pieds d'un géant qui passe, ne serait-elle pas un avertissement donné à l'homme par une puissance moqueuse? dit Claude Vignon, espÚce d'esclave acheté pour faire du Bossuet à dix sous la ligne. - Moïse, Sylla, Louis XI, Richelieu, Robespierre et Napoléon sont peut-ÃÂȘtre un mÃÂȘme homme qui reparaÃt à travers les civilisations, comme une comÚte dans le ciel! répondit un blanchisse. - Pourquoi sonder la Providence? dit Canalis le fabricant de ballades. - Allons, voilà la Providence, s'écria le jugeur en l'interrompant. Je ne connais rien au monde de plus élastique. - Mais, monsieur, Louis XIV a fait périr plus d'hommes pour creuser les aqueducs de Maintenon que la Convention pour asseoir justement l'impÎt, pour mettre de l'unité dans la loi, nationaliser la France et faire également partager les héritages, disait Menthol, un jeune homme devenu républicain faute d'une syllabe devant son nom. - Monsieur, lui répondit Moraux de l'Oise, bon propriétaire, vous qui prenez le sang pour du vin, cette fois-ci laisserez-vous à chacun sa tÃÂȘte sur ses épaules? - A quoi bon, monsieur? les principes de l'ordre social ne valent-ils donc pas quelques sacrifices? - Biniou! Hé! Chose-le-républicain prétend que la tÃÂȘte de ce propriétaire serait un sacrifice, dit un jeune homme à son voisin. - Les hommes et les événements ne sont rien, disait le républicain en continuant sa théorie à travers les hoquets, il n'y a en politique et en philosophie que des principes et des idées. - Quelle horreur! Vous n'auriez nul chagrin de tuer vos amis pour un si ... - Hé! monsieur, l'homme qui a des remords est le vrai scélérat, car il a quelque idée de la vertu; tandis que Pierre le Grand, le duc d'Albe, étaient des systÚmes, et le corsaire Monbard, une organisation. - Mais la société ne peut-elle pas se priver de vos systÚmes et de vos organisations? dit Canalis. - Oh! d'accord, s'écria le républicain. - Eh! votre stupide république me donne des nausées! nous ne saurions découper tranquillement un chapon sans y trouver la loi agraire. - Tes principes sont excellents, mon petit Brutus farci de truffes! Mais tu ressembles à mon valet de chambre, le drÎle est si cruellement possédé par la manie de la propreté, que si je lui laissais brosser mes habits à sa fantaisie, j'irais tout nu. Vous ÃÂȘtes des brutes! vous voulez nettoyer une nation avec des cure-dents, répliqua l'homme à la république. Selon vous la justice serait plus dangereuse que les voleurs. - Hé! hé! fit l'avoué Desroches. - Sont-ils ennuyeux avec leur politique! dit Cardot le notaire. Fermez la porte. Il n'y a pas de science ou de vertu qui vaille une goutte de sang. Si nous voulions faire la liquidation de la vérité, nous la trouverions peut-ÃÂȘtre en faillite. - Ah! il en aurait sans doute moins coûté de nous amuser dans le mal que de nous disputer dans le bien. Aussi, donnerais-je tous les discours prononcés à la tribune depuis quarante ans pour une truite, pour un conte de Perrault ou une croquade de Charlet. - Vous avez bien raison! passez-moi des asperges. Car, aprÚs tout, la liberté enfante l'anarchie, l'anarchie conduit au despotisme, et le despotisme ramÚne à la liberté. Des millions d'ÃÂȘtres ont péri sans avoir pu faire triompher aucun de ces systÚmes. N'est-ce pas le cercle vicieux dans lequel tournera toujours le monde moral? Quand l'homme croit avoir perfectionné, il n'a fait que déplacer les choses. - Oh! oh! s'écria Cursy le vaudevilliste, alors, messieurs, je porte un toast à Charles X, pÚre de la liberté! - Pourquoi pas? dit Emile. Quand le despotisme est dans les lois, la liberté se trouve dans les moeurs, et vice versa . - Buvons donc à l'imbécillité du pouvoir qui nous donne tant de pouvoir sur les imbéciles! dit le banquier. - Hé! mon cher, au moins Napoléon nous a-t-il laissé de la gloire! criait un officier de marine qui n'était jamais sorti de Brest. - Ah! la gloire, triste denrée. Elle se paye cher et ne se garde pas. Ne serait-elle point l'égoïsme des grands hommes, comme le bonheur est celui des sots? - Monsieur, vous ÃÂȘtes bien heureux. - Le premier qui inventa les fossés était sans doute un homme faible, car la société ne profite qu'aux gens chétifs. Placés aux deux extrémités du monde moral, le sauvage et le penseur ont également horreur de la propriété. - Joli! s'écria Cardot. S'il n'y avait pas de propriétés, comment pourrions-nous faire des actes? - Voilà des petits pois délicieusement fantastiques! - Et le curé fut trouvé mort dans son lit, le lendemain... - Qui parle de mort? Ne badinez pas! J'ai un oncle. - Vous vous résigneriez sans doute à le perdre. - Ce n'est pas une question. - Ecoutez-moi, messieurs! MANIERE DE TUER SON ONCLE. Chut! Ecoutez! Ecoutez! Ayez d'abord un oncle gros et gras, septuagénaire au moins, ce sont les meilleurs oncles. Sensation. Faites-lui manger, sous un prétexte quelconque, un pùté de foie gras... - Hé! mon oncle est un grand homme sec, avare et sobre. - Ah! ces oncles-là sont des monstres qui abusent de la vie. - Et, dit l'homme aux oncles en continuant, annoncez-lui, pendant sa digestion, la faillite de son banquier. - S'il résiste? - Lùchez-lui une jolie fille! - S'il est... dit-il en faisant un geste négatif. - Alors, ce n'est pas un oncle, l'oncle est essentiellement égrillard. - La voix de la Malibran a perdu deux notes. - Non, monsieur. - Si, monsieur. - Oh! oh! Oui et non, n'est-ce pas l'histoire de toutes les dissertations religieuses, politiques et littéraires? L'homme est un bouffon qui danse sur des précipices! - A vous entendre, je suis un sot. - Au contraire, c'est parce que vous ne m'entendez pas. - L'instruction, belle niaiserie! Monsieur Heineffettermach porte le nombre des volumes imprimés à plus d'un milliard, et la vie d'un homme ne permet pas d'en lire cent cinquante mille. Alors expliquez-moi ce que signifie le mot instruction ? pour les uns, elle consiste à savoir les noms du cheval d'Alexandre, du dogue Bérécillo, du seigneur des Accords, et d'ignorer celui de l'homme auquel nous devons le flottage des bois ou la porcelaine. Pour les autres, ÃÂȘtre instruit, c'est savoir brûler un testament et vivre en honnÃÂȘtes gens, aimés, considérés, au lieu de voler une montre en récidive, avec les cinq circonstances aggravantes, et d'aller mourir en place de GrÚve, haïs et déshonorés. - Nathan restera-t-il? - Ah! ses collaborateurs, monsieur, ont bien de l'esprit. - Et Canalis? - C'est un grand homme, n'en parlons plus. - Vous ÃÂȘtes ivres? - La conséquence immédiate d'une constitution est l'aplatissement des intelligences. Arts, sciences, monuments, tout est dévoré par un effroyable sentiment d'égoïsme, notre lÚpre actuelle. Vos trois cents bourgeois, assis sur des banquettes, ne penseront qu'à planter des peupliers. Le despotisme fait illégalement de grandes choses, la liberté ne se donne mÃÂȘme pas la peine d'en faire légalement de trÚs petites. - Votre enseignement mutuel fabrique des piÚces de cent sous en chair humaine, dit un absolutiste en interrompant. Les individualités disparaissent chez un peuple nivelé par l'instruction. - Cependant, le but de la société n'est-il pas de procurer à chacun le bien-ÃÂȘtre? demanda le saint-simonien. - Si vous aviez cinquante mille livres de rente, vous ne penseriez guÚre au peuple. Etes-vous épris de belle passion pour l'humanité? allez à Madagascar vous y trouverez un joli petit peuple tout neuf à saint-simoniser, à classer, à mettre en bocal; mais, ici, chacun entre tout naturellement dans son alvéole, comme une cheville dans son trou. Les portiers sont portiers, et les niais sont des bÃÂȘtes sans avoir besoin d'ÃÂȘtre promus par un collÚge de PÚres. Ah! ah! - Vous ÃÂȘtes un carliste! - Pourquoi pas? J'aime le despotisme, il annonce un certain mépris pour la race humaine. Je ne hais pas les rois. Ils sont si amusants! TrÎner dans une chambre, à trente millions de lieues du soleil, n'est-ce donc rien? - Mais résumons cette large vue de la civilisation, disait le savant qui, pour l'instruction du sculpteur inattentif, avait entrepris une discussion sur le commencement des sociétés et sur les peuples autochtones. A l'origine des nations, la force fut en quelque sorte matérielle, une, grossiÚre; puis, avec l'accroissement des agrégations, les gouvernements ont procédé par des décompositions plus ou moins habiles du pouvoir primitif. Ainsi, dans la haute antiquité la force était dans la théocratie; le prÃÂȘtre tenait le glaive et l'encensoir. Plus tard, il y eut deux sacerdoces le pontife et le roi. Aujourd'hui, notre société, dernier terme de la civilisation, a distribué la puissance suivant le nombre des combinaisons, et nous sommes arrivés aux forces nommées industrie, pensée, argent, parole. Le pouvoir, n'ayant plus alors d'unité, marche sans cesse vers une dissolution sociale qui n'a plus d'autre barriÚre que l'intérÃÂȘt. Aussi ne nous appuyons-nous ni sur la religion, ni sur la force matérielle, mais sur l'intelligence. Le livre vaut-il le glaive, la discussion vaut-elle l'action? Voilà le problÚme. - L'intelligence a tout tué, s'écria le carliste. Allez, la liberté absolue mÚne les nations au suicide, elles s'ennuient dans le triomphe, comme un Anglais millionnaire. - Que nous direz-vous de neuf? Aujourd'hui vous avez ridiculisé tous les pouvoirs, et c'est mÃÂȘme chose vulgaire que de nier Dieu! Vous n'avez plus de croyance. Aussi le siÚcle est-il comme un vieux sultan perdu de débauche! Enfin, votre lord Byron, en dernier désespoir de poésie, a chanté les passions du crime. - Savez-vous, lui répondit Bianchon complÚtement ivre, qu'une dose de phosphore de plus ou de moins fait l'homme de génie ou le scélérat, l'homme d'esprit ou l'idiot, l'homme vertueux ou le criminel? - Peut-on traiter ainsi la vertu! s'écria de Cursy. La vertu, sujet de toutes les piÚces de théùtre, dénoûment de tous les drames, base de tous les tribunaux. - Hé! tais-toi donc, animal. Ta vertu, c'est Achille sans talon! dit Biniou. - A boire! - Veux-tu parier que je bois une bouteille de vin de Champagne d'un seul trait? - Quel trait d'esprit! s'écria Biniou. - Ils sont gris comme des charretiers, dit un jeune homme qui donnait sérieusement à boire à son gilet. - Oui, monsieur, le gouvernement actuel est l'art de faire régner l'opinion publique. - L'opinion? mais c'est la plus vicieuse de toutes les prostituées! A vous entendre, hommes de morale et de politique, il faudrait sans cesse préférer vos lois à la nature, l'opinion à la conscience. Allez, tout est vrai, tout est faux! Si la société nous a donné le duvet des oreillers, elle a certes compensé le bienfait par la goutte, comme elle a mis la procédure pour tempérer la justice, et les rhumes à la suite des chùles de Cachemire. - Monstre! dit Emile en interrompant le misanthrope, comment peux-tu médire de la civilisation en présence de vins, de mets délicieux, et à table jusqu'au menton? Mords ce chevreuil aux pieds et aux cornes dorées, mais ne mords pas ta mÚre. - Est-ce ma faute, à moi, si le catholicisme arrive à mettre un million de dieux dans un sac de farine, si la république aboutit toujours à quelque Napoléon, si la royauté se trouve entre l'assassinat de Henri IV et le jugement de Louis XVI, si le libéralisme devient La Fayette? - L'avez-vous embrassé en juillet? - Non. - Alors taisez-vous, sceptique. - Les sceptiques sont les hommes les plus consciencieux. - Ils n'ont pas de conscience. - Que dites-vous? ils en ont au moins deux. - Escompter le ciel! monsieur, voilà une idée vraiment commerciale. Les religions antiques n'étaient qu'un heureux développement du plaisir physique; mais nous autres nous avons développé l'ùme et l'espérance; il y a eu progrÚs. - Hé! mes bons amis, que pouvez-vous attendre d'un siÚcle repu de politique? dit Nathan. Quel a été le sort du Roi de BohÃÂȘme et de ses sept chùteaux , la plus ravissante conception... - Çà ?... cria le jugeur d'un bout de la table à l'autre. C'est des phrases tirées au hasard dans un chapeau, véritable ouvrage écrit pour Charenton. - Vous ÃÂȘtes un sot! - Vous ÃÂȘtes un drÎle! - Oh! oh! - Ah! ah! - Ils se battront. - Non. - A demain, monsieur. - A l'instant, répondit Nathan. - Allons! allons! vous ÃÂȘtes deux braves. - Vous en ÃÂȘtes un autre! dit le provocateur. - Ils ne peuvent seulement pas se mettre debout. Ah! je ne me tiens pas droit, peut-ÃÂȘtre! reprit le belliqueux Nathan en se dressant comme un cerf-volant indécis. Il jeta sur la table un regard hébété, puis comme exténué par cet effort, il retomba sur sa chaise, pencha la tÃÂȘte et resta muet. - Ne serait-il pas plaisant, dit le jugeur à son voisin, de me battre pour un ouvrage que je n'ai jamais vu ni lu! - Emile, prends garde à ton habit, ton voisin pùlit, dit Biniou. - Kant, monsieur. Encore un ballon lancé pour amuser les niais! Le matérialisme et le spiritualisme sont deux jolies raquettes avec lesquelles des charlatans en robe font aller le mÃÂȘme volant. Que Dieu soit en tout selon Spinosa, ou que tout vienne de Dieu selon saint Paul... Imbéciles! ouvrir ou fermer une porte, n'est-ce pas le mÃÂȘme mouvement? L'oeuf vient-il de la poule ou la poule de l'oeuf? Passez-moi du canard! Voilà toute la science. - Nigaud, lui cria le savant, la question que tu poses est tranchée par un fait. - Et lequel? - Les chaires de professeurs n'ont pas été faites pour la philosophie, mais bien la philosophie pour les chaires? Mets des lunettes et lis le budget. - Voleurs! - Imbéciles! - Fripons! - Dupes! - OÃÂč trouverez-vous ailleurs qu'à Paris un échange aussi vif, aussi rapide entre les pensées, s'écria Biniou en prenant une voix de basse-taille. - Allons, Biniou, fais-nous quelque farce classique? Voyons, une charge! - Voulez-vous que je vous fasse le dix-neuviÚme siÚcle? - Ecoutez! - Silence! - Mettez des sourdines à vos mufles! - Te tairas-tu, chinois! - Donnez-lui du vin, et qu'il se taise, cet enfant! - A toi, Biniou! L'artiste boutonna son habit noir jusqu'au col, mit ses gants jaunes, et se grima de maniÚre à singer la Revue des Deux Mondes en louchant; mais le bruit couvrit sa voix, et il fut impossible de saisir un seul mot de sa moquerie. S'il ne représenta pas le siÚcle, au moins représenta-t-il la Revue, car il ne s'entendit pas lui-mÃÂȘme. Le dessert se trouva servi comme par enchantement. La table fut couverte d'un vaste surtout en bronze doré, sorti des ateliers de Thomire. De hautes figures douées par un célÚbre artiste des formes convenues en Europe pour la beauté idéale, soutenaient et portaient des buissons de fraises, des ananas, des dattes fraÃches, des raisins jaunes, de blondes pÃÂȘches, des oranges arrivées de Sétubal par un paquebot, des grenades, des fruits de la Chine, enfin toutes les surprises du luxe, les miracles du petit-four, les délicatesses les plus friandes, les friandises les plus séductrices. Les couleurs de ces tableaux gastronomiques étaient rehaussées par l'éclat de la porcelaine, par des lignes étincelantes d'or, par les découpures des vases. Gracieuse comme les liquides franges de l'Océan, verte et légÚre, la mousse couronnait les paysages du Poussin, copiés à SÚvres. Le territoire d'un prince allemand n'aurait pas payé cette richesse insolente. L'argent, la nacre, l'or, les cristaux furent de nouveau prodigués sous de nouvelles formes; mais les yeux engourdis et la verbeuse fiÚvre de l'ivresse permirent à peine aux convives d'avoir une intuition vague de cette féerie digne d'un conte oriental. Les vins de dessert apportÚrent leurs parfums et leurs flammes, philtres puissants, vapeurs enchanteresses qui engendrent une espÚce de mirage intellectuel et dont les liens puissants enchaÃnent les pieds, alourdissent les mains. Les pyramides de fruits furent pillées, les voix grossirent, le tumulte grandit. Il n'y eut plus alors de paroles distinctes, les verres volÚrent en éclats, et des rires atroces partirent comme des fusées. Cursy saisit un cor et se mit à sonner une fanfare. Ce fut comme un signal donné par le diable. Cette assemblée en délire hurla, siffla, chanta, cria, rugit, gronda. Vous eussiez souri de voir des gens naturellement gais, devenus sombres comme les dénoûments de Crébillon, ou rÃÂȘveurs comme des marins en voiture. Les hommes fins disaient leurs secrets à des curieux qui n'écoutaient pas. Les mélancoliques souriaient comme des danseuses qui achÚvent leurs pirouettes. Claude Vignon se dandinait à la maniÚre des ours en cage. Des amis intimes se battaient. Les ressemblances animales inscrites sur les figures humaines, et si curieusement démontrées par les physiologistes, reparaissaient vaguement dans les gestes, dans les habitudes du corps. Il y avait un livre tout fait pour quelque Bichat qui se serait trouvé là froid et à jeun. Le maÃtre du logis se sentant ivre, n'osait se lever, mais il approuvait les extravagances de ses convives par une grimace fixe, en tùchant de conserver un air décent et hospitalier. Sa large figure, devenue rouge et bleue, presque violacée, terrible à voir, s'associait au mouvement général par des efforts semblables au roulis et au tangage d'un brick. - Les avez-vous assassinés? lui demanda Emile. - La peine de mort va, dit-on, ÃÂȘtre abolie en faveur de la révolution de juillet, répondit Taillefer qui haussa les sourcils d'un air tout à la fois plein de finesse et de bÃÂȘtise. - Mais ne les voyez-vous pas quelquefois en songe? reprit RaphaÃl. - Il y a prescription! dit le meurtrier plein d'or. - Et sur sa tombe, s'écria Emile d'un ton sardonique, l'entrepreneur du cimetiÚre gravera Passants, accordez une larme à sa mémoire ! Oh! reprit-il, je donnerais bien cent sous au mathématicien qui me démontrerait par une équation algébrique l'existence de l'enfer. Il jeta une piÚce en l'air en criant - Face pour Dieu! - Ne regarde pas, dit RaphaÃl en saisissant la piÚce, que sait-on? le hasard est si plaisant. - Hélas! reprit Emile d'un air tristement bouffon, je ne vois pas oÃÂč poser les pieds entre la géométrie de l'incrédule et le Pater noster du pape. Bah! buvons! Trinc est, je crois, l'oracle de la divine bouteille et sert de conclusion au Pantagruel. - Nous devons au Pater noster , répondit RaphaÃl, nos arts, nos monuments, nos sciences peut-ÃÂȘtre; et, bienfait plus grand encore, nos gouvernements modernes, dans lesquels une société vaste et féconde est merveilleusement représentée par cinq cents intelligences, oÃÂč les forces opposées les unes aux autres se neutralisent en laissant tout pouvoir à la CIVILISATION, reine gigantesque qui remplace le Roi, cette ancienne et terrible figure, espÚce de faux destin créé par l'homme entre le ciel et lui. En présence de tant d'oeuvres accomplies, l'athéisme apparaÃt comme un squelette qui n'engendre pas. Qu'en dis-tu? - Je songe aux flots de sang répandus par le catholicisme, dit froidement Emile. Il a pris nos veines et nos coeurs pour faire une contrefaçon du déluge. Mais n'importe! Tout homme qui pense doit marcher sous la banniÚre du Christ. Lui seul a consacré le triomphe de l'esprit sur la matiÚre, lui seul nous a poétiquement révélé le monde intermédiaire qui nous sépare de Dieu. - Tu crois? reprit RaphaÃl en lui jetant un indéfinissable sourire d'ivresse. Eh! bien, pour ne pas nous compromettre, portons le fameux toast Diis ignotis ! Et ils vidÚrent leurs calices de science, de gaz carbonique, de parfums, de poésie et d'incrédulité. - Si ces messieurs veulent passer dans le salon, le café les y attend, dit le maÃtre d'hÎtel. En ce moment presque tous les convives se roulaient au sein de ces limbes délicieuses oÃÂč les lumiÚres de l'esprit s'éteignent, oÃÂč le corps délivré de son tyran s'abandonne aux joies délirantes de la liberté. Les uns arrivés à l'apogée de l'ivresse restaient mornes et péniblement occupés à saisir une pensée qui leur attestùt leur propre existence, les autres plongés dans le marasme produit par une digestion alourdissante niaient le mouvement. D'intrépides orateurs disaient encore de vagues paroles dont le sens leur échappait à eux-mÃÂȘmes. Quelques refrains retentissaient comme le bruit d'une mécanique obligée d'accomplir sa vie factice et sans ùme. Le silence et le tumulte s'étaient bizarrement accouplés. Néanmoins, en entendant la voix sonore du valet qui, à défaut d'un maÃtre, leur annonçait des joies nouvelles, les convives se levÚrent entraÃnés, soutenus ou portés les uns par les autres. La troupe entiÚre resta pendant un moment immobile et charmée sur le seuil de la porte. Les jouissances excessives du festin pùlirent devant le chatouillant spectacle que l'amphitryon offrait au plus voluptueux de leurs sens. Sous les étincelantes bougies d'un lustre d'or, autour d'une table chargée de vermeil, un groupe de femmes se présenta soudain aux convives hébétés dont les yeux s'allumÚrent comme autant de diamants. Riches étaient les parures, mais plus riches encore étaient ces beautés éblouissantes devant lesquelles disparaissaient toutes les merveilles de ce palais. Les yeux passionnés de ces filles, prestigieuses comme des fées, avaient encore plus de vivacité que les torrents de lumiÚre qui faisaient resplendir les reflets satinés des tentures, la blancheur des marbres et les saillies délicates des bronzes. Le coeur brûlait à voir les contrastes de leurs coiffures agitées et de leurs attitudes, toutes diverses d'attraits et de caractÚre. C'était une haie de fleurs mÃÂȘlées de rubis, de saphirs et de corail; une ceinture de colliers noirs sur des cous de neige, des écharpes légÚres flottant comme les flammes d'un phare, des turbans orgueilleux, des tuniques modestement provoquantes. Ce sérail offrait des séductions pour tous les yeux, des voluptés pour tous les caprices. Posée à ravir, une danseuse semblait ÃÂȘtre sans voile sous les plis onduleux du cachemire. Là une gaze diaphane, ici la soie chatoyante cachaient ou révélaient des perfections mystérieuses. De petits pieds étroits parlaient d'amour, des bouches fraÃches et rouges se taisaient. De frÃÂȘles et décentes jeunes filles, vierges factices dont les jolies chevelures respiraient une religieuse innocence se présentaient aux regards comme des apparitions qu'un souffle pouvait dissiper. Puis des beautés aristocratiques au regard fier, mais indolentes, mais fluettes, maigres, gracieuses, penchaient la tÃÂȘte comme si elles avaient encore de royales protections à faire acheter. Une Anglaise, blanche et chaste figure aérienne, descendue des nuages d'Ossian, ressemblait à un ange de mélancolie, à un remords fuyant le crime. La Parisienne dont toute la beauté gÃt dans une grùce indescriptible, vaine de sa toilette et de son esprit, armée de sa toute-puissante faiblesse, souple et dure, sirÚne sans coeur et sans passion, mais qui sait artificieusement créer les trésors de la passion et contrefaire les accents du coeur, ne manquait pas à cette périlleuse assemblée oÃÂč brillaient encore des Italiennes tranquilles en apparence et consciencieuses dans leur félicité, de riches Normandes aux formes magnifiques, des femmes méridionales aux cheveux noirs, aux yeux bien fendus. Vous eussiez dit des beautés de Versailles convoquées par Lebel, ayant dÚs le matin dressé tous leurs piÚges, arrivant comme une troupe d'esclaves orientales réveillées par la voix du marchand pour partir à l'aurore. Elles restaient interdites, honteuses, et s'empressaient autour de la table comme des abeilles qui bourdonnent dans l'intérieur d'une ruche. Cet embarras craintif, reproche et coquetterie tout ensemble, était ou quelque séduction calculée ou de la pudeur involontaire. Peut-ÃÂȘtre un sentiment que la femme ne dépouille jamais complÚtement leur ordonnait-il de s'envelopper dans le manteau de la vertu pour donner plus de charme et de piquant aux prodigalités du vice. Aussi la conspiration ourdie par le vieux Taillefer sembla-t-elle devoir échouer. Ces hommes sans frein furent subjugués tout d'abord par la puissance majestueuse dont est investie la femme. Un murmure d'admiration résonna comme la plus douce musique. L'amour n'avait pas voyagé de compagnie avec l'ivresse; au lieu d'un ouragan de passions, les convives surpris dans un moment de faiblesse s'abandonnÚrent aux délices d'une voluptueuse extase. A la voix de la poésie qui les domine toujours, les artistes étudiÚrent avec bonheur les nuances délicates qui distinguaient ces beautés choisies. Réveillé par une pensée, due peut-ÃÂȘtre à quelque émanation d'acide carbonique dégagé du vin de Champagne, un philosophe frissonna en songeant aux malheurs qui amenaient là ces femmes, dignes peut-ÃÂȘtre jadis des plus purs hommages. Chacune d'elles avait sans doute un drame sanglant à raconter. Presque toutes apportaient d'infernales tortures, et traÃnaient aprÚs elle des hommes sans foi, des promesses trahies, des joies rançonnées par la misÚre. Les convives s'approchÚrent d'elles avec politesse, et des conversations aussi diverses que les caractÚres s'établirent. Des groupes se formÚrent. Vous eussiez dit d'un salon de bonne compagnie oÃÂč les jeunes filles et les femmes vont offrant aux convives, aprÚs le dÃner, les secours que le café, les liqueurs et le sucre prÃÂȘtent aux gourmands embarrassés dans les travaux d'une digestion récalcitrante. Mais bientÎt quelques rires éclatÚrent, le murmure augmenta, les voix s'élevÚrent. L'orgie, domptée pendant un moment, menaça par intervalles de se réveiller. Ces alternatives du silence et de bruit eurent une vague ressemblance avec une symphonie de Beethoven. Assis sur un moelleux divan, les deux amis virent d'abord arriver prÚs d'eux une grande fille bien proportionnée, superbe en son maintien, de physionomie assez irréguliÚre, mais perçante, mais impétueuse, et qui saisissait l'ùme par de vigoureux contrastes. Sa chevelure noire, lascivement bouclée, semblait avoir déjà subi les combats de l'amour, et retombait en flocons légers sur ses larges épaules qui offraient des perspectives attrayantes à voir. De longs rouleaux bruns enveloppaient à demi un cou majestueux sur lequel la lumiÚre glissait par intervalles en révélant la finesse des plus jolis contours. La peau, d'un blanc mat, faisait ressortir les tons chauds et animés de ses vives couleurs. L'oeil, armé de longs cils, lançait des flammes hardies, étincelles d'amour! La bouche, rouge, humide, entrouverte, appelait le baiser. Cette fille avait une taille forte, mais amoureusement élastique; son sein, ses bras étaient largement développés, comme ceux des belles figures du Carrache; néanmoins, elle paraissait leste, souple, et sa vigueur supposait l'agilité d'une panthÚre, comme la mùle élégance de ses formes en promettait les voluptés dévorantes. Quoique cette fille dût savoir rire et folùtrer, ses yeux et son sourire effrayaient la pensée. Semblable à ces prophétesses agitées par un démon, elle étonnait plutÎt qu'elle ne plaisait. Toutes les expressions passaient par masses et comme des éclairs sur sa figure mobile. Peut-ÃÂȘtre eût-elle ravi des gens blasés, mais un jeune homme l'eût redoutée. C'était une statue colossale tombée du haut de quelque temple grec, sublime à distance, mais grossiÚre à voir de prÚs. Néanmoins, sa foudroyante beauté devait réveiller les impuissants, sa voix charmer les sourds, ses regards ranimer de vieux ossements; aussi Emile la compara-t-il vaguement à une tragédie de Shakespeare, espÚce d'arabesque admirable oÃÂč la joie hurle, oÃÂč l'amour a je ne sais quoi de sauvage, oÃÂč la magie de la grùce et le feu du bonheur succÚdent aux sanglants tumultes de la colÚre; monstre qui sait mordre et caresser, rire comme un démon, pleurer comme les anges, improviser dans une seule étreinte toutes les séductions de la femme, excepté les soupirs de la mélancolie et les enchanteresses modesties d'une vierge; puis en un moment rugir, se déchirer les flancs, briser sa passion, son amant; enfin, se détruire elle-mÃÂȘme comme fait un peuple insurgé. VÃÂȘtue d'une robe en velours rouge, elle foulait d'un pied insouciant quelques fleurs déjà tombées de la tÃÂȘte de ses compagnes, et d'une main dédaigneuse tendait aux deux amis un plateau d'argent. FiÚre de sa beauté, fiÚre de ses vices peut-ÃÂȘtre, elle montrait un bras blanc, qui se détachait vivement sur le velours. Elle était là comme la reine du plaisir, comme une image de la joie humaine, de cette joie qui dissipe les trésors amassés par trois générations, qui rit sur des cadavres, se moque des aïeux, dissout des perles et des trÎnes, transforme les jeunes gens en vieillards, et souvent les vieillards en jeunes gens; de cette joie permise seulement aux géants fatigués du pouvoir, éprouvés par la pensée, ou pour lesquels la guerre est devenue comme un jouet. - Comment te nommes-tu? lui dit RaphaÃl. - Aquilina. - Oh! oh! tu viens de Venise sauvée , s'écria Emile. - Oui, répondit-elle. De mÃÂȘme que les papes se donnent de nouveaux noms en montant au-dessus des hommes, j'en ai pris un autre en m'élevant au-dessus de toutes les femmes. - As-tu donc, comme ta patronne, un noble et terrible conspirateur qui t'aime et sache mourir pour toi? dit vivement Emile, réveillé par cette apparence de poésie. - Je l'ai eu, répondit-elle. Mais la guillotine a été ma rivale. Aussi metté-je toujours quelques chiffons rouges dans ma parure pour que ma joie n'aille jamais trop loin. - Oh! si vous lui laissez raconter l'histoire des quatre jeunes gens de La Rochelle, elle n'en finira pas. Tais-toi donc, Aquilina! Les femmes n'ont-elles pas toutes un amant à pleurer; mais toutes n'ont pas, comme toi, le bonheur de l'avoir perdu sur un échafaud. Ah! j'aimerais bien mieux savoir le mien couché dans une fosse, à Clamart, que dans le lit d'une rivale. Ces phrases furent prononcées d'une voix douce et mélodieuse par la plus innocente, la plus jolie et la plus gentille petite créature qui sous la baguette d'une fée fût jamais sortie d'un oeuf enchanté. Elle était arrivée à pas muets, et montrait une figure délicate, une taille grÃÂȘle, des yeux bleus ravissants de modestie, des tempes fraÃches et pures. Une naïade ingénue, qui s'échappe de sa source, n'est pas plus timide, plus blanche ni plus naïve que cette jeune fille qui paraissait avoir seize ans, ignorer le mal, ignorer l'amour, ne pas connaÃtre les orages de la vie, et venir d'une église oÃÂč elle aurait prié les anges d'obtenir avant le temps son rappel dans les cieux. A Paris seulement se rencontrent ces créatures au visage candide qui cachent la dépravation la plus profonde, les vices les plus raffinés, sous un front aussi doux, aussi tendre que la fleur d'une marguerite. Trompés d'abord par les célestes promesses écrites dans les suaves attraits de cette jeune fille, Emile et RaphaÃl acceptÚrent le café qu'elle leur versa dans les tasses présentées par Aquilina, et se mirent à la questionner. Elle acheva de transfigurer aux yeux des deux poÚtes, par une sinistre allégorie, je ne sais quelle face de la vie humaine, en opposant à l'expression rude et passionnée de son imposante compagne le portrait de cette corruption froide, voluptueusement cruelle, assez étourdie pour commettre un crime, assez forte pour en rire; espÚce de démon sans coeur, qui punit les ùmes riches et tendres de ressentir les émotions dont il est privé, qui trouve toujours une grimace d'amour à vendre, des larmes pour le convoi de sa victime, et de la joie le soir pour en lire le testament. Un poÚte eût admiré la belle Aquilina; le monde entier devait fuir la touchante Euphrasie l'une était l'ùme du vice, l'autre le vice sans ùme. - Je voudrais bien savoir, dit Emile à cette jolie créature, si parfois tu songes à l'avenir. - L'avenir! répondit-elle en riant. Qu'appelez-vous l'avenir? Pourquoi penserais-je à ce qui n'existe pas encore? je ne regarde jamais ni en arriÚre ni en avant de moi. N'est-ce pas déjà trop que de m'occuper d'une journée à la fois? D'ailleurs, l'avenir, nous le connaissons, c'est l'hÎpital. - Comment peux-tu voir d'ici l'hÎpital et ne pas éviter d'y aller? s'écria RaphaÃl. - Qu'a donc l'hÎpital de si effrayant? demanda la terrible Aquilina. Quand nous ne sommes ni mÚres ni épouses, quand la vieillesse nous met des bas noirs aux jambes et des rides au front, flétrit tout ce qu'il y a de femme en nous et sÚche la joie dans les regards de nos amis, de quoi pourrions-nous avoir besoin? Vous ne voyez plus alors en nous, de notre parure, que sa fange primitive qui marche sur deux pattes, froide, sÚche, décomposée, et va produisant un bruissement de feuilles mortes. Les plus jolis chiffons nous deviennent des haillons, l'ambre qui réjouissait le boudoir prend une odeur de mort et sent le squelette; puis, s'il se trouve un coeur dans cette boue, vous y insultez tous, vous ne nous permettez mÃÂȘme pas un souvenir. Ainsi, que nous soyons, à cette époque de la vie, dans un riche hÎtel à soigner des chiens, ou dans un hÎpital à trier des guenilles, notre existence n'est-elle pas exactement la mÃÂȘme? Cacher nos cheveux blancs sous un mouchoir à carreaux rouges et bleus ou sous des dentelles, balayer les rues avec du bouleau ou les marches des Tuileries avec du satin, ÃÂȘtre assises à des foyers dorés ou nous chauffer à des cendres dans un pot de terre rouge, assister au spectacle de la GrÚve, ou aller à l'Opéra, y a-t-il donc là tant de différence? - Aquilina mia , jamais tu n'as eu tant de raison au milieu des tes désespoirs, reprit Euphrasie. Oui, les cachemires, les vélins, les parfums, l'or, la soie, le luxe, tout ce qui brille, tout ce qui plaÃt ne va bien qu'à la jeunesse. Le temps seul pourrait avoir raison contre nos folies, mais le bonheur nous absout. Vous riez de ce que je dis, s'écria-t-elle en lançant un sourire venimeux aux deux amis; n'ai-je pas raison? J'aime mieux mourir de plaisir que de maladie. je n'ai ni la manie de la perpétuité ni grand respect pour l'espÚce humaine à voir ce que Dieu en fait! Donnez-moi des millions, je les mangerai; je ne voudrais pas garder un centime pour l'année prochaine. Vivre pour plaire et régner, tel est l'arrÃÂȘt que prononce chaque battement de mon coeur. La société m'approuve; ne fournit-elle pas sans cesse à mes dissipations? Pourquoi le bon Dieu me fait-il tous les matins la rente de ce que je dépense tous les soirs? pourquoi nous bùtissez-vous des hÎpitaux? Comme il ne nous a pas mis entre le bien et le mal pour choisir ce qui nous blesse ou nous ennuie, je serais bien sotte de ne pas m'amuser. - Et les autres? dit Emile. Les autres? Eh bien qu'ils s'arrangent! J'aime mieux rire de leurs souffrances que d'avoir à pleurer sur les miennes. Je défie un homme de me causer la moindre peine. - Qu'as-tu donc souffert pour penser ainsi? demanda RaphaÃl. - J'ai été quittée pour un héritage, moi! dit-elle en prenant une pose qui fit ressortir toutes ses séductions. Et cependant j'avais passé les nuits et les jours à travailler pour nourrir mon amant. Je ne veux plus ÃÂȘtre la dupe d'aucun sourire, d'aucune promesse, et je prétends faire de mon existence une longue partie de plaisir. - Mais, s'écria RaphaÃl, le bonheur ne vient-il donc pas de l'ùme? - Eh! bien, reprit Aquilina, n'est-ce rien que de se voir admirée, flattée, de triompher de toutes les femmes, mÃÂȘme des plus vertueuses, en les écrasant par notre beauté, par notre richesse? D'ailleurs nous vivons plus en un jour qu'une bonne bourgeoise en dix ans, et alors tout est jugé. - Une femme sans vertu n'est-elle pas odieuse? dit Emile à RaphaÃl. Euphrasie leur lança un regard de vipÚre, et répondit avec un inimitable accent d'ironie - La vertu! nous la laissons aux laides et aux bossues. Que seraient-elles sans cela, les pauvres femmes? - Allons, tais-toi, s'écria Emile, ne parle point de ce que tu ne connais pas. - Ah! je ne la connais pas! reprit Euphrasie. Se donner pendant toute la vie à un ÃÂȘtre détesté, savoir élever des enfants qui vous abandonnent, et leur dire Merci! quand ils vous frappent au coeur; voilà les vertus que vous ordonnez à la femme; et encore, pour la récompenser de son abnégation, venez-vous lui imposer des souffrances en cherchant à la séduire; si elle résiste, vous la compromettez. Jolie vie! Autant rester libres, aimer ceux qui nous plaisent et mourir jeunes. - Ne crains-tu pas de payer tout cela un jour? - Eh! bien, répondit-elle, au lieu d'entremÃÂȘler mes plaisirs de chagrins, ma vie sera coupée en deux parts une jeunesse certainement joyeuse, et je ne sais quelle vieillesse incertaine pendant laquelle je souffrirai tout à mon aise. - Elle n'a pas aimé, dit Aquilina d'un son de voix profond. Elle n'a jamais fait cent lieues pour aller dévorer avec mille délices un regard et un refus; elle n'a point attaché sa vie à un cheveu, ni essayé de poignarder plusieurs hommes pour sauver son souverain, son seigneur, son dieu. Pour elle, l'amour était un joli colonel. - Hé! hé! La Rochelle , répondit Euphrasie, l'amour est comme le vent, nous ne savons d'oÃÂč il vient. D'ailleurs, si tu avais été bien aimée par une bÃÂȘte, tu prendrais les gens d'esprit en horreur. - Le Code nous défend d'aimer les bÃÂȘtes, répliqua la grande Aquilina d'un accent ironique. - Je te croyais plus indulgente pour les militaires, s'écria Euphrasie en riant. - Sont-elles heureuses de pouvoir abdiquer ainsi leur raison! s'écria RaphaÃl. - Heureuses! dit Aquilina souriant de pitié, de terreur, en jetant aux deux amis un horrible regard. Ah! vous ignorez ce que c'est que d'ÃÂȘtre condamnée au plaisir avec un mort dans le coeur. Contempler en ce moment les salons, c'était avoir une vue anticipée du Pandémonium de Milton. Les flammes bleues du punch coloraient d'une teinte infernale les visages de ceux qui pouvaient boire encore. Des danses folles, animées par une sauvage énergie, excitaient des rires et des cris qui éclataient comme les détonations d'un feu d'artifice. Jonchés de morts et de mourants, le boudoir et un petit salon offraient l'image d'un champ de bataille. L'atmosphÚre était chaude de vin, de plaisirs et de paroles. L'ivresse, l'amour, le délire, l'oubli du monde étaient dans les coeurs, sur les visages, écrits sur les tapis, exprimés par le désordre, et jetaient sur tous les regards de légers voiles qui faisaient voir dans l'air des vapeurs enivrantes. Il s'était ému, comme dans les bandes lumineuses tracées par un rayon de soleil, une poussiÚre brillante à travers laquelle se jouaient les formes les plus capricieuses, les luttes les plus grotesques. Çà et là , des groupes de figures enlacées se confondaient avec les marbres blancs, nobles chefs-d'oeuvre de la sculpture qui ornaient les appartements. Quoique les deux amis conservassent encore une sorte de lucidité trompeuse dans les idées et dans leurs organes, un dernier frémissement, simulacre imparfait de la vie, il leur était impossible de reconnaÃtre ce qu'il y avait de réel dans les fantaisies bizarres, de possible dans les tableaux surnaturels qui passaient incessamment devant leurs yeux lassés. Le ciel étouffant de nos rÃÂȘves, l'ardente suavité que contractent les figures dans nos visions, surtout je ne sais quelle agilité chargée de chaÃnes, enfin les phénomÚnes les plus inaccoutumés du sommeil les assaillaient si vivement qu'ils prirent les jeux de cette débauche pour les caprices d'un cauchemar oÃÂč le mouvement est sans bruit, oÃÂč les cris sont perdus pour l'oreille. En ce moment le valet de chambre de confiance réussit, non sans peine, à attirer son maÃtre dans l'antichambre, et lui dit à l'oreille - Monsieur, tous les voisins sont aux fenÃÂȘtres et se plaignent du tapage. - S'ils ont peur du bruit, ne peuvent-ils pas faire mettre de la paille devant leurs portes? s'écria Taillefer. RaphaÃl laissa tout à coup échapper un éclat de rire si brusquement intempestif, que son ami lui demanda compte de cette joie brutale. - Tu me comprendrais difficilement, répondit-il. D'abord, il faudrait t'avouer que vous m'avez arrÃÂȘté sur le quai Voltaire, au moment oÃÂč j'allais me jeter dans la Seine, et tu voudrais sans doute connaÃtre les motifs de ma mort. Mais quand j'ajouterais que, par un hasard presque fabuleux, les ruines les plus poétiques du monde matériel venaient alors de se résumer à mes yeux par une traduction symbolique de la sagesse humaine; tandis qu'en ce moment les débris de tous les trésors intellectuels que nous avons saccagés à table aboutissent à ces deux femmes, images vives et originales de la folie, et que notre profonde insouciance des hommes et des choses a servi de transition aux tableaux fortement colorés de deux systÚmes d'existence si diamétralement opposés, en seras-tu plus instruit? Si tu n'étais pas ivre, tu y verrais peut-ÃÂȘtre un traité de philosophie. - Si tu n'avais pas les deux pieds sur cette ravissante Aquilina dont les ronflements ont je ne sais quelle analogie avec le rugissement d'un orage prÚs d'éclater, reprit Emile qui lui-mÃÂȘme s'amusait à rouler et à dérouler les cheveux d'Euphrasie sans trop avoir la conscience de cette innocente occupation, tu rougirais de ton ivresse et de ton bavardage. Tes deux systÚmes peuvent entrer dans une seule phrase et se réduisent à une pensée. La vie simple et mécanique conduit à quelque sagesse insensée en étouffant notre intelligence par le travail; tandis que la vie passée dans le vide des abstractions ou dans les abÃmes du monde moral mÚne à quelque folle sagesse. En un mot, tuer les sentiments pour vivre vieux, ou mourir jeune en acceptant le martyre des passions, voilà notre arrÃÂȘt. Encore, cette sentence lutte-t-elle avec les tempéraments que nous a donnés le rude goguenard à qui nous devons le patron de toutes les créatures. - Imbécile! s'écria RaphaÃl en l'interrompant. Continue à t'abréger toi-mÃÂȘme ainsi, tu feras des volumes! Si j'avais eu la prétention de formuler proprement ces deux idées, je t'aurais dit que l'homme se corrompt par l'exercice de la raison et se purifie par l'ignorance. C'est faire le procÚs aux sociétés! Mais que nous vivions avec les sages ou que nous périssions avec les fous, le résultat n'est-il pas tÎt ou tard le mÃÂȘme? Aussi, le grand abstracteur de quintessence a-t-il jadis exprimé ces deux systÚmes en deux mots CARYMARY, CARYMARA. - Tu me fais douter de la puissance de Dieu, car tu es plus bÃÂȘte qu'il n'est puissant, répliqua Emile. Notre cher Rabelais a résolu cette philosophie par un mot plus bref que Carymary, Carymara c'est peut-ÃÂȘtre , d'oÃÂč Montaigne a pris son Que sais-je ? Encore ces derniers mots de la science morale ne sont-ils guÚre que l'exclamation de Pyrrhon restant entre le bien et le mal, comme l'ùne de Buridan entre deux mesures d'avoine. Mais laissons là cette éternelle discussion qui aboutit aujourd'hui à oui et non . Quelle expérience voulais-tu donc faire en te jetant dans la Seine? étais-tu jaloux de la machine hydraulique du pont Notre-Dame? - Ah! si tu connaissais ma vie. - Ah! s'écria Emile, je ne te croyais pas si vulgaire, la phrase est usée. Ne sais-tu pas que nous avons tous la prétention de souffrir beaucoup plus que les autres? - Ah! s'écria RaphaÃl. - Mais tu es bouffon avec ton ah! Voyons? une maladie d'ùme ou de corps t'oblige-t-elle de ramener tous les matins, par une contraction de tes muscles, les chevaux qui le soir doivent t'écarteler, comme jadis le fit Damiens? As-tu mangé ton chien tout cru, sans sel, dans ta mansarde? Tes enfants t'ont-ils jamais dit J'ai faim? As-tu vendu les cheveux de ta maÃtresse pour aller au jeu? Es-tu jamais allé payer à un faux domicile une fausse lettre de change, tirée sur un faux oncle, avec la crainte d'arriver trop tard? Voyons, j'écoute. Si tu te jetais à l'eau pour une femme, pour un protÃÂȘt, ou par ennui, je te renie. Confesse-toi, ne mens pas; je ne te demande point de mémoires historiques. Surtout, sois aussi bref que ton ivresse te le permettra je suis exigeant comme un lecteur, et prÚs de dormir comme une femme qui lit ses vÃÂȘpres. - Pauvre sot! dit RaphaÃl. Depuis quand les douleurs ne sont-elles plus en raison de la sensibilité? Lorsque nous arriverons au degré de science qui nous permettra de faire une histoire naturelle des coeurs, de les nommer, de les classer en genres, en sous-genres, en familles, en crustacés, en fossiles, en sauriens, en microscopiques, en... que sais-je? alors, mon bon ami, ce sera chose prouvée qu'il en existe de tendres, de délicats, comme des fleurs, et qui doivent se briser comme elles par de légers froissements auxquels certains coeurs minéraux ne sont mÃÂȘme pas sensibles. - Oh! de grùce, épargne-moi ta préface, dit Emile d'un air moitié riant moitié piteux, en prenant la main de RaphaÃl. AprÚs ÃÂȘtre resté silencieux pendant un moment, RaphaÃl dit en laissant échapper un geste d'insouciance - Je ne sais en vérité s'il ne faut pas attribuer aux fumées du vin et du punch l'espÚce de lucidité qui me permet d'embrasser en cet instant toute ma vie comme un mÃÂȘme tableau oÃÂč les figures, les couleurs, les ombres, les lumiÚres, les demi-teintes sont fidÚlement rendues. Ce jeu poétique de mon imagination ne m'étonnerait pas, s'il n'était accompagné d'une sorte de dédain pour mes souffrances et pour mes joies passées. Vue à distance, ma vie est comme rétrécie par un phénomÚne moral. Cette longue et lente douleur qui a duré dix ans peut aujourd'hui se reproduire par quelques phrases dans lesquelles la douleur ne sera plus qu'une pensée, et le plaisir une réflexion philosophique. Je juge, au lieu de sentir... - Tu es ennuyeux comme un amendement qui se développe, s'écria Emile. - C'est possible, reprit RaphaÃl sans murmurer. Aussi, pour ne pas abuser de tes oreilles, te ferai-je grùce des dix-sept premiÚres années de ma vie. Jusque-là , j'ai vécu comme toi, comme mille autres, de cette vie de collÚge ou de lycée, dont les malheurs fictifs et les joies réelles sont les délices de notre souvenir, à laquelle notre gastronomie blasée redemande les légumes du vendredi, tant que nous ne les avons pas goûtés de nouveau belle vie dont les travaux nous semblent méprisables et qui cependant nous ont appris le travail... - Arrive au drame, dit Emile d'un air moitié comique et moitié plaintif. - Quand je sortis du collÚge, reprit RaphaÃl en réclamant par un geste le droit de continuer, mon pÚre m'astreignit à une discipline sévÚre, il me logea dans une chambre contiguà à son cabinet; je me couchais dÚs neuf heures du soir et me levais à cinq heures du matin; il voulait que je fisse mon Droit en conscience, j'allais en mÃÂȘme temps à l'Ecole et chez un avoué; mais les lois du temps et de l'espace étaient si sévÚrement appliquées à mes courses, à mes travaux, et mon pÚre me demandait en dÃnant un compte si rigoureux de... - Qu'est-ce que cela me fait? dit Emile. - Eh! que le diable t'emporte, répondit RaphaÃl. Comment pourras-tu concevoir mes sentiments si je ne te raconte les faits imperceptibles qui influÚrent sur mon ùme, la façonnÚrent à la crainte et me laissÚrent longtemps dans la naïveté primitive du jeune homme? Ainsi, jusqu'à vingt et un ans, j'ai été courbé sous un despotisme aussi froid que celui d'une rÚgle monacale. Pour te révéler les tristesses de ma vie, il suffira peut-ÃÂȘtre de te dépeindre mon pÚre un grand homme sec et mince, le visage en lame de couteau, le teint pùle, à parole brÚve, taquin comme une vieille fille, méticuleux comme un chef de bureau. Sa paternité planait au-dessus de mes lutines et joyeuses pensées, et les enfermait comme sous un dÎme de plomb; si je voulais lui manifester un sentiment doux et tendre, il me recevait en enfant qui va dire une sottise; je le redoutais bien plus que nous ne craignions naguÚre nos maÃtres d'étude; j'avais toujours huit ans pour lui. Je crois encore le voir devant moi. Dans sa redingote marron, oÃÂč il se tenait droit comme un siÚge pascal, il avait l'air d'un hareng saur enveloppé dans la couverture rougeùtre d'un pamphlet. Cependant j'aimais mon pÚre, au fond il était juste. Peut-ÃÂȘtre ne haïssons-nous pas la sévérité quand elle est justifiée par un grand caractÚre, par des moeurs pures, et qu'elle est adroitement entremÃÂȘlée de bonté. Si mon pÚre ne me quitta jamais, si jusqu'à l'ùge de vingt ans, il ne laissa pas dix francs à ma disposition, dix coquins, dix libertins de francs, trésor immense dont la possession vainement enviée me faisait rÃÂȘver d'ineffables délices, il cherchait du moins à me procurer quelques distractions. AprÚs m'avoir promis un plaisir pendant des mois entiers, il me conduisait aux Bouffons, à un concert, à un bal oÃÂč j'espérais rencontrer une maÃtresse. Une maÃtresse! c'était pour moi l'indépendance. Mais honteux et timide, ne sachant point l'idiome des salons et n'y connaissant personne, j'en revenais le coeur toujours aussi neuf et tout aussi gonflé de désirs. Puis le lendemain, bridé comme un cheval d'escadron par mon pÚre, dÚs le matin je retournais chez un avoué, au Droit, au Palais. Vouloir m'écarter de la route uniforme que mon pÚre m'avait tracée, c'eût été m'exposer à sa colÚre; il m'avait menacé de m'embarquer à ma premiÚre faute, en qualité de mousse, pour les Antilles. Aussi me prenait-il un horrible frisson quand par hasard j'osais m'aventurer, pendant une heure ou deux, dans quelque partie de plaisir. Figure-toi l'imagination la plus vagabonde, le coeur le plus amoureux, l'ùme la plus tendre, l'esprit le plus poétique, sans cesse en présence de l'homme le plus caillouteux, le plus atrabilaire, le plus froid du monde; enfin marie une jeune fille à un squelette, et tu comprendras l'existence dont les scÚnes curieuses ne peuvent que t'ÃÂȘtre dites projets de fuite évanouis à l'aspect de mon pÚre, désespoirs calmés par le sommeil, désirs comprimés, sombres mélancolies dissipées par la musique. J'exhalais mon malheur en mélodies. Beethoven ou Mozart furent souvent mes discrets confidents. Aujourd'hui je souris en me souvenant de tous les préjugés qui troublaient ma conscience à cette époque d'innocence et de vertu si j'avais mis le pied chez un restaurateur, je me serais cru ruiné; mon imagination me faisait considérer un café comme un lieu de débauche, oÃÂč les hommes se perdaient d'honneur et engageaient leur fortune; quant à risquer de l'argent au jeu, il aurait fallu en avoir. Oh! quand je devrais t'endormir, je veux te raconter l'une des plus terribles joies de ma vie, une de ces joies armées de griffes et qui s'enfoncent dans notre coeur comme un fer chaud sur l'épaule d'un forçat. J'étais au bal chez le duc de Navarreins, cousin de mon pÚre. Mais pour que tu puisses parfaitement comprendre ma position, apprends que j'avais un habit rùpé, des souliers mal faits, une cravate de cocher et des gants déjà portés. Je me mis dans un coin afin de pouvoir tout à mon aise prendre des glaces et contempler les jolies femmes. Mon pÚre m'aperçut. Par une raison que je n'ai jamais devinée, tant cet acte de confiance m'abasourdit, il me donna sa bourse et ses clefs à garder. A dix pas de moi quelques hommes jouaient. J'entendais frétiller l'or. J'avais vingt ans, je souhaitais passer une journée entiÚre plongé dans les crimes de mon ùge. C'était un libertinage d'esprit dont l'analogue ne se trouverait ni dans les caprices de courtisane, ni dans les songes des jeunes filles. Depuis un an je me rÃÂȘvais bien mis, en voiture, ayant une belle femme à mes cÎtés, tranchant du seigneur, dÃnant chez Véry, allant le soir au spectacle, décidé à ne revenir que le lendemain chez mon pÚre, mais armé contre lui d'une aventure plus intriguée que ne l'est le Mariage de Figaro , et de laquelle il lui aurait été impossible de se dépÃÂȘtrer. J'avais estimé toute cette joie cinquante écus. N'étais-je pas encore sous le charme naïf de l'école buissonniÚre ? J'allai donc dans un boudoir oÃÂč, seul, les yeux cuisants, les doigts tremblants, je comptai l'argent de mon pÚre cent écus! Evoquées par cette somme, les joies de mon escapade apparurent devant moi, dansant comme les sorciÚres de Macbeth autour de leur chaudiÚre, mais alléchantes, frémissantes, délicieuses! je devins un coquin déterminé. Sans écouter ni les tintements de mon oreille, ni les battements précipités de mon coeur, je pris deux piÚces de vingt francs que je vois encore! Leurs millésimes étaient effacés et la figure de Bonaparte y grimaçait. AprÚs avoir mis la bourse dans ma poche, je revins vers une table de jeu en tenant les deux piÚces d'or dans la paume humide de ma main, et je rÎdai autour des joueurs comme un émouchet au-dessus d'un poulailler. En proie à des angoisses inexprimables, je jetai soudain un regard translucide autour de moi. Certain de n'ÃÂȘtre aperçu par aucune personne de connaissance, je pariai pour un petit homme gras et réjoui, sur la tÃÂȘte duquel j'accumulai plus de priÚres et de voeux qu'il ne s'en fait en mer pendant trois tempÃÂȘtes. Puis, avec un instinct de scélératesse ou de machiavélisme surprenant à mon ùge, j'allai me planter prÚs d'une porte, regardant à travers les salons sans y rien voir. Mon ùme et mes yeux voltigeaient autour du fatal tapis vert. De cette soirée date la premiÚre observation physiologique à laquelle j'ai dû cette espÚce de pénétration qui m'a permis de saisir quelques mystÚres de notre double nature. Je tournais le dos à la table oÃÂč se disputait mon futur bonheur, bonheur d'autant plus profond peut-ÃÂȘtre qu'il était criminel; entre les deux joueurs et moi, il se trouvait une haie d'hommes, épaisse de quatre ou cinq rangées de causeurs; le bourdonnement des voix empÃÂȘchait de distinguer le son de l'or qui se mÃÂȘlait au bruit de l'orchestre; malgré tous ces obstacles, par un privilÚge accordé aux passions et qui leur donne le pouvoir d'anéantir l'espace et le temps, j'entendais distinctement les paroles des deux joueurs, je connaissais leurs points, je savais celui des deux qui retournait le roi comme si j'eusse vu les cartes; enfin à dix pas du jeu, je pùlissais de ses caprices. Mon pÚre passa devant moi tout à coup, je compris alors cette parole de l'Ecriture l'esprit de Dieu passa devant sa face! J'avais gagné. A travers le tourbillon d'hommes qui gravitait autour des joueurs, j'accourus à la table en m'y glissant avec la dextérité d'une anguille qui s'échappe par la maille rompue d'un filet. De douloureuses, mes fibres devinrent joyeuses. J'étais comme un condamné qui, marchant au supplice, a rencontré le roi. Par hasard, un homme décoré réclama quarante francs qui manquaient. Je fus soupçonné par des yeux inquiets, je pùlis et des gouttes de sueur sillonnÚrent mon front. Le crime d'avoir volé mon pÚre me parut bien vengé. Le bon gros petit homme dit alors d'une voix certainement angélique " Tous ces messieurs avaient mis ", et paya les quarante francs. Je relevai mon front et jetai des regards triomphants sur les joueurs. AprÚs avoir réintégré dans la bourse de mon pÚre l'or que j'y avais pris, je laissai mon gain à ce digne et honnÃÂȘte monsieur qui continua de gagner. DÚs que je me vis possesseur de cent soixante francs, je les enveloppai dans mon mouchoir de maniÚre à ce qu'ils ne pussent ni remuer ni sonner pendant notre retour au logis, et ne jouai plus. - " Que faisiez-vous au jeu? me dit mon pÚre en entrant dans le fiacre. - Je regardais, répondis-je en tremblant. - Mais, reprit mon pÚre, il n'y aurait eu rien d'extraordinaire à ce que vous eussiez été forcé par amour-propre à mettre quelque argent sur le tapis. Aux yeux des gens du monde, vous paraissez assez ùgé pour avoir le droit de commettre des sottises. Aussi vous excuserais-je, RaphaÃl, si vous vous étiez servi de ma bourse... " je ne répondis rien. Quand nous fûmes de retour, je rendis à mon pÚre ses clefs et son argent. En rentrant dans sa chambre, il vida la bourse sur sa cheminée, compta l'or, se tourna vers moi d'un air assez gracieux, et me dit en séparant chaque phrase par une pause plus ou moins longue et significative "- Mon fils, vous avez bientÎt vingt ans. je suis content de vous. Il vous faut une pension, ne fût-ce que pour vous apprendre à économiser, à connaÃtre les choses de la vie. DÚs ce soir, je vous donnerai cent francs par mois. Vous disposerez de votre argent comme il vous plaira. Voici le premier trimestre de cette année ", ajouta-t-il en caressant une pile d'or, comme pour vérifier la somme. J'avoue que je fus prÚs de me jeter à ses pieds, à lui déclarer que j'étais un brigand, un infùme, et... pis que cela, un menteur! la honte me retint, j'allais l'embrasser, il me repoussa faiblement. - " Maintenant, tu es un homme, mon enfant , me dit-il. Ce que je fais est une chose simple et juste dont tu ne dois pas me remercier. Si j'ai droit à votre reconnaissance, RaphaÃl, reprit-il d'un ton doux mais plein de dignité, c'est pour avoir préservé votre jeunesse des malheurs qui dévorent tous les jeunes gens, à Paris. Désormais, nous serons deux amis. Vous deviendrez, dans un an, docteur en droit. Vous avez, non sans quelques déplaisirs et certaines privations, acquis les connaissances solides et l'amour du travail si nécessaires aux hommes appelés à manier les affaires. Apprenez, RaphaÃl, à me connaÃtre. je ne veux faire de vous ni un avocat, ni un notaire, mais un homme d'Etat qui puisse devenir la gloire de notre pauvre maison. A demain! " ajouta-t-il en me renvoyant par un geste mystérieux. DÚs ce jour, mon pÚre m'initia franchement à ses projets. J'étais fils unique et j'avais perdu ma mÚre depuis dix ans. Autrefois, peu flatté d'avoir le droit de labourer la terre l'épée au cÎté, mon pÚre, chef d'une maison historique à peu prÚs oubliée en Auvergne, vint à Paris pour y lutter avec le diable. Doué de cette finesse qui rend les hommes du midi de la France si supérieurs quand elle se trouve accompagnée d'énergie, il était parvenu sans grand appui à prendre position au coeur mÃÂȘme du pouvoir. La Révolution renversa bientÎt sa fortune; mais il avait su épouser l'héritiÚre d'une grande maison, et s'était vu sous l'Empire au moment de restituer à notre famille son ancienne splendeur. La Restauration, qui rendit à ma mÚre des biens considérables, ruina mon pÚre. Ayant jadis acheté plusieurs terres données par l'empereur à ses généraux et situées en pays étranger, il se battait depuis dix ans avec des liquidateurs et des diplomates, avec les tribunaux prussiens et bavarois pour se maintenir dans la possession contestée de ces malheureuses dotations. Mon pÚre me jeta dans le labyrinthe inextricable de ce vaste procÚs d'oÃÂč dépendait notre avenir. Nous pouvions ÃÂȘtre condamnés à restituer les revenus ainsi que le prix de certaines coupes de bois faites de 1814 à 1816; dans ce cas, le bien de ma mÚre suffisait à peine pour sauver l'honneur de notre nom. Ainsi, le jour oÃÂč mon pÚre parut en quelque sorte m'avoir émancipé, je tombai sous le joug le plus odieux. Je dus combattre comme sur un champ de bataille, travailler nuit et jour, aller voir des hommes d'Etat, tùcher de surprendre leur religion, tenter de les intéresser à notre affaire, les séduire, eux, leurs femmes, leurs valets, leurs chiens, et déguiser cet horrible métier sous des formes élégantes, sous d'agréables plaisanteries. Je compris tous les chagrins dont l'empreinte flétrissait la figure de mon pÚre. Pendant une année environ, je menai donc en apparence la vie d'un homme du monde; mais cette dissipation et mon empressement à me lier avec des parents en faveur ou avec des gens qui pouvaient nous ÃÂȘtres utiles, cachaient d'immenses travaux. Mes divertissements étaient encore des plaidoiries, et mes conversations des mémoires. Jusque-là , j'avais été vertueux par l'impossibilité de me livrer à mes passions de jeune homme; mais craignant alors de causer la ruine de mon pÚre ou la mienne par une négligence, je devins mon propre despote, et n'osai me permettre ni un plaisir ni une dépense. Lorsque nous sommes jeunes, quand, à force de froissements, les hommes et les choses ne nous ont point encore enlevé cette délicate fleur de sentiment, cette verdeur de pensée, cette noble pureté de conscience qui ne nous laisse jamais transiger avec le mal, nous sentons vivement nos devoirs; notre honneur parle haut et se fait écouter; nous sommes francs et sans détour ainsi étais-je alors. Je voulus justifier la confiance de mon pÚre; naguÚre, je lui aurais dérobé délicieusement une chétive somme; mais portant avec lui le fardeau de ses affaires, de son nom, de sa maison, je lui eusse donné secrÚtement mes biens, mes espérances, comme je lui sacrifiais mes plaisirs, heureux mÃÂȘme de mon sacrifice! Aussi, quand monsieur de VillÚle exhuma, tout exprÚs pour nous, un décret impérial sur les déchéances, et nous eut ruinés, signai-je la vente de mes propriétés, n'en gardant qu'une Ãle sans valeur, située au milieu de la Loire, et oÃÂč se trouvait le tombeau de ma mÚre. Aujourd'hui, peut-ÃÂȘtre, les arguments, les détours, les discussions philosophiques, philanthropiques et politiques ne me manqueraient pas pour me dispenser de faire ce que mon avoué nommait une bÃÂȘtise . Mais à vingt et un ans, nous sommes, je le répÚte, tout générosité, tout chaleur, tout amour. Les larmes que je vis dans les yeux de mon pÚre furent alors pour moi la plus belle des fortunes, et le souvenir de ces larmes a souvent consolé ma misÚre. Dix mois aprÚs avoir payé ses créanciers, mon pÚre mourut de chagrin, il m'adorait et m'avait ruiné; cette idée le tua. En 1826, à l'ùge de vingt-deux ans, vers la fin de l'automne, je suivis tout seul le convoi de mon premier ami, de mon pÚre. Peu de jeunes gens se sont trouvés, seuls avec leurs pensées, derriÚre un corbillard, perdus dans Paris, sans avenir, sans fortune. Les orphelins recueillis par la charité publique ont au moins pour avenir le champ de bataille, pour pÚre le Gouvernement ou le Procureur du roi, pour refuge un hospice. Moi, je n'avais rien! Trois mois aprÚs, un commissaire-priseur me remit onze cent douze francs, produit net et liquide de la succession paternelle. Des créanciers m'avaient obligé à vendre notre mobilier. Accoutumé dÚs ma jeunesse à donner une grande valeur aux objets de luxe dont j'étais entouré, je ne pus m'empÃÂȘcher de marquer une sorte d'étonnement à l'aspect de ce reliquat exigu. - " Oh! me dit le commissaire-priseur, tout cela était bien rococo . " Mot épouvantable qui flétrissait toutes les religions de mon enfance et me dépouillait de mes premiÚres illusions, les plus chÚres de toutes. Ma fortune se résumait par un bordereau de vente, mon avenir gisait dans un sac de toile qui contenait onze cent douze francs, la Société m'apparaissait en la personne d'un huissier-priseur qui me parlait le chapeau sur la tÃÂȘte. Un valet de chambre qui me chérissait, et à qui ma mÚre avait jadis constitué quatre cents francs de rente viagÚre, Jonathas me dit en quittant la maison d'oÃÂč j'étais si souvent sorti joyeusement en voiture pendant mon enfance - "Soyez bien économe, monsieur RaphaÃl!" Il pleurait, le bon homme. "Tels sont, mon cher Emile, les événements qui maÃtrisÚrent ma destinée, modifiÚrent mon ùme, et me placÚrent jeune encore dans la plus fausse de toutes les situations sociales, dit RaphaÃl aprÚs avoir fait une pause. Des liens de famille, mais faibles, m'attachaient à quelques maisons riches dont l'accÚs m'eût été interdit par ma fierté, si le mépris et l'indifférence ne m'en eussent déjà fermé les portes. Quoique parent de personnes trÚs influentes et prodigues de leur protection pour des étrangers, je n'avais ni parents ni protecteurs. Sans cesse arrÃÂȘtée dans ses expansions, mon ùme s'était repliée sur elle-mÃÂȘme. Plein de franchise et de naturel, je devais paraÃtre froid, dissimulé; le despotisme de mon pÚre M'avait Îté toute confiance en moi; j'étais timide et gauche, je ne croyais pas que ma voix pût exercer le moindre empire, je me déplaisais, je me trouvais laid, j'avais honte de mon regard. Malgré la voix intérieure qui doit soutenir les hommes de talent dans leurs luttes, et qui me criait Courage! marche! malgré les révélations soudaines de ma puissance dans la solitude, malgré l'espoir dont j'étais animé en comparant les ouvrages nouveaux admirés du public à ceux qui voltigeaient dans ma pensée, je doutais de moi comme un enfant. J'étais la proie d'une excessive ambition, je me croyais destiné à de grandes choses, et je me sentais dans le néant. J'avais besoin des hommes, et je me trouvais sans amis. Je devais me frayer une route dans le monde, et j'y restais seul, moins craintif que honteux. Pendant l'année oÃÂč je fus jeté par mon pÚre dans le tourbillon de la grande société, j'y vins avec un coeur neuf, avec une ùme fraÃche. Comme tous les grands enfants, j'aspirai secrÚtement à de belles amours. Je rencontrai parmi les jeunes gens de mon ùge une secte de fanfarons qui allaient tÃÂȘte levée, disant des riens, s'asseyant sans trembler prÚs des femmes qui me semblaient les plus imposantes, débitant des impertinences, mùchant le bout de leurs cannes, minaudant, se prostituant à eux-mÃÂȘmes les plus jolies personnes, mettant ou prétendant avoir mis leurs tÃÂȘtes sur tous les oreillers, ayant l'air d'ÃÂȘtre au refus du plaisir, considérant les plus vertueuses, les plus prudes comme de prise facile et pouvant ÃÂȘtre conquises à la simple parole, au moindre geste hardi, par le premier regard insolent! je te le déclare, en mon ùme et conscience, la conquÃÂȘte du pouvoir ou d'une grande renommée littéraire me paraissait un triomphe moins difficile à obtenir qu'un succÚs auprÚs d'une femme de haut rang, jeune, spirituelle et gracieuse. Je trouvai donc les troubles de mon coeur, mes sentiments, mes cultes en désaccord avec les maximes de la société. J'avais de la hardiesse, mais dans l'ùme seulement, et non dans les maniÚres. J'ai su plus tard que les femmes ne voulaient pas ÃÂȘtre mendiées; j'en ai beaucoup vu que j'adorais de loin, auxquelles je livrais un coeur à toute épreuve, une ùme à déchirer, une énergie qui ne s'effrayait ni des sacrifices, ni des tortures; elles appartenaient à des sots de qui je n'aurais pas voulu pour portiers. Combien de fois, muet, immobile, n'ai-je pas admiré la femme de mes rÃÂȘves, surgissant dans un bal; dévouant alors en pensée mon existence à des caresses éternelles, j'imprimais toutes mes espérances en un regard, et lui offrais dans mon extase un amour de jeune homme qui courait au-devant des tromperies. En certains moments, j'aurais donné ma vie pour une seule nuit. Eh! bien, n'ayant jamais trouvé d'oreilles oÃÂč jeter mes propos passionnés, de regards oÃÂč reposer les miens, de coeur pour mon coeur, j'ai vécu dans tous les tourments d'une impuissante énergie qui se dévorait elle-mÃÂȘme, soit faute de hardiesse ou d'occasions, soit inexpérience. Peut-ÃÂȘtre ai-je désespéré de me faire comprendre, ou tremblé d'ÃÂȘtre trop compris. Et cependant j'avais un orage tout prÃÂȘt à chaque regard poli que l'on pouvait m'adresser. Malgré ma promptitude à prendre ce regard ou des mots en apparence affectueux comme de tendres engagements, je n'ai jamais osé ni parler ni me taire à propos. A force de sentiment ma parole était insignifiante, et mon silence devenait stupide. J'avais sans doute trop de naïveté pour une société factice qui vit aux lumiÚres, qui rend toutes ses pensées par des phrases convenues, ou par des mots que dicte la mode. Puis je ne savais point parler en me taisant, ni me taire en parlant. Enfin, gardant en moi des feux qui me brûlaient, ayant une ùme semblable à celles que les femmes souhaitent de rencontrer, en proie à cette exaltation dont elle sont avides, possédant l'énergie dont se vantent les sots, toutes les femmes m'ont été traÃtreusement cruelles. Aussi, admirais-je naïvement les héros de coterie quand ils célébraient leurs triomphes, sans les soupçonner de mensonge. J'avais sans doute le tort de désirer un amour sur parole, de vouloir trouver grande et forte dans un coeur de femme frivole et légÚre, affamée de luxe, ivre de vanité, cette passion large, cet océan qui battait tempÃÂȘtueusement dans mon coeur. Oh! se sentir né pour aimer, pour rendre une femme bien heureuse, et n'avoir trouvé personne, mÃÂȘme pas une courageuse et noble Marceline ou quelque vieille marquise! Porter des trésors dans une besace et ne pouvoir rencontrer une enfant, quelque jeune fille curieuse pour les lui faire admirer. J'ai souvent voulu me tuer de désespoir. - Joliment tragique ce soir! s'écria Emile. - Eh! laisse-moi condamner ma vie, répondit RaphaÃl. Si ton amitié n'a pas la force d'écouter mes élégies, si tu ne peux me faire crédit d'une demi-heure d'ennui, dors! Mais ne me demande plus alors compte de mon suicide qui gronde, qui se dresse, qui m'appelle et que je salue. Pour juger un homme, au moins faut-il ÃÂȘtre dans le secret de sa pensée, de ses malheurs, de ses émotions; ne vouloir connaÃtre de sa vie que les événements matériels, c'est faire de la chronologie, l'histoire des sots! Le ton amer avec lequel ces paroles furent prononcées frappa si vivement Emile que, dÚs ce moment, il prÃÂȘta toute son attention à RaphaÃl en le regardant d'un air hébété. - Mais, reprit le narrateur, maintenant la lueur qui colore ces accidents leur prÃÂȘte un nouvel aspect. L'ordre des choses que je considérais jadis comme un malheur a peut-ÃÂȘtre engendré les belles facultés dont plus tard je me suis enorgueilli. La curiosité philosophique, les travaux excessifs, l'amour de la lecture qui, depuis l'ùge de sept ans jusqu'à mon entrée dans le monde, ont constamment occupé ma vie, ne m'auraient-ils pas doué de la facile puissance avec laquelle, s'il faut vous en croire, je sais rendre mes idées et marcher en avant dans le vaste champ des connaissances humaines? L'abandon auquel j'étais condamné, l'habitude de refouler mes sentiments et de vivre dans mon coeur ne m'ont-ils pas investi du pouvoir de comparer, de méditer? En ne se perdant pas au service des irritations mondaines qui rapetissent la plus belle ùme et la réduisent à l'état de guenille, ma sensibilité ne s'est-elle pas concentrée pour devenir l'organe perfectionné d'une volonté plus haute que le vouloir de la passion? Méconnu par les femmes, je me souviens de les avoir observées avec la sagacité de l'amour dédaigné. Maintenant, je le vois, la sincérité de mon caractÚre a dû déplaire! Peut-ÃÂȘtre les femmes veulent-elles un peu d'hypocrisie? Moi qui suis tour à tour, dans la mÃÂȘme heure, homme et enfant, futile et penseur, sans préjugés et plein de superstitions, souvent femme comme elles, n'ont-elles pas dû prendre ma naïveté pour du cynisme, et la pureté mÃÂȘme de ma pensée pour du libertinage? la science leur était ennui, la langueur féminine faiblesse. Cette excessive mobilité d'imagination, le malheur des poÚtes, me faisait sans doute juger comme un ÃÂȘtre incapable d'amour, sans constance dans les idées, sans énergie. Idiot quand je me taisais, je les effarouchais peut-ÃÂȘtre quand j'essayais de leur plaire, et les femmes m'ont condamné. J'ai accepté, dans les ùmes et le chagrin l'arrÃÂȘt porté par le monde. Cette peine a produit son fruit. Je voulus me venger de la société, je voulus posséder l'ùme de toutes les femmes en me soumettant les intelligences, et voir tous les regards fixés sur moi quand mon nom serait prononcé par un valet à la porte du salon. Je m'instituai grand homme. DÚs mon enfance je m'étais frappé le front en me disant comme André de Chénier " Il y a quelque chose là ! " Je croyais sentir en moi une pensée à exprimer, un systÚme à établir, une science à expliquer. O mon cher Emile! aujourd'hui que j'ai vingt-six ans à peine, que je suis sûr de mourir inconnu, sans avoir jamais été l'amant de la femme que j'ai rÃÂȘvé de posséder, laisse-moi te conter mes folies? N'avons-nous pas tous, plus ou moins, pris nos désirs pour des réalités? Ah! je ne voudrais point pour ami d'un jeune homme qui dans ses rÃÂȘves ne se serait pas tressé des couronnes, construit quelque piédestal ou donné de complaisantes maÃtresses. Moi! j'ai souvent été général, empereur; j'ai été Byron, puis rien. AprÚs avoir joué sur le faÃte des choses humaines, je m'apercevais que toutes les montagnes, toutes les difficultés restaient à gravir. Cet immense amour-propre qui bouillonnait en moi, cette croyance sublime à une destinée, et qui devient du génie peut-ÃÂȘtre, quand un homme ne se laisse pas déchiqueter l'ùme par le contact des affaires aussi facilement qu'un mouton abandonne sa laine aux épines des halliers oÃÂč il passe, tout cela me sauva. Je voulus me couvrir de gloire et travailler dans le silence pour la maÃtresse que j'espérais avoir un jour. Toutes les femmes se résumaient par une seule, et cette femme je croyais la rencontrer dans la premiÚre qui s'offrait à mes regards; mais, voyant une reine dans chacune d'elles, toutes devaient, comme les reines qui sont obligées de faire des avances à leurs amants, venir au-devant de moi, souffreteux, pauvre et timide. Ah! pour celle qui m'eût plaint, j'avais dans le coeur tant de reconnaissance outre l'amour, que je l'eusse adorée pendant toute sa vie. Plus tard, mes observations m'ont appris de cruelles vérités. Ainsi, mon cher Emile, je risquais de vivre éternellement seul. Les femmes sont habituées, par je ne sais quelle pente de leur esprit, à ne voir dans un homme de talent que ses défauts, et dans un sot que ses qualités; elles éprouvent de grandes sympathies pour les qualités du sot qui sont une flatterie perpétuelle de leurs propres défauts, tandis que l'homme supérieur ne leur offre pas assez de jouissances pour compenser ses imperfections. Le talent est une fiÚvre intermittente, nulle femme n'est jalouse d'en partager seulement les malaises; toutes elles veulent trouver dans leurs amants des motifs de satisfaire leur vanité. C'est elles encore qu'elles aiment en nous! Un homme pauvre, fier, artiste, doué du pouvoir de créer, n'est-il pas armé d'un blessant égoïsme? il existe autour de lui je ne sais quel tourbillon de pensées dans lequel il enveloppe tout, mÃÂȘme sa maÃtresse, qui doit en suivre le mouvement. Une femme adulée peut-elle croire à l'amour d'un tel homme? ira-t-elle le chercher? Cet amant n'a pas le loisir de s'abandonner autour d'un divan à ces petites singeries de sensibilité auxquelles les femmes tiennent tant et qui sont le triomphe des gens faux et insensibles. Le temps manque à ses travaux, comment en dépenserait-il à se rapetisser, à se chamarrer? PrÃÂȘt à donner ma vie d'un coup, je ne l'aurais pas avilie en détail. Enfin il existe, dans le manÚge d'un agent de change qui fait les commissions d'une femme pùle et minaudiÚre, je ne sais quoi de mesquin dont a horreur l'artiste. L'amour abstrait ne suffit pas à un homme pauvre et grand, il en veut tous les dévouements. Les petites créatures qui passent leur vie à essayer des cachemires ou qui se font les portemanteaux de la mode n'ont pas de dévouement, elles en exigent et voient dans l'amour le plaisir de commander, non celui d'obéir. La véritable épouse en coeur, en chair et en os, se laisse traÃner là oÃÂč va celui en qui réside sa vie, sa force, sa gloire, son bonheur. Aux hommes supérieurs, il faut des femmes orientales dont l'unique pensée soit l'étude de leurs besoins; car, pour eux, le malheur est dans le désaccord de leurs désirs et des moyens. Moi, qui me croyais homme de génie, j'aimais précisément ces petites maÃtresses! Nourrissant des idées si contraires aux idées reçues, ayant la prétention d'escalader le ciel sans échelle, possédant des trésors qui n'avaient pas cours, armé de connaissances étendues qui surchargeaient ma mémoire et que je n'avais pas encore classées, que je ne m'étais point assimilées; me trouvant sans parents, sans amis, seul au milieu du plus affreux désert, un désert pavé, un désert animé, pensant, vivant, oÃÂč tout vous est bien plus qu'ennemi, indifférent! la résolution que je pris était naturelle, quoique folle; elle comportait je ne sais quoi d'impossible qui me donna du courage. Ce fut comme un parti fait avec moi-mÃÂȘme, et oÃÂč j'étais le joueur et l'enjeu. Voici mon plan. Mes onze cents francs devaient suffire à ma vie pendant trois ans, et je m'accordais ce temps pour mettre au jour un ouvrage qui pût attirer l'attention publique sur moi, me faire une fortune ou un nom. Je me réjouissais en pensant que j'allais vivre de pain et de lait, comme un solitaire de la Thébaïde, plongé dans le monde des livres et des idées, dans une sphÚre inaccessible au milieu de ce Paris si tumultueux, sphÚre de travail et de silence oÃÂč comme les chrysalides, je me bùtissais une tombe pour renaÃtre brillant et glorieux. J'allais risquer de mourir pour vivre. En réduisant l'existence à ses vrais besoins, au strict nécessaire, je trouvais que trois cent soixante-cinq francs par an devaient suffire à ma pauvreté. En effet, cette maigre somme a satisfait à ma vie, tant que j'ai voulu subir ma propre discipline claustrale... - C'est impossible, s'écria Emile. - J'ai vécu prÚs de trois ainsi, répondit RaphaÃl avec une sorte de fierté. Comptons? reprit-il. Trois sous de pain, deux sous de lait, trois sous de charcuterie m'empÃÂȘchaient de mourir de faim et tenaient mon esprit dans un état de lucidité singuliÚre. J'ai observé, tu le sais, de merveilleux effets produits par la diÚte sur l'imagination. Mon logement me coûtait trois sous par jour, je brûlais pour trois sous d'huile par nuit, je faisais moi-mÃÂȘme ma chambre, je portais des chemises de flanelle pour ne dépenser que deux sous de blanchissage par jour. Je me chauffais avec du charbon de terre, dont le prix divisé par les jours de l'année n'a jamais donné plus de deux sous pour chacun. J'avais des habits, du linge, des chaussures pour trois années, je ne voulais m'habiller que pour aller à certains Cours publics et aux bibliothÚques. Ces dépenses réunies ne faisaient que dix-huit sous, il me restait deux sous pour les choses imprévues. Je ne me souviens pas d'avoir, pendant cette longue période de travail, passé le Pont-des-Arts, ni d'avoir jamais acheté d'eau; j'allais en chercher le matin à la fontaine de la place Saint-Michel, au coin de la rue des GrÚs. Oh! je portais ma pauvreté fiÚrement. Un homme qui pressent un bel avenir marche dans sa vie de misÚre comme un innocent conduit au supplice, il n'a point honte. Je n'avais pas voulu prévoir la maladie. Comme Aquilina, j'envisageais l'hÎpital sans terreur. Je n'ai pas douté un moment de ma bonne santé. D'ailleurs, le pauvre ne doit se coucher que pour mourir. Je me coupai les cheveux, jusqu'au moment oÃÂč un ange d'amour ou de bonté... Mais je ne veux pas anticiper sur la situation à laquelle j'arrive. Apprends seulement, mon cher ami, qu'à défaut de maÃtresse, je vécus avec une grande pensée, avec un rÃÂȘve, un mensonge auquel nous commençons tous par croire plus ou moins. Aujourd'hui je ris de moi, de ce moi, peut-ÃÂȘtre saint et sublime qui n'existe plus. La société, le monde, nos usages, nos moeurs, vus de prÚs, m'ont révélé le danger de ma croyance innocente et la superfluité de mes fervents travaux. Ces approvisionnements sont inutiles à l'ambitieux. Que léger soit le bagage de qui poursuit la fortune. La faute des hommes supérieurs est de dépenser leurs jeunes années à se rendre dignes de la faveur. Pendant que les pauvres gens thésaurisent et leur force et la science pour porter sans effort le poids d'une puissance qui les fuit, les intrigants riches de mots et dépourvus d'idées vont et viennent, surprennent les sots, et se logent dans la confiance des demi-niais; les uns étudient, les autres marchent, les uns sont modestes, les autres hardis; l'homme de génie tait son orgueil, l'intrigant arbore le sien, il doit arriver nécessairement. Les hommes du pouvoir ont si fort besoin de croire au mérite tout fait, au talent effronté, qu'il y a chez le vrai savant de l'enfantillage à espérer des récompenses humaines. Je ne cherche certes pas à paraphraser les lieux communs de la vertu, le Cantique des Cantiques éternellement chanté par les génies méconnus; je veux déduire logiquement la raison des fréquents succÚs obtenus par les hommes médiocres. Hélas! l'étude est si maternellement bonne, qu'il y a peut-ÃÂȘtre crime à lui demander des récompenses autres que les pures et douces joies dont elle nourrit ses enfants. Je me souviens d'avoir quelquefois trempé gaiement mon pain dans mon lait, assis auprÚs de ma fenÃÂȘtre en y respirant l'air, en laissant planer mes yeux sur un paysage de toits bruns, grisùtres, rouges, en ardoises, en tuiles, couverts de mousses jaunes ou vertes. Si d'abord cette vue me parut monotone, j'y découvris bientÎt de singuliÚres beautés. TantÎt le soir des raies lumineuses, parties des volets mal fermés, nuançaient et animaient les noires profondeurs de ce pays original. TantÎt les lueurs pùles des réverbÚres projetaient d'en bas des reflets jaunùtres à travers le brouillard, et accusaient faiblement dans les rues les ondulations de ces toits pressés, océan de vagues immobiles. Enfin, parfois de rares figures apparaissaient au milieu de ce morne désert, parmi les fleurs de quelque jardin aérien, j'entrevoyais le profil anguleux et crochu d'une vieille femme arrosant des capucines, ou dans le cadre d'une lucarne pourrie quelque jeune fille faisant sa toilette, se croyant seule, et de qui je ne pouvais apercevoir que le beau front et les longs cheveux élevés en l'air par un joli bras blanc. J'admirais dans les gouttiÚres quelques végétations éphémÚres, pauvres herbes bientÎt emportées par un orage! J'étudiais les mousses, leurs couleurs ravivées par la pluie, et qui sous le soleil se changeaient en un velours sec et brun à reflets capricieux. Enfin les poétiques et fugitifs effets du jour, les tristesses du brouillard, les soudains pétillements du soleil, le silence et les magies de la nuit, les mystÚres de l'aurore, les fumées de chaque cheminée, tous les accidents de cette singuliÚre nature devenus familiers pour moi, me divertissaient. J'aimais ma prison, elle était volontaire. Ces savanes de Paris formées par les toits nivelés comme une plaine, mais qui couvraient des abÃmes peuplés, allaient à mon ùme et s'harmoniaient avec mes pensées. Il est fatigant de retrouver brusquement le monde quand nous descendons des hauteurs célestes oÃÂč nous entraÃnent les méditations scientifiques; aussi ai-je alors parfaitement conçu la nudité des monastÚres. Quand je fus bien résolu à suivre mon nouveau plan de vie, je cherchai mon logis dans les quartiers les plus déserts de Paris. Un soir, en revenant de l'Estrapade, je passais par la rue des Cordiers pour retourner chez moi. A l'angle de la rue de Cluny, je vis une petite fille d'environ quatorze ans qui jouait au volant avec une de ses camarades, et dont les rires et les espiÚgleries amusaient les voisins. Il faisait beau, la soirée était chaude, le mois de septembre durait encore. Devant chaque porte, des femmes assises devisaient comme dans une ville de province par un jour de fÃÂȘte. J'observai d'abord la jeune fille, dont la physionomie était d'une admirable expression, et le corps tout posé pour un peintre. C'était une scÚne ravissante. Je cherchai la cause de cette bonhomie au milieu de Paris, je remarquai que la rue n'aboutissait à rien, et ne devait pas ÃÂȘtre trÚs passante. En me rappelant le séjour de Rousseau dans ce lieu, je trouvai l'hÎtel Saint-Quentin, le délabrement dans lequel il était me fit espérer d'y rencontrer un gÃte peu coûteux, et je voulus le visiter. En entrant dans une chambre basse, je vis les classiques flambeaux de cuivre garnis de leurs chandelles, méthodiquement rangés au-dessus de chaque clef, et fus frappé de la propreté qui régnait dans cette salle ordinairement assez mal tenue dans les autres hÎtels et que je trouvai là peignée comme un tableau de genre; son lit bleu, les ustensiles, les meubles avaient la coquetterie d'une nature de convention. La maÃtresse de l'hÎtel, femme de quarante ans environ, dont les traits exprimaient des malheurs, dont le regard était comme terni par des pleurs, se leva, vint à moi; je lui soumis humblement le tarif de mon loyer; mais, sans en paraÃtre étonnée, elle chercha une clef parmi toutes les autres, et me conduisit dans les mansardes oÃÂč elle me montra une chambre qui avait vue sur les toits, sur les cours des maisons voisines, par les fenÃÂȘtres desquelles passaient de longues perches chargées de linge. Rien n'était plus horrible que cette mansarde aux murs jaunes et sales, qui sentait la misÚre et appelait son savant. La toiture s'y abaissait réguliÚrement et les tuiles disjointes laissaient voir le ciel. Il y avait place pour un lit, une table, quelques chaises, et sous l'angle aigu du toit je pouvais loger mon piano. N'étant pas assez riche pour meubler cette cage digne des plombs de Venise, la pauvre femme n'avait jamais pu la louer. Ayant précisément excepté de la vente mobiliÚre que je venais de faire les objets qui m'étaient en quelque sorte personnels, je fus bientÎt d'accord avec mon hÎtesse, et m'installai le lendemain chez elle. Je vécus dans ce sépulcre aérien pendant prÚs de trois ans, travaillant nuit et jour sans relùche, avec tant de plaisir que l'étude me semblait ÃÂȘtre le plus beau thÚmes la plus heureuse solution de la vie humaine. Le calme et le silence nécessaires au savant ont je ne sais quoi de doux, d'enivrant comme l'amour. L'exercice de la pensée, la recherche des idées, les contemplations tranquilles de la Science nous prodiguent d'ineffables délices, indescriptibles comme tout ce qui participe de l'intelligence dont les phénomÚnes sont invisibles à nos sens extérieurs. Aussi sommes-nous toujours forcés d'expliquer les mystÚres de l'esprit par des comparaisons matérielles. Le plaisir de nager dans un lac d'eau pure, au milieu des rochers, des bois et des fleurs, seul et caressé par une brise tiÚde, donnerait aux ignorants une bien faible image du bonheur que j'éprouvais quand mon ùme se baignait dans les lueurs de je ne sais quelle lumiÚre, quand j'écoutais les voix terribles et confuses de l'inspiration, quand d'une source inconnue les images ruisselaient dans mon cerveau palpitant. Voir une idée qui point dans le champ des abstractions humaines comme le soleil au matin et s'élÚve comme lui, qui, mieux encore, grandit comme un enfant, arrive à la puberté, se fait lentement virile, est une joie supérieure aux autres joies terrestres, ou plutÎt c'est un divin plaisir. L'étude prÃÂȘte une sorte de magie à tout ce qui nous environne. Le bureau chétif sur lequel j'écrivais, et la basane brune qui le couvrait, mon piano, mon lit, mon fauteuil, les bizarreries de mon papier de tenture, mes meubles, toutes ces choses s'animÚrent et devinrent pour moi d'humbles amis, les complices silencieux de mon avenir; combien de fois ne leur ai-je pas communiqué mon ùme, en les regardant? Souvent, en laissant voyager mes yeux sur une moulure déjetée, je rencontrais des développements nouveaux, une preuve frappante de mon systÚme ou des mots que je croyais heureux pour rendre des pensées presque intraduisibles. A force de contempler les objets qui m'entouraient, je trouvais à chacun sa physionomie, son caractÚre; souvent ils me parlaient si, par-dessus les toits, le soleil couchant jetait à travers mon étroite fenÃÂȘtre quelque lueur furtive, ils se coloraient, pùlissaient, brillaient, s'attristaient ou s'égayaient en me surprenant toujours par des effets nouveaux. Ces menus accidents de la vie solitaire, qui échappent aux préoccupations du monde, sont la consolation des prisonniers. N'étais-je pas captivé par une idée, emprisonné dans un systÚme; mais soutenu par la perspective d'une vie glorieuse! A chaque difficulté vaincue, je baisais les mains douces de la femme aux beaux yeux, élégante et riche qui devait un jour caresser mes cheveux en me disant avec attendrissement Tu as bien souffert, pauvre ange! J'avais entrepris deux grandes oeuvres. Une comédie devait en peu de jours me donner une renommée, une fortune, et l'entrée de ce monde, oÃÂč je voulais reparaÃtre en y exerçant les droits régaliens de l'homme de génie. Vous avez tous vu dans ce chef-d'oeuvre la premiÚre erreur d'un jeune homme qui sort du collÚge, une véritable niaiserie d'enfant. Vos plaisanteries ont coupé les ailes à de fécondes illusions qui depuis ne se sont plus réveillées. Toi seul, mon cher Emile, as calmé la plaie profonde que d'autres firent à mon coeur! Toi seul admiras ma Théorie de la volonté , ce long ouvrage pour lequel j'avais appris les langues orientales, l'anatomie, la physiologie, auquel j'avais consacré la plus grande partie de mon temps. Cette oeuvre, si je ne me trompe, complétera les travaux de Mesmer, de Lavater, de Gall, de Bichat, en ouvrant une nouvelle route à la science humaine. Là s'arrÃÂȘte ma belle vie, ce sacrifice de tous les jours, ce travail de ver-à -soie inconnu au monde et dont la seule récompense est peut-ÃÂȘtre dans le travail mÃÂȘme. Depuis l'ùge de raison jusqu'au jour oÃÂč j'eus terminé ma théorie, j'ai observé, appris, écrit, lu sans relùche, et ma vie fut comme un long pensum. Amant efféminé de la paresse orientale, amoureux de mes rÃÂȘves, sensuel, j'ai toujours travaillé, me refusant à goûter les jouissances de la vie parisienne. Gourmand, j'ai été sobre; aimant et la marche et les voyages maritimes, désirant visiter plusieurs pays, trouvant encore du plaisir à faire, comme un enfant, ricocher des cailloux sur l'eau, je suis resté constamment assis, une plume à la main; bavard, j'allais écouter en silence les professeurs aux Cours publics de la BibliothÚque et du Muséum; j'ai dormi sur mon grabat solitaire comme un religieux de l'ordre de Saint-BenoÃt, et la femme était cependant ma seule chimÚre, une chimÚre que je caressais et qui me fuyait toujours! Enfin ma vie a été une cruelle antithÚse, un perpétuel mensonge. Puis jugez donc les hommes! Parfois mes goûts naturels se réveillaient comme un incendie longtemps couvé. Par une sorte de mirage ou de calenture, moi, veuf de toutes les femmes que je désirais, dénué de tout et logé dans une mansarde d'artiste, je me voyais alors entouré de maÃtresses ravissantes! je courais à travers les rues de Paris, couché sur les moelleux coussins d'un brillant équipage! J'étais rongé de vices, plongé dans la débauche, voulant tout, ayant tout; enfin ivre à jeun, comme saint Antoine dans sa tentation. Heureusement le sommeil finissait par éteindre ces visions dévorantes; le lendemain la science m'appelait en souriant, et je lui étais fidÚle. J'imagine que les femmes dites vertueuses doivent ÃÂȘtre souvent la proie de ces tourbillons de folie, de désirs et de passions, qui s'élÚvent en nous, malgré nous. De tels rÃÂȘves ne sont pas sans charmes, ne ressemblent-ils pas à ces causeries du soir, en hiver, oÃÂč l'on part de son foyer pour aller en Chine. Mais que devient la vertu, pendant ces délicieux voyages oÃÂč la pensée a franchi tous les obstacles? Pendant les dix premiers mois de ma réclusion, je menai la vie pauvre et solitaire que je t'ai dépeinte; j'allais chercher moi-mÃÂȘme, dÚs le matin et sans ÃÂȘtre vu, mes provisions pour la journée; je faisais ma chambre, j'étais tout ensemble le maÃtre et le serviteur, je diogénisais avec une incroyable fierté. Mais aprÚs ce temps, pendant lequel l'hÎtesse et sa fille espionnÚrent mes moeurs et mes habitudes, examinÚrent ma personne et comprirent ma misÚre, peut-ÃÂȘtre parce qu'elles étaient elles-mÃÂȘmes fort malheureuses, il s'établit d'inévitables liens entre elles et moi. Pauline, cette charmante créature dont les grùces naïves et secrÚtes m'avaient en quelque sorte amené là , me rendit plusieurs services qu'il me fut impossible de refuser. Toutes les infortunes sont soeurs, elles ont le mÃÂȘme langage, la mÃÂȘme générosité, la générosité de ceux qui ne possédant rien sont prodigues de sentiment, paient de leur temps et de leur personne. Insensiblement Pauline s'impatronisa chez moi, voulut me servir et sa mÚre ne s'y opposa point. Je vis la mÚre elle-mÃÂȘme raccommodant mon linge et rougissant d'ÃÂȘtre surprise à cette charitable occupation. Devenu malgré moi leur protégé, j'acceptai leurs services. Pour comprendre cette singuliÚre affection, il faut connaÃtre l'emportement du travail, la tyrannie des idées et cette répugnance instinctive qu'éprouve pour les détails de la vie matérielle l'homme qui vit par la pensée. Pouvais-je résister à la délicate attention avec laquelle Pauline m'apportait à pas muets mon repas frugal, quand elle s'apercevait que, depuis sept ou huit heures, je n'avais rien pris? Avec les grùces de la femme et l'ingénuité de l'enfance, elle me souriait en faisant un signe pour me dire que je ne devais pas la voir. C'était Ariel se glissant comme un sylphe sous mon toit, et prévoyant mes besoins. Un soir, Pauline me raconta son histoire avec une touchante ingénuité. Son pÚre était chef d'escadron dans les grenadiers à cheval de la garde impériale. Au passage de la Bérésina, il avait été fait prisonnier par les Cosaques; plus tard, quand Napoléon proposa de l'échanger, les autorités russes le firent vainement chercher en Sibérie; au dire des autres prisonniers, il s'était échappé avec le projet d'aller aux Indes. Depuis ce temps, madame Gaudin, mon hÎtesse, n'avait pu obtenir aucune nouvelle de son mari, les désastres de 1814 et 1815 étaient arrivés, seule, sans ressources et sans secours, elle avait pris le parti de tenir un hÎtel garni pour faire vivre sa fille. Elle espérait toujours revoir son mari. Son plus cruel chagrin était de laisser Pauline sans éducation, sa Pauline, filleule de la princesse BorghÚse, et qui n'aurait pas dû mentir aux belles destinées promises par son impériale protectrice. Quand madame Gaudin me confia cette amÚre douleur qui la tuait, et me dit avec un accent déchirant " Je donnerais bien et le chiffon de papier qui crée Gaudin baron de l'empire, et le droit que nous avons à la dotation de Wistchnau, pour savoir Pauline élevée à Saint-Denis! " tout à coup je tressaillis, et pour reconnaÃtre les soins que me prodiguaient ces deux femmes, j'eus l'idée de m'offrir à finir l'éducation de Pauline. La candeur avec laquelle ces deux femmes acceptÚrent ma proposition fut égale à la naïveté qui la dictait. J'eus ainsi des heures de récréation. La petite avait les plus heureuses dispositions, elle apprit avec tant de facilité qu'elle devint bientÎt plus forte que je ne l'étais sur le piano. En s'accoutumant à penser tout haut prÚs de moi, elle déployait les mille gentillesses d'un coeur qui s'ouvre à la vie comme le calice d'une fleur lentement dépliée par le soleil, elle m'écoutait avec recueillement et plaisir en arrÃÂȘtant sur moi ses yeux noirs et veloutés qui semblaient sourire, elle répétait ses leçons d'un accent doux et caressant en témoignant une joie enfantine quand j'étais content d'elle. Sa mÚre, chaque jour plus inquiÚte d'avoir à préserver de tout danger une jeune fille qui développait en croissant toutes les promesses faites par les grùces de son enfance, la vit avec plaisir s'enfermant pendant toute la journée pour étudier. Mon piano étant le seul dont elle pût se servir, elle profitait de mes absences pour s'exercer. Quand je rentrais, je trouvais Pauline chez moi, dans la toilette la plus modeste; mais au moindre mouvement, sa taille souple et les attraits de sa personne se révélaient sous l'étoffe grossiÚre. Comme l'héroïne du conte de Peau-d'Ane, elle laissait voir un pied mignon dans d'ignobles souliers. Mais ces jolis trésors, cette richesse de jeune fille, tout ce luxe de beauté fut comme perdu pour moi. Je m'étais ordonné à moi-mÃÂȘme de ne voir qu'une soeur en Pauline, j'aurais eu horreur de tromper la confiance de sa mÚre, j'admirais cette charmante fille comme un tableau, comme le portrait d'une maÃtresse morte. Enfin, c'était mon enfant, ma statue. Pygmalion nouveau, je voulais faire d'une vierge vivante et colorée, sensible et parlante, un marbre; j'étais trÚs sévÚre avec elle, mais plus je lui faisais éprouver les effets de mon despotisme magistral, plus elle devenait douce et soumise. Si je fus encouragé dans ma retenue et dans ma continence par des sentiments nobles, néanmoins les raisons de procureur ne me manquÚrent pas. Je ne comprends point la probité des écus sans la probité de la pensée. Tromper une femme ou faire faillite a toujours été mÃÂȘme chose pour moi. Aimer une jeune fille ou se laisser aimer par elle constitue un vrai contrat dont les conditions doivent ÃÂȘtre bien entendues. Nous sommes maÃtres d'abandonner la femme qui se vend, mais non pas la jeune fille qui se donne, car elle ignore l'étendue de son sacrifice. J'aurais donc épousé Pauline, et c'eût été une folie. N'était-ce pas livrer une ùme douce et vierge à d'effroyables malheurs? Mon indigence parlait son langage égoïste, et venait toujours mettre sa main de fer entre cette bonne créature et moi. Puis, je l'avoue à ma honte, je ne conçois pas l'amour dans la misÚre. Peut-ÃÂȘtre est-ce en moi une dépravation due à cette maladie humaine que nous nommons la civilisation; mais une femme, fût-elle attrayante autant que la belle HélÚne, la Galatée d'HomÚre, n'a plus aucun pouvoir sur mes sens pour peu qu'elle soit crottée. Ah! vive l'amour dans la soie, sur le cachemire, entouré des merveilles du luxe qui le parent merveilleusement bien, parce que lui-mÃÂȘme est un luxe peut-ÃÂȘtre. J'aime à froisser sous mes désirs de pimpantes toilettes, à briser des fleurs, à porter une main dévastatrice dans les élégants édifices d'une coiffure embaumée. Des yeux brûlants, cachés par un voile de dentelle que les regards percent comme la flamme déchire la fumée du canon, m'offrent de fantastiques attraits. Mon amour veut des échelles de soie escaladées en silence, par une nuit d'hiver. Quel plaisir d'arriver couvert de neige dans une chambre éclairée par des parfums, tapissée de soies peintes et d'y trouver une femme qui, elle aussi, secoue de la neige, car quel autre nom donner à ces voiles de voluptueuses mousselines à travers lesquels elle se dessine vaguement comme un ange dans son nuage, et d'oÃÂč elle va sortir? Puis il me faut encore un craintif bonheur, une audacieuse sécurité. Enfin je veux revoir cette mystérieuse femme, mais éclatante, mais au milieu du monde, mais vertueuse, environnée d'hommages, vÃÂȘtue de dentelles, de diamants, donnant ses ordres à la ville, et si haut placée et si imposante que nul n'ose lui adresser des voeux. Au milieu de sa cour, elle me jette un regard à la dérobée, un regard qui dément ces artifices, un regard qui me sacrifie le monde et les hommes! Certes, je me suis cent fois trouvé ridicule d'aimer quelques aunes de blonde, du velours, de fines batistes, les tours de force d'un coiffeur, des bougies, un carrosse, un titre, d'héraldiques couronnes peintes par des vitriers ou fabriquées par un orfÚvre, enfin tout ce qu'il y a de factice et de moins femme dans la femme; je me suis moqué de moi, je me suis raisonné, tout a été vain. Une femme aristocratique et son sourire fin, la distinction de ses maniÚres et son respect d'elle-mÃÂȘme m'enchantent; quand elle met une barriÚre entre elle et le monde, elle flatte en moi toutes les vanités, qui sont la moitié de l'amour. Enviée par tous, ma félicité me paraÃt avoir plus de saveur. En ne faisant rien de ce que font les autres femmes, en ne marchant pas, ne vivant pas comme elles, en s'enveloppant dans un manteau qu'elles ne peuvent avoir, en respirant des parfums à elle, ma maÃtresse me semble ÃÂȘtre bien mieux à moi; plus elle s'éloigne de la terre, mÃÂȘme dans ce que l'amour a de terrestre, plus elle s'embellit à mes yeux. En France, heureusement pour moi, nous sommes depuis vingt ans sans reine, j'eusse aimé la reine! Pour avoir les façons d'une princesse, une femme doit ÃÂȘtre riche. En présence de mes romanesques fantaisies, qu'était Pauline? Pouvait-elle me vendre des nuits qui coûtent la vie, un amour qui tue et met en jeu toutes les facultés humaines? Nous ne mourons guÚre pour de pauvres filles qui se donnent! Je n'ai jamais pu détruire ces sentiments ni ces rÃÂȘveries de poÚte. J'étais né pour l'amour impossible, et le hasard a voulu que je fusse servi par-delà mes souhaits. Combien de fois n'ai-je pas vÃÂȘtu de satin les pieds mignons de Pauline, emprisonné sa taille svelte comme un jeune peuplier dans une robe de gaze, jeté sur son sein une légÚre écharpe en lui faisant fouler les tapis de son hÎtel et la conduisant à une voiture élégante; je l'eusse adorée ainsi; je lui donnais une fierté qu'elle n'avait pas, je la dépouillais de toutes ses vertus, de ses grùces naïves, de son délicieux naturel, de son sourire ingénu, pour la plonger dans le Styx de nos vices et lui rendre le coeur invulnérable, pour la farder de nos crimes, pour en faire la poupée fantasque de nos salons, une femme fluette qui se couche au matin pour renaÃtre le soir, à l'aurore des bougies. Pauline était tout sentiment, tout fraÃcheur, je la voulais sÚche et froide. Dans les derniers jours de ma folie, le souvenir m'a montré Pauline, comme il nous peint les scÚnes de notre enfance. Plus d'une fois, je suis resté attendri, songeant à de délicieux moments soit que je revisse cette délicieuse fille assise prÚs de ma table, occupée à coudre, paisible, silencieuse, recueillie et faiblement éclairée par le jour qui, descendant de ma lucarne, dessinait de légers reflets argentés sur sa belle chevelure noire; soit que j'entendisse son rire jeune, ou sa voix au timbre riche chanter les gracieuses cantilÚnes qu'elle composait sans efforts. Souvent ma Pauline s'exaltait en faisant de la musique, sa figure ressemblait alors d'une maniÚre frappante à la noble tÃÂȘte par laquelle Carlo Dolci a voulu représenter l'Italie. Ma cruelle mémoire me jetait cette jeune fille à travers les excÚs de mon existence comme un remords, comme une image de la vertu! Mais laissons la pauvre enfant à sa destinée! quelque malheureuse qu'elle puisse ÃÂȘtre, au moins l'aurai-je mis à l'abri d'un effroyable orage, en évitant de la traÃner dans mon enfer. Jusqu'à l'hiver dernier, ma vie fut la vie tranquille et studieuse de laquelle j'ai tùché de te donner une faible image. Dans les premiers jours du mois de décembre 1829, je rencontrai Rastignac qui, malgré le misérable état de mes vÃÂȘtements, me donna le bras et s'enquit de ma fortune avec un intérÃÂȘt vraiment fraternel; pris à la glu de ses maniÚres, je lui racontai briÚvement et ma vie et mes espérances; il se mit à rire, me traita tout à la fois d'homme de génie et de sot, sa voix gasconne, son expérience du monde, l'opulence qu'il devait à son savoir-faire, agirent sur moi d'une maniÚre irrésistible. Rastignac me fit mourir à l'hÎpital, méconnu comme un niais, conduisit mon propre convoi, me jeta dans le trou des pauvres. Il me parla de charlatanisme. Avec cette verve aimable qui le rend si séduisant, il me montra tous les hommes de génie comme des charlatans. Il me déclara que j'avais un sens de moins, une cause de mort, si je restais seul, rue des Cordiers. Selon lui, je devais aller dans le monde, habituer les gens à prononcer mon nom et me dépouiller moi-mÃÂȘme de l'humble monsieur qui messayait à un grand homme de son vivant. - " Les imbéciles, s'écria-t-il, nomment ce métier-là intriguer , les gens à morale le proscrivent sous le mot de vie dissipée ; ne nous arrÃÂȘtons pas aux hommes, interrogeons les résultats. Toi, tu travailles?... eh! bien, tu ne feras jamais rien. Moi, je suis propre à tout et bon à rien, paresseux comme un homard?... eh! bien, j'arriverai à tout. Je me répands, je me pousse, l'on me fait place; je me vante, l'on me croit, je fais des dettes, on les paie! La dissipation, mon cher, est un systÚme politique. La vie d'un homme occupé à manger sa fortune devient souvent une spéculation; il place ses capitaux en amis, en plaisirs, en protecteurs, en connaissances. Un négociant risque-t-il un million? Pendant vingt ans il ne dort, ni ne boit, ni ne s'amuse; il couve son million, il le fait trotter par toute l'Europe; il s'ennuie, se donne à tous les démons que l'homme a inventés; puis une liquidation comme j'en ai vu faire, le laisse souvent sans un sou, sans un nom, sans un ami. Le dissipateur, lui, s'amuse à vivre, à faire courir ses chevaux. Si par hasard il perd ses capitaux, il a la chance d'ÃÂȘtre nommé Receveur général, de se bien marier, d'ÃÂȘtre attaché à un ministre, à un ambassadeur. Il a encore des amis, une réputation et toujours de l'argent. Connaissant les ressorts du monde, il les manoeuvre à son profit. Ce systÚme est-il logique, ou ne suis-je qu'un fou? N'est-ce pas là la moralité de la comédie qui se joue tous les jours dans le monde? Ton ouvrage est achevé, reprit-il aprÚs une pause, tu as un talent immense! Eh! bien, tu arrives à mon point de départ. Il faut maintenant faire ton succÚs toi-mÃÂȘme, c'est plus sûr. Tu iras conclure des alliances avec les coteries, conquérir des prÎneurs. Moi, je veux me mettre de moitié dans ta gloire, je serai le bijoutier qui aura monté les diamants de ta couronne. Pour commencer, dit-il, sois ici demain soir. Je te présenterai dans une maison oÃÂč va tout Paris, notre Paris à nous, celui des beaux, des gens à millions, des célébrités, enfin des hommes qui parlent d'or comme Chrysostome. Quand ces gens ont adopté un livre, le livre devient à la mode; s'il est réellement bon, ils ont donné quelque brevet de génie sans le savoir. Si tu as de l'esprit, mon cher enfant, tu feras toi-mÃÂȘme la fortune de ta Théorie en comprenant mieux la théorie de la fortune. Demain soir tu verras la belle comtesse Foedora, la femme à la mode. - Je n'en ai jamais entendu parler. - Tu es un Cafre, dit Rastignac en riant. Ne pas connaÃtre Foedora! Une femme à marier qui possÚde prÚs de quatre-vingt mille livres de rente, qui ne veut de personne ou de qui personne ne veut! EspÚce de problÚme féminin, une Parisienne à moitié Russe, une Russe à moitié Parisienne! Une femme chez laquelle s'éditent toutes les productions romantiques qui ne paraissent pas, la plus belle femme de Paris, la plus gracieuse! Tu n'es mÃÂȘme pas un Cafre, tu es la bÃÂȘte intermédiaire qui joint le Cafre à l'animal. Adieu, à demain! " Il fit une pirouette et disparut sans attendre ma réponse, n'admettant pas qu'un homme raisonnable pût refuser d'ÃÂȘtre présenté à Foedora. Comment expliquer la fascination d'un nom? Foedora me poursuivit comme une mauvaise pensée avec laquelle on cherche à transiger. Une voix me disait Tu iras chez Foedora. J'avais beau me débattre avec cette voix et lui crier qu'elle mentait, elle écrasait tous mes raisonnements avec ce nom Foedora. Mais ce nom, cette femme n'étaient-ils pas le symbole de tous mes désirs et le thÚme de ma vie? Le nom réveillait les poésies artificielles du monde, faisait briller les fÃÂȘtes du haut Paris et les clinquants de la vanité. La femme m'apparaissait avec tous les problÚmes de passion dont je m'étais affolé. Ce n'était peut-ÃÂȘtre ni la femme ni le nom, mais tous mes vices qui se dressaient debout dans mon ùme pour me tenter de nouveau. La comtesse Foedora, riche et sans amant, résistant à des séductions parisiennes, n'était-ce pas l'incarnation de mes espérances, de mes visions? je me créai une femme, je la dessinai dans ma pensée, je la rÃÂȘvai. Pendant la nuit, je ne dormis pas, je devins son amant, je fis tenir en peu d'heures une vie entiÚre, une vie d'amour, et j'en savourai les fécondes, les brûlantes délices. Le lendemain, incapable de soutenir le supplice d'attendre longuement la soirée, j'allai louer un roman, et passai la journée à le lire, me mettant ainsi dans l'impossibilité de penser ni de mesurer le temps. Pendant ma lecture le nom de Foedora retentissait en moi comme un son que l'on entend dans le lointain, qui ne vous trouble pas, mais qui se fait écouter. Je possédais heureusement encore un habit noir et un gilet blanc assez honorables; puis de toute ma fortune il me restait environ trente francs, que j'avais semés dans mes hardes, dans mes tiroirs, afin de mettre entre une piÚce de cent sous et mes fantaisies la barriÚre épineuse d'une recherche et les hasards d'une circumnavigation dans ma chambre. Au moment de m'habiller, je poursuivis mon trésor à travers un océan de papiers. La rareté du numéraire peut te faire concevoir ce que mes gants et mon fiacre emportÚrent de richesses, ils mangÚrent le pain de tout un mois. Hélas! nous ne manquons jamais d'argent pour nos caprices, nous ne discutons que le prix des choses utiles ou nécessaires. Nous jetons l'or avec insouciance à des danseuses, et nous marchandons un ouvrier dont la famille affamée attend le payement d'un mémoire. Combien de gens ont un habit de cent francs, un diamant à la pomme de leur canne, et qui dÃnent à vingt-cinq sous! Il semble que nous n'achetions jamais assez chÚrement les plaisirs de la vanité. Rastignac, fidÚle au rendez-vous, sourit de ma métamorphose et m'en plaisanta; mais, tout en allant chez la comtesse, il me donna de charitables conseils sur la maniÚre de me conduire avec elle; il me la peignit avare, vaine et défiante; mais avare avec faste, vaine avec simplicité, défiante avec bonhomie. - "Tu connais mes engagements, me dit-il, et tu sais combien je perdrais à changer d'amour. En observant Foedora j'étais désintéressé, de sang-froid, mes remarques doivent ÃÂȘtre justes. En pensant à te présenter chez elle, je songeais à ta fortune; ainsi prends garde à tout ce que tu lui dirais, elle a une mémoire cruelle, elle est d'une adresse à désespérer un diplomate, elle saurait deviner le moment oÃÂč il dit vrai; entre nous, je crois que son mariage n'est pas reconnu par l'empereur, car l'ambassadeur de Russie s'est mis à rire quand je lui ai parlé d'elle. Il ne la reçoit pas, et la salue fort légÚrement quand il la rencontre au bois. Néanmoins elle est de la société de madame de Sérisy, va chez mesdames de Nucingen et de Restaud. En France sa réputation est intacte; la duchesse de Carigliano, la maréchale la plus collet-monté de toute la coterie bonapartiste, va souvent passer avec elle la belle saison à sa terre. Beaucoup de jeunes fats, le fils d'un pair de France, lui ont offert un nom en échange de sa fortune; elle les a tous poliment éconduits. Peut-ÃÂȘtre sa sensibilité ne commence-t-elle qu'au titre de comte! N'es-tu pas marquis? marche en avant si elle te plaÃt! Voilà ce que j'appelle donner des instructions. " Cette plaisanterie me fit croire que Rastignac voulait rire et piquer ma curiosité, en sorte que ma passion improvisée était arrivée à son paroxysme quand nous nous arrÃÂȘtùmes devant un péristyle orné de fleurs. En montant un vaste escalier à tapis, oÃÂč je remarquai toutes les recherches du comfort anglais, le coeur me battit; j'en rougissais, je démentais mon origine, mes sentiments, ma fierté, j'étais sottement bourgeois. Hélas! je sortais d'une mansarde, aprÚs trois années de pauvreté, sans savoir encore mettre au-dessus des bagatelles de la vie ces trésors acquis, ces immenses capitaux intellectuels qui vous enrichissent en un moment quand le pouvoir tombe entre vos mains sans vous écraser, parce que l'étude vous a formé d'avance aux luttes politiques. J'aperçus une femme d'environ vingt-deux ans, de moyenne taille, vÃÂȘtue de blanc, entourée d'un cercle d'hommes, mollement couchée sur une ottomane, et tenant à la main un écran de plumes. En voyant entrer Rastignac, elle se leva, vint à nous, sourit avec grùce, me fit d'une voix mélodieuse un compliment sans doute apprÃÂȘté; notre ami m'avait annoncé comme un homme de talent, et son adresse, son emphase gasconne me procurÚrent un accueil flatteur. Je fus l'objet d'une attention particuliÚre qui me rendit confus; mais Rastignac avait heureusement parlé de ma modestie. Je rencontrai là des savants, des gens de lettres, d'anciens ministres, des pairs de France. La conversation reprit son cours quelque temps aprÚs mon arrivée, et, sentant que j'avais une réputation à soutenir, je me rassurai; puis, sans abuser de la parole quand elle m'était accordée, je tùchai de résumer les discussions par des mots plus ou moins incisifs, profonds ou spirituels. Je produisis quelque sensation. Pour la milliÚme fois de sa vie Rastignac fut prophÚte. Quand il y eut assez de monde pour que chacun retrouvùt sa liberté, mon introducteur me donna le bras, et nous nous promenùmes dans les appartements. - " N'aie pas l'air d'ÃÂȘtre trop émerveillé de la princesse, me dit-il, elle devinerait le motif de ta visite. " Les salons étaient meublés avec un goût exquis. J'y vis des tableaux de choix. Chaque piÚce avait, comme chez les Anglais les plus opulents, son caractÚre particulier, et la tenture de soie, les agréments, la forme des meubles, le moindre décor s'harmoniaient avec une pensée premiÚre. Dans un boudoir gothique dont les portes étaient cachées par des rideaux en tapisserie, les encadrements de l'étoffe, la pendule, les dessins du tapis étaient gothiques; le plafond formé de solives brunes sculptées présentait à l'oeil des caissons pleins de grùce et d'originalité, les boiseries étaient artistement travaillées, rien ne détruisait l'ensemble de cette jolie décoration, pas mÃÂȘme les croisées dont les vitraux étaient coloriés et précieux. Je fus surpris à l'aspect d'un petit salon moderne oÃÂč je ne sais quel artiste avait épuisé la science de notre décor si léger, si frais, si suave, sans éclat, sobre de dorures. C'était amoureux et vague comme une ballade allemande, un vrai réduit taillé pour une passion de 1827, embaumé par des jardiniÚres pleines de fleurs rares. AprÚs ce salon, j'aperçus en enfilade une piÚce dorée oÃÂč revivait le goût du siÚcle de Louis XIV qui, opposé à nos peintures actuelles, produisait un bizarre mais agréable contraste. - " Tu seras assez bien logé, me dit Rastignac avec un sourire oÃÂč perçait une légÚre ironie. N'est-ce pas séduisant? " ajouta-t-il en s'asseyant. Tout à coup il se leva, me prit par la main, me conduisit à la chambre à coucher, et me montra sous un dais de mousseline et de moire blanches un lit voluptueux doucement éclairé, le vrai lit d'une jeune fée fiancée à un génie. - " N'y a-t-il pas, s'écria-t-il à voix basse, de l'impudeur, de l'insolence et de la coquetterie outre mesure, à nous laisser contempler ce trÎne de l'amour? Ne se donner à personne, et permettre à tout le monde de mettre là sa carte! si j'étais libre, je voudrais voir cette femme soumise et pleurant à ma porte. - Es-tu donc si certain de sa vertu? - Les plus audacieux de nos maÃtres, et mÃÂȘme les plus habiles, avouent avoir échoué prÚs d'elle, l'aiment encore et sont ses amis dévoués. Cette femme n'est-elle pas une énigme? " Ces paroles excitÚrent en moi une sorte d'ivresse, ma jalousie craignait déjà le passé. Tressaillant d'aise, je revins précipitamment dans le salon oÃÂč j'avais laissé la comtesse que je rencontrai dans le boudoir gothique. Elle m'arrÃÂȘta par un sourire, me fit asseoir prÚs d'elle, me questionna sur mes travaux, et sembla s'y intéresser vivement, surtout quand je lui traduisis mon systÚme en plaisanteries au lieu de prendre le langage d'un professeur pour le lui développer doctoralement. Elle parut s'amuser beaucoup en apprenant que la volonté humaine était une force matérielle semblable à la vapeur; que, dans le monde moral, rien ne résistait à cette puissance quand un homme s'habituait à la concentrer, à en manier la somme, à diriger constamment sur les ùmes la projection de cette masse fluide; que cet homme pouvait à son gré tout modifier relativement à l'humanité, mÃÂȘme les lois absolues de la nature. Les objections de Foedora me révélÚrent en elle une certaine finesse d'esprit, je me complus à lui donner raison pendant quelques moments pour la flatter, et je détruisis ses raisonnements de femme par un mot, en attirant son attention sur un fait journalier dans la vie, le sommeil, fait vulgaire en apparence, mais au fond plein de problÚmes insolubles pour le savant, et je piquai sa curiosité. La comtesse resta mÃÂȘme un instant silencieuse quand je lui dis que nos idées étaient des ÃÂȘtres organisés, complets qui vivaient dans un monde invisible et influaient sur nos destinées, en lui citant pour preuves les pensées de Descartes, de Diderot, de Napoléon qui avaient conduit, qui conduisaient encore tout un siÚcle. J'eus l'honneur d'amuser cette femme, elle me quitta en m'invitant à la venir voir; en style de cour, elle me donna les grandes entrées. Soit que je prisse, selon ma louable habitude, des formules polies pour des paroles de coeur, soit que Foedora vÃt en moi quelque célébrité prochaine, et voulût augmenter sa ménagerie de savants, je crus lui plaire. J'évoquai toutes mes connaissances physiologiques et mes études antérieures sur la femme pour examiner minutieusement pendant cette soirée cette singuliÚre personne et ses maniÚres; caché dans l'embrasure d'une fenÃÂȘtre, j'espionnai ses pensées en les cherchant dans son maintien, en étudiant ce manÚge d'une maÃtresse de maison qui va et vient, s'assied et cause, appelle un homme, l'interroge, et s'appuie pour l'écouter sur un chambranle de porte; je remarquai dans sa démarche un mouvement brisé si doux, une ondulation de robe si gracieuse, elle excitait si puissamment le désir que je devins alors trÚs incrédule sur sa vertu. Si Foedora méconnaissait aujourd'hui l'amour, elle avait dû jadis ÃÂȘtre fort passionnée; car une volupté savante se peignait jusque dans la maniÚre dont elle se posait devant son interlocuteur elle se soutenait sur la boiserie avec coquetterie, comme une femme prÚs de tomber, mais aussi prÚs de s'enfuir si quelque regard trop vif l'intimide. Les bras mollement croisés, paraissant respirer les paroles, les écoutant mÃÂȘme du regard et avec bienveillance, elle exhalait le sentiment. Ses lÚvres fraÃches et rouges tranchaient sur un teint d'une vive blancheur. Ses cheveux bruns faisaient assez bien valoir la couleur orangée de ses yeux mÃÂȘlés de veines comme une pierre de Florence, et dont l'expression semblait ajouter de la finesse à ses paroles. Enfin son corsage était paré des; grùces les plus attrayantes. Une rivale aurait peut-ÃÂȘtre accusé de dureté d'épais sourcils qui paraissaient se rejoindre, et blùmé l'imperceptible duvet qui ornait les contours du visage. Je trouvai la passion empreinte en tout. L'amour était écrit sur les paupiÚres italiennes de cette femme, sur ses belles épaules dignes de la Vénus de Milo, dans ses traits, sur sa lÚvre supérieure un peu forte et légÚrement ombragée. C'était plus qu'une femme, c'était un roman. Oui, ces richesses féminines, l'ensemble harmonieux des lignes, les promesses que cette riche structure faisait à la passion, étaient tempérés par une réserve constante, par une modestie extraordinaire, qui contrastaient avec l'expression de toute la personne. Il fallait une observation aussi sagace que la mienne pour découvrir dans cette nature les signes d'une destinée de volupté. Pour expliquer plus clairement ma pensée, il y avait en Foedora deux femmes séparées par le buste peut-ÃÂȘtre; l'une était froide, la tÃÂȘte seule semblait ÃÂȘtre amoureuse; avant d'arrÃÂȘter ses yeux sur un homme, elle préparait son regard, comme s'il se passait je ne sais quoi de mystérieux en elle-mÃÂȘme, vous eussiez dit d'une convulsion dans ses yeux si brillants. Enfin, ou ma science était imparfaite, et j'avais encore bien des secrets à découvrir dans le monde moral, ou la comtesse possédait une belle ùme dont les sentiments et les émanations communiquaient à sa physionomie ce charme qui nous subjugue et nous fascine, ascendant tout moral et d'autant plus puissant qu'il s'accorde avec les sympathies du désir je sortis ravi, séduit par cette femme, enivré par son luxe, chatouillé dans tout ce que mon coeur avait de noble, de vicieux, de bon, de mauvais. En me sentant si ému, si vivant, si exalté, je crus comprendre l'attrait qui amenait là ces artistes, ces diplomates, ces hommes de pouvoir, ces agioteurs doublés de tÎle comme leurs caisses; sans doute ils venaient chercher prÚs d'elle l'émotion délirante qui faisait vibrer en moi toutes les forces de mon ÃÂȘtre, fouettait mon sang dans la moindre veine, agaçait le plus petit nerf et tressaillait dans mon cerveau! elle ne s'était donnée à aucun pour les garder tous. Une femme est coquette tant qu'elle n'aime pas. - " Puis, dis-je à Rastignac, elle a peut-ÃÂȘtre été mariée ou vendue à quelque vieillard, et le souvenir de ses premiÚres noces lui donne de l'horreur pour l'amour. " Je revins à pied du faubourg Saint-Honoré, oÃÂč Foedora demeure. Entre son hÎtel et la rue des Cordiers il y a presque tout Paris; le chemin me parut court, et cependant il faisait froid. Entreprendre la conquÃÂȘte de Foedora dans l'hiver, un rude hiver, quand je n'avais pas trente francs en ma possession, quand la distance qui nous séparait était si grande! Un jeune homme pauvre peut seul savoir ce qu'une passion coûte en voitures, en gants, en habits, linge, etc. Si l'amour reste un peu trop de temps platonique, il devient ruineux. Vraiment, il y a des Lauzun de l'Ecole de Droit auxquels il est impossible d'approcher d'une passion logée à un premier étage. Et comment pouvais-je lutter, moi, faible, grÃÂȘle, mis simplement, pùle et hùve comme un artiste en convalescence d'un ouvrage, avec des jeunes gens bien frisés, jolis, pimpants, cravatés à désespérer toute la Croatie, riches, armés de tilburys et vÃÂȘtus d'impertinence? - " Bah! Foedora ou la mort! criai-je au détour d'un pont. Foedora, c'est la fortune! " Le beau boudoir gothique et le salon à la Louis XIV passÚrent devant mes yeux; je revis la comtesse avec sa robe blanche, ses grandes manches gracieuses, et sa séduisante démarche, et son corsage tentateur. Quand j'arrivai dans ma mansarde nue, froide, aussi mal peignée que la perruque d'un naturaliste, j'étais encore environné par les images du luxe de Foedora. Ce contraste était un mauvais conseiller, les crimes doivent naÃtre ainsi. Je maudis alors, en frissonnant de rage, ma décente et honnÃÂȘte misÚre, ma mansarde féconde oÃÂč tant de pensées avaient surgi. Je demandai compte à Dieu, au diable, à l'Etat social, à mon pÚre, à l'univers entier, de ma destinée, de mon malheur; je me couchai tout affamé, grommelant de risibles imprécations, mais bien résolu de séduire Foedora. Ce coeur de femme était un dernier billet de loterie chargé de ma fortune. je te ferai grùce de mes premiÚres visites chez Foedora, pour arriver promptement au drame. Tout en tùchant de m'adresser à l'ùme de cette femme, j'essayai de gagner son esprit, d'avoir sa vanité pour moi; afin d'ÃÂȘtre sûrement aimé, je lui donnai mille raisons de mieux s'aimer elle-mÃÂȘme, jamais je ne la laissai dans un état d'indifférence; les femmes veulent des émotions à tout prix, je les lui prodiguai; je l'eusse mise en colÚre plutÎt que de la voir insouciante avec moi. Si d'abord, animé d'une volonté ferme et du désir de me faire aimer, je pris un peu d'ascendant sur elle, bientÎt ma passion grandit, je ne fus plus maÃtre de moi, je tombai dans le vrai, je me perdis et devins éperdument amoureux. Je ne sais pas bien ce que nous appelons, en poésie ou dans la conversation, amour; mais le sentiment qui se développa tout à coup dans ma double nature, je ne l'ai trouvé peint nulle part, ni dans les phrases rhétoriques et apprÃÂȘtées de Rousseau de qui j'occupais peut-ÃÂȘtre le logis, ni dans les froides conceptions de nos deux siÚcles littéraires, ni dans les tableaux de l'Italie. La vue du lac de Brienne, quelques motifs de Rossini, la Madone de Murillo que possÚde le maréchal Soult, les lettres de la Lescombat, certains mots épars dans les recueils d'anecdotes, mais surtout les priÚres des extatiques et quelques passages de nos fabliaux, ont pu seuls me transporter dans les divines régions de mon premier amour. Rien dans les langages humains, aucune traduction de la pensée faite à l'aide des couleurs, des marbres, des mots ou des sons, ne saurait rendre le nerf, la vérité, le fini, la soudaineté du sentiment dans l'ùme! Oui! qui dit art, dit mensonge. L'amour passe par des transformations infinies avant de se mÃÂȘler pour toujours à notre vie et de la teindre à jamais de sa couleur de flamme. Le secret de cette infusion imperceptible échappe à l'analyse de l'artiste. La vraie passion s'exprime par des cris, par des soupirs ennuyeux pour un homme froid. Il faut aimer sincÚrement pour ÃÂȘtre de moitié dans les rugissements de Lovelace, en lisant Clarisse Harlowe. L'amour est une source naïve, partie de son lit de cresson, de fleurs, de gravier, qui riviÚre, qui fleuve, change de nature et d'aspect à chaque flot, et se jette dans un incommensurable océan oÃÂč les esprits incomplets voient la monotonie, oÃÂč les grandes ùmes s'abÃment en de perpétuelles contemplations. Comment oser décrire ces teintes transitoires du sentiment, ces riens qui ont tant de prix, ces mots dont l'accent épuise les trésors du langage, ces regards plus féconds que les plus riches poÚmes? Dans chacune des scÚnes mystiques par lesquelles nous nous éprenons insensiblement d'une femme, s'ouvre un abÃme à engloutir toutes les poésies humaines. Eh! comment pourrions-nous reproduire par des gloses les vives et mystérieuses agitations de l'ùme, quand les paroles nous manquent pour peindre les mystÚres visibles de la beauté? Quelles fascinations! Combien d'heures ne suis-je pas resté plongé dans une extase ineffable occupé à la voir ! Heureux, de quoi? je ne sais. Dans ces moments, si son visage était inondé de lumiÚre, il s'y opérait je ne sais quel phénomÚne qui le faisait resplendir; l'imperceptible duvet qui dore sa peau délicate et fine en dessinait mollement les contours avec la grùce que nous admirons dans les lignes lointaines de l'horizon quand elles se perdent dans le soleil. Il semblait que le jour la caressùt en s'unissant à elle, ou qu'il s'échappùt de sa rayonnante figure une lumiÚre plus vive que la lumiÚre mÃÂȘme; puis une ombre passant sur cette douce figure y produisait une sorte de couleur qui en variait les expressions en en changeant les teintes. Souvent une pensée semblait se peindre sur son front de marbre; son oeil paraissait rougir, sa paupiÚre vacillait, ses traits ondulaient agités par un sourire; le corail intelligent de ses lÚvres s'animait, se dépliait, se repliait; je ne sais quel reflet de ses cheveux jetait des tons bruns sur ses tempes fraÃches; à chaque accident, elle avait parlé. Chaque nuance de beauté donnait des fÃÂȘtes nouvelles à mes yeux, révélait des grùces inconnues à mon coeur. Je voulais lire un sentiment, un espoir, dans toutes ces phases du visage. Ces discours muets pénétraient d'ùme à ùme comme un son dans l'écho, et me prodiguaient des joies passagÚres qui me laissaient des impressions profondes. Sa voix me causait un délire que j'avais peine à comprimer. Imitant je ne sais quel prince de Lorraine, j'aurais pu ne pas sentir un charbon ardent au creux de ma main pendant qu'elle aurait passé dans ma chevelure ses doigts chatouilleux. Ce n'était plus une admiration, un désir, mais un charme, une fatalité. Souvent, rentré sous mon toit, je voyais indistinctement Foedora chez elle, et participais vaguement à sa vie; si elle souffrait, je souffrais, et je lui disais le lendemain - " Vous avez souffert! " Combien de fois n'est-elle pas venue au milieu des silences de la nuit, évoquée par la puissance de mon extase! TantÎt, soudaine comme une lumiÚre qui jaillit, elle abattait ma plume, elle effarouchait la Science et l'Etude qui s'enfuyaient désolées; elle me forçait à l'admirer en reprenant la pose attrayante oÃÂč je l'avais vue naguÚre. TantÎt j'allais moi-mÃÂȘme au-devant d'elle dans le monde des apparitions, et la saluais comme une espérance en lui demandant de me faire entendre sa voix argentine; puis je me réveillais en pleurant. Un jour, aprÚs m'avoir promis de venir au spectacle avec moi, tout à coup elle refusa capricieusement de sortir, et me pria de la laisser seule. Désespéré d'une contradiction qui me coûtait une journée de travail, et, le dirai-je? mon dernier écu, je me rendis là oÃÂč elle aurait dû ÃÂȘtre, voulant voir la piÚce qu'elle avait désiré voir. A peine placé, je reçus un coup électrique dans le coeur. Une voix me dit - Elle est là ! je me retourne, j'aperçois la comtesse au fond de sa loge, cachée dans l'ombre, au rez-de-chaussée. Mon regard n'hésita pas, mes yeux la trouvÚrent tout d'abord avec une lucidité fabuleuse, mon ùme avait volé vers sa vie comme un insecte vole à sa fleur. Par quoi mes sens avaient-ils été avertis? Il est de ces tressaillements intimes qui peuvent surprendre les gens superficiels, mais ces effets de notre nature intérieure sont aussi simples que les phénomÚnes habituels de notre vision extérieure; aussi ne fus-je pas étonné, mais fùché. Mes études sur notre puissance morale, si peu connue, servaient au moins à me faire rencontrer dans ma passion quelques preuves vivantes de mon systÚme. Cette alliance du savant et de l'amoureux, d'une véritable idolùtrie et d'un amour scientifique, avait je ne sais quoi de bizarre. La Science était souvent contente de ce qui désespérait l'amant, et, quand il croyait triompher, l'amant chassait loin de lui la Science avec bonheur. Foedora me vit et devint sérieuse, je la gÃÂȘnais. Au premier entracte, j'allai lui faire une visite; elle était seule, je restai. Quoique nous n'eussions jamais parlé d'amour, je pressentis une explication. Je ne lui avais point encore dit mon secret, et cependant il existait entre nous une sorte d'entente elle me confiait ses projets d'amusement, et me demandait la veille avec une sorte d'inquiétude amicale si je viendrais le lendemain; elle me consultait par un regard quand elle disait un mot spirituel, comme si elle eût voulu me plaire exclusivement; si je boudais, elle devenait caressante; si elle faisait la fùchée, j'avais en quelque sorte le droit de l'interroger; si je me rendais coupable d'une faute, elle se laissait longtemps supplier avant de me pardonner. Ces querelles, auxquelles nous avions pris goût, étaient pleines d'amour. Elle y déployait tant de grùce et de coquetterie, et moi j'y trouvais tant de bonheur! En ce moment notre intimité fut tout à fait suspendue, et nous restùmes l'un devant l'autre comme deux étrangers. La comtesse était glaciale; moi, j'appréhendais un malheur. - "Vous allez m'accompagner ", me dit-elle quand la piÚce fut finie. Le temps avait changé subitement. Lorsque nous sortÃmes il tombait une neige mÃÂȘlée de pluie. La voiture de Foedora ne put arriver jusqu'à la porte du théùtre. En voyant une femme bien mise obligée de traverser le boulevard, un commissionnaire étendit son parapluie au-dessus de nos tÃÂȘtes, et réclama le prix de son service quand nous fûmes montés. Je n'avais rien, j'eusse alors vendu dix ans de ma vie pour avoir deux sous. Tout ce qui fait l'homme et ses mille vanités furent écrasés en moi par une douleur infernale. Ces mots - Je n'ai pas de monnaie, mon cher! furent dits d'un ton dur qui parut venir de ma passion contrariée, dits par moi, frÚre de cet homme, moi qui connaissais si bien le malheur! moi qui jadis avais donné sept cent mille francs avec tant de facilité! Le valet repoussa le commissionnaire, et les chevaux fendirent l'air. En revenant à son hÎtel, Foedora, distraite, ou affectant d'ÃÂȘtre préoccupée, répondit par de dédaigneux monosyllabes à mes questions. Je gardai le silence. Ce fut un horrible moment. Arrivés chez elle, nous nous assÃmes devant la cheminée. Quand le valet de chambre se fut retiré aprÚs avoir attisé le feu, la comtesse se tourna vers moi d'un air indéfinissable et me dit avec une sorte de solennité - " Depuis mon retour en France, ma fortune a tenté quelques jeunes gens, j'ai reçu des déclarations d'amour qui auraient pu satisfaire mon orgueil, j'ai rencontré des hommes dont l'attachement était si sincÚre et si profond qu'ils m'eussent encore épousée, mÃÂȘme quand ils n'auraient trouvé en moi qu'une fille pauvre comme je l'étais jadis. Enfin sachez, monsieur de Valentin, que de nouvelles richesses et des titres nouveaux m'ont été offerts; mais apprenez aussi que je n'ai jamais revu les personnes assez mal inspirées pour m'avoir parlé d'amour. Si mon affection pour vous était légÚre, je ne vous donnerais pas un avertissement dans lequel il entre plus d'amitié que d'orgueil. Une femme s'expose à recevoir une sorte d'affront lorsque, en se supposant aimée, elle se refuse par avance à un sentiment toujours flatteur. Je connais les scÚnes d'Arsinoé, d'Araminte, ainsi je me suis familiarisée avec les réponses que je puis entendre en pareille circonstance; mais j'espÚre aujourd'hui ne pas ÃÂȘtre mal jugée par un homme supérieur pour lui avoir montré franchement mon ùme. " Elle s'exprimait avec le sang-froid d'un avoué, d'un notaire, expliquant à leurs clients les moyens d'un procÚs ou les articles d'un contrat. Le timbre clair et séducteur de sa voix n'accusait pas la moindre émotion; seulement sa figure et son maintien, toujours nobles et décents, me semblÚrent avoir une froideur, une sécheresse diplomatiques. Elle avait sans doute médité ses paroles et fait le programme de cette scÚne. Oh! mon cher ami, quand certaines femmes trouvent du plaisir à nous déchirer le coeur, quand elles se sont promis d'y enfoncer un poignard et de le retourner dans la plaie, ces femmes-là sont adorables, elles aiment ou veulent ÃÂȘtre aimées! Un jour elles nous récompenseront de nos douleurs, comme Dieu doit, dit-on, rémunérer nos bonnes oeuvres; elles nous rendront en plaisirs le centuple d'un mal dont la violence est appréciée par elles, leur méchanceté n'est-elle pas pleine de passion? Mais ÃÂȘtre torturé par une femme qui nous tue avec indifférence, n'est-ce pas un atroce supplice? En ce moment Foedora marchait, sans le savoir, sur toutes mes espérances, brisait ma vie et détruisait mon avenir avec la froide insouciance et l'innocente cruauté d'un enfant qui, par curiosité, déchire les ailes d'un papillon. - " Plus tard, ajouta Foedora, vous reconnaÃtrez, je l'espÚre, la solidité de l'affection que j'offre à mes amis. Pour eux, vous me trouverez toujours bonne et dévouée. Je saurais leur donner ma vie, mais vous me mépriseriez si je subissais leur amour sans le partager. Je m'arrÃÂȘte. Vous ÃÂȘtes le seul homme auquel j'aie encore dit ces derniers mots. D'abord les paroles me manquÚrent, et j'eus peine à maÃtriser l'ouragan qui s'élevait en moi; mais bientÎt je refoulai mes sensations au fond de mon ùme, et me mis à sourire - " Si je vous dis que je vous aime, répondis-je, vous me bannirez; si je m'accuse d'indifférence, vous m'en punirez. Les prÃÂȘtres, les magistrats et les femmes ne dépouillent jamais leur robe entiÚrement. Le silence ne préjuge rien; trouvez bon, madame, que je me taise. Pour m'avoir adressé de si fraternels avertissements, il faut que vous ayez craint de me perdre, et cette pensée pourrait satisfaire mon orgueil. Mais laissons la personnalité loin de nous. Vous ÃÂȘtes peut-ÃÂȘtre la seule femme avec laquelle je puisse discuter en philosophe une résolution si contraire aux lois de la nature. Relativement aux autres sujets de votre espÚce, vous ÃÂȘtes un phénomÚne. Eh! bien, cherchons ensemble, de bonne foi, la cause de cette anomalie Psychologique. Existe-t-il en vous, comme chez beaucoup de femmes fiÚres d'elles-mÃÂȘmes, amoureuses de leurs perfections, un sentiment d'égoïsme raffiné qui vous fasse prendre en horreur l'idée d'appartenir à un homme, d'abdiquer votre vouloir et d'ÃÂȘtre soumise à une supériorité de convention qui vous offense? vous me sembleriez mille fois plus belle. Auriez-vous été maltraitée une premiÚre fois par l'amour? Peut-ÃÂȘtre le prix que vous devez attacher à l'élégance de votre taille, à votre délicieux corsage, vous fait-il craindre les dégùts de la maternité ne serait-ce pas une de vos meilleures raisons secrÚtes pour vous refuser à ÃÂȘtre trop bien aimée? Avez-vous des imperfections qui vous rendent vertueuse malgré vous? Ne vous fùchez pas, je discute, j'étudie, je suis à mille lieues de la passion. La nature, qui fait des aveugles de naissance, peut bien créer des femmes sourdes, muettes et aveugles en amour. Vraiment vous ÃÂȘtes un sujet précieux pour l'observation médicale! Vous ne savez pas tout ce que vous valez. Vous pouvez avoir un dégoût fort légitime pour les hommes, je vous approuve, ils me paraissent tous laids et odieux. Mais vous avez raison, ajoutai-je en sentant mon coeur se gonfler, vous devez nous mépriser, il n'existe pas d'homme qui soit digne de vous! " Je ne te dirai pas tous les sarcasmes que je lui débitai en riant. Eh! bien, la parole la plus acérée, l'ironie la plus aiguÃ, ne lui arrachÚrent ni un mouvement ni un geste de dépit. Elle m'écoutait en gardant sur ses lÚvres dans ses yeux, son sourire d'habitude, ce sourire qu'elle prenait comme un vÃÂȘtement, et toujours le mÃÂȘme pour ses amis, pour ses simples connaissances, pour les étrangers. - " Ne suis-je pas bien bonne de me laisser mettre ainsi sur un amphithéùtre? dit-elle en saisissant un moment pendant lequel je la regardais en silence. Vous le voyez, continua-t-elle en riant, je n'ai pas de sottes susceptibilités en amitié! Beaucoup de femmes puniraient votre impertinence en vous faisant fermer leur porte. - Vous pouvez me bannir de chez vous sans ÃÂȘtre tenue de donner la raison de vos sévérités. En disant cela, je me sentais prÃÂȘt à la tuer si elle m'avait congédié. - Vous ÃÂȘtes fou, s'écria-t-elle en souriant. - Avez-vous jamais songé, repris-je, aux effets d'un violent amour? Un homme au désespoir a souvent assassiné sa maÃtresse. - Il vaut mieux ÃÂȘtre morte que malheureuse, répondit-elle froidement. Un homme si passionné doit un jour abandonner sa femme et la laisser sur la paille aprÚs lui avoir mangé sa fortune. " Cette arithmétique m'abasourdit. Je vis clairement un abÃme entre cette femme et moi. Nous ne pouvions jamais nous comprendre. - " Adieu, lui dis-je froidement. - Adieu, répondit-elle en inclinant la tÃÂȘte d'un air amical. A demain. " Je la regardai pendant un moment en lui dardant tout l'amour auquel je renonçais. Elle était debout, et me jetait son sourire banal, le détestable sourire d'une statue de marbre, paraissant exprimer l'amour, mais froid. Concevras-tu bien, mon cher, toutes les douleurs qui m'assaillirent en revenant chez moi par la pluie et la neige, en marchant sur le verglas des quais pendant une lieue, ayant tout perdu? Oh! savoir qu'elle ne pensait seulement pas à ma misÚre et me croyait, comme elle, riche et doucement voituré! Combien de ruines et de déceptions! Il ne s'agissait plus d'argent, mais de toutes les fortunes de mon ùme. J'allais au hasard, en discutant avec moi-mÃÂȘme les mots de cette étrange conversation, je m'égarais si bien dans mes commentaires que je finissais par douter de la valeur nominale des paroles et des idées! Et j'aimais toujours, j'aimais cette femme froide dont le coeur voulait ÃÂȘtre conquis à tout moment, et qui, en effaçant toujours les promesses de la veille, se produisait le lendemain comme une maÃtresse nouvelle. En tournant sous les guichets de l'Institut, un mouvement fiévreux me saisit. je me souvins alors que j'étais à jeun. Je ne possédais pas un denier. Pour comble de malheur, la pluie déformait mon chapeau. Comment pouvoir aborder désormais une femme élégante et me présenter dans un salon sans un chapeau mettable! Grùce à des soins extrÃÂȘmes, et tout en maudissant la mode niaise et sotte qui nous condamne à exhiber la coiffe de nos chapeaux en les gardant constamment à la main, j'avais maintenu le mien jusque-là dans un état douteux. Sans ÃÂȘtre curieusement neuf ou sÚchement vieux, dénué de barbe ou trÚs soyeux, il pouvait passer pour le chapeau d'un homme soigneux; mais son existence artificielle arrivait à son dernier période, il était blessé, déjeté, fini, véritable haillon, digne représentant de son maÃtre. Faute de trente sous, je perdais mon industrieuse élégance. Ah! combien de sacrifices ignorés n'avais-je pas faits à Foedora depuis trois mois! Souvent je consacrais l'argent nécessaire au pain d'une semaine pour aller la voir un moment. Quitter mes travaux et jeûner, ce n'était rien! Mais traverser les rues de Paris sans se laisser éclabousser, courir pour éviter la pluie, arriver chez elle aussi bien mis que les fats qui l'entouraient, ah! pour un poÚte amoureux et distrait, cette tùche avait d'innombrables difficultés. Mon bonheur, mon amour, dépendait d'une moucheture de fange sur mon seul gilet blanc! Renoncer à la voir si je me crottais, si je me mouillais! Ne pas posséder cinq sous pour faire effacer par un décrotteur la plus légÚre tache de boue sur ma botte! Ma passion s'était augmentée de tous ces petits supplices inconnus, immenses chez un homme irritable. Les malheureux ont des dévouements desquels il ne leur est point permis de parier aux femmes qui vivent dans une sphÚre de luxe et d'élégance; elles voient le monde à travers un prisme qui teint en or les hommes et les choses. Optimistes par égoïsme, cruelles par bon ton, ces femmes s'exemptent de réfléchir au nom de leurs jouissances, et s'absolvent de leur indifférence au malheur par l'entraÃnement du plaisir. Pour elles un denier n'est jamais un million, c'est le million qui leur semble ÃÂȘtre un denier. Si l'amour doit plaider sa cause par de grands sacrifices, il doit aussi les couvrir délicatement d'un voile, les ensevelir dans le silence; mais, en prodiguant leur fortune et leur vie, en se dévouant, les hommes riches profitent des préjugés mondains qui donnent toujours un certain éclat à leurs amoureuses folies; pour eux le silence parle et le voile est une grùce, tandis que mon affreuse détresse me condamnait à d'épouvantables souffrances sans qu'il me fût permis de dire J'aime! ou je meurs! Etait-ce du dévouement aprÚs tout? N'étais-je pas richement récompensé par le plaisir que j'éprouvais à tout immoler pour elle? La comtesse avait donné d'extrÃÂȘmes valeurs, attaché d'excessives jouissances aux accidents les plus vulgaires de ma vie. NaguÚre insouciant en fait de toilette, je respectais maintenant mon habit comme un autre moi-mÃÂȘme. Entre une blessure à recevoir et la déchirure de mon frac, je n'aurais pas hésité! Tu dois alors épouser ma situation et comprendre les rages de pensées, la frénésie croissante qui m'agitaient en marchant, et que peut-ÃÂȘtre la marche animait encore! J'éprouvais je ne sais quelle joie infernale à me trouver au faÃte du malheur. Je voulais voir un présage de fortune dans cette derniÚre crise; mais le mal a des trésors sans fond. La porte de mon hÎtel était entrouverte. A travers les découpures en forme de coeur pratiquées dans le volet, j'aperçus une lumiÚre projetée dans la rue. Pauline et sa mÚre causaient en m'attendant. J'entendis prononcer mon nom, j'écoutai. - " RaphaÃl, disait Pauline, est bien mieux que l'étudiant du numéro sept! Ses cheveux blonds sont d'une si jolie couleur! Ne trouves-tu pas quelque chose dans sa voix, je ne sais, mais quelque chose qui vous remue le coeur? Et puis, quoiqu'il ait l'air un peu fier, il est si bon, il a des maniÚres si distinguées! Oh! il est vraiment trÚs bien! je suis sûre que toutes les femmes doivent ÃÂȘtre folles de lui. - Tu en parles comme si tu l'aimais, reprit madame Gaudin. - Oh! je l'aime comme un frÚre, répondit-elle en riant. je serais joliment ingrate si je n'avais pas de l'amitié pour lui! Ne m'a-t-il pas appris la musique, le dessin, la grammaire, enfin tout ce que je sais? Tu ne fais pas grande attention à mes progrÚs, ma bonne mÚre; mais je deviens si instruite que dans quelque temps je serai assez forte pour donner des leçons, et alors nous pourrons avoir une domestique. " Je me retirai doucement; et, aprÚs avoir fait quelque bruit, j'entrai dans la salle pour y prendre ma lampe que Pauline voulut allumer. La pauvre enfant venait de jeter un baume délicieux sur mes plaies. Ce naïf éloge de ma personne me rendit un peu de courage. J'avais besoin de croire en moi-mÃÂȘme et de recueillir un jugement impartial sur la véritable valeur de mes avantages. Mes espérances, ainsi ranimées, se reflétÚrent peut-ÃÂȘtre sur les choses que je voyais. Peut-ÃÂȘtre aussi n'avais-je point encore bien sérieusement examiné la scÚne assez souvent offerte à mes regards par ces deux femmes au milieu de cette salle; mais alors j'admirai dans sa réalité le plus délicieux tableau de cette nature modeste si naïvement reproduite par les peintres flamands. La mÚre, assise au coin d'un foyer à demi éteint, tricotait des bas, et laissait errer sur ses lÚvres un bon sourire. Pauline coloriait des écrans, ses couleurs, ses pinceaux étalés sur une petite table parlaient aux yeux par de piquants effets; mais, ayant quitté sa place et se tenant debout pour allumer ma lampe, sa blanche figure en recevait toute la lumiÚre; il fallait ÃÂȘtre subjugué par une bien terrible passion pour ne pas adorer ses mains transparentes et roses, l'idéal de sa tÃÂȘte et sa virginale attitude! La nuit et le silence prÃÂȘtaient leur charme à cette laborieuse veillée, à ce paisible intérieur. Ces travaux continus et gaiement supportés attestaient une résignation religieuse pleine de sentiments élevés. Une indéfinissable harmonie existait là entre les choses et les personnes. Chez Foedora le luxe était sec, il réveillait en moi de mauvaises pensées; tandis que cette humble misÚre et ce bon naturel me rafraÃchissaient l'ùme. Peut-ÃÂȘtre étais-je humilié en présence du luxe; prÚs de ces deux femmes, au milieu de cette salle brune oÃÂč la vie simplifiée semblait se réfugier dans les émotions du coeur, peut-ÃÂȘtre me réconciliai-je avec moi-mÃÂȘme en trouvant à exercer la protection que l'homme est si jaloux de faire sentir. Quand je fus prÚs de Pauline, elle me jeta un regard presque maternel, et s'écria, les mains tremblantes, en posant vivement la lampe - " Dieu! comme vous ÃÂȘtes pùle! Ah! il est tout mouillé! Ma mÚre va vous essuyer. Monsieur RaphaÃl, reprit-elle aprÚs une légÚre pause, vous ÃÂȘtes friand de lait nous avons eu ce soir de la crÚme, tenez, voulez-vous y goûter? " Elle sauta comme un petit chat sur un bol de porcelaine plein de lait, et me le présenta si vivement, me le mit sous le nez d'une si gentille façon, que j'hésitai. - "Vous me refuseriez? " dit-elle d'une voix altérée. Nos deux fiertés se comprenaient Pauline paraissait souffrir de sa pauvreté, et me reprocher ma hauteur. Je fus attendri. Cette crÚme était peut-ÃÂȘtre son déjeuner du lendemain, j'acceptai cependant. La pauvre fille essaya de cacher sa joie, mais elle pétillait dans ses yeux. - " J'en avais besoin, lui dis-je en m'asseyant. Une expression soucieuse passa sur son front. Vous souvenez-vous, Pauline, de ce passage oÃÂč Bossuet nous peint Dieu récompensant un verre d'eau plus richement qu'une victoire? - Oui, dit-elle. Et son sein battait comme celui d'une jeune fauvette entre les mains d'un enfant. - Eh! bien, comme nous nous quitterons bientÎt, ajoutai-je d'une voix mal assurée, laissez-moi vous témoigner ma reconnaissance pour tous les soins que vous et votre mÚre vous avez eus de moi. - Oh! ne comptons pas, dit-elle en riant. Son rire cachait une émotion qui me fit mal. - Mon piano, repris-je sans paraÃtre avoir entendu ses paroles, est un des meilleurs instruments d'Erard acceptez-le. Prenez-le sans scrupule, je ne saurais vraiment l'emporter dans le voyage que je compte entreprendre. " Eclairées peut-ÃÂȘtre par l'accent de mélancolie avec lequel je prononçai ces mots, les deux femmes semblÚrent m'avoir compris et me regardÚrent avec une curiosité mÃÂȘlée d'effroi. L'affection que je cherchais au milieu des froides régions du grand monde, était donc là , vraie, sans faste, mais onctueuse et peut-ÃÂȘtre durable. - " Il ne faut pas prendre tant de souci, me dit la mÚre. Restez ici. Mon mari est en route à cette heure, reprit-elle. Ce soir, j'ai lu l'Evangile de saint Jean pendant que Pauline tenait suspendue entre ses doigts notre clef attachée dans une Bible, la clef a tourné. Ce présage annonce que Gaudin se porte bien et prospÚre. Pauline a recommencé pour vous et pour le jeune homme du numéro sept; mais la clef n'a tourné que pour vous. Nous serons tous riches, Gaudin reviendra millionnaire. Je l'ai vu en rÃÂȘve sur un vaisseau plein de serpents; heureusement l'eau était trouble, ce qui signifie or et pierreries d'outre-mer. " Ces paroles amicales et vides, semblables aux vagues chansons avec lesquelles une mÚre endort les douleurs de son enfant, me rendirent une sorte de calme. L'accent et le regard de la bonne femme exhalaient cette douce cordialité qui n'efface pas le chagrin, mais qui l'apaise, qui le berce et l'émousse. Plus perspicace que sa mÚre, Pauline m'examinait avec inquiétude, ses yeux intelligents semblaient deviner ma vie et mon avenir. Je remerciai par une inclination de tÃÂȘte la mÚre et la fille; puis je me sauvai, craignant de m'attendrir. Quand je me trouvai seul sous mon toit, je me couchai dans mon malheur. Ma fatale imagination me dessina mille projets sans base et me dicta des résolutions impossibles. Quand un homme se traÃne dans les décombres de sa fortune, il y rencontre encore quelques ressources; mais j'étais dans le néant. Ah! mon cher, nous accusons trop facilement la misÚre. Soyons indulgents pour les effets du plus actif de tous les dissolvants sociaux. Là , oÃÂč rÚgne la misÚre, il n'existe plus ni pudeur, ni crimes, ni vertus, ni esprit. J'étais alors sans idées, sans force, comme une jeune fille tombée à genoux devant un tigre. Un homme sans passion et sans argent reste maÃtre de sa personne; mais un malheureux qui aime ne s'appartient plus et ne peut pas se tuer. L'amour nous donne une sorte de religion pour nous-mÃÂȘmes, nous respectons en nous une autre vie; il devient alors le plus horrible des malheurs, le malheur avec une espérance, une espérance qui vous fait accepter des tortures. Je m'endormis avec l'idée d'aller le lendemain confier à Rastignac la singuliÚre détermination de Foedora. - "Ah! ah! me dit Rastignac en me voyant entrer chez lui dÚs neuf heures du matin, je sais ce qui t'amÚne, tu dois ÃÂȘtre congédié par Foedora. Quelques bonnes ùmes jalouses de ton empire sur la comtesse ont annoncé votre mariage. Dieu sait les folies que tes rivaux t'ont prÃÂȘtées et les calomnies dont tu as été l'objet! - Tout s'explique! " m'écriai-je. Je me souvins de toutes mes impertinences et trouvai la comtesse sublime. A mon gré, j'étais un infùme qui n'avait pas encore assez souffert, et je ne vis plus dans son indulgence que la patiente charité de l'amour. - " N'allons pas si vite, me dit le prudent Gascon. Foedora possÚde la pénétration naturelle aux femmes profondément égoïstes, elle t'aura jugé peut-ÃÂȘtre au moment oÃÂč tu ne voyais encore en elle que sa fortune et son luxe; en dépit de ton adresse, elle aura lu dans ton ùme. Elle est assez dissimulée pour qu'aucune dissimulation ne trouve grùce devant elle. Je crois, ajouta-t-il, t'avoir mis dans une mauvaise voie. Malgré la finesse de son esprit et de ses maniÚres, cette créature me semble impérieuse comme toutes les femmes qui ne prennent de plaisir que par la tÃÂȘte. Pour elle le bonheur gÃt tout entier dans le bien-ÃÂȘtre de la vie, dans les jouissances sociales; chez elle, le sentiment est un rÎle, elle te rendrait malheureux, et ferait de toi son premier valet! " Rastignac parlait à un sourd. Je l'interrompis, en lui exposant avec une apparente gaieté ma situation financiÚre. - " Hier au soir, me répondit-il, une veine contraire m'a emporté tout l'argent dont je pouvais disposer. Sans cette vulgaire infortune, j'eusse partagé volontiers ma bourse avec toi. Mais, allons déjeuner au cabaret, les huÃtres nous donneront peut-ÃÂȘtre un bon conseil. " Il s'habilla, fit atteler son tilbury; puis semblables à deux millionnaires, nous arrivùmes au Café de Paris avec l'impertinence de ces audacieux spéculateurs qui vivent sur des capitaux imaginaires. Ce diable de Gascon me confondait par l'aisance de ses maniÚres et par son aplomb imperturbable. Au moment oÃÂč nous prenions le café, aprÚs avoir fini un repas fort délicat et trÚs bien entendu, Rastignac, qui distribuait des coups de tÃÂȘte à une foule de jeunes gens également recommandables par les grùces de leur personne et par l'élégance de leur mise, me dit en voyant entrer un de ces dandys - "Voici ton affaire! " Et il fit signe à un gentilhomme bien cravaté, qui semblait chercher une table à sa convenance, de venir lui parler. - "Ce gaillard-là , me dit Rastignac à l'oreille, est décoré pour avoir publié des ouvrages qu'il ne comprend pas; il est chimiste, historien, romancier, publiciste; il possÚde des quarts, des tiers, des moitiés, dans je ne sais combien de piÚces de théùtre, et il est ignorant comme la mule de don Miguel. Ce n'est pas un homme, c'est un nom, une étiquette familiÚre au public. Aussi se garderait-il bien d'entrer dans ces cabinets sur lesquels il y a cette inscription Ici l'on peut écrire soi-mÃÂȘme. Il est fin à jouer tout un congrÚs. En deux mots, c'est un métis en morale, ni tout à fait probe, ni complÚtement fripon. Mais chut! il s'est déjà battu, le monde n'en demande pas davantage et dit de lui C'est un homme honorable. - Eh! bien, mon excellent ami, mon honorable ami, comment se porte Votre Intelligence? lui dit Rastignac au moment oÃÂč l'inconnu s'assit à la table voisine Mais ni bien, ni mal. Je suis accablé de travail. J'ai entre les mains tous les matériaux nécessaires pour faire des mémoires historiques trÚs curieux, et je ne sais à qui les attribuer. Cela me tourmente, il faut se hùter, les mémoires vont passer de mode. - Sont-ce des mémoires contemporains, anciens, sur la cour, sur quoi? - Sur l'affaire du Collier. - N'est-ce pas un miracle? me dit Rastignac en riant. Puis, se retournant vers le spéculateur - Monsieur de Valentin, reprit-il en me désignant, est un de mes amis que je vous présente comme l'une de nos futures célébrités littéraires. Il avait jadis une tante fort bien en cour, marquise, et depuis deux ans il travaille à une histoire royaliste de la révolution. Puis, se penchant à l'oreille de ce singulier négociant, il lui dit - C'est un homme de talent; mais un niais qui peut vous faire vos mémoires, au nom de sa tante, pour cent écus par volume. - Le marché me va, répondit l'autre en haussant sa cravate. Garçon, mes huÃtres, donc! - Oui, mais vous me donnerez vingt-cinq louis de commission et lui paierez un volume d'avance, reprit Rastignac. Non, non. je n'avancerai que cinquante écus pour ÃÂȘtre plus sûr d'avoir promptement mon manuscrit. " Rastignac me répéta cette conversation mercantile à voix basse. Puis sans me consulter "- Nous sommes d'accord, lui répondit-il. Quand pouvons-nous aller vous voir pour terminer cette affaire? - Eh! bien, venez dÃner ici, demain soir, à sept heures ". Nous nous levùmes, Rastignac jeta de la monnaie au garçon, mit la carte à payer dans sa poche, et nous sortÃmes. J'étais stupéfait de la légÚreté, de l'insouciance avec laquelle il avait vendu ma respectable tante, la marquise de Montbauron. - " J'aime mieux m'embarquer pour le Brésil, et y enseigner aux Indiens l'algÚbre que je ne sais pas, que de salir le nom de ma famille!" Rastignac m'interrompit par un éclat de rire. - " Es-tu bÃÂȘte! Prends d'abord les cinquante écus et fais les mémoires. Quand ils seront achevés, tu refuseras de les mettre sous le nom de ta tante, imbécile! Madame de Montbauron, morte sur l'échafaud, ses paniers, ses considérations, sa beauté, son fard, ses mules valent bien plus de six cents francs. Si le libraire ne veut pas alors payer ta tante ce qu'elle vaut, il trouvera quelque vieux chevalier d'industrie, ou je ne sais quelle fangeuse comtesse pour signer les mémoires. - Oh! m'écriai-je, pourquoi suis-je sorti de ma vertueuse mansarde? Le monde a des envers bien salement ignobles. - Bon, répondit Rastignac, voilà de la poésie, et il s'agit d'affaires. Tu es un enfant. Ecoute quant aux mémoires, le public les jugera; quant à mon ProxénÚte littéraire, n'a-t-il pas dépensé huit ans de sa vie, et payé ses relations avec la librairie par de cruelles expériences? En partageant inégalement avec lui le travail du livre, ta part d'argent n'est-elle pas aussi la plus belle? Vingt-cinq louis sont une bien plus grande somme pour toi, que mille francs pour lui. Va, tu peux écrire des mémoires historiques, oeuvres d'art si jamais il en fut, quand Diderot a fait six sermons pour cent écus. - Enfin, lui dis-je tout ému, c'est pour moi une nécessité ainsi, mon pauvre ami, je te dois des remerciements. Vingt-cinq louis me rendront bien riche. - Et plus riche que tu ne penses, reprit-il en riant. Si Finot me donne une commission dans l'affaire, ne devines-tu pas qu'elle sera pour toi? Allons au bois de Boulogne, dit-il; nous y verrons ta comtesse, et je te montrerai la jolie petite veuve que je dois épouser, une charmante personne, Alsacienne un peu grasse. Elle lit Kant, Schiller, Jean-Paul, et une foule de livres hydrauliques. Elle a la manie de toujours me demander mon opinion, je suis obligé d'avoir l'air de comprendre toute cette sensiblerie allemande, de connaÃtre un tas de ballades, toutes drogues qui me sont défendues par le médecin. Je n'ai pas encore pu la déshabituer de son enthousiasme littéraire, elle pleure des averses à la lecture de Goethe, et je suis obligé de pleurer un peu, par complaisance, car il y a cinquante mille livres de rentes, mon cher, et le plus joli petit pied, la plus jolie petite main de la terre! Ah! si elle ne disait pas mon anche , et proulier pour mon ange et brouiller , ce serait une femme accomplie ". Nous vÃmes la comtesse, brillante dans un brillant équipage. La coquette nous salua fort affectueusement en me jetant un sourire qui me parut alors divin et plein d'amour. Ah! j'étais bien heureux, je me croyais aimé, j'avais de l'argent et des trésors de passion, plus de misÚre. Léger, gai, content de tout, je trouvai la maÃtresse de mon ami charmante. Les arbres, l'air, le ciel, toute la nature semblait me répéter le sourire de Foedora. En revenant des Champs-Elysées, nous allùmes chez le chapelier et chez le tailleur de Rastignac. L'affaire du Collier me permit de quitter mon misérable pied de paix, pour passer à un formidable pied de guerre. Désormais je pouvais sans crainte lutter de grùce et d'élégance avec les jeunes gens qui tourbillonnaient autour de Foedora. Je revins chez moi. je m'y enfermai, restant tranquille en apparence, prÚs de ma lucarne; mais disant d'éternels adieux à mes toits, vivant dans l'avenir, dramatisant ma vie, escomptant l'amour et ses joies. Ah! comme une existence peut devenir orageuse entre les quatre murs d'une mansarde! L'ùme humaine est une fée, elle métamorphose une paille en diamants; sous sa baguette les palais enchantés éclosent comme les fleurs des champs sous les chaudes inspirations du soleil. Le lendemain, vers midi, Pauline frappa doucement à ma porte et m'apporta, devine quoi? une lettre de Foedora. La comtesse me priait de venir la prendre au Luxembourg pour aller, de là , voir ensemble le Muséum et le jardin des Plantes. - " Un commissionnaire attend la réponse ", me dit-elle aprÚs un moment de silence. Je griffonnai promptement une lettre de remerciement que Pauline emporta. Je m'habillai. Au moment oÃÂč, assez content de moi-mÃÂȘme, j'achevais ma toilette, un frisson glacial me saisit à cette pensée Foedora est-elle venue en voiture ou à pied? pleuvra-t-il, fera-t-il beau? Mais, me dis-je, qu'elle soit à pied ou en voiture, est-on jamais certain de l'esprit fantasque d'une femme? elle sera sans argent et voudra donner cent sous à un petit Savoyard parce qu'il aura de jolies guenilles. J'étais sans un rouge liard et ne devais avoir de l'argent que le soir. Oh! combien, dans ces crises de notre jeunesse, un poÚte paie cher la puissance intellectuelle dont il est investi par le régime et par le travail! En un instant, mille pensées vives et douloureuses me piquÚrent comme autant de dards. Je regardai le ciel par ma lucarne, le temps était fort incertain. En cas de malheur, je pouvais bien prendre une voiture pour la journée; mais aussi ne tremblerais-je pas à tout moment, au milieu de mon bonheur, de ne pas rencontrer Finot le soir? je ne me sentis pas assez fort pour supporter tant de craintes au sein de ma joie. Malgré la certitude de ne rien trouver, j'entrepris une grande exploration à travers ma chambre, je cherchai des écus imaginaires jusque dans les profondeurs de ma paillasse, je fouillai tout, je secouai mÃÂȘme de vieilles bottes. En proie à une fiÚvre nerveuse, je regardais mes meubles d'un oeil hagard aprÚs les avoir renversés tous. Comprendras-tu le délire qui m'anima, lorsqu'en ouvrant pour la septiÚme fois le tiroir de ma table à écrire que je visitais avec cette espÚce d'indolence dans laquelle nous plonge le désespoir, j'aperçus collée contre une planche latérale, tapie sournoisement, mais propre, brillante, lucide comme une étoile à son lever, une belle et noble piÚce de cent sous? Ne lui demandant compte ni de son silence ni de la cruauté dont elle était coupable en se tenant ainsi cachée, je la baisai comme un ami fidÚle au malheur et la saluai par un cri qui trouva de l'écho. Je me retournai brusquement et vis Pauline devenue pùle. - " J'ai cru, dit-elle d'une voix émue, que vous vous faisiez mal. Le commissionnaire... Elle s'interrompit comme si elle étouffait. Mais ma mÚre l'a payé ", ajouta-t-elle. Puis elle s'enfuit, enfantine et follette comme un caprice. Pauvre petite! je lui souhaitai mon bonheur. En ce moment, il me semblait avoir dans l'ùme tout le plaisir de la terre, et j'aurais voulu restituer aux malheureux la part que je croyais leur voler. Nous avons presque toujours raison dans nos pressentiments d'adversité, la comtesse avait renvoyé sa voiture. Par un de ces caprices que les jolies femmes ne s'expliquent pas toujours à elles-mÃÂȘmes, elle voulait aller au jardin des Plantes par les boulevards et à pied. - " Mais il va pleuvoir ", lui dis-je. Elle prit plaisir à me contredire. Par hasard, il fit beau pendant tout le temps que nous marchùmes dans le Luxembourg. Quand nous en sortÃmes, un gros nuage dont la marche excitait mon inquiétude, ayant laissé tomber quelques gouttes d'eau, nous montùmes dans un fiacre. Lorsque nous eûmes atteint les boulevards, la pluie cessa, le ciel reprit sa sérénité. En arrivant au Muséum, je voulus renvoyer la voiture, Foedora me pria de la garder. Que de tortures! Mais causer avec elle en comprimant un secret délire qui sans doute se formulait sur mon visage par quelque sourire niais et arrÃÂȘté; errer dans le jardin des Plantes, en parcourir les allées bocagÚres et sentir son bras appuyé sur le mien, il y eut dans tout cela je ne sais quoi de fantastique c'était un rÃÂȘve en plein jour. Cependant ses mouvements, soit en marchant, soit en nous arrÃÂȘtant, n'avaient rien de doux ni d'amoureux, malgré leur apparente volupté. Quand je cherchais à m'associer en quelque sorte à l'action de sa vie, je rencontrais en elle une intime et secrÚte vivacité, je ne sais quoi de saccadé, d'excentrique. Les femmes sans ùme n'ont rien de moelleux dans leurs gestes. Aussi n'étions-nous unis, ni par une mÃÂȘme volonté, ni par un mÃÂȘme pas. Il n'existe point de mots pour rendre ce désaccord matériel de deux ÃÂȘtres, car nous ne sommes pas encore habitués à reconnaÃtre une pensée dans le mouvement. Ce phénomÚne de notre nature se sent instinctivement, il ne s'exprime pas. "Pendant ces violents paroxysmes de ma passion, reprit RaphaÃl aprÚs un moment de silence, et comme s'il répondait à une objection qu'il se fût adressée à lui-mÃÂȘme, je n'ai pas disséqué mes sensations, analysé mes plaisirs, ni supputé les battements de mon coeur, comme un avare examine et pÚse ses piÚces d'or. Oh! non, l'expérience jette aujourd'hui sa triste lumiÚre sur les événements passés, et le souvenir m'apporte ces images, comme par un beau temps les flots de la mer amÚnent brin à brin les débris d'un naufrage sur la grÚve. - " Vous pouvez me rendre un service assez important, me dit la comtesse en me regardant d'un air confus. AprÚs vous avoir confié mon antipathie pour l'amour, je me sens plus libre en réclamant de vous un bon office au nom de l'amitié. N'aurez-vous pas, reprit-elle en riant, beaucoup plus de mérite à m'obliger aujourd'hui? " Je la regardais avec douleur. N'éprouvant rien prÚs de moi, elle était pateline et non pas affectueuse; elle me paraissait jouer un rÎle en actrice consommée; puis tout à coup son accent, un regard, un mot réveillaient mes espérances; mais si mon amour ranimé se peignait alors dans mes yeux, elle en soutenait les rayons sans que la clarté des siens s'en altérùt, car ils semblaient, comme ceux des tigres, ÃÂȘtre doublés par une feuille de métal. En ces moments-là , je la détestais. - " La protection du duc de Navarreins, dit-elle en continuant avec des inflexions de voix pleines de cùlinerie, me serait trÚs utile auprÚs d'une personne toute-puissante en Russie, et dont l'intervention est nécessaire pour me faire rendre justice dans une affaire qui concerne à la fois ma fortune et mon état dans le monde, la reconnaissance de mon mariage par l'empereur. Le duc de Navarreins n'est-il pas votre cousin? Une lettre de lui déciderait tout. - Je vous appartiens, lui répondis-je, ordonnez. - Vous ÃÂȘtes bien aimable, reprit-elle en me serrant la main. Venez dÃner avec moi, je vous dirai tout comme à un confesseur ". Cette femme si méfiante, si discrÚte, et à laquelle personne n'avait entendu dire un mot sur ses intérÃÂȘts, allait donc me consulter. - " Oh! combien j'aime maintenant le silence que vous m'avez imposé! m'écriai-je. Mais j'aurais voulu quelque épreuve plus rude encore. " En ce moment, elle accueillit l'ivresse de mes regards et ne se refusa point à mon admiration, elle m'aimait donc! Nous arrivùmes chez elle. Fort heureusement, le fond de ma bourse put satisfaire le cocher. Je passai délicieusement la journée, seul avec elle, chez elle; c'était la premiÚre fois que je pouvais la voir ainsi. Jusqu'à ce jour, le monde, sa gÃÂȘnante politesse et ses façons froides nous avaient toujours séparés, mÃÂȘme pendant ses somptueux dÃners; mais alors j'étais chez elle comme si j'eusse vécu sous son toit, je la possédais pour ainsi dire. Ma vagabonde imagination brisait les entraves, arrangeait les événements de la vie à ma guise, et me plongeait dans les délices d'un amour heureux. Me croyant son mari, je l'admirais occupée de petits détails; j'éprouvais mÃÂȘme du bonheur à lui voir Îter son schall et son chapeau. Elle me laissa seul un moment, et revint les cheveux arrangés, charmante. Cette jolie toilette avait été faite pour moi! Pendant le dÃner, elle me prodigua ses attentions et déploya des grùces infinies dans mille choses qui semblent des riens et qui cependant sont la moitié de la vie. Quand nous fûmes tous deux devant un foyer pétillant, assis sur la soie, environnés des plus désirables créations d'un luxe oriental; quand je vis si prÚs de moi cette femme dont la beauté célÚbre faisait palpiter tant de coeurs, cette femme si difficile à conquérir, me parlant, me rendant l'objet de toutes ses coquetteries, ma voluptueuse félicité devint presque de la souffrance. Pour mon malheur, je me souvins de l'importante affaire que je devais conclure, et voulus aller au rendez-vous qui m'avait été donné la veille. - " Quoi! déjà ! " dit-elle en me voyant prendre mon chapeau. Elle m'aimait! je le crus du moins, en l'entendant prononcer ces deux mots d'une voix caressante. Pour prolonger mon extase, j'aurais alors volontiers troqué deux années de ma vie contre chacune des heures qu'elle voulait bien m'accorder. Mon bonheur s'augmenta de tout l'argent que je perdais! Il était minuit quand elle me renvoya. Néanmoins le lendemain, mon héroïne me coûta bien des remords, je craignis d'avoir manqué l'affaire des mémoires, devenue si capitale pour moi; je courus chez Rastignac, et nous allùmes surprendre à son lever le titulaire de mes travaux futurs. Finot me lut un petit acte oÃÂč il n'était point question de ma tante, et aprÚs la signature duquel il me compta cinquante écus. Nous déjeunùmes tous les trois. Quand j'eus payé mon nouveau chapeau, soixante cachets à trente sous et mes dettes, il ne me resta plus que trente francs; mais toutes les difficultés de la vie s'étaient aplanies pour quelques jours. Si j'avais voulu écouter Rastignac, je pouvais avoir des trésors en adoptant avec franchise le systÚme anglais . Il voulait absolument m'établir un crédit et me faire faire des emprunts, en prétendant que les emprunts soutiendraient le crédit. Selon lui, l'avenir était de tous les capitaux du monde le plus considérable et le plus solide. En hypothéquant ainsi mes dettes sur de futurs contingents, il donna ma pratique à son tailleur, un artiste qui comprenait le jeune homme et devait me laisser tranquille jusqu'à mon mariage. DÚs ce jour, je rompis avec la vie monastique et studieuse que j'avais menée pendant trois ans. J'allai fort assidûment chez Foedora, oÃÂč je tùchai de surpasser en apparence les impertinents ou les héros de coterie qui s'y trouvaient. En croyant avoir échappé pour toujours à la misÚre, je recouvrai ma liberté d'esprit, j'écrasai mes rivaux, et passai pour un homme plein de séductions, prestigieux, irrésistible. Cependant les gens habiles disaient en parlant de moi " Un garçon aussi spirituel ne doit avoir de passions que dans la tÃÂȘte! " Ils vantaient charitablement mon esprit aux dépens de ma sensibilité. " Est-il heureux de ne pas aimer! s'écriaient-ils. S'il aimait, aurait-il autant de gaieté, de verve? " J'étais cependant bien amoureusement stupide en présence de Foedora! Seul avec elle, je ne savais rien lui dire, ou si je parlais, je médisais de l'amour; j'étais tristement gai comme un courtisan qui veut cacher un cruel dépit. Enfin, j'essayai de me rendre indispensable à sa vie, à son bonheur, à sa vanité tous les jours prÚs d'elle, j'étais un esclave, un jouet sans cesse à ses ordres. AprÚs avoir ainsi dissipé ma journée, je revenais chez moi pour y travailler pendant les nuits, ne dormant guÚre que deux ou trois heures de la matinée. Mais n'ayant pas, comme Rastignac, l'habitude du systÚme anglais, je me vis bientÎt sans un sou. DÚs lors, mon cher ami, fat sans bonnes fortunes, élégant sans argent, amoureux anonyme, je retombai dans cette vie précaire, dans ce froid et profond malheur soigneusement caché sous les trompeuses apparences du luxe. Je ressentis alors mes souffrances premiÚres, mais moins aiguÃs je m'étais familiarisé sans doute avec leurs terribles crises. Souvent les gùteaux et le thé, si parcimonieusement offerts dans les salons, étaient ma seule nourriture. Quelquefois, les somptueux dÃners de la comtesse me substantaient pendant deux jours. J'employai tout mon temps, mes efforts et ma science d'observation à pénétrer plus avant dans l'impénétrable caractÚre de Foedora. Jusqu'alors, l'espérance ou le désespoir avaient influencé mon opinion, je voyais en elle tour à tour la femme la plus aimante ou la plus insensible de son sexe; mais ces alternatives de joie et de tristesse devinrent intolérables je voulus chercher un dénoûment à cette lutte affreuse, en tuant mon amour. De sinistres lueurs brillaient parfois dans mon ùme et me faisaient entrevoir des abÃmes entre nous. La comtesse justifiait toutes mes craintes, je n'avais pas encore surpris de larmes dans ses yeux; au théùtre une scÚne attendrissante la trouvait froide et rieuse, elle réservait toute sa finesse pour elle, et ne devinait ni le malheur ni le bonheur d'autrui. Enfin elle m'avait joué! Heureux de lui faire un sacrifice, je m'étais presque avili pour elle en allant voir mon parent le duc de Navarreins, homme égoïste qui rougissait de ma misÚre et qui avait de trop grands torts envers moi pour ne pas me haïr; il me reçut donc avec cette froide politesse qui donne aux gestes et aux paroles l'apparence de l'insulte, son regard inquiet excita ma pitié. J'eus honte pour lui de sa petitesse au milieu de tant de grandeur, de sa pauvreté au milieu de tant de luxe. Il me parla des pertes considérables que lui occasionnait le trois pour cent, je lui dis alors quel était l'objet de ma visite. Le changement de ses maniÚres qui de glaciales devinrent insensiblement affectueuses, me dégoûta. Eh! bien, mon ami, il vint chez la comtesse, il m'y écrasa. Foedora trouva pour lui des enchantements, des prestiges inconnus; elle le séduisit, traita sans moi cette affaire mystérieuse de laquelle je ne sus pas un mot j'avais été pour elle un moyen!... Elle paraissait ne plus m'apercevoir quand mon cousin était chez elle, elle m'acceptait alors avec moins de plaisir peut-ÃÂȘtre que le jour oÃÂč je lui fus présenté. Un soir, elle m'humilia devant le duc par un de ces gestes et par un de ces regards qu'aucune parole ne saurait peindre. Je sortis pleurant, formant mille projets de vengeance, combinant d'épouvantables viols. Souvent je l'accompagnais aux Bouffons; là , prÚs d'elle, tout entier à mon amour, je la contemplais en me livrant au charme d'écouter la musique, épuisant mon ùme dans la double jouissance d'aimer et de retrouver les mouvements de mon coeur bien rendus par les phrases du musicien. Ma passion était dans l'air, sur la scÚne; elle triomphait partout, excepté chez ma maÃtresse. Je prenais alors la main de Foedora, j'étudiais ses traits et ses yeux en sollicitant une fusion de nos sentiments, une de ces soudaines harmonies qui, réveillées par les notes, font vibrer les ùmes à l'unisson; mais sa main était muette et ses yeux ne disaient rien. Quand le feu de mon coeur émané de tous mes traits la frappait trop fortement au visage, elle me jetait ce sourire cherché, phrase convenue qui se reproduit au salon sur les lÚvres de tous les portraits. Elle n'écoutait pas la musique. Les divines pages de Rossini, de Cimarosa, de Zingarelli ne lui rappelaient aucun sentiment, ne lui traduisaient aucune poésie de sa vie; son ùme était aride. Foedora se produisait là comme un spectacle dans le spectacle. Sa lorgnette voyageait incessamment de loge en loge; inquiÚte, quoique tranquille, elle était victime de la mode; sa loge, son bonnet, sa voiture, sa personne étaient tout pour elle. Vous rencontrez souvent des gens de colossale apparence de qui le coeur est tendre et délicat sous un corps de bronze; mais elle cachait un coeur de bronze sous sa frÃÂȘle et gracieuse enveloppe. Ma fatale science me déchirait bien des voiles. Si le bon ton consiste à s'oublier pour autrui, à mettre dans sa voix et dans ses gestes une constante douceur, à plaire aux autres en les rendant contents d'eux-mÃÂȘmes, malgré sa finesse, Foedora n'avait pas effacé tout vestige de sa plébéienne origine son oubli d'elle-mÃÂȘme était fausseté; ses maniÚres, au lieu d'ÃÂȘtre innées, avaient été laborieusement conquises; enfin sa politesse sentait la servitude. Eh! bien, ses paroles emmiellées étaient pour ses favoris l'expression de la bonté, sa prétentieuse exagération était un noble enthousiasme. Moi seul avais étudié ses grimaces, j'avais dépouillé son ÃÂȘtre intérieur de la mince écorce qui suffit au monde, et n'étais plus la dupe de ses singeries; je connaissais à fond son ùme de chatte. Quand un niais la complimentait, la vantait, j'avais honte pour elle. Et je l'aimais toujours! j'espérais fondre ses glaces sous les ailes d'un amour de poÚte. Si je pouvais une fois ouvrir son coeur aux tendresses de la femme, si je l'initiais à la sublimité des dévouements, je la voyais alors parfaite; elle devenait un ange. Je l'aimais en homme, en amant, en artiste, quand il aurait fallu ne pas l'aimer pour l'obtenir; un fat bien gourmé, un froid calculateur, en aurait triomphé peut-ÃÂȘtre. Vaine, artificieuse, elle eût sans doute entendu le langage de la vanité, se serait laissé entortiller dans les piÚges d'une intrigue; elle eût été dominée par un homme sec et glacé. Des douleurs acérées entraient jusqu'au vif dans mon ùme, quand elle me révélait naïvement son égoïsme. Je l'apercevais avec douleur seule un jour dans la vie et ne sachant à qui tendre la main, ne rencontrant pas de regards amis oÃÂč reposer les siens. Un soir, j'eus le courage de lui peindre, sous des couleurs animées, sa vieillesse déserte, vide et triste. A l'aspect de cette épouvantable vengeance de la nature trompée, elle dit un mot atroce. - " J'aurai toujours de la fortune, me répondit-elle. Eh! bien, avec de l'or nous pouvons toujours créer autour de nous les sentiments qui sont nécessaires à notre bien-ÃÂȘtre. " Je sortis foudroyé par la logique de ce luxe, de cette femme, de ce monde, en me blùmant d'en ÃÂȘtre si sottement idolùtre. Je n'aimais pas Pauline pauvre, Foedora riche n'avait-elle pas le droit de repousser RaphaÃl? Notre conscience est un juge infaillible, quand nous ne l'avons pas encore assassinée. " Foedora, me criait une voix sophistique, n'aime ni ne repousse personne; elle est libre, mais elle s'est autrefois donnée pour de l'or. Amant ou époux, le comte russe l'a possédée. Elle aura bien une tentation dans sa vie! Attends-la. " Ni vertueuse ni fautive, cette femme vivait loin de l'humanité, dans une sphÚre à elle, enfer ou paradis. Ce mystÚre femelle vÃÂȘtu de cachemire et de broderies mettait en jeu dans mon coeur tous les sentiments humains, orgueil, ambition, amour, curiosité. Un caprice de la mode, ou cette envie de paraÃtre original qui nous poursuit tous, avait amené la manie de vanter un petit spectacle du boulevard. La comtesse témoigna le désir de voir la figure enfarinée d'un acteur qui faisait les délices de quelques gens d'esprit, et j'obtins l'honneur de la conduire à la premiÚre représentation de je ne sais quelle mauvaise farce. La loge coûtait à peine cent sous, je ne possédais pas un traÃtre liard. Ayant encore un demi-volume de mémoires à écrire, je n'osais pas aller mendier un secours à Finot, et Rastignac, ma providence, était absent. Cette gÃÂȘne constante maléficiait toute ma vie. Une fois, au sortir des Bouffons, par une horrible pluie, Foedora m'avait fait avancer une voiture sans que je pusse me soustraire à son obligeance de parade elle n'admit aucune de mes excuses, ni mon goût pour la pluie, ni mon envie d'aller au jeu. Elle ne devinait mon indigence ni dans l'embarras de mon maintien, ni dans mes paroles tristement plaisantes. Mes yeux rougissaient, mais comprenait-elle un regard? La vie des jeunes gens est soumise à de singuliers caprices! Pendant le voyage, chaque tour de roue réveilla des pensées qui me brûlÚrent le coeur; j'essayai de détacher une planche au fond de la voiture en espérant glisser sur le pavé; mais rencontrant des obstacles invincibles, je me pris à rire convulsivement et demeurai dans un calme morne, hébété comme un homme au carcan. A mon arrivée au logis, aux premiers mots que je balbutiai, Pauline m'interrompit en disant - " Si vous n'avez pas de monnaie... " Ah! la musique de Rossini n'était rien auprÚs de ces paroles. Mais revenons aux Funambules? Pour pouvoir y conduire la comtesse, je pensai à mettre en gage le cercle d'or qui entourait le portrait de ma mÚre. Quoique le Mont-de-Piété se fût toujours dessiné dans ma pensée comme une des portes du bagne, il valait encore mieux y porter mon lit moi-mÃÂȘme que de solliciter une aumÎne. Le regard d'un homme à qui vous demandez de l'argent fait tant de mal! Certains emprunts nous coûtent notre honneur, comme certains refus prononcés par une bouche amie nous enlÚvent une derniÚre illusion. Pauline travaillait, sa mÚre était couchée. Jetant un regard furtif sur le lit dont les rideaux étaient légÚrement relevés, je crus Madame Gaudin profondément endormie, en apercevant au milieu de l'ombre son profil calme et jaune imprimé sur l'oreiller. - " Vous avez du chagrin, me dit Pauline qui posa son pinceau sur son coloriage. - Ma pauvre enfant, vous pouvez me rendre un grand service ", lui répondis-je. Elle me regarda d'un air si heureux que je tressaillis. - M'aimerait-elle? pensai-je. - " Pauline? " repris-je. Et je m'assis prÚs d'elle pour la bien étudier. Elle me devina, tant mon accent était interrogateur; elle baissa les yeux, et je l'examinai, croyant pouvoir lire dans son coeur comme dans le mien, tant sa physionomie était naïve et pure. - " Vous m'aimez? lui dis-je. " Un peu, passionnément, pas du tout! " s'écria-t-elle. Elle ne m'aimait pas. Son accent moqueur et la gentillesse du geste qui lui échappa peignaient seulement une folùtre reconnaissance de jeune fille. Je lui avouai donc ma détresse, l'embarras dans lequel je me trouvais, et la priai de m'aider. - " Comment, monsieur RaphaÃl, dit-elle, vous ne voulez pas aller au Mont-de-Piété, et vous m'y envoyez! " je rougis, confondu par la logique d'un enfant. Elle me prit alors la main comme si elle eût voulu compenser par une caresse la vérité de son exclamation. - " Oh! j'irais bien, dit-elle, mais la course est inutile. Ce matin, j'ai trouvé derriÚre le piano deux piÚces de cent sous qui s'étaient glissées à votre insu entre le mur et la barre, et je les ai mises sur votre table. - Vous devez bientÎt recevoir de l'argent, monsieur RaphaÃl, me dit la bonne mÚre qui montra sa tÃÂȘte entre les rideaux, je puis bien vous prÃÂȘter quelques écus en attendant. - Oh! Pauline, m'écriai-je en lui serrant la main, je voudrais ÃÂȘtre riche. - Bah! pourquoi? " dit-elle d'un air mutin. Sa main tremblant dans la mienne répondait à tous les battements de mon coeur; elle retira vivement ses doigts, examina les miens - "Vous épouserez une femme riche! dit-elle, mais elle vous donnera bien du chagrin. Ah! Dieu! elle vous tuera. J'en suis sûre! " Il y avait dans son cri une sorte de croyance aux folles superstitions de sa mÚre. - " Vous ÃÂȘtes bien crédule, Pauline! - Oh! bien certainement! dit-elle en me regardant avec terreur, la femme que vous aimerez vous tuera. " Elle reprit son pinceau, le trempa dans la couleur en laissant paraÃtre une vive émotion, et ne me regarda plus. En ce moment, j'aurais bien voulu croire à des chimÚres. Un homme n'est pas tout à fait misérable quand il est superstitieux. Une superstition c'est souvent une espérance. Retiré dans ma chambre, je vis en effet deux nobles écus dont la présence me parut inexplicable. Au sein des pensées confuses du premier sommeil, je tùchai de vérifier mes dépenses pour me justifier cette trouvaille inespérée, mais je m'endormis perdu dans d'inutiles calculs. Le lendemain, Pauline vint me voir au moment oÃÂč je sortais pour aller louer une loge. - " Vous n'avez peut-ÃÂȘtre pas assez de dix francs, me dit en rougissant cette bonne et aimable fille, ma mÚre m'a chargée de vous offrir cet argent. Prenez, prenez! " Elle jeta trois écus sur ma table et voulut se sauver; mais je la retins. L'admiration sécha les larmes qui roulaient dans mes yeux " - Pauline, lui dis-je, vous ÃÂȘtes un ange! Ce prÃÂȘt me touche bien moins que la pudeur de sentiment avec laquelle vous me l'offrez. Je désirais une femme riche, élégante, titrée; hélas! maintenant je voudrais posséder des millions et rencontrer une jeune fille pauvre comme vous et comme vous riche de coeur, je renoncerais à une passion fatale qui me tuera. Vous aurez peut-ÃÂȘtre raison. - Assez! " dit-elle. Elle s'enfuit, et sa voix de rossignol, ses roulades fraÃches retentirent dans l'escalier. - Elle est bien heureuse de ne pas aimer encore! me dis-je en pensant aux tortures que je souffrais depuis plusieurs mois. Les quinze francs de Pauline me furent bien précieux. Foedora, songeant aux émanations populaciÚres de la salle oÃÂč nous devions rester pendant quelques heures, regretta de ne pas avoir un bouquet, j'allai lui chercher des fleurs, je lui apportai ma vie et ma fortune. J'eus à la fois des remords et des plaisirs en lui donnant un bouquet dont le prix me révéla tout ce que la galanterie superficielle en usage dans le monde avait de dispendieux. BientÎt elle se plaignit de l'odeur un peu trop forte d'un jasmin du Mexique, elle éprouva un intolérable dégoût en voyant la salle, en se trouvant assise sur de dures banquettes, elle me reprocha de l'avoir amenée là . Quoiqu'elle fût prÚs de moi, elle voulut s'en aller; elle s'en alla. M'imposer des nuits sans sommeil, avoir dissipé deux mois de mon existence, et ne pas lui plaire! Jamais ce démon ne fut ni plus gracieux ni plus insensible. Pendant la route, assis prÚs d'elle dans un étroit coupé, je respirais son souffle, je touchais son gant parfumé, je voyais distinctement les trésors de sa beauté, je sentais une vapeur douce comme l'iris toute la femme et point de femme. En ce moment, un trait de lumiÚre me permit de voir les profondeurs de cette vie mystérieuse. Je pensai tout à coup au livre récemment publié par un poÚte, une vraie conception d'artiste taillée dans la statue de PolyclÚs. Je croyais voir ce monstre qui, tantÎt officier, dompte un cheval fougueux, tantÎt jeune fille, se met à sa toilette et désespÚre ses amants, amant, désespÚre une vierge douce et modeste. Ne pouvant plus résoudre autrement Foedora, je lui racontai cette histoire fantastique; mais rien ne décela sa ressemblance avec cette poésie de l'impossible, elle s'en amusa de bonne foi, comme un enfant d'une fable prise aux Mille et Une Nuits . Pour résister à l'amour d'un homme de mon ùge, à la chaleur communicative de cette belle contagion de l'ùme, Foedora doit ÃÂȘtre gardée par quelque mystÚre, me dis-je en revenant chez moi. Peut-ÃÂȘtre, semblable à lady Delacour, est-elle dévorée par un cancer? Sa vie est sans doute une vie artificielle. A cette pensée, j'eus froid. Puis je formai le projet le plus extravagant et le plus raisonnable en mÃÂȘme temps auquel un amant puisse jamais songer. Pour examiner cette femme corporellement comme je l'avais étudiée intellectuellement, pour la connaÃtre enfin tout entiÚre, je résolus de passer une nuit chez elle, dans sa chambre, à son insu. Voici comment j'exécutai cette entreprise, qui me dévorait l'ùme comme un désir de vengeance mord le coeur d'un moine corse. Aux jours de réception, Foedora réunissait une assemblée trop nombreuse pour qu'il fût possible au portier d'établir une balance exacte entre les entrées et les sorties. Sûr de pouvoir rester dans la maison sans y causer de scandale, j'attendis impatiemment la prochaine soirée de la comtesse. En m'habillant, je mis dans la poche de mon gilet un petit canif anglais, à défaut de poignard. Trouvé sur moi, cet instrument littéraire n'avait rien de suspect, et ne sachant jusqu'oÃÂč me conduirait ma résolution romanesque, je voulais ÃÂȘtre armé. Lorsque les salons commencÚrent à se remplir, j'allai dans la chambre à coucher y examiner les choses, et trouvai les persiennes et les volets fermés, ce fut un premier bonheur; comme la femme de chambre pourrait venir pour détacher les rideaux drapés aux fenÃÂȘtres, je lùchai leurs embrasses; je risquais beaucoup en me hasardant ainsi à faire le ménage par avance, mais je m'étais soumis aux périls de ma situation et les avais froidement calculés. Vers minuit, je vins me cacher dans l'embrasure d'une fenÃÂȘtre. Afin de ne pas laisser voir mes pieds, j'essayai de grimper sur la plinthe de la boiserie, le dos appuyé contre le mur, en me cramponnant à l'espagnolette. AprÚs avoir étudié mon équilibre, mes points d'appui, mesuré l'espace qui me séparait des rideaux, je parvins à me familiariser avec les difficultés de ma position, de maniÚre à demeurer là sans ÃÂȘtre découvert, si les crampes, la toux et les éternuements me laissaient tranquille. Pour ne pas me fatiguer inutilement, je me tins debout en attendant le moment critique pendant lequel je devais rester suspendu comme une araignée dans sa toile. La moire blanche et la mousseline des rideaux formaient devant moi de gros plis semblables à des tuyaux d'orgue, oÃÂč je pratiquai des trous avec mon canif afin de tout voir par ces espÚces de meurtriÚres. J'entendis vaguement le murmure des salons, les rires des causeurs, leurs éclats de voix. Ce tumulte vaporeux, cette sourde agitation diminua par degrés. Quelques hommes vinrent prendre leurs chapeaux placés prÚs de moi, sur la commode de la comtesse. Quand ils froissaient les rideaux, je frissonnais en pensant aux distractions, aux hasards de ces recherches faites par des gens pressés de partir et qui furettent alors partout. J'augurai bien de mon entreprise en n'éprouvant aucun de ces malheurs. Le dernier chapeau fut emporté par un vieil amoureux de Foedora, qui se croyant seul regarda le lit, et poussa un gros soupir suivi de je ne sais quelle exclamation assez énergique. La comtesse, qui n'avait plus autour d'elle, dans le boudoir voisin de sa chambre, que cinq ou six personnes intimes, leur proposa d'y prendre le thé. Les calomnies, pour lesquelles la société actuelle a réservé le peu de croyance qui lui reste, se mÃÂȘlÚrent alors à des épigrammes, à des jugements spirituels, au bruit des tasses et des cuillers. Sans pitié pour mes rivaux, Rastignac excitait un rire fou par de mordantes saillies. - " Monsieur de Rastignac est un homme avec lequel il ne faut pas se brouiller, dit la comtesse en riant. - Je le crois, répondit-il naïvement. J'ai toujours eu raison dans mes haines. Et dans mes amitiés, ajouta-t-il. Mes ennemis me servent autant que mes amis peut-ÃÂȘtre. J'ai fait une étude assez spéciale de l'idiome moderne et d'artifices naturels dont on se sert pour tout attaquer ou pour tout défendre. L'éloquence ministérielle est un perfectionnement social. Un de vos amis est-il sans esprit? vous parlez de sa probité, de sa franchise. L'ouvrage d'un autre est-il lourd? vous le présentez comme un travail consciencieux. Si le livre est mal écrit, vous en vantez les idées. Tel homme est sans foi, sans constance, vous échappe à tout moment? Bah! il est séduisant, prestigieux, il charme. S'agit-il de vos ennemis? vous leur jetez à la tÃÂȘte les morts et les vivants; vous renversez pour eux les termes de votre langage, et vous ÃÂȘtes aussi perspicace à découvrir leurs défauts que vous étiez habile à mettre en relief les vertus de vos amis. Cette application de la lorgnette à la vue morale est le secret de nos conversations et tout l'art du courtisan. N'en pas user, c'est vouloir combattre sans armes des gens bardés de fer comme des chevaliers bannerets. Et j'en use! j'en abuse mÃÂȘme quelquefois. Aussi me respecte-t-on moi et mes amis, car, d'ailleurs, mon épée vaut ma langue. " Un des plus fervents admirateurs de Foedora, jeune homme dont l'impertinence était célÚbre, et qui s'en faisait mÃÂȘme un moyen de parvenir, releva le gant si dédaigneusement jeté par Rastignac. Il se mit, en parlant de moi, à vanter outre mesure mes talents et ma personne. Rastignac avait oublié ce genre de médisance. Cet éloge sardonique trompa la comtesse qui m'immola sans pitié; pour amuser ses amis, elle abusa de mes secrets, de mes prétentions et de mes espérances. - " Il a de l'avenir, dit Rastignac. Peut-ÃÂȘtre sera-t-il un jour homme à prendre de cruelles revanches, ses talents égalent au moins son courage; aussi regardé-je comme bien hardis ceux qui s'attaquent à lui, car il a de la mémoire... - Et fait des mémoires, dit la comtesse, à qui parut déplaire le profond silence qui régna. - Des mémoires de fausse comtesse, madame, répliqua Rastignac. Pour les écrire, il faut avoir une autre sorte de courage. - Je lui crois beaucoup de courage, reprit-elle, il m'est fidÚle." Il me prit une vive tentation de me montrer soudain aux rieurs comme l'ombre de Banquo dans Macbeth . Je perdais une maÃtresse, mais j'avais un ami! Cependant l'amour me souffla tout à coup un de ces lùches et subtils paradoxes avec lesquels il sait endormir toutes nos douleurs. Si Foedora m'aime, pensé-je, ne doit-elle pas dissimuler son affection sous une plaisanterie malicieuse? Combien de fois le coeur n'a-t-il pas démenti les mensonges de la bouche? Enfin bientÎt mon impertinent rival resté seul avec la comtesse, voulut partir. - "Eh! quoi, déjà ? lui dit-elle avec un son de voix plein de cùlineries et qui me fit palpiter. Ne me donnerez-vous pas encore un moment! N'avez-vous donc plus rien à me dire, et ne me sacrifierez-vous point quelques-uns de vos plaisirs? " Il s'en alla. - " Ah! s'écria-t-elle en bùillant, ils sont tous bien ennuyeux! " Et tirant avec force un cordon, le bruit d'une sonnette retentit dans les appartements. La comtesse rentra dans sa chambre en fredonnant une phrase du Pria che spunti . Jamais personne ne l'avait entendue chanter, et ce mutisme donnait lieu à de bizarres interprétations. Elle avait, dit-on, promis à son premier amant, charmé de ses talents et jaloux d'elle par-delà le tombeau, de ne donner à personne un bonheur qu'il voulait avoir goûté seul. Je tendis les forces de mon ùme pour aspirer les sons. De note en note la voix s'éleva, Foedora sembla s'animer, les richesses de son gosier se déployÚrent, et cette mélodie prit alors quelque chose de divin. La comtesse avait dans l'organe une clarté vive, une justesse de ton, je ne sais quoi d'harmonique et de vibrant qui pénétrait, remuait et chatouillait le coeur. Les musiciennes sont presque toujours amoureuses. Celle qui chantait ainsi devait savoir bien aimer. La beauté de cette voix fut donc un mystÚre de plus dans une femme déjà si mystérieuse. Je la voyais alors comme je te vois, elle paraissait s'écouter elle-mÃÂȘme et ressentir une volupté qui lui fût particuliÚre; elle éprouvait comme une jouissance d'amour. Elle vint devant la cheminée en achevant le principal motif de ce rondo ; mais quand elle se tut, sa physionomie changea, ses traits se décomposÚrent et sa figure exprima la fatigue. Elle venait d'Îter un masque; actrice, son rÎle était fini. Cependant l'espÚce de flétrissure imprimée à sa beauté par son travail d'artiste, ou par la lassitude de la soirée, n'était pas sans charme. La voilà vraie, me dis-je. Elle mit comme pour se chauffer, un pied sur la barre de bronze qui surmontait le garde-cendre, Îta ses gants, détacha ses bracelets, et enleva par-dessus sa tÃÂȘte une chaÃne d'or au bout de laquelle était suspendue sa cassolette ornée de pierres précieuses. J'éprouvais un plaisir indicible à voir ses mouvements empreints de la gentillesse dont les chattes font preuve en se toilettant au soleil. Elle se regarda dans la glace, et dit tout haut d'un air de mauvaise humeur " Je n'étais pas jolie ce soir, mon teint se fane avec une effrayante rapidité. Je devrais peut-ÃÂȘtre me coucher plus tÎt, renoncer à cette vie dissipée. Mais Justine se moque-t-elle de moi?" Elle sonna de nouveau, la femme de chambre accourut. OÃÂč logeait-elle? je ne sais. Elle arriva par un escalier dérobé. J'étais curieux de l'examiner. Mon imagination de poÚte avait souvent incriminé cette invisible servante, grande fille brune, bien faite. - "Madame a sonné? - Deux fois, répondit Foedora. Vas-tu donc maintenant devenir sourde? J'étais à faire le lait d'amandes de Madame. " Justine s'agenouilla, défit les cothurnes des souliers, déchaussa sa maÃtresse, qui nonchalamment étendue sur un fauteuil à ressorts, au coin du feu, bùillait en se grattant la tÃÂȘte. Il n'y avait rien que de trÚs naturel dans tous ses mouvements, et nul symptÎme ne me révéla ni les souffrances secrÚtes, ni les passions que j'avais supposées. - " Georges est amoureux, dit-elle, je le renverrai. N'a-t-il pas encore défait les rideaux ce soir? à quoi pense-t-il? " A cette observation, tout mon sang reflua vers mon coeur, mais il ne fut plus question des rideaux. - " L'existence est bien vide, reprit la comtesse. Ah çà ! prends garde de m'égratigner comme hier. Tiens, vois-tu, dit-elle en lui montrant un petit genou satiné, je porte encore la marque de tes griffes." Elle mit ses pieds nus dans des pantoufles de velours fourrées de cygne, et détacha sa robe pendant que Justine prit un peigne pour lui arranger les cheveux. - " Il faut vous marier, Madame, avoir des enfants. - Des enfants! Il ne me manquerait plus que cela pour m'achever, s'écria-t-elle. Un mari! Quel est l'homme auquel je pourrais me... Etais-je bien coiffée ce soir? - Mais, pas trÚs bien. - Tu es une sotte. - Rien ne vous va plus mal que de trop crÃÂȘper vos cheveux, reprit Justine. Les grosses boucles bien lisses vous sont plus avantageuses. - Vraiment? - Mais oui, Madame, les cheveux crÃÂȘpés clair ne vont bien qu'aux blondes. - Me marier? non, non. Le mariage est un trafic pour lequel je ne suis pas née. " Quelle épouvantable scÚne pour un amant! Cette femme solitaire, sans parents, sans amis, athée en amour, ne croyant à aucun sentiment; et quelque faible que fût en elle ce besoin d'épanchement cordial, naturel à toute créature humaine, réduite pour le satisfaire à causer avec sa femme de chambre, à dire des phrases sÚches ou des riens! J'en eus pitié. Justine la délaça. Je la contemplai curieusement au moment oÃÂč le dernier voile s'enleva. Elle avait un corsage de vierge qui m'éblouit; à travers sa chemise et à la lueur des bougies, son corps blanc et rose étincela comme une statue d'argent qui brille sous son enveloppe de gaze. Non, nulle imperfection ne devait lui faire redouter les yeux furtifs de l'amour. Hélas! un beau corps triomphera toujours des résolutions les plus martiales. La maÃtresse s'assit devant le feu, muette et pensive, pendant que la femme de chambre allumait la bougie de la lampe d'albùtre suspendue devant le lit. Justine alla chercher une bassinoire, prépara le lit, aida sa maÃtresse à se coucher; puis, aprÚs un temps assez long employé par de minutieux services qui accusaient la profonde vénération de Foedora pour elle-mÃÂȘme, cette fille partit. La comtesse se retourna plusieurs fois, elle était agitée, elle soupirait; ses lÚvres laissaient échapper un léger bruit perceptible à l'ouïe et qui indiquait des mouvements d'impatience; elle avança la main vers la table, y prit une fiole, versa dans son lait avant de le boire quelques gouttes d'une liqueur brune; enfin, aprÚs quelques soupirs pénibles, elle s'écria - "Mon Dieu! " Cette exclamation, et surtout l'accent qu'elle y mit, me brisa le coeur. Insensiblement elle resta sans mouvement. J'eus peur, mais bientÎt j'entendis retentir la respiration égale et forte d'une personne endormie; j'écartai la soie criarde des rideaux, quittai ma position et vins me placer au pied de son lit, en la regardant avec un sentiment indéfinissable. Elle était ravissante ainsi. Elle avait la tÃÂȘte sous le bras comme un enfant; son tranquille et joli visage enveloppé de dentelles exprimait une suavité qui m'enflamma. Présumant trop de moi-mÃÂȘme, je n'avais pas compris mon supplice ÃÂȘtre si prÚs et si loin d'elle. Je fus obligé de subir toutes les tortures que je m'étais préparées. Mon Dieu ! ce lambeau d'une pensée inconnue, que je devais remporter pour toute lumiÚre, avait tout à coup changé mes idées sur Foedora. Ce mot insignifiant ou profond, sans substance ou plein de réalités, pouvait s'interpréter également par le bonheur ou par la souffrance, par une douleur de corps ou par des peines. Etait-ce imprécation ou priÚre, souvenir ou avenir, regret ou crainte? Il y avait toute une vie dans cette parole, vie d'indigence ou de richesse; il y tenait mÃÂȘme un crime! L'énigme cachée dans ce beau semblant de femme renaissait, Foedora pouvait ÃÂȘtre expliquée de tant de maniÚres qu'elle devenait inexplicable. Les fantaisies du souffle qui passait entre ses dents, tantÎt faible, tantÎt accentué, grave ou léger, formaient une sorte de langage auquel j'attachais des pensées et des sentiments. Je rÃÂȘvais avec elle, j'espérais m'initier à ses secrets en pénétrant dans son sommeil, je flottais entre mille partis contraires, entre mille jugements. A voir ce beau visage, calme et pur, il me fut impossible de refuser un coeur à cette femme. Je résolus de faire encore une tentative. En lui racontant ma vie, mon amour, mes sacrifices, peut-ÃÂȘtre pourrais-je réveiller en elle la pitié, lui arracher une larme, à celle qui ne pleurait jamais. J'avais placé toutes mes espérances dans cette derniÚre épreuve, quand le tapage de la rue m'annonça le jour. Il y eut un moment oÃÂč je me représentai Foedora se réveillant dans mes bras. Je pouvais me mettre tout doucement à ses cÎtés, m'y glisser, et l'étreindre. Cette idée me tyrannisa si cruellement, que, voulant y résister, je me sauvai dans le salon sans prendre aucune précaution pour éviter le bruit; mais j'arrivai heureusement à une porte dérobée qui donnait sur un petit escalier. Ainsi que je le présumai, la clef se trouvait à la serrure; je tirai la porte avec force, je descendis hardiment dans la cour, et sans regarder si j'étais vu, je sautai vers la rue en trois bonds. Deux jours aprÚs, un auteur devait lire une comédie chez la comtesse, j'y allai dans l'intention de rester le dernier pour lui présenter une requÃÂȘte assez singuliÚre; je voulais la prier de m'accorder la soirée du lendemain, et de me la consacrer tout entiÚre, en faisant fermer sa porte. Quand je me trouvai seul avec elle, le coeur me faillit. Chaque battement de la pendule m'épouvantait. Il était minuit moins un quart. - " Si je ne lui parle pas, me dis-je, il faut me briser le crùne sur l'angle de la cheminée. " je m'accordai trois minutes de délai, les trois minutes se passÚrent, je ne me brisai pas le crùne sur le marbre, mon coeur s'était alourdi comme une éponge dans l'eau. - " Vous ÃÂȘtes extrÃÂȘmement aimable, me dit-elle. - Ah! madame, répondis-je, si vous pouviez me comprendre! - Qu'avez-vous! reprit-elle, vous pùlissez. - J'hésite à réclamer de vous une grùce. Elle m'encouragea par un geste, et je lui demandai le rendez-vous. - Volontiers, dit-elle. Mais pourquoi ne me parleriez-vous pas en ce moment? - Pour ne pas vous tromper, je dois vous montrer l'étendue de votre engagement, je désire passer cette soirée prÚs de vous, comme si nous étions frÚre et soeur. Soyez sans crainte, je connais vos antipathies; vous avez pu m'apprécier assez pour ÃÂȘtre certaine que je ne veux rien de vous qui puisse vous déplaire; d'ailleurs, les audacieux ne procÚdent pas ainsi. Vous m'avez témoigné de l'amitié, vous ÃÂȘtes bonne, pleine d'indulgence. Eh! bien, sachez que je dois vous dire adieu demain. Ne vous rétractez pas!" m'écriai-je en la voyant prÚs de parler, et je disparus. En mai dernier, vers huit heures du soir, je me trouvai seul avec Foedora, dans son boudoir gothique. Je ne tremblai pas alors, j'étais sûr d'ÃÂȘtre heureux. Ma maÃtresse devait m'appartenir, ou je me réfugiais dans les bras de la mort. J'avais condamné mon lùche amour. Un homme est bien fort quand il s'avoue sa faiblesse. VÃÂȘtue d'une robe de cachemire bleu, la comtesse était étendue sur un divan, les pieds sur un coussin. Un béret oriental, coiffure que les peintres attribuent aux premiers Hébreux, avait ajouté je ne sais quel piquant attrait d'étrangeté à ses séductions. Sa figure était empreinte d'un charme fugitif, qui semblait prouver que nous sommes à chaque instant des ÃÂȘtres nouveaux, uniques, sans aucune similitude avec le nous de l'avenir et le nous du passé. Je ne l'avais jamais vue aussi éclatante. - " Savez-vous, dit-elle en riant, que vous avez piqué ma curiosité? - Je ne la tromperai pas, répondis-je froidement, en m'asseyant prÚs d'elle et lui prenant une main qu'elle m'abandonna. Vous avez une bien belle voix! - Vous ne m'avez jamais entendue, s'écria-t-elle en laissant échapper un mouvement de surprise. - Je vous prouverai le contraire quand cela sera nécessaire. Votre chant délicieux serait-il donc encore un mystÚre? Rassurez-vous, je ne veux pas le pénétrer. " Nous restùmes environ une heure à causer familiÚrement. Si je pris le ton, les maniÚres et les gestes d'un homme auquel Foedora ne devait rien refuser, j'eus aussi tout le respect d'un amant. En jouant ainsi, j'obtins la faveur de lui baiser la main; elle se déganta par un mouvement mignon, et j'étais alors si voluptueusement enfoncé dans l'illusion à laquelle j'essayais de croire, que mon ùme se fondit et s'épancha dans ce baiser. Foedora se laissa flatter, caresser avec un incroyable abandon. Mais ne m'accuse pas de niaiserie; si j'avais voulu faire un pas de plus au-delà de cette cùlinerie fraternelle, j'eusse senti les griffes de la chatte. Nous restùmes dix minutes environ, plongés dans un profond silence. Je l'admirais, lui prÃÂȘtant des charmes auxquels elle mentait. En ce moment, elle était à moi, à moi seul. Je possédais cette ravissante créature, comme il était permis de la posséder, intuitivement; je l'enveloppai dans mon désir, la tins, la serrai, mon imagination l'épousa. Je vainquis alors la comtesse par la puissance d'une fascination magnétique. Aussi ai-je toujours regretté de ne pas m'ÃÂȘtre entiÚrement soumis cette femme; mais, en ce moment, je n'en voulais pas à son corps, je souhaitais une ùme, une vie, ce bonheur idéal et complet, beau rÃÂȘve auquel nous ne croyons pas longtemps. - " Madame, lui dis-je enfin, sentant que la derniÚre heure de mon ivresse était arrivée, écoutez-moi. je vous aime, vous le savez, je vous l'ai dit mille fois, vous auriez dû m'entendre. Ne voulant devoir votre amour ni à des grùces de fat, ni à des flatteries ou à des importunités de niais, je n'ai pas été compris. Combien de maux n'ai-je pas soufferts pour vous, et dont cependant vous ÃÂȘtes innocente! Mais dans quelques moments vous me jugerez. Il y a deux misÚres, madame celle qui va par les rues effrontément en haillons, qui, sans le savoir, recommence DiogÚne, se nourrissant de peu, réduisant la vie au simple; heureuse plus que la richesse peut-ÃÂȘtre, insouciante du moins, elle prend le monde là oÃÂč les puissants n'en veulent plus. Puis la misÚre du luxe, une misÚre espagnole, qui cache la mendicité sous un titre; fiÚre, emplumée, cette misÚre en gilet blanc, en gants jaunes, a des carrosses, et perd une fortune faute d'un centime. L'une est la misÚre du peuple; l'autre, celle des escrocs, des rois et des gens de talent. Je ne suis ni peuple, ni roi, ni escroc; peut-ÃÂȘtre n'ai-je pas de talent je suis une exception. Mon nom m'ordonne de mourir plutÎt que de mendier. Rassurez-vous, madame, je suis riche aujourd'hui, je possÚde de la terre tout ce qu'il m'en faut, lui dis-je en voyant sa physionomie prendre la froide expression qui se peint dans nos traits quand nous sommes surpris par des quÃÂȘteuses de bonne compagnie. Vous souvenez-vous du jour ou vous avez voulu venir au Gymnase sans moi, croyant que je ne m'y trouverais point? " Elle fit un signe de tÃÂȘte affirmatif. "J'avais employé mon dernier écu pour aller vous y voir. Vous rappelez-vous la promenade que nous fÃmes au jardin des Plantes? Votre voiture me coûta toute ma fortune. " Je lui racontai mes sacrifices, je lui peignis ma vie, non pas comme je te la raconte aujourd'hui, dans l'ivresse du vin, mais dans la noble ivresse du coeur. Ma passion déborda par des mots flamboyants, par des traits de sentiment oubliés depuis, et que ni l'art, ni le souvenir ne sauraient reproduire. Ce ne fut pas la narration sans chaleur d'un amour détesté, mon amour dans sa force et dans la beauté de son espérance m'inspira ces paroles qui projettent toute une vie en répétant les cris d'une ùme déchirée. Mon accent fut celui des derniÚres priÚres faites par un mourant sur le champ de bataille. Elle pleura. je m'arrÃÂȘtai. Grand Dieu! ses larmes étaient le fruit de cette émotion factice achetée cent sous à la porte d'un théùtre, j'avais eu le succÚs d'un bon acteur. - " Si j'avais su, dit-elle. - N'achevez pas, m'écriai-je. Je vous aime encore assez en ce moment pour vous tuer... " Elle voulut saisir le cordon de la sonnette. J'éclatai de rire. " N'appelez pas, repris-je. Je vous laisserai paisiblement achever votre vie. Ce serait mal entendre la haine que de vous tuer! Ne craignez aucune violence; j'ai passé toute une nuit au pied de votre lit, sans... - Monsieur, dit-elle en rougissant; mais aprÚs ce premier mouvement donné à la pudeur que doit posséder toute femme, mÃÂȘme la plus insensible, elle me jeta un regard méprisant et me dit Vous avez dû avoir bien froid! - Croyez-vous, madame, que votre beauté me soit si précieuse? lui répondis-je en devinant les pensées qui l'agitaient. Votre figure est pour moi la promesse d'une ùme plus belle encore que vous n'ÃÂȘtes belle. Eh! madame, les hommes qui ne voient que la femme dans une femme peuvent acheter tous les soirs des odalisques dignes du sérail et se rendre heureux à bas prix! Mais j'étais ambitieux, je voulais vivre coeur à coeur avec vous, avec vous qui n'avez pas de coeur. Je le sais maintenant. Si vous deviez ÃÂȘtre à un homme, je l'assassinerais. Mais non, vous l'aimeriez, et sa mort vous ferait peut-ÃÂȘtre de la peine. Combien je souffre! m'écriai-je. - Si cette promesse peut vous consoler, dit-elle en riant, je puis vous assurer que je n'appartiendrai à personne. - Eh! bien, repris-je en l'interrompant, vous insultez à Dieu mÃÂȘme, et vous en serez punie! Un jour, couchée sur un divan, ne pouvant supporter ni le bruit ni la lumiÚre, condamnée à vivre dans une sorte de tombe, vous souffrirez des maux inouïs. Quand vous chercherez la cause de ces lentes et vengeresses douleurs, souvenez-vous alors des malheurs que vous avez si largement jetés sur votre passage! Ayant semé partout des imprécations, vous trouverez la haine au retour. Nous sommes les propres juges, les bourreaux d'une Justice qui rÚgne ici-bas, et marche au-dessus de celle des hommes, au-dessous de celle de Dieu. - Ah! dit-elle en riant, je suis sans doute bien criminelle de ne pas vous aimer? Est-ce ma faute? Non, je ne vous aime pas; vous ÃÂȘtes un homme, cela suffit. Je me trouve heureuse d'ÃÂȘtre seule, pourquoi changerais-je ma vie, égoïste si vous voulez, contre les caprices d'un maÃtre? Le mariage est un sacrement en vertu duquel nous ne nous communiquons que des chagrins. D'ailleurs, les enfants m'ennuient. Ne vous ai-je pas loyalement prévenu de mon caractÚre? Pourquoi ne vous ÃÂȘtes-vous pas contenté de mon amitié? je voudrais pouvoir consoler les peines que je vous ai causées en ne devinant pas le compte de vos petits écus, j'apprécie l'étendue de vos sacrifices; mais l'amour peut seul payer votre dévouement, vos délicatesses, et je vous aime si peu, que cette scÚne m'affecte désagréablement. - Je sens combien je suis ridicule, pardonnez-moi, lui dis-je avec douceur sans pouvoir retenir mes larmes. Je vous aime assez, repris-je, pour écouter avec délices les cruelles paroles que vous prononcez. Oh! je voudrais pouvoir signer mon amour de tout mon sang. - Tous les hommes nous disent plus ou moins bien ces phrases classiques reprit-elle en riant. Mais il paraÃt qu'il est trÚs difficile de mourir à nos pieds, car je rencontre de ces morts-là partout. Il est minuit, permettez-moi de me coucher. - Et dans deux heures vous vous écrierez Mon Dieu! lui dis-je. - Avant-hier! Oui dit-elle en riant, je pensais à mon agent de change, j'avais oublié de lui faire convertir mes rentes de cinq en trois , et dans la journée le trois avait baissé. " je la contemplais d'un oeil étincelant de rage. Ah! quelquefois un crime doit ÃÂȘtre tout un poÚme, je l'ai compris. Familiarisée sans doute avec les déclarations les plus passionnées, elle avait déjà oublié mes larmes et mes paroles. - "Epouseriez-vous un pair de France? lui demandai-je froidement. - Peut-ÃÂȘtre, s'il était duc. " je pris mon chapeau, je la saluai. - " Permettez-moi de vous accompagner jusqu'à la porte de mon appartement, dit-elle en mettant une ironie perçante dans son geste, dans la pose de sa tÃÂȘte et dans son accent. Madame. - Monsieur. - Je ne vous verrai plus. Je l'espÚre, répondit-elle en inclinant la tÃÂȘte avec une impertinente expression. - Vous voulez ÃÂȘtre duchesse? repris-je animé par une sorte de frénésie que son geste alluma dans mon coeur. Vous ÃÂȘtes folle de titres et d'honneurs? Eh! bien, laissez-vous seulement aimer par moi, dites à ma plume de ne parler, à ma voix de ne retentir que pour vous, soyez le principe secret de ma vie, soyez mon étoile! Puis ne m'acceptez pour époux que ministre, pair de France, duc. Je me ferai tout ce que vous voudrez que je sois! - Vous avez, dit-elle en souriant, assez bien employé votre temps chez l'avoué, vos plaidoyers ont de la chaleur. - Tu as le présent, m'écriai-je, et moi l'avenir. Je ne perds qu'une femme, et tu perds un nom, une famille. Le temps est gros de ma vengeance, il t'apportera la laideur et une mort solitaire, à moi la gloire! - Merci de la péroraison! " dit-elle en retenant un bùillement et témoignant par son attitude le désir de ne plus me voir. Ce mot m'imposa silence. Je lui jetai ma haine dans un regard et je m'enfuis. Il fallait oublier Foedora, me guérir de ma folie, reprendre ma studieuse solitude ou mourir. Je m'imposai donc des travaux exorbitants, je voulus achever mes ouvrages. Pendant quinze jours, je ne sortis pas de ma mansarde, et consumai toutes mes nuits en de pùles études. Malgré mon courage et les inspirations de mon désespoir, je travaillais difficilement, par saccades. La muse avait fui. Je ne pouvais chasser le fantÎme brillant et moqueur de Foedora. Chacune de mes pensées couvait une autre pensée maladive, je ne sais quel désir, terrible comme un remords. J'imitai les anachorÚtes de la Thébaïde. Sans prier comme eux, comme eux je vivais dans un désert, creusant mon ùme au lieu de creuser des rochers. Je me serais au besoin serré les reins avec une ceinture armée de pointes, pour dompter la douleur morale par la douleur physique. Un soir, Pauline pénétra dans ma chambre. - "Vous vous tuez, me dit-elle d'une voix suppliante; vous devriez sortir, allez voir vos amis. - Ah! Pauline! votre prédiction était vraie. Foedora me tue, je veux mourir. La vie m'est insupportable. - Il n'y a donc qu'une femme dans le monde? dit-elle en souriant. Pourquoi mettez-vous des peines infinies dans une vie si courte?" Je regardai Pauline avec stupeur. Elle me laissa seul. Je ne m'étais pas aperçu de sa retraite, j'avais entendu sa voix, sans comprendre le sens de ses paroles. BientÎt je fus obligé de porter le manuscrit de mes mémoires à mon entrepreneur de littérature. Préoccupé par ma passion, j'ignorais comment j'avais pu vivre sans argent, je savais seulement que les quatre cent cinquante francs qui m'étaient dus suffiraient à payer mes dettes; j'allai donc chercher mon salaire, et je rencontrai Rastignac, qui me trouva changé, maigri. - " De quel hÎpital sors-tu? me dit-il. - Cette femme me tue, répondis-je. Je ne puis ni la mépriser ni l'oublier. - Il vaut mieux la tuer, tu n'y songeras peut-ÃÂȘtre plus, s'écria-t-il en riant. - J'y ai bien pensé, répondis-je. Mais si parfois je rafraÃchis mon ùme par l'idée d'un crime, viol ou assassinat, et les deux ensemble, je me trouve incapable de le commettre en réalité. La comtesse est un admirable monstre qui demanderait grùce, et n'est pas Othello qui veut! - Elle est comme toutes les femmes que nous ne pouvons pas avoir, dit Rastignac en m'interrompant. - Je suis fou, m'écriai-je. Je sens la folie rugir par moments dans mon cerveau. Mes idées sont comme des fantÎmes, elles dansent devant moi sans que je puisse les saisir. Je préfÚre la mort à cette vie. Aussi cherché-je avec conscience le meilleur moyen de terminer cette lutte. Il ne s'agit plus de la Foedora vivante, de la Foedora du faubourg Saint-Honoré, mais de ma Foedora, de celle qui est là , dis-je en me frappant le front. Que penses-tu de l'opium? - Bah! des souffrances atroces, répondit Rastignac. - L'asphyxie? - Canaille! - La Seine? - Les filets et la Morgue sont bien sales. - Un coup de pistolet? - Et si tu te manques, tu restes défiguré. Ecoute, reprit-il, j'ai comme tous les jeunes gens médité sur les suicides. Qui de nous, à trente ans, ne s'est pas tué deux ou trois fois? je n'ai rien trouvé de mieux que d'user l'existence par le plaisir. Plonge-toi dans une dissolution profonde, ta passion ou toi, vous y périrez. L'intempérance, mon cher! est la reine de toutes les morts. Ne commande-t-elle pas à l'apoplexie foudroyante? L'apoplexie est un coup de pistolet qui ne nous manque point. Les orgies nous prodiguent tous les plaisirs physiques, n'est-ce pas l'opium en petite monnaie? En nous forçant de boire à outrance, la débauche porte de mortels défis au vin. Le tonneau de malvoisie du duc de Clarence n'a-t-il pas meilleur goût que les bourbes de la Seine? Quand nous tombons noblement sous la table, n'est-ce pas une petite asphyxie périodique! Si la patrouille nous ramasse, en restant étendus sur les lits froids des corps-de-garde, ne jouissons-nous pas des plaisirs de la Morgue, moins les ventres enflés, turgides, bleus, verts, plus l'intelligence de la crise? Ah! reprit-il ce long suicide n'est pas une mort d'épicier en faillite. Les négociants ont déshonoré la riviÚre, ils se jettent à l'eau pour attendrir leurs créanciers. A ta place, je tùcherais de mourir avec élégance. Si tu veux créer un nouveau genre de mort en te débattant ainsi contre la vie, je suis ton second. Je m'ennuie, je suis désappointé. L'Alsacienne qu'on m'a proposée pour femme a six doigts au pied gauche, je ne puis pas vivre avec une femme qui a six doigts! cela se saurait, je deviendrais ridicule. Elle n'a que dix-huit mille francs de rente, sa fortune diminue et ses doigts augmentent. Au diable! En menant une vie enragée, peut-ÃÂȘtre trouverons-nous le bonheur par hasard!" Rastignac m'entraÃna. Ce projet faisait briller de trop fortes séductions, il rallumait trop d'espérances, enfin il avait une couleur trop poétique pour ne pas plaire à un poÚte. - " Et de l'argent? lui dis-je. - N'as-tu pas quatre cent cinquante francs? - Oui, mais je dois à mon tailleur, à mon hÎtesse. - Tu payes ton tailleur? Tu ne seras jamais rien, pas mÃÂȘme ministre. - Mais que pouvons-nous avec vingt louis? - Aller au jeu. Je frissonnai. - Ah! reprit-il en s'apercevant de ma pruderie, tu veux te lancer dans ce que je nomme le SystÚme dissipationnel , et tu as peur d'un tapis vert! - Ecoute, lui répondis-je, j'ai promis à mon pÚre de ne jamais mettre le pied dans une maison de jeu. Non seulement cette promesse est sacrée, mais encore j'éprouve une horreur invincible en passant devant un tripot; prends mes cent écus, et vas-y seul. Pendant que tu risqueras notre fortune, j'irai mettre mes affaires en ordre et reviendrai t'attendre chez toi. " Voilà , mon cher, comment je me perdis. Il suffit à un jeune homme de rencontrer une femme qui ne l'aime pas, ou une femme qui l'aime trop, pour que toute sa vie soit dérangée. Le bonheur engloutit nos forces, comme le malheur éteint nos vertus. Revenu à mon hÎtel Saint-Quentin, je contemplai longtemps la mansarde oÃÂč j'avais mené la chaste vie d'un savant, une vie qui peut-ÃÂȘtre aurait été honorable, longue, et que je n'aurais pas dû quitter pour la vie passionnée qui m'entraÃnait dans un gouffre. Pauline me surprit dans une attitude mélancolique. - " Eh bien, qu'avez-vous? " dit-elle. Je me levai froidement et comptai l'argent que je devais à sa mÚre en y ajoutant le prix de mon loyer pour six mois. Elle m'examina avec une sorte de terreur. - " Je vous quitte, ma chÚre Pauline. - Je l'ai deviné, s'écria-t-elle. - Ecoutez, mon enfant, je ne renonce pas à revenir ici. Gardez-moi ma cellule pendant une demi-année. Si je ne suis pas de retour vers le 15 novembre, vous hériterez de moi. Ce manuscrit cacheté, dis-je en lui montrant un paquet de papiers, est la copie de mon grand ouvrage sur la Volonté , vous le déposerez à la BibliothÚque du roi. Quant à tout ce que je laisse ici, vous en ferez ce que vous voudrez. Elle me jetait des regards qui pesaient sur mon coeur. Pauline était là comme une conscience vivante. - Je n'aurai plus de leçons, dit-elle en me montrant le piano. Je ne répondis pas. - M'écrirez-vous? - Adieu, Pauline. " Je l'attirai doucement à moi, puis sur son front d'amour, vierge comme la neige qui n'a pas touché terre, je mis un baiser de frÚre, un baiser de vieillard. Elle se sauva. Je ne voulus pas voir madame Gaudin. Je mis ma clef à sa place habituelle et partis. En quittant la rue de Cluny, j'entendis derriÚre moi le pas léger d'une femme. - " Je vous avais brodé cette bourse, la refuserez-vous aussi? " me dit Pauline. Je crus apercevoir à la lueur du réverbÚre une larme dans les yeux de Pauline, et je soupirai. Poussés tous deux par la mÃÂȘme pensée peut-ÃÂȘtre, nous nous séparùmes avec l'empressement de gens qui auraient voulu fuir la peste. La vie de dissipation à laquelle je me vouais apparut devant moi bizarrement exprimée par la chambre oÃÂč j'attendais avec une noble insouciance le retour de Rastignac. Au milieu de la cheminée, s'élevait une pendule surmontée d'une Vénus accroupie sur sa tortue, et qui tenait entre ses bras un cigare à demi consumé. Des meubles élégants, présents de l'amour, étaient épars. De vieilles chaussettes traÃnaient sur un voluptueux divan. Le confortable fauteuil à ressorts dans lequel j'étais plongé portait des cicatrices comme un vieux soldat, il offrait aux regards ses bras déchirés, et montrait incrustées sur son dossier la pommade et l'huile antique apportées par toutes les tÃÂȘtes d'amis. L'opulence et la misÚre s'accouplaient naïvement dans le lit, sur les murs, partout. Vous eussiez dit les palais de Naples bordés de Lazzaroni. C'était une chambre de joueur ou de mauvais sujet dont le luxe est tout personnel, qui vit de sensations, et des incohérences ne se soucie guÚre. Ce tableau ne manquait pas d'ailleurs de poésie. La vie s'y dressait avec ses paillettes et ses haillons, soudaine, incomplÚte comme elle est réellement, mais vive, mais fantasque comme dans une halte oÃÂč le maraudeur a pillé tout ce qui fait sa joie. Un Byron auquel manquaient des pages avait allumé la falourde du jeune homme qui risque au jeu mille francs et n'a pas une bûche, qui court en tilbury sans posséder une chemise saine et valide. Le lendemain, une comtesse, une actrice ou l'écarté lui donnent un trousseau de roi. Ici la bougie était fichée dans le fourreau vert d'un briquet phosphorique; là gisait un portrait de femme dépouillé de sa monture d'or ciselé. Comment un jeune homme naturellement avide d'émotions renoncerait-il aux attraits d'une vie aussi riche d'oppositions et qui lui donne les plaisirs de la guerre en temps de paix? J'étais presque assoupi quand, d'un coup de pied, Rastignac enfonça la porte de sa chambre, et s'écria " Victoire! nous pourrons mourir à notre aise! " Il me montra son chapeau plein d'or, le mit sur la table, et nous dansùmes autour comme deux Cannibales ayant une proie à manger, hurlant, trépignant, sautant, nous donnant des coups de poing à tuer un rhinocéros, et chantant à l'aspect de tous les plaisirs du monde contenus pour nous dans ce chapeau. - " Vingt-sept mille francs, répétait Rastignac en ajoutant quelques billets de banque au tas d'or. A d'autres cet argent suffirait pour vivre, mais nous suffira-t-il pour mourir? Oh! oui, nous expirerons dans un bain d'or. Houra! " Et nous cabriolùmes derechef. Nous partageùmes en héritiers, piÚce à piÚce, commençant par les doubles napoléons, allant des grosses piÚces aux petites, et distillant notre joie en disant longtemps. A toi. A moi. - " Nous ne dormirons pas, s'écria Rastignac. Joseph, du punch! " Il jeta de l'or à son fidÚle domestique " Voilà ta part, dit-il, enterre-toi si tu peux. " Le lendemain, j'achetai des meubles chez Lesage, je louai l'appartement oÃÂč tu m'as connu, rue Taitbout, et chargeai le meilleur tapissier de le décorer. J'eus des chevaux. Je me lançai dans un tourbillon de plaisirs creux et réels tout à la fois. Je jouais, gagnais et perdais tour à tour d'énormes sommes, mais au bal, chez nos amis; jamais dans les maisons de jeu pour lesquelles je conservai ma sainte et primitive horreur. Insensiblement je me fis des amis. Je dus leur attachement à des querelles ou à cette facilité confiante avec laquelle nous nous livrons nos secrets en nous avilissant de compagnie; mais peut-ÃÂȘtre aussi, ne nous accrochons-nous bien que par nos vices? Je hasardai quelques compositions littéraires qui me valurent des compliments. Les grands hommes de la littérature marchande, ne voyant point en moi de rival à craindre, me vantÚrent, moins sans doute pour mon mérite personnel que pour chagriner celui de leurs camarades. Je devins un viveur , pour me servir de l'expression pittoresque consacrée par votre langage d'orgie. Je mettais de l'amour-propre à me tuer promptement, à écraser les plus gais compagnons par ma verve et par ma puissance. J'étais toujours frais, élégant. Je moi cette passais pour spirituel. Rien ne trahissait en épouvantable existence qui fait d'un homme un entonnoir, un appareil à chyle, un cheval de luxe. BientÎt la Débauche m'apparut dans toute la majesté de son horreur, et je la compris! Certes les hommes sages et rangés qui étiquettent des bouteilles pour leurs héritiers ne peuvent guÚre concevoir ni la théorie de cette large vie, ni son état normal; en inculquerez-vous la poésie aux gens de province pour qui l'opium et le thé, si prodigues de délices, ne sont encore que deux médicaments? A Paris mÃÂȘme, dans cette capitale de la pensée, ne se rencontre-t-il pas des sybarites incomplets? Inhabiles à supporter l'excÚs du plaisir, ne s'en vont-ils pas fatigués aprÚs une orgie, comme le sont ces bons bourgeois qui, aprÚs avoir entendu quelque nouvel opéra de Rossini, condamnent la musique? Ne renoncent-ils pas à cette vie, comme un homme sobre ne veut plus manger de pùtés de Ruffec, parce que le premier lui a donné une indigestion? La débauche est certainement un art comme la poésie, et veut des ùmes fortes. Pour en saisir les mystÚres, pour en savourer les beautés, un homme doit en quelque sorte s'adonner à de consciencieuses études. Comme toutes les sciences, elle est d'abord repoussante, épineuse. D'immenses obstacles environnent les grands plaisirs de l'homme, non ses jouissances de détail, mais les systÚmes qui érigent en habitude ses sensations les plus rares, les résument, les lui fertilisent en lui créant une vie dramatique dans sa vie, en nécessitant une exorbitante, une prompte dissipation de ses forces. La Guerre, le Pouvoir, les Arts sont des corruptions mises aussi loin de la portée humaine, aussi profondes que l'est la Débauche, et toutes sont de difficile accÚs. Mais quand une fois l'homme est monté à l'assaut de ces grands mystÚres, ne marche-t-il pas dans un monde nouveau. Les généraux, les ministres, les artistes sont tous plus ou moins portés vers la dissolution par le besoin d'opposer de violentes distractions à leur existence si fort en dehors de la vie commune. AprÚs tout, la guerre est la débauche du sang, comme la politique est celle des intérÃÂȘts. Tous les excÚs sont frÚres. Ces monstruosités sociales possÚdent la puissance des abÃmes, elles nous attirent comme Sainte-HélÚne appelait Napoléon; elles donnent des vertiges, elles fascinent, et nous voulons en voir le fond sans savoir pourquoi. La pensée de l'infini existe peut-ÃÂȘtre dans ces précipices, peut-ÃÂȘtre renferment-ils quelque grande flatterie pour l'homme; n'intéresse-t-il pas alors tout à lui-mÃÂȘme? Pour contraster avec le paradis de ses heures studieuses, avec les délices de la conception, l'artiste fatigué demande, soit comme Dieu le repos du dimanche, soit comme le diable les voluptés de l'enfer, afin d'opposer le travail des sens au travail de ses facultés. Le délassement de lord Byron ne pouvait pas ÃÂȘtre le boston babillard qui charme un rentier; poÚte, il voulait la GrÚce à jouer contre Mahmoud. En guerre, l'homme ne devient-il pas un ange exterminateur, une espÚce de bourreau, mais gigantesque. Ne faut-il pas des enchantements bien extraordinaires pour nous faire accepter ces atroces douleurs, ennemies de; notre frÃÂȘle enveloppe, qui entourent les passions comme d'une enceinte épineuse? S'il se roule convulsivement et souffre une sorte d'agonie aprÚs avoir abusé du tabac, le fumeur n'a-t-il pas assisté je ne sais en quelles régions à de délicieuses fÃÂȘtes? Sans se donner le temps d'essuyer ses pieds qui trempent dans le sang jusqu'à la cheville, l'Europe n'a-t-elle pas sans cesse recommencé la guerre? L'homme en masse a-t-il donc aussi son ivresse, comme la nature a ses accÚs d'amour! Pour l'homme privé, pour le Mirabeau qui végÚte sous un rÚgne paisible et rÃÂȘve des tempÃÂȘtes, la débauche comprend tout; elle est une perpétuelle étreinte de toute la vie, ou mieux, un duel avec une puissance inconnue, avec un monstre d'abord le monstre épouvante, il faut l'attaquer par les cornes, c'est des fatigues inouïes; la nature vous a donné je ne sais quel estomac étroit ou paresseux? vous le domptez, vous l'élargissez, vous apprenez à porter le vin, vous apprivoisez l'ivresse, vous passez les nuits sans sommeil, vous vous faites enfin un tempérament de colonel de cuirassiers, en vous créant vous-mÃÂȘme une seconde fois, comme pour fronder Dieu! Quand l'homme s'est ainsi métamorphosé, quand, vieux soldat, le néophyte a façonné son ùme à l'artillerie, ses jambes à la marche, sans encore appartenir au monstre, mais sans savoir entre eux quel est le maÃtre, ils se roulent l'un sur l'autre, tantÎt vainqueurs, tantÎt vaincus, dans une sphÚre oÃÂč tout est merveilleux, oÃÂč s'endorment les douleurs de l'ùme, oÃÂč revivent seulement des fantÎmes d'idées. Déjà cette lutte atroce est devenue nécessaire. Réalisant ces fabuleux personnages qui, selon les légendes, ont vendu leur ùme au diable pour en obtenir la puissance de mal faire, le dissipateur a troqué sa mort contre toutes les jouissances de la vie, mais abondantes, mais fécondes! Au lieu de couler longtemps entre deux rives monotones, au fond d'un Comptoir ou d'une Etude, l'existence bouillonne et fuit comme un torrent. Enfin la débauche est sans doute au corps ce que sont à l'ùme les plaisirs mystiques. L'ivresse vous plonge en des rÃÂȘves dont les fantasmagories sont aussi curieuses que peuvent l'ÃÂȘtre celles de l'extase. Vous avez des heures ravissantes comme les caprices d'une jeune fille, des causeries délicieuses avec des amis, des mots qui peignent toute une vie, des joies franches et sans arriÚre-pensée, des voyages sans fatigue, des poÚmes déroulés en quelques phrases. La brutale satisfaction de la bÃÂȘte au fond de laquelle la science a été chercher une ùme, est suivie de torpeurs enchanteresses aprÚs lesquelles soupirent les hommes ennuyés de leur intelligence. Ne sentent-ils pas tous la nécessité d'un repos complet, et la débauche n'est-elle pas une sorte d'impÎt que le génie paie au mal? Vois tous les grands hommes s'ils ne sont pas voluptueux, la nature les crée chétifs. Moqueuse ou jalouse, une puissance leur vicie l'ùme ou le corps pour neutraliser les efforts de leurs talents. Pendant ces heures avinées, les hommes et les choses comparaissent devant vous, vÃÂȘtus de vos livrées. Roi de la création, vous la transformez à vos souhaits. A travers ce délire perpétuel, le jeu vous verse, à votre gré, son plomb fondu dans les veines. Un jour, vous appartenez au monstre, vous avez alors, comme je l'eus, un réveil enragé l'impuissance est assise à votre chevet. Vieux guerrier, une phtisie vous dévore; diplomate, un anévrisme suspend dans votre coeur la mort à un fil; moi, peut-ÃÂȘtre une pulmonie va me dire " Partons! " comme elle a dit jadis à RaphaÃl d'Urbin, tué par un excÚs d'amour. Voilà comment j'ai vécu! J'arrivais ou trop tÎt ou trop tard dans la vie du monde; sans doute ma force y eût été dangereuse si je ne l'avais amortie ainsi; l'univers n'a-t-il pas été guéri d'Alexandre par la coupe d'Hercule, à la fin d'une orgie! Enfin à certaines destinées trompées, il faut le ciel ou l'enfer, la débauche ou l'hospice du mont Saint-Bernard. Tout à l'heure je n'avais pas le courage de moraliser ces deux créatures, dit-il en montrant Euphrasie et Aquilina. N'étaient-elles pas mon histoire personnifiée, une image de ma vie! je ne pouvais guÚre les accuser, elles m'apparaissaient comme des juges. Au milieu de ce poÚme vivant, au sein de cette étourdissante maladie, j'eus cependant deux crises bien fertiles en ùcres douleurs. D'abord quelques jours aprÚs m'ÃÂȘtre jeté comme Sardanapale dans mon bûcher, je rencontrai Foedora sous le péristyle des Bouffons. Nous attendions nos voitures. - " Ah! je vous retrouve encore en vie. " Ce mot était la traduction de son sourire, des malicieuses et sourdes paroles qu'elle dit à son sigisbée en lui racontant sans doute mon histoire, et jugeant mon amour comme un amour vulgaire. Elle applaudissait à sa fausse perspicacité. Oh! mourir pour elle, l'adorer encore, la voir dans mes excÚs, dans mes ivresses, dans le lit des courtisanes, et me sentir victime de sa plaisanterie! Ne pouvoir déchirer ma poitrine et y fouiller mon amour pour le jeter à ses pieds. Enfin, j'épuisai facilement mon trésor; mais trois années de régime m'avaient constitué la plus robuste de toutes les santés, et, le jour oÃÂč je me trouvai sans argent, je me portais à merveille. Pour continuer de mourir, je signai des lettres de change à courte échéance, et le jour du payement arriva. Cruelles émotions! et comme elles font vivre de jeunes coeurs! je n'étais pas fait pour vieillir encore; mon ùme était toujours jeune, vivace et verte. Ma premiÚre dette ranima toutes mes vertus qui vinrent à pas lents et m'apparurent désolées. Je sus transiger avec elles comme avec ces vieilles tantes qui commencent par nous gronder et finissent en nous donnant des larmes et de l'argent. Plus sévÚre, mon imagination me montrait mon nom voyageant, de ville en ville, dans les places de l'Europe. Notre nom, c'est nous-mÃÂȘmes , a dit EusÚbe Salverte. AprÚs des courses vagabondes, j'allais, comme le double d'un Allemand, revenir à mon logis d'oÃÂč je n'étais pas sorti, pour me réveiller moi-mÃÂȘme en sursaut. Ces hommes de la banque, ces remords commerciaux, vÃÂȘtus de gris, portant la livrée de leur maÃtre, une plaque d'argent, jadis je les voyais avec indifférence quand ils allaient par les rues de Paris; mais, aujourd'hui, je les haïssais par avance. Un matin l'un d'eux ne viendrait-il pas me demander raison des onze lettres de change que j'avais griffonnées? Ma signature valait trois mille francs, je ne les valais pas moi-mÃÂȘme! Les huissiers, aux faces insouciantes à tous les désespoirs, mÃÂȘme à la mort, se levaient devant moi, comme les bourreaux qui disent à un condamné - " Voici trois heures et demie qui sonnent. " Leurs clercs avaient le droit de s'emparer de moi, de griffonner mon nom, de le salir, de s'en moquer. JE DEVAIS! Devoir, est-ce donc s'appartenir? D'autres hommes ne pouvaient-ils pas me demander compte de ma vie? pourquoi j'avais mangé des puddings à la chipolata , pourquoi je buvais à la glace? pourquoi je dormais, marchais, pensais, m'amusais sans les payer? Au milieu d'une poésie, au sein d'une idée, ou à déjeuner, entouré d'amis, de joie, de douces railleries, je pouvais voir entrer un monsieur en habit marron, tenant à la main un chapeau rùpé. Ce monsieur sera ma dette, ce sera ma lettre de change, un spectre qui flétrira ma joie, me forcera de quitter la table pour lui parler; il m'enlÚvera ma gaieté, ma maÃtresse, tout jusqu'à mon lit. Le remords est plus tolérable, il ne nous met ni dans la rue ni à Sainte-Pélagie, il ne nous plonge pas dans cette exécrable sentine du vice, il ne nous jette qu'à l'échafaud oÃÂč le bourreau anoblit au moment de notre supplice, tout le monde croit à notre innocence; tandis que la société ne laisse pas une vertu au débauché sans argent. Puis ces dettes à deux pattes, habillées de drap vert, portant des lunettes bleues ou des parapluies multicolores; ces dettes incarnées avec lesquelles nous nous trouvons face à face au coin d'une rue, au moment oÃÂč nous sourions, ces gens allaient avoir l'horrible privilÚge de dire - " Monsieur de Valentin me doit et ne me paie pas. Je le tiens. Ah! qu'il n'ait pas l'air de me faire mauvaise mine! " Il faut saluer nos créanciers, les saluer avec grùce. " Quand me paierez-vous? " disent-ils. Et nous sommes dans l'obligation de mentir, d'implorer un autre homme pour de l'argent, de nous courber devant un sot assis sur sa caisse, de recevoir son froid regard, son regard de sangsue plus odieux qu'un soufflet, de subir sa morale de BarÚme et sa crasse ignorance. Une dette est une oeuvre d'imagination qu'ils ne comprennent pas. Des élans de l'ùme entraÃnent, subjuguent souvent un emprunteur, tandis que rien de grand ne subjugue, rien de généreux ne guide ceux qui vivent dans l'argent et ne connaissent que l'argent. J'avais horreur de l'argent. Enfin la lettre de change peut se métamorphoser en vieillard chargé de famille, flanqué de vertus. Je devrais peut-ÃÂȘtre à un vivant tableau de Greuze, à un paralytique environné d'enfants, à la veuve d'un soldat, qui tous me tendront des mains suppliantes. Terribles créanciers avec lesquels il faut pleurer, et quand nous les avons payés, nous leur devons encore des secours. La veille de l'échéance, je m'étais couché dans ce calme faux des gens qui dorment avant leur exécution, avant un duel, ils se laissent toujours bercer par une menteuse espérance. Mais en me réveillant, quand je fus de sang-froid, quand je sentis mon ùme emprisonnée dans le portefeuille d'un banquier, couchée sur des états, écrite à l'encre rouge, mes dettes jaillirent partout comme des sauterelles; elles étaient dans ma pendule, sur mes fauteuils, ou incrustées dans les meubles desquels je me servais avec le plus de plaisir. Devenus la proie des harpies du Chùtelet, ces doux esclaves matériels allaient donc ÃÂȘtre enlevés par des recors, et brutalement jetés sur la place. Ah! ma dépouille était encore moi-mÃÂȘme. La sonnette de mon appartement retentissait dans mon coeur, elle me frappait oÃÂč l'on doit frapper les rois, à la tÃÂȘte. C'était un martyre, sans le ciel pour récompense. Oui, pour un homme généreux, une dette est l'enfer, mais l'enfer avec des huissiers et des agents d'affaires. Une dette impayée est la bassesse, un commencement de friponnerie, et pis que tout cela, un mensonge! elle ébauche des crimes, elle assemble les madriers de l'échafaud. Mes lettres de change furent protestées. Trois jours aprÚs je les payai; voici comment. Un spéculateur vint me proposer de lui vendre l'Ãle que je possédais dans la Loire et oÃÂč était le tombeau de ma mÚre. J'acceptai. En signant le contrat chez le notaire de mon acquéreur, je sentis au fond de l'étude obscure une fraÃcheur semblable à celle d'une cave. Je frissonnai en reconnaissant le mÃÂȘme froid humide qui m'avait saisi sur le bord de la fosse oÃÂč gisait mon pÚre. J'accueillis ce hasard comme un funeste présage. Il me semblait entendre la voix de ma mÚre et voir son ombre; je ne sais quelle puissance faisait retentir vaguement mon propre nom dans mon oreille, au milieu d'un bruit de cloches! Le prix de mon Ãle me laissa toutes dettes payées, deux mille francs. Certes, j'eusse pu revenir à la paisible existence du savant, retourner à ma mansarde aprÚs avoir expérimenté la vie, y revenir la tÃÂȘte pleine d'observations immenses et jouissant déjà d'une espÚce de réputation. Mais Foedora n'avait pas lùché sa proie. Nous nous étions souvent trouvés en présence. Je lui faisais corner mon nom aux oreilles par ses amants étonnés de mon esprit, de mes chevaux, de mes succÚs, de mes équipages. Elle restait froide et insensible à tout, mÃÂȘme à cette horrible phrase Il se tue pour vous! dite par Rastignac. Je chargeais le monde entier de ma vengeance, mais je n'étais pas heureux! En creusant ainsi la vie jusqu'à la fange, j'avais toujours senti davantage les délices d'un amour partagé, j'en poursuivais le fantÎme à travers les hasards de mes dissipations, au sein des orgies. Pour mon malheur, j'étais trompé dans mes belles croyances, j'étais puni de mes bienfaits par l'ingratitude, récompensé de mes fautes par mille plaisirs. Sinistre philosophie, mais vraie pour débauché! Enfin Foedora m'avait communiqué la lÚpre de sa vanité. Le démon m'avait imprimé son ergot au front. Il m'était désormais impossible de me passer des tressaillements continuels d'une vie à tout moment risquée, et des exécrables raffinements de la richesse. Riche à millions, j'aurais toujours joué, mangé, couru. Je ne voulais plus rester seul avec moi-mÃÂȘme. J'avais besoin de courtisanes, de faux amis de vin, de bonne chÚre pour m'étoudir. Les liens qui attachent un homme à la famille étaient brisés en moi pour toujours. Galérien du plaisir, je devais accomplir ma destinée de suicide. Pendant les derniers jours de ma fortune, je fis chaque soir des excÚs incroyables; mais, chaque matin, la mort me rejetait dans la vie. Semblable à un rentier viager, j'aurais pu passer tranquillement dans un incendie. Enfin je me trouvai seul avec une piÚce de vingt francs, je me souvins alors du bonheur de Rastignac... - Hé! Hé! s'écria-t-il en pensant tout à coup à son talisman qu'il tira de sa poche. Soit que, fatigué des luttes de cette longue journée, il n'eût plus la force de gouverner son intelligence dans les flots de vin et de punch; soit qu'exaspéré par l'image de sa vie, il se fût insensiblement enivré par le torrent de ses paroles, RaphaÃl s'anima, s'exalta comme un homme complÚtement privé de raison. - Au diable la mort! s'écria-t-il en brandissant la Peau. Je veux vivre maintenant! je suis riche, j'ai toutes les vertus. Rien ne me résistera. Qui ne serait pas bon quand il peut tout? Hé! hé! Ohé! J'ai souhaité deux cent mille livres de rente, je les aurai. Saluez-moi, pourceaux qui vous vautrez sur ces tapis comme sur du fumier! Vous m'appartenez, fameuse propriété! je suis riche, je peux vous acheter tous, mÃÂȘme le député qui ronfle là . Allons, canaille de la haute société, bénissez-moi! je suis pape. En ce moment les exclamations de RaphaÃl, jusque-là couvertes par la basse continue des ronflements, furent entendues soudain. La plupart des dormeurs se réveillÚrent en criant, ils virent l'interrupteur mal assuré sur ses jambes, et maudirent sa bruyante ivresse par un concert de jurements. Taisez-vous! reprit RaphaÃl. Chiens, à vos niches! Emile, j'ai des trésors, je te donnerai des cigares de la Havane. - Je t'entends, répondit le poÚte, Foedora ou la mort Va ton train! Cette sucrée de Foedora t'a trompé. Toutes les femmes sont filles d'Eve. Ton histoire n'est pas du tout dramatique. - Ah! tu dormais, sournois? - Non! Foedora ou la mort, j'y suis. - Réveille-toi, s'écria RaphaÃl en frappant Emile avec la Peau de chagrin comme s'il voulait en tirer du fluide électrique. - Tonnerre! dit Emile en se levant et en saisissant RaphaÃl à bras-le-corps, mon ami, songe donc que tu es avec des femmes de mauvaise vie. - Je suis millionnaire. - Si tu n'es pas millionnaire, tu es bien certainement ivre. - Ivre du pouvoir. Je peux te tuer! Silence, je suis Néron! je suis Nabuchodonosor! - Mais, RaphaÃl, nous sommes en méchante compagnie, tu devrais rester silencieux, par dignité. - Ma vie a été un trop long silence. Maintenant, je vais me venger du monde entier. Je ne m'amuserai pas à dissiper de vils écus, j'imiterai, je résumerai mon époque en consommant des vies humaines, et des intelligences, des ùmes. Voilà un luxe qui n'est pas mesquin, n'est-ce pas l'opulence de la peste! je lutterai avec la fiÚvre jaune, bleue, verte, avec les armées, avec les échafauds. Je puis avoir Foedora. Mais non, je ne veux pas de Foedora, c'est ma maladie, je meurs de Foedora! Je veux oublier Foedora. - Si tu continues à crier, je t'emporte dans la salle à manger. - Vois-tu cette Peau? c'est le testament de Salomon. Il est à moi, Salomon, ce petit cuistre de roi! J'ai l'Arabie, Pétrée encore. L'univers à moi. Tu es à moi, si je veux. Ah! si je veux, prends garde! je peux acheter toute ta boutique de journaliste, tu seras mon valet. Tu me feras des couplets, tu régleras mon papier. Valet! valet , cela veut dire il se porte bien, parce qu'il ne pense à rien. A ce mot, Emile emporta RaphaÃl dans la salle à manger. - Eh! bien, oui, mon ami, lui dit-il, je suis ton valet. Mais tu vas ÃÂȘtre rédacteur en chef d'un journal, tais-toi! sois décent, par considération pour moi! M'aimes-tu? - Si je t'aime! Tu auras des cigares de la Havane, avec cette Peau. Toujours la Peau, mon ami, la Peau souveraine! Excellent topique, je peux guérir les cors. As-tu des cors? je te les Îte. - Jamais je ne l'ai vu si stupide. - Stupide, mon ami? Non. Cette Peau se rétrécit quand j'ai un désir... c'est une antiphrase. Le brachmane, il se trouve un brachmane là -dessous! le brachmane donc était un goguenard, parce que les désirs, vois-tu, doivent étendre... - Eh! bien, oui. - Je te dis... - Oui, cela est trÚs vrai, je pense comme toi. Le désir étend... - Je te dis, la Peau... - Oui. - Tu ne me crois pas. Je te connais, mon ami, tu es menteur comme un nouveau roi. - Comment veux-tu que j'adopte les divagations de ton ivresse? - Je te parie, je peux te le prouver. Prenons la mesure. - Allons, il ne s'endormira pas, s'écria Emile en voyant RaphaÃl occupé à fureter dans la salle à manger. Valentin animé d'une adresse de singe, grùce à cette singuliÚre lucidité dont les phénomÚnes contrastent parfois chez les ivrognes avec les obtuses visions de l'ivresse, sut trouver une écritoire et une serviette, en répétant toujours - Prenons la mesure! Prenons la mesure! - Eh! bien, oui, reprit Emile, prenons la mesure! Les deux amis étendirent la serviette et y superposÚrent la Peau de chagrin. Emile, dont la main semblait ÃÂȘtre plus assurée que celle de RaphaÃl, décrivit à la plume, par une ligne d'encre, les contours du talisman, pendant que son ami lui disait - J'ai souhaité deux cent mille livres de rente, n'est-il pas vrai? Eh! bien, quand je les aurai, tu verras la diminution de tout mon chagrin. - Oui, maintenant dors. Veux-tu que je t'arrange sur ce canapé? Allons, es-tu bien? - Oui, mon nourrisson de la Presse. Tu m'amuseras, tu chasseras mes mouches. L'ami du malheur a droit d'ÃÂȘtre l'ami du pouvoir. Aussi, te donnerai-je des ci... ga... res... de la Hav... - Allons, cuve ton or, millionnaire. - Toi, cuve tes articles. Bonsoir. Dis donc bonsoir à Nabuchodonosor? Amour! A boire! France... gloire et riche... Riche... BientÎt les deux amis unirent leurs ronflements à la musique qui retentissait dans les salons. Concert inutile! Les bougies s'éteignirent une à une en faisant éclater leurs bobÚches de cristal. La nuit enveloppa d'un crÃÂȘpe cette longue orgie dans laquelle le récit de RaphaÃl avait été comme une orgie de paroles, de mots sans idées, et d'idées auxquelles les expressions avaient souvent manqué. Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bùillant, fatiguée, et les joues marbrées par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tÃÂȘte avait reposé. Euphrasie, réveillée par le mouvement de sa compagne, se dressa tout à coup en jetant un cri rauque; sa jolie figure si blanche, si fraÃche la veille, était jaune et pùle comme celle d'une fille allant à l'hÎpital. Insensiblement les convives se remuÚrent en poussant des gémissements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablÚrent à leur réveil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenÃÂȘtres des salons. L'assemblée se trouva sur pied, rappelée à la vie par les chauds rayons du soleil qui pétilla sur les tÃÂȘtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisé l'élégant édifice de leurs coiffures et fané leurs toilettes, les femmes frappées par l'éclat du jour présentÚrent un hideux spectacle leurs cheveux pendaient sans grùce, leurs physionomies avaient changé d'expression, leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'éclat aux lumiÚres faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles, quand elles sont reposées, étaient devenues vertes; les bouches naguÚre délicieuses et rouges, maintenant sÚches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maÃtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue aprÚs le passage des processions. Ces hommes dédaigneux étaient plus horribles encore. Vous eussiez frémi de voir ces faces humaines, aux yeux caves et cernés qui semblaient ne rien voir, engourdies par le vin, hébétées par un sommeil gÃÂȘné, plus fatigant que réparateur. Ces visages hùves oÃÂč paraissaient à nu les appétits physiques sans la poésie dont les décore notre ùme, avaient je ne sais quoi de féroce et de froidement bestial. Ce réveil du vice sans vÃÂȘtement ni fard, ce squelette du mal déguenillé, froid, vide et privé des sophismes de l'esprit ou des enchantements du luxe, épouvanta ces intrépides athlÚtes, quelque habitués qu'ils fussent à lutter avec la débauche. Artistes et courtisanes gardÚrent le silence en examinant d'un oeil hagard le désordre de l'appartement oÃÂč tout avait été dévasté, ravagé par le feu des passions. Un rire satanique s'éleva tout à coup lorsque Taillefer, entendant le rùle sourd de ses hÎtes, essaya de les saluer par une grimace; son visage en sueur et sanguinolent fit planer sur cette scÚne infernale l'image du crime sans remords. Voir l'Auberge rouge . Le tableau fut complet. C'était la vie fangeuse au sein du luxe, un horrible mélange des pompes et des misÚres humaines, le réveil de la débauche, quand de ses mains fortes elle a pressé tous les fruits de la vie, pour ne laisser autour d'elle que d'ignobles débris ou des mensonges auxquels elle ne croit plus. Vous eussiez dit la Mort souriant au milieu d'une famille pestiférée plus de parfums ni de lumiÚres étourdissantes, plus de gaieté ni de désirs; mais le dégoût avec ses odeurs nauséabondes et sa poignante philosophie, mais le soleil éclatant comme la vérité, mais un air pur comme la vertu, qui contrastaient avec une atmosphÚre chaude, chargée de miasmes, les miasmes d'une orgie! Malgré leur habitude du vice, plusieurs de ces jeunes filles pensÚrent à leur réveil d'autrefois, quand innocentes et pures elles entrevoyaient par leurs croisées champÃÂȘtres ornées de chÚvrefeuilles et de roses, un frais paysage enchanté par les joyeuses roulades de l'alouette, vaporeusement illuminé par les lueurs de l'aurore et paré des fantaisies de la rosée. D'autres se peignirent le déjeuner de la famille, la table autour de laquelle riaient innocemment les enfants et le pÚre, oÃÂč tout respirait un charme indéfinissable, oÃÂč les mets étaient simples comme les coeurs. Un artiste songeait à la paix de son atelier, à sa chaste statue, au gracieux modÚle qui l'attendait. Un jeune homme, se souvenant du procÚs d'oÃÂč dépendait le sort d'une famille, pensait à la transaction importante qui réclamait sa présence. Le savant regrettait son cabinet oÃÂč l'appelait un noble ouvrage. Presque tous se plaignaient d'eux-mÃÂȘmes. En ce moment, Emile, frais et rose comme le plus joli des commis-marchands d'une boutique en vogue, apparut en riant. - Vous ÃÂȘtes plus laids que des recors, s'écria-t-il. Vous ne pourrez rien faire aujourd'hui; la journée est perdue, m'est avis de déjeuner. A ces mots, Taillefer sortit pour donner des ordres. Les femmes allÚrent languissamment rétablir le désordre de leurs toilettes devant les glaces. Chacun se secoua. Les plus vicieux prÃÂȘchÚrent les plus sages. Les courtisanes se moquÚrent de ceux qui paraissaient ne pas se trouver de force à continuer ce rude festin. En un moment, ces spectres s'animÚrent, formÚrent des groupes, s'interrogÚrent et sourirent. Quelques valets habiles et lestes remirent promptement les meubles et chaque chose en sa place. Un déjeuner splendide fut servi. Les convives se ruÚrent alors dans la salle à manger. Là , si tout porta l'empreinte ineffaçable des excÚs de la veille, au moins y eut-il trace d'existence et de pensée comme dans les derniÚres convulsions d'un mourant. Semblable au convoi du mardi gras, la saturnale était enterrée par des masques fatigués de leurs danses, ivres de l'ivresse, et voulant convaincre le plaisir d'impuissance pour ne pas s'avouer la leur. Au moment oÃÂč cette intrépide assemblée borda la table du capitaliste, Cardot, qui, la veille, avait disparu prudemment aprÚs le dÃner, pour finir son orgie dans le lit conjugal, montra sa figure officieuse sur laquelle errait un doux sourire. Il semblait avoir deviné quelque succession à déguster, à partager, à inventorier, à grossoyer, une succession pleine d'actes à faire, grosse d'honoraires, aussi juteuse que le filet tremblant dans lequel l'amphitryon plongeait alors son couteau. - Oh! oh! nous allons déjeuner par-devant notaire, s'écria de Cursy. - Vous arrivez à propos pour coter et parapher toutes ces piÚces, lui dit le banquier en lui montrant le festin. - Il n'y a pas de testament à faire, mais pour des contrats de mariage, peut-ÃÂȘtre! dit le savant qui pour la premiÚre fois depuis un an s'était supérieurement marié. - Oh! oh! - Ah! ah! - Un instant, répliqua Cardot assourdi par un choeur de mauvaises plaisanteries, je viens ici pour affaire sérieuse porte six millions à l'un de vous. Silence profond. Monsieur, dit-il en s'adressant à RaphaÃl, qui, dans ce moment, s'occupait sans cérémonie à s'essuyer les yeux avec un coin de sa serviette, madame votre mÚre n'était-elle pas une demoiselle O'Flaharty? - Oui, répondit RaphaÃl assez machinalement, Barbe Marie . - Avez-vous ici, reprit Cardot, votre acte de naissance et celui de madame de Valentin? - Je le crois. - Eh! bien, monsieur, vous ÃÂȘtes seul et unique héritier du major O'Flaharty, décédé en août 1828, à Calcutta. - C'est une fortune incalculable s'écria le jugeur. - Le major ayant disposé par son testament de plusieurs sommes en faveur de quelques établissements publics, sa succession a été réclamée à la Compagnie des Indes par le gouvernement français, reprit le notaire. Elle est en ce moment liquide et palpable. Depuis quinze jours je cherchais infructueusement les ayants cause de la demoiselle Barbe-Marie O'Flaharty, lorsque hier à table... En ce moment, RaphaÃl se leva soudain en laissant échapper le mouvement brusque d'un homme qui reçoit une blessure. Il se fit comme une acclamation silencieuse, le premier sentiment des convives fut dicté par une sourde envie, tous les yeux se tournÚrent vers lui comme autant de flammes. Puis, un murmure, semblable à celui d'un parterre qui se courrouce, une rumeur d'émeute commença, grossit, et chacun dit un mot pour saluer cette fortune immense apportée par le notaire. Rendu à toute sa raison par la brusque obéissance du sort, RaphaÃl étendit promptement sur la table la serviette avec laquelle il avait mesuré, naguÚre, la Peau de chagrin. Sans rien écouter, il y superposa le talisman, et frissonna violemment en voyant une petite distance entre le contour tracé sur le linge et celui de la Peau. - Hé bien! qu'a-t-il donc! s'écria Taillefer, il a sa fortune à bon compte. - Soutiens-le, Chùtillon , dit Biniou à Emile, la joie va le tuer. Une horrible pùleur dessina tous les muscles de la figure flétrie de cet héritier, ses traits se contractÚrent, les saillies de son visage blanchirent, les creux devinrent sombres, le masque fut livide, et les yeux se fixÚrent. Il voyait la MORT. Ce banquier splendide entouré de courtisanes fanées, de visages rassasiés, cette agonie de la joie, était une vivante image de sa vie. RaphaÃl regarda trois fois le talisman qui jouait à l'aise dans les impitoyables lignes imprimées sur la serviette, il essayait de douter; mais un clair pressentiment anéantissait son incrédulité. Le monde lui appartenait, il pouvait tout et ne voulait plus rien. Comme un voyageur au milieu du désert, il avait un peu d'eau pour la soif et devait mesurer sa vie au nombre des gorgées. Il voyait ce que chaque désir devait lui coûter de jours. Puis il croyait à la Peau de chagrin, il s'écoutait respirer, il se sentait déjà malade, il se demandait Ne suis-je pas pulmonique? Ma mÚre n'est-elle pas morte de la poitrine? - Ah! ah! RaphaÃl, vous allez bien vous amuser! Que me donnerez-vous? disait Aquilina. - Buvons à la mort de son oncle, le major Martin O'Flaharty? Voilà un homme. - Il sera pair de France. - Bah! qu'est-ce qu'un pair de France aprÚs juillet? dit le jugeur. - Auras-tu loge aux Bouffons? - J'espÚre que vous nous régalerez tous, dit Biniou. - Un homme comme lui sait faire grandement les choses, dit Emile. Le hourra de cette assemblée rieuse résonnait aux oreilles de Valentin sans qu'il pût saisir le sens d'un seul mot; il pensait vaguement à l'existence mécanique et sans désirs d'un paysan de Bretagne, chargé d'enfants, labourant son champ, mangeant du sarrazin, buvant du cidre à mÃÂȘme son piché , croyant à la Vierge et au roi, communiant à Pùques, dansant le dimanche sur une pelouse verte et ne comprenant pas le sermon de son recteur . Le spectacle offert en ce moment à ses regards, ces lambris dorés, ces courtisanes, ce repas, ce luxe, le prenaient à la gorge et le faisaient tousser. - Désirez-vous des asperges? lui cria le banquier. - Je ne désire rien , lui répondit RaphaÃl d'une voix tonnante. - Bravo! répliqua Taillefer. Vous comprenez la fortune, elle est un brevet d'impertinence. Vous ÃÂȘtes des nÎtres! Messieurs, buvons à la puissance de l'or. Monsieur de Valentin devenu six fois millionnaire arrive au pouvoir. Il est roi, il peut tout, il est au-dessus de tout, comme sont tous les riches. Pour lui désormais, LES FRANÇAIS SONT EGAUX DEVANT LA LOI est un mensonge inscrit en tÃÂȘte de la Charte. Il n'obéira pas aux lois, les lois lui obéiront. Il n'y a pas d'échafaud, pas de bourreaux pour les millionnaires! - Oui, répliqua RaphaÃl, ils sont eux-mÃÂȘmes leurs bourreaux! - Encore un préjugé! cria le banquier. - Buvons, dit RaphaÃl en mettant le talisman dans sa poche. - Que fais-tu là ? dit Emile en lui arrÃÂȘtant la main. Messieurs, ajouta-t-il en s'adressant à l'assemblée assez surprise des maniÚres de RaphaÃl, apprenez que notre ami de Valentin, que dis-je? MONSIEUR LE MARQUIS DE VALENTIN, possÚde un secret pour faire fortune. Ses souhaits sont accomplis au moment mÃÂȘme oÃÂč il les forme. A moins de passer pour un laquais, pour un homme sans coeur, il va nous enrichir tous. - Ah! mon petit RaphaÃl, je veux une parure de perles, s'écria Euphrasie. - S'il est reconnaissant, il me donnera deux voitures attelées de beaux chevaux et qui aillent vite! dit Aquilina. - Souhaitez cent mille livres de rente pour moi. - Des cachemires! - Payez mes dettes! - Envoie une apoplexie à mon oncle, le grand sec! - RaphaÃl, je te tiens quitte à dix mille livres de rente. - Voilà bien des donations! s'écria le notaire. - Il devrait bien me guérir de la goutte. - Faites baisser les rentes, s'écria le banquier. Toutes ces phrases partirent comme les gerbes du bouquet qui termine un feu d'artifice. Ces furieux désirs étaient peut-ÃÂȘtre plus sérieux que plaisants. - Mon cher ami, dit Emile d'un air grave, je me contenterai de deux cent mille livres de rente, exécute-toi de bonne grùce, allons! - Emile, dit RaphaÃl, tu ne sais donc pas à quel prix? - Belle excuse! s'écria le poÚte. Ne devons-nous pas nous sacrifier pour nos amis? - J'ai presque envie de souhaiter votre mort à tous, répondit Valentin en jetant un regard sombre et profond sur les convives. - Les mourants sont furieusement cruels, dit Emile en riant. Te voilà riche, ajouta-t-il sérieusement, eh! bien, je ne te donne pas deux mois pour devenir fangeusement égoïste. Tu es déjà stupide, tu ne comprends pas une plaisanterie. Il ne te manque plus que de croire à ta Peau de chagrin. RaphaÃl, qui craignit les moqueries de cette assemblée, garda le silence, but outre mesure et s'enivra pour oublier un moment sa funeste puissance. III. L'Agonie Dans les premiers jours du mois de décembre, un vieillard septuagénaire allait, malgré la pluie, par la rue de Varennes en levant le nez à la porte de chaque hÎtel, et cherchant l'adresse de monsieur le marquis RaphaÃl de Valentin, avec la naïveté d'un enfant et l'air absorbé des philosophes. L'empreinte d'un violent chagrin aux prises avec un caractÚre despotique éclatait sur cette figure accompagnée de longs cheveux gris en désordre, desséchés comme un vieux parchemin qui se tord dans le feu. Si quelque peintre eût rencontré ce singulier personnage, vÃÂȘtu de noir, maigre et ossu, sans doute, il l'aurait, de retour à l'atelier, transfiguré sur son album, en inscrivant au-dessous du portrait poÚte classique en quÃÂȘte d'une rime . AprÚs avoir vérifié le numéro qui lui avait été indiqué, cette vivante palingénésie de Rollin frappa doucement à la porte d'un magnifique hÎtel. - Monsieur RaphaÃl y est-il? demanda le bonhomme à un suisse en livrée. - Monsieur le marquis ne reçoit personne, répondit le valet en avalant une énorme mouillette qu'il retirait d'un large bol de café. - Sa voiture est là , répondit le vieil inconnu en montrant un brillant équipage arrÃÂȘté sous le dais de bois qui représentait une tente de coutil et par lequel les marches du perron étaient abritées. Il va sortir, je l'attendrai. - Ah! mon ancien, vous pourriez bien rester ici jusqu'à demain matin, reprit le suisse. Il y a toujours une voiture prÃÂȘte pour monsieur. Mais sortez, je vous prie, je perdrais six cents francs de rente viagÚre si je laissais une seule fois entrer sans ordre une personne étrangers à l'hÎtel. En ce moment, un grand vieillard dont le costume ressemblait assez à celui d'un huissier ministériel sortit du vestibule et descendit précipitamment quelques marches en examinant le vieux solliciteur ébahi. - Au surplus, voici monsieur Jonathas, dit le suisse. Parlez-lui. Les deux vieillards, attirés l'un vers l'autre par une sympathie ou par une curiosité mutuelle, se rencontrÚrent au milieu de la vaste cour d'honneur, à un rond-point oÃÂč croissaient quelques touffes d'herbe entre les pavés. Un silence effrayant régnait dans cet hÎtel. En voyant Jonathas, vous eussiez voulu pénétrer le mystÚre qui planait sur sa figure, et dont parlaient les moindres choses dans cette maison morne. Le premier soin de RaphaÃl, en recueillant l'immense succession de son oncle, avait été de découvrir oÃÂč vivait le vieux serviteur dévoué sur l'affection duquel il pouvait compter. Jonathas pleura de joie en revoyant son jeune maÃtre auquel il croyait avoir dit un éternel adieu; mais rien n'égala son bonheur quand le marquis le promut aux éminentes fonctions d'intendant. Le vieux Jonathas devint une puissance intermédiaire placée entre RaphaÃl et le monde entier. Ordonnateur suprÃÂȘme de la fortune de son maÃtre, exécuteur aveugle d'une pensée inconnue, il était comme un sixiÚme sens à travers lequel les émotions de la vie arrivaient à RaphaÃl. - Monsieur, je désirerais parler à monsieur RaphaÃl, dit le vieillard à Jonathas en montant quelques marches du perron pour se mettre à l'abri de la pluie. - Parler à monsieur le marquis, s'écria l'intendant. A peine m'adresse-t-il la parole, à moi son pÚre nourricier. - Mais je suis aussi son pÚre nourricier, s'écria le vieil homme. Si votre femme l'a jadis allaité, je lui ai fait sucer moi-mÃÂȘme le sein des muses. Il est mon nourrisson, mon enfant, carus alumnus ! J'ai façonné sa cervelle, cultivé son entendement, développé son génie, et j'ose le dire, à mon honneur et gloire. N'est-il pas un des hommes les plus remarquables de notre époque? je l'ai eu, sous moi, en sixiÚme, en troisiÚme et en rhétorique. Je suis son professeur. - Ah! monsieur est monsieur Porriquet. - Précisément. Mais monsieur... - Chut, chut! fit Jonathas à deux marmitons dont les voix rompaient le silence claustral dans lequel la maison était ensevelie. - Mais, monsieur, reprit le professeur, monsieur le marquis serait-il malade? - Mon cher monsieur, répondit Jonathas, Dieu seul sait ce qui tient mon maÃtre. Voyez-vous, il n'existe pas à Paris deux maisons semblables à la nÎtre. Entendez-vous? deux maisons. Ma foi, non. Monsieur le marquis a fait acheter cet hÎtel qui appartenait précédemment à un duc et pair. Il a dépensé trois cent mille francs pour le meubler. Voyez-vous? c'est une somme, trois cent mille francs. Mais chaque piÚce de notre maison est un vrai miracle. Bon! me suis-je dit en voyant cette magnificence, c'est comme chez défunt monsieur son grand-pÚre! Le jeune marquis va recevoir la ville et la cour! Point. Monsieur n'a voulu voir personne. Il mÚne une drÎle de vie, monsieur Porriquet, entendez-vous? une vie inconciliable. Monsieur se lÚve tous les jours à la mÃÂȘme heure. Il n'y a que moi, moi seul, voyez-vous? qui puisse entrer dans sa chambre. J'ouvre à sept heures, été comme hiver. Cela est convenu singuliÚrement. Etant entré, je lui dis Monsieur le marquis, il faut vous réveiller et vous habiller. Il se réveille et s'habille. Je dois lui donner sa robe de chambre, toujours faite de la mÃÂȘme façon et de la mÃÂȘme étoffe. Je suis obligé de la remplacer quand elle ne pourra plus servir, rien que pour lui éviter la peine d'en demander une neuve. C'te imagination! Au fait, il a mille francs à manger par jour, il fait ce qu'il veut, ce cher enfant. D'ailleurs, je l'aime tant, qu'il me donnerait un soufflet sur la joue droite, je lui tendrais la gauche! Il me dirait de faire des choses plus difficiles, je les ferais encore, entendez-vous? Au reste, il m'a chargé de tant de vétilles, que j'ai de quoi m'occuper. Il lit les journaux, pas vrai? Ordre de les mettre au mÃÂȘme endroit, sur la mÃÂȘme table. Je viens aussi, à la mÃÂȘme heure, lui faire moi-mÃÂȘme la barbe et je ne tremble pas. Le cuisinier perdrait mille écus de rente viagÚre qui l'attendent aptes la mort de monsieur, si le déjeuner ne se trouvait pas inconciliablement servi devant monsieur, à dix heures, tous les matins, et le dÃner à cinq heures précises. Le menu est dressé pour l'année entiÚre, jour par jour. Monsieur le marquis n'a rien à souhaiter. Il a des fraises quand il y a des fraises, et le premier maquereau qui arrive à Paris, il le mange. Le programme est imprimé, il sait le matin son dÃner par coeur. Pour lors, il s'habille à la mÃÂȘme heure avec les mÃÂȘmes habits, le mÃÂȘme linge, posés toujours par moi, entendez-vous? sur le mÃÂȘme fauteuil. Je dois encore veiller à ce qu'il ait toujours le mÃÂȘme drap; en cas de besoin, si sa redingote s'abÃme, une supposition, la remplacer par une autre, sans lui en dire un mot. S'il fait beau, j'entre et je dis à mon maÃtre Vous devriez sortir, monsieur? Il me répond oui, ou non. S'il a idée de se promener, il n'attend pas ses chevaux, ils sont toujours attelés; le cocher reste inconciliablement, fouet en main, comme vous le voyez là . Le soir, aprÚs le dÃner, monsieur va un jour à l'Opéra et l'autre aux Ital... mais non, il n'est pas encore allé aux Italiens, je n'ai pu me procurer une loge qu'hier. Puis, il rentre à onze heures précises pour se coucher. Pendant les intervalles de la journée oÃÂč il ne fait rien, il lit, il lit toujours, voyez-vous? une idée qu'il a. J'ai ordre de lire avant lui le Journal de la librairie, afin d'acheter des livres nouveaux, afin qu'il les trouve le jour mÃÂȘme de leur vente sur sa cheminée. J'ai la consigne d'entrer d'heure en heure chez lui, pour veiller au feu, à tout, pour voir à ce que rien ne lui manque; il m'a donné, monsieur, un petit livre à apprendre par coeur, et oÃÂč sont écrits tous mes devoirs, un vrai catéchisme. En été, je dois, avec des tas de glace, maintenir la température au mÃÂȘme degré de fraÃcheur, et mettre en tous temps des fleurs nouvelles partout. Il est riche! il a mille francs à manger par jour, il peut faire ses fantaisies. Il a été privé assez longtemps du nécessaire, le pauvre enfant! Il ne tourmente personne, il est bon comme le pain, jamais il ne dit mot, mais, par exemple, silence complet à l'hÎtel et dans le jardin! Enfin, mon maÃtre n'a pas un seul désir à former, tout marche au doigt et à l'oeil, et recta ! Et il a raison, si l'on ne tient pas les domestiques, tout va à la débandade. Je lui dis tout ce qu'il doit faire, et il m'écoute. Vous ne sauriez croire à quel point il a poussé la chose. Ses appartements sont... en... en comment donc? ah! en enfilade. Eh bien! il ouvre, une supposition, la porte de sa chambre ou de son cabinet, crac! toutes les portes s'ouvrent d'elles-mÃÂȘmes par un mécanisme. Pour lors, il peut aller d'un bout à l'autre de sa maison sans trouver une seule porte fermée. C'est gentil et commode et agréable pour nous autres! Ça nous a coûté gros, par exemple! Enfin, finalement, monsieur Porriquet, il m'a dit " Jonathas, tu auras soin de moi comme d'un enfant au maillot. Au maillot, oui, monsieur, au maillot qu'il a dit. Tu penseras à mes besoins, pour moi. " je suis le maÃtre, entendez-vous? et il est quasiment le domestique. Le pourquoi? Ah! par exemple, voilà ce que personne au monde ne sait que lui et le bon Dieu. C'est inconciliable! - Il fait un poÚme, s'écria le vieux professeur. - Vous croyez, monsieur, qu'il fait un poÚme? C'est donc bien assujettissant, ça! Mais, voyez-vous, je ne crois pas. Il me répÚte souvent qu'il veut vivre comme une végétation, en vergétant. Et pas plus tard qu'hier, monsieur Porriquet, il regardait une tulipe, et il disait en s'habillant " Voilà ma vie. Je vergÚte, mon pauvre Jonathas. " A cette heure, d'autres prétendent qu'il est monomane . C'est inconciliable! - Tout me prouve, Jonathas, reprit le professeur avec une gravité magistrale qui imprima un profond respect au vieux valet de chambre, que votre maÃtre s'occupe d'un grand ouvrage. Il est plongé dans de vastes méditations, et ne veut pas en ÃÂȘtre distrait par les préoccupations de la vie vulgaire. Au milieu de ses travaux intellectuels, un homme de génie oublie Tout. Un jour le célÚbre Newton... - Ah! Newton, bien, dit Jonathas. Je ne le connais pas. - Newton, un grand géomÚtre, reprit Porriquet, passa vingt-quatre heures, le coude appuyé sur une table; quand il sortit de sa rÃÂȘverie, il croyait le lendemain ÃÂȘtre encore à la veille, comme s'il eût dormi. je vais aller le voir, ce cher enfant, je peux lui ÃÂȘtre utile. - Minute, s'écria Jonathas. Vous seriez le roi de France, l'ancien, s'entend! que vous n'entreriez pas à moins de forcer les portes et de me marcher sur le corps mais, monsieur Porriquet, je cours lui dire que vous ÃÂȘtes là , et je lui demanderai comme ça Faut-il le faire monter? Il répondra oui ou non . Jamais je ne lui dis Souhaitez-vous? voulez-vous? désirez-vous? Ces mots-là sont rayés de la conversation. Une fois il m'en est échappé un. - Veux-tu me faire mourir? m'a-t-il dit, tout en colÚre. Jonathas laissa le vieux professeur dans le vestibule, en lui faisant signe de ne pas avancer; mais il revint promptement avec une réponse favorable, et conduisit le vieil émérite à travers de somptueux appartements dont toutes les portes étaient ouvertes. Porriquet aperçut de loin son élÚve au coin d'une cheminée. Enveloppé d'une robe de chambre à grands dessins, et plongé dans un fauteuil à ressorts, RaphaÃl lisait le journal. L'extrÃÂȘme mélancolie à laquelle il paraissait ÃÂȘtre en proie était exprimée par l'attitude maladive de son corps affaissé; elle était peinte sur son front, sur son visage pùle comme une fleur étiolée. Une sorte de grùce efféminée et les bizarreries particuliÚres aux malades riches distinguaient sa personne. Ses mains, semblables à celles d'une jolie femme, avaient une blancheur molle et délicate. Ses cheveux blonds, devenus rares, se bouclaient autour de ses tempes par une coquetterie recherchée. Une calotte grecque, entraÃnée par un gland trop lourd pour le léger cachemire dont elle était faite, pendait sur un cÎté de sa tÃÂȘte. Il avait laissé tomber à ses pieds le couteau de malachite enrichi d'or dont il s'était servi pour couper les feuillets d'un livre. Sur ses genoux était le bec d'ambre d'un magnifique houka de l'Inde dont les spirales émaillées gisaient comme un serpent dans sa chambre, et il oubliait d'en sucer les frais parfums. Cependant, la faiblesse générale de son jeune corps était démentie par des yeux bleus oÃÂč toute la vie semblait s'ÃÂȘtre retirée, oÃÂč brillait un sentiment
Prenezrendez-vous au centre de vaccination de Changé contre la COVID. AGENCE REGIONALE DE SANTE PAYS DE LOIRE.. Situé au 1 Allée du Pont des Arts, 72560.(Structure de NANTES). Appelez dÚs maintenant pour vous faire vacciner contre le coronavirus au +33252360700.. Lundi : On this page you can find a location map as well as a list of places and services available around Allée du Pont des Arts Hotels, restaurants, sports facilities, educational centers, ATMs, supermarkets, gas stations and near Allée du Pont des ArtsPlease click on the checkbox to the left of the service name to show in the map the location of the selected services. Filter by category AutomotiveParking - 347m-EducationSchool - 792mEREA Raphaël ElizéRecreation and SportsSoccer - 700m-skateboard - 504m-Multi-Sport - 812m-Table tennis - 826mChangé TTTransportBicycle Parking - 788m-OtherRecycling - 376m-sport-bmx - 509mnullBench - 437m-Allée du Pontdojo - 797mDojo BodukaïRue Louise Michel
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Quelquesinfos en vue de la prĂ©paration de l'atelier gratuit FFB prĂ©vu prĂšs du Mans les 30 avril et 1er mai prochain (adresse prĂ©cise : Maison de quartier du GuĂ© Perray, 1 allĂ©e du pont des arts 72560 CHANGÉ ) A priori, c'est Jean CROISER qui animera l 'atelier. La salle est grande 180 m2, lumineuse et peut ĂȘtre sĂ©parĂ©e en deux (une Sur cette page, vous pouvez trouver une carte de localisation, ainsi qu'une liste des lieux et des services disponibles sur ou Ă  proximitĂ© AllĂ©e du Pont des Arts HĂŽtels, restaurants, installations sportives, centres Ă©ducatifs, distributeurs automatiques de billets, supermarchĂ©s, stations d'essence et Ă  proximitĂ© AllĂ©e du Pont des ArtsS'il vous plaĂźt cliquer sur la case situĂ©e Ă  gauche du nom du service pour afficher sur la carte l'emplacement des services sĂ©lectionnĂ©s. Filtrer par catĂ©gorie AutomobileParking - 347m-ÉducationÉcole - 792mEREA RaphaĂ«l ElizĂ©Sports et LoisirsFootball - 700m-sport de planche Ă  roulettes - 504m-Multi-Sport - 812m-Tennis de table - 826mChangĂ© TTTransportParking VĂ©lo - 788m-AutresRecyclage - 376m-sport-bmx - 509mnullBanc - 437m-AllĂ©e du Pontdojo - 797mDojo BodukaĂŻRue Louise Michel apavelyon rive droite; horaire caisse station essence super u. ۏ۱ŰčŰ© Ű§Ù„Ű§Ű±ŰŹÙ†ÙŠÙ† Ù„Ù„Ű§Ù†ŰȘ۔ۧۚ maio 31, 2022 ; carte sd nintendo dsi non reconnue Sem ComentĂĄrios Sem ComentĂĄrios
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Adresse& Contact 1 AllĂ©e Du Pont Des Arts 72560 Change Voir le numĂ©ro Plan d'accĂšs + − Leaflet | © OpenStreetMap Horaires de Centre de Vaccination - CHANGÉ- Sud-Est Manceau Ă  Change Le magasin est actuellement fermĂ© Modifier les horaires Pour savoir si votre magasin est ouvert ces jours, contactez-le ! Retrouvez toutes les informations sur la Decheterie de Change horaire et jour d'ouverture, adresse et numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. Cette dĂ©chetterie dessert une population totale de 20 710 habitants ainsi que 6 communes. Les particuliers comme les professionnels peuvent venir y dĂ©poser les dĂ©chets Ă©noncĂ©s ci-dessous. ChangĂ©ens, pensez Ă  tĂ©lĂ©phoner Ă  votre dĂ©chĂšterie en cas de doute sur la prise en charge de vos dĂ©chets, encombrants, produits dangereux peinture ou solvants. Attention, les horaires de la dĂ©chĂšterie de ChangĂ© peuvent ĂȘtre modifiĂ©s. Certaines dĂ©chĂšteries fonctionnent sur rendez-vous, contactez votre dĂ©chĂšterie avant de vous dĂ©placer. Horaires de la Decheterie de Change Mardi, Jeudi, Samedi Toute l'annĂ©e Mardi, Jeudi et Samedi 9h30-12h et 14h-17h30 Jours de Fermeture Lundi, Mercredi, Vendredi et Dimanche DĂ©chets acceptĂ©s Avant de vous rendre Ă  la dĂ©chetterie, vĂ©rifiez ci-dessous que vos dĂ©chets soient bien pris en charge. DĂ©chets mĂ©nagers Oui Textiles Oui Bois Oui Cartons et papiers DĂ©chets d'entreprises Oui Gravats Oui DĂ©chets verts Oui DĂ©chets AmiantĂ©s Non Batteries usagĂ©es Piles usagĂ©es et accumulateurs DĂ©chets Ă©lectriques Hors d'usage Oui Encombrants mĂ©nagers divers Oui Pneumatiques usagĂ©s Non DĂ©chets Diffus SpĂ©cifiques Non email protected] / BP 15 rue des Ă©coles 72250 ParignĂ©-l’ÉvĂȘque. Magazine d’information Ă©ditĂ© par la CommunautĂ© de Communes du Sud-Est du Pays Manceau. 12, rue des Écoles - BP 15 - 72250 ParignĂ©-l’ÉvĂȘque. Courriel : [email protected] TĂ©l : 02 43 40 09 98 / Fax : 02 43 40 18 76. Depuis le lundi 2 septembre 2019, le rĂ©seau de bus Lignes d’Azur de Nice a Ă©tĂ© modifiĂ© en profondeur. NumĂ©rotĂ©es de 5 Ă  9 on trouve les lignes de bus Ă  effet Tram, de 11 Ă  22 les lignes de bus essentielles, de 30 Ă  94 les lignes de bus de proximitĂ© et de C1 Ă  C10 les lignes de bus Ă  la carte. Les lignes de nuit Noctambus sont remplacĂ©es par des lignes rĂ©guliĂšres ayant une amplitude horaire Ă©tendue en soirĂ©e. Les lignes de bus Ă  effet tram Ă  Nice NumĂ©rotĂ©es de 5 Ă  9, ces lignes de bus proposent des frĂ©quences de passage Ă©levĂ©es, Ă  amplitude semblable aux lignes de tramway de Nice. Bus 5 Rimiez Les Sources / Rimiez Saint-George ↔ Deloye – Dubouchage Ligne de 32 arrĂȘts allant de Rimiez Saint-George et/ou Les Sources Ă  Deloye – Dubouchage, circulant de 5h00 Ă  1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 8 Ă  45 minutes 8 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 5 de Nice
 Horaires et plan du bus 5 de Nice Bus 6 La Madeleine ↔ HĂŽpital Archet 1/2 / Croix de Berra Ligne de 32 arrĂȘts allant de La Madeleine Ă  Croix de Berra en passant par l’HĂŽpital Archet, circulant de 5h15 Ă  1h09 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 6 Ă  30 minutes 6 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 6 de Nice
 Horaires et plan du Bus 6 de Nice Bus 7 Port Lympia ↔ Ariane – Saramito Ligne de 39 arrĂȘts allant de Port Lympia Ă  Ariane – Saramito jusqu’à La TrinitĂ© – Place de Rebat en soirĂ©e, circulant de 4h30 Ă  1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 8 Ă  30 minutes 8 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 7 de Nice
 Horaires et plan du Bus 7 de Nice Bus 8 Las Planas – Sappia ↔ HĂŽpital Pasteur Ligne de 53 arrĂȘts allant de Las Planas – Sappia Ă  l’HĂŽpital Pasteur, circulant de 5h00 Ă  1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 8 Ă  30 minutes 8 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 8 de Nice
 Horaires et plan du Bus 8 de Nice Bus 9 Parc Phoenix ↔ Le GuĂ© – Polygone Riviera / Halte RoutiĂšre de l’Ara Ligne de 32 arrĂȘts allant de Parc Phoenix Nice Ă  Le GuĂ© – Polygone Riviera Cagnes-sur-Mer et Halte RoutiĂšre de l’Ara Vence, circulant de 5h00 Ă  1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 15 Ă  45 minutes 15 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 9 de Nice
 Horaires et plan du Bus 9 de Nice Les lignes de bus essentielles Ă  Nice NumĂ©rotĂ©es de 11 Ă  22, ces lignes de bus sont structurantes pour leur secteur et/ou desservent des pĂŽles majeurs d’attractivitĂ©. Bus 11 Square Daudet ↔ Vallon des Fleurs / Bella Vista Ligne de 27 arrĂȘts allant du Square Daudet au Vallon des Fleurs et/ou Ă  Bella Vista, circulant de 5h00 Ă  21h40 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 12 Ă  20 minutes 12 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 11 de Nice
 Horaires et plan du Bus 11 de Nice Bus 12 Centre Commercial Cap 3000 ↔ Promenade des Arts Ligne de 22 arrĂȘts allant du Centre Commercial Cap 3000 de Saint-Laurent-du-Var Ă  la Promenade des Arts, circulant de 5h00 Ă  21h40 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 14 Ă  25 minutes 14 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 12 de Nice
 Horaires et plan du Bus 12 de Nice Bus 14 Vauban ↔ Les ChĂȘnes Verts Ligne de 24 arrĂȘts allant de Vauban Nice aux ChĂȘnes Verts La TrinitĂ© / Drap, circulant de 5h10 Ă  21h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 9 Ă  60 minutes 9 Ă  11 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 14 de Nice
 Horaires et plan du Bus 14 de Nice Bus 15 Port de Saint-Jean ↔ Promenade des Arts Ligne de 39 arrĂȘts allant de la Promenade des Arts au Port de Saint-Jean-Cap-Ferrat, circulant de 6h30 Ă  20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 15 Ă  35 minutes 15 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 15 de Nice
 Horaires et plan du Bus 15 de Nice Bus 16 Saint-Sylvestre / Col de Bast ↔ Cimiez – Hopital Ligne de 26 arrĂȘts allant de Cimiez – HĂŽpital Ă  Saint-Sylvestre et/ou au Col de Bast, circulant de 6h00 Ă  21h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 10 Ă  60 minutes 10 Ă  15 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 16 de Nice
 Horaires et plan du Bus 16 de Nice Bus 17 STAPS – Arboras ↔ Ferber Ligne de 27 arrĂȘts allant de Ferber Ă  STAPS – Arboras, circulant de 5h00 Ă  1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 13 Ă  30 minutes 13 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 17 de Nice
 Horaires et plan du Bus 17 de Nice Bus 18 Saint Sylvestre ↔ Riquier Ligne de 38 arrĂȘts allant de la gare de Riquier Ă  Saint-Sylvestre, circulant de 5h55 Ă  21h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 15 Ă  45 minutes 15 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 18 de Nice
 Horaires et plan du Bus 18 de Nice Bus 19 Vauban ↔ Saint-AndrĂ©-de-la-Roche / Levens Ligne de 67 arrĂȘts allant de Vauban Ă  Levens Village, circulant de 6h05 Ă  21h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 5 Ă  50 minutes 5 Ă  20 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 19 de Nice
 Horaires et plan du Bus 19 de Nice Bus 20 Giono – Les Pugets ↔ STAPS – Arboras / Grand ArĂ©nas Ligne de 28 arrĂȘts allant de Nice STAPS – Arboras du lundi au vendredi – Grand ArĂ©nas le week-end et jours fĂ©riĂ©s Ă  Saint-Laurent-du-Var Giono – Les Pugets, circulant de 6h00 Ă  21h45 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 12 Ă  25 minutes 12 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 20 de Nice
 Horaires et plan du Bus 20 de Nice Bus 21 Le GuĂ© – Polygone Riviera ↔ Grand ArĂ©nas Ligne de 34 arrĂȘts allant de Grand ArĂ©nas au Centre Commercial Polygone Riviera de Cagnes-sur-Mer, circulant de 5h55 Ă  21h45 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 15 Ă  45 minutes 15 Ă  20 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 21 de Nice
 Horaires et plan du Bus 21 de Nice Bus 22 Carros Pagnol / ↔ CADAM Centre Administratif Ligne de 13 arrĂȘts tracĂ© principal allant du Centre Administratif Ă  Carros Pagnol et jusqu’à la ZI de Carros Ă  horaires spĂ©cifiques, circulant de 5h05 Ă  22h40 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 12 Ă  45 minutes 12 Ă  20 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 22 de Nice
 Horaires et plan du Bus 22 de Nice Les lignes de bus de proximitĂ© Ă  Nice NumĂ©rotĂ©es de 30 Ă  94, ces lignes de bus proposent une desserte de proximitĂ©, dans des secteurs moins denses. Bus 30 Promenade des Arts ↔ Vauban Ligne de 26 arrĂȘts allant de Vauban Ă  la Promenade des Arts, circulant de 6h25 Ă  20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 20 Ă  65 minutes 20 Ă  30 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 30 de Nice
 Horaires et plan du Bus 30 de Nice Bus 31 La Madeleine ↔ Hameaux de la CostiĂšre Ligne de 23 arrĂȘts allant de La Madeleine mais Ă©galement jusqu’à Madeleine SupĂ©rieure et Pont du GĂ©nie au Hameaux de la CostiĂšre, circulant de 6h30 Ă  19h05 environ du lundi au samedi – pas le dimanche en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 25 Ă  95 minutes 25 Ă  60 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 31 de Nice
 Horaires et plan du Bus 31 de Nice Bus 32 Caucade – Place Sainte-Marguerite ↔ Ferber Ligne de 12 arrĂȘts allant de Ferber Ă  la Place Sainte-Marguerite, circulant de 6h00 Ă  21h15 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 15 Ă  30 minutes 15 Ă  18 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 32 de Nice
 Horaires et plan du Bus 32 de Nice Bus 33 Mont Boron ↔ Cimiez – HĂŽpital Ligne de 40 arrĂȘts allant de l’HĂŽpital Cimiez au Mont Boron, circulant de 6h35 Ă  20h50 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 18 Ă  50 minutes 18 Ă  20 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 33 de Nice
 Horaires et plan du Bus 33 de Nice Bus 34 GĂ©ronima ↔ CollĂšge de l’Archet Ligne de 20 arrĂȘts allant du CollĂšge de l’Archet Ă  GĂ©ronima jusqu’à Le Centenaire » sur demande, circulant de 6h35 Ă  20h30 environ du lundi au samedi – pas le dimanche en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 45 Ă  60 savoir plus sur le Bus 34 de Nice
 Horaires et plan du Bus 34 de Nice Bus 35 Cernuschi ↔ Vauban Ligne d’environ 60 arrĂȘts allant de Cernuschi Ă  Vauban, circulant de 6h05 Ă  20h15 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 30 Ă  60 savoir plus sur le Bus 35 de Nice
 Horaires et plan du Bus 35 de Nice Bus 36 Rimiez Saint-George ↔ Las Planas – Sappia Ligne de 27 arrĂȘts allant de Rimiez Saint-George Ă  Las Planas – Sappia, circulant de 6h30 Ă  19h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 30 Ă  120 minutes 30 Ă  35 minutes la semaine en journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 36 de Nice
 Horaires et plan du Bus 36 de Nice Bus 37 RĂ©sidence Universitaire Montebello ↔ Riquier Ligne de 27 arrĂȘts allant de la RĂ©sidence Universitaire Montebello Ă  la gare de Riquier, circulant de 7h00 Ă  19h environ du lundi au samedi – pas le dimanche en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 27 Ă  60 savoir plus sur le Bus 37 de Nice
 Horaires et plan du Bus 37 de Nice Bus 38 RĂ©sidence des Baumettes ↔ Gustavin – Parc Vigier Ligne de 50 arrĂȘts allant du Parc Vigier Ă  la RĂ©sidence des Baumette, circulant de 6h55 Ă  20h25 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 15 Ă  40 minutes 15 minutes aux heures de pointe du matin et du soir en semaine.En savoir plus sur le Bus 38 de Nice
 Horaires et plan du Bus 38 de Nice Bus 39 Complexe Sportif de la Lauvette ↔ Pont Michel Ligne de 6 arrĂȘts allant du Complexe Sportif de la Lauvette Ă  la gare de Nice Pont Michel, circulant du mardi au dimanche pas le lundi en proposant uniquement 2 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 39 de Nice
 Horaires et plan du Bus 39 de Nice Bus 40 Cimiez – HĂŽpital ↔ Pasteur – Gassin Ligne de 10 arrĂȘts allant de l’hĂŽpital de Cimiez Ă  Pasteur Gassin, circulant de 7h00 Ă  19h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 28 Ă  51 savoir plus sur le Bus 40 de Nice
 Horaires et plan du Bus 40 de Nice Bus 41 Parc des Sports ↔ CollĂšge A. Malraux / Vallon des Vaux Ligne de 28 arrĂȘts allant du Parc des Sports de Cagnes-sur-Mer au CollĂšge AndrĂ© Malraux certains bus jusqu’à Vallon des Vaux Ă  La Gaude, circulant du lundi au samedi de 6h45 Ă  19h environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 30 Ă  75 minutes 30 minutes la semaine en journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 41 de Nice
 Horaires et plan du Bus 41 de Nice Bus 42 Le Riou ↔ CollĂšge Pagnol Ligne de 38 arrĂȘts allant du Riou Cagnes-sur-Mer au CollĂšge Pagnol Saint-Laurent-du-Var, circulant du lundi au samedi de 6h40 Ă  18h52 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 30 Ă  55 savoir plus sur le Bus 42 de Nice
 Horaires et plan du Bus 42 de Nice Bus 43 CollĂšge de l’Archet ↔ LingostiĂšre Gare Ligne allant du CollĂšge de l’Archet Ă  la gare de LingostiĂšre, circulant en pĂ©riode scolaire du lundi au vendredi en proposant uniquement 6 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 43 de Nice
 Horaires et plan du Bus 43 de Nice Bus 44 Square Bourdet ↔ ChĂąteau Vieux-Bourg Ligne de 12 arrĂȘts allant du ChĂąteau de Cagnes-sur-Mer au Square Bourdet, circulant de 7h00 Ă  22h38 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 15 savoir plus sur le Bus 44 de Nice
 Horaires et plan du Bus 44 de Nice Bus 47 La Manda ↔ Halte RoutiĂšre de l’Ara Ligne de 45 arrĂȘts allant de la Halte RoutiĂšre de l’Ara Vence Ă  la ZA la Manda Carros/GattiĂšres, circulant du lundi au samedi de 6h47 Ă  19h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 50 Ă  67 savoir plus sur le Bus 47 de Nice
 Horaires et plan du Bus 47 de Nice Bus 49 Gare de Cagnes-sur-Mer ↔ La Gaude Stade / Le Peyron Ligne de 33 arrĂȘts allant de la gare de Cagnes-sur-Mer La Gaude ou Saint-Jeannet, circulant du lundi au samedi de 6h40 Ă  19h10 environ en proposant des bus Ă  horaires fixes et Ă  horaires Ă  la savoir plus sur le Bus 49 de Nice
 Horaires et plan du Bus 49 de Nice Bus 50 CADAM Centre Administratif ↔ Ferber Ligne de 23 arrĂȘts allant de Ferber au Centre Administratif, circulant de 6h30 Ă  20h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 24 Ă  74 minutes 25 minutes du lundi au samedi.En savoir plus sur le Bus 50 de Nice
 Horaires et plan du Bus 50 de Nice Bus 51 Ferber par Avenue de Fabron ↔ Ferber par Corniche Fleurie Ligne circulaire d’une trentaine d’arrĂȘts partant et arrivant Ă  Ferber, circulant de 6h30 Ă  20h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 25 Ă  76 minutes 25 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 51 de Nice
 Horaires et plan du Bus 51 de Nice Bus 52 Les Cappan Croisement ↔ Centre Commercial Saint-Isidore Ligne d’une quarantaine d’arrĂȘts allant du centre commercial Saint-Isidore Ă  Les Cappan Croisement, circulant du lundi au samedi de 6h45 Ă  19h20 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 60 minutes savoir plus sur le Bus 52 de Nice
 Horaires et plan du Bus 52 de Nice Bus 53 Fort Casal Colomars ↔ PAL Ligne d’une quinzaine d’arrĂȘts allant du Parc d’ActivitĂ© Logistique de Nice Saint-Isidore au Fort Casal de Colomars, circulant en semaine uniquement, du lundi au savoir plus sur le Bus 53 de Nice
 Horaires et plan du Bus 53 de Nice Bus 54 Saint-Jeannet ↔ Centre Commercial Cap 3000 / Grand ArĂ©nas Ligne de 45 arrĂȘts allant de Grand ArĂ©nas Ă  certains horaires de Saint-Laurent-du-Var Cap 3000 Ă  Saint-Jeannet, circulant de 6h30 Ă  20h06 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 30 Ă  90 minutes 30 Ă  35 minutes du lundi au samedi.En savoir plus sur le Bus 54 de Nice
 Horaires et plan du Bus 54 de Nice Bus 55 Centre Commercial Cap3000 ↔ La Pompe Ligne de 35 arrĂȘts allant de Cap 3000 Ă  Saint-Laurent-du-Var Ă  La Pompe Ă  La Gaude, circulant de 6h40 Ă  19h35 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 35 Ă  85 minutes du lundi au samedi et 7 bus le dimanche.En savoir plus sur le Bus 55 de Nice
 Horaires et plan du Bus 55 de Nice Bus 56 Colomars la Manda ↔ Fort Casal Colomars Ligne de 6 arrĂȘts allant de Colomars La Manda Ă  Fort Casal, circulant du lundi au samedi en proposant 3 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 56 de Nice
 Horaires et plan du Bus 56 de Nice Bus 57 Riquier ↔ Saint-Sylvestre Ligne de 39 arrĂȘts allant de Riquier Ă  Saint-Sylvestre, circulant de 7h00 Ă  20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 15 Ă  30 minutes 15 minutes en semaine.En savoir plus sur le Bus 57 de Nice
 Horaires et plan du Bus 57 de Nice Bus 58 Pont des Pugets ↔ Square Bourdet Ligne de 31 arrĂȘts allant de Saint-Laurent-du-Var Pont des Pugets Ă  Cagnes-sur-Mer Square Bourdet, circulant du lundi au samedi de 6h40 Ă  19h52 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 35 Ă  42 savoir plus sur le Bus 58 de Nice
 Horaires et plan du Bus 58 de Nice Bus 59 Plan du Var ↔ CADAM Centre Administratif Ligne de 20 arrĂȘts allant de Nice CADAM Ă  Levens, circulant de 6h20 Ă  20h20 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 20 Ă  90 minutes 20 Ă  30 minutes en semaine.En savoir plus sur le Bus 59 de Nice
 Horaires et plan du Bus 59 de Nice Bus 60 Magnan ↔ Croix de Berra Ligne de 17 arrĂȘts allant de Croix de Berra Ă  Magnan, circulant de 6h30 Ă  20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 20 minutes en semaine 36 minutes le samedi – 7 bus dans chaque sens le dimanche.En savoir plus sur le Bus 60 de Nice
 Horaires et plan du Bus 60 de Nice Bus 61 Ferber ↔ Croix de Berra Ligne de 27 arrĂȘts allant de Croix de Berra Ă  Ferber, circulant de 6h15 Ă  20h25 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 20 minutes en semaine 35 Ă  46 minutes le samedi – 7 bus dans chaque sens le dimanche.En savoir plus sur le Bus 61 de Nice
 Horaires et plan du Bus 61 de Nice Bus 62 Nice Magan ↔ Fort Casal Colomars / Aspremont Village Ligne de 48 arrĂȘts allant de Magnan Ă  Colomars jusqu’à Aspremont Ă  certaines heures, circulant de 6h15 Ă  22h15 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 15 Ă  35 minutes en savoir plus sur le Bus 62 de Nice
 Horaires et plan du Bus 62 de Nice Bus 63 Borriglione ↔ Cernuschi Ligne de 50 arrĂȘts allant de Cernuschi Ă  Borriglione, circulant de 6h10 Ă  20h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 20 Ă  50 minutes 20 minutes en semaine.En savoir plus sur le Bus 63 de Nice
 Horaires et plan du Bus 63 de Nice Bus 64 Saint-Pancrace ↔ Gare Thiers Ligne de 37 arrĂȘts allant de la gare SNCF de Nice Thiers Ă  Saint-Pancrace, circulant de 6h30 Ă  20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 25 Ă  35 minutes du lundi au samedi et 10 bus par jour dans chaque direction le dimanche.En savoir plus sur le Bus 64 de Nice
 Horaires et plan du Bus 64 de Nice Bus 66 Pont Michel ↔ La Turbie Mairie / Peille Village Ligne de 29 arrĂȘts allant de Nice Pont Michel Ă  La Turbie et Peille, circulant uniquement le dimanche Ă  raison de 6 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 66 de Nice
 Horaires et plan du Bus 66 de Nice Bus 67 Le Broc Village ↔ Langevin Ligne de bus de 9 arrĂȘts allant du Broc Village Ă  Langevin Carros, proposant seulement quelques bus par jour circulants du lundi au vendredi en pĂ©riode scolaire savoir plus sur le Bus 67 de Nice
 Horaires et plan du Bus 67 de Nice Bus 68 Rue 18bis ↔ MĂ©diathĂšque Ligne de bus allant de Carros MĂ©diathĂšque au Broc, circulant du lundi au vendredi de 5h28 Ă  20h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 18 Ă  42 savoir plus sur le Bus 68 de Nice
 Horaires et plan du Bus 68 de Nice Bus 69 Centre Commercial LingostiĂšre ↔ Lei Feirriero Ligne de 18 arrĂȘts allant du Centre Commercial LingostiĂšre de Nice Ă  Carros Lei Feirriero, circulant du lundi au samedi de 8h08 Ă  20h45 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes heures savoir plus sur le Bus 69 de Nice
 Horaires et plan du Bus 69 de Nice Bus 70 Cimiez – HĂŽpital / Gare Thiers ↔ CPAM EntrĂ©e Ligne allant de l’hĂŽpital Cimiez ou de la Gare SNCF de Nice Thiers Ă  la Caisse Primaire d’Assurance Maladie des Alpes Maritimes, circulant tous les jours de 6h30 Ă  20h25 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 30 minutes du lundi au samedi 60 minutes le dimanche.En savoir plus sur le Bus 70 de Nice
 Horaires et plan du Bus 70 de Nice Bus 71 Gare Thiers ↔ Corniche Bellevue Ligne de 21 arrĂȘts allant de la gare SNCF de Nice Thiers Ă  la Corniche Bellevue, circulant de 6h40 Ă  20h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 20 Ă  35 minutes en semaine, 30 Ă  50 minutes le samedi et 7 bus par jour dans chaque direction le dimanche et jours savoir plus sur le Bus 71 de Nice
 Horaires et plan du Bus 71 de Nice Bus 72 PN Gambetta ↔ Righi Ligne de bus allant de Gambetta Ă  Righi, circulant de 7h00 Ă  20h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 25 Ă  30 minutes du lundi au samedi et 12 bus par jour dans chaque direction le savoir plus sur le Bus 72 de Nice
 Horaires et plan du Bus 72 de Nice Bus 73 Centre Commercial Cap 3000 ↔ La MĂ©diathĂšque Ligne de bus de 40 arrĂȘts trajet principal allant de la MĂ©diathĂšque de Carros au Centre Commercial Cap 3000 de Saint-Laurent-du-Var, circulant de 5h50 Ă  19h35 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 45 Ă  55 minutes du lundi au vendredi et 9 bus par jour dans chaque direction le savoir plus sur le Bus 73 de Nice
 Horaires et plan du Bus 73 de Nice Bus 74 LeĂŻ FeirriĂ©ro / Le Broc / GattiĂšres ↔ La MĂ©diathĂšque Ligne de bus circulant uniquement le dimanche de 10h00 Ă  17h50 environ entre la MĂ©diathĂšque de Carros et GattiĂšres Village ou Le Broc ou LeĂŻ savoir plus sur le Bus 74 de Nice
 Horaires et plan du Bus 74 de Nice Bus 75 Gare Thiers ↔ Hameaux de la CostiĂšre Ligne de 32 arrĂȘts allant de la gare SNCF de Nice Thiers au Hameaux de la CostiĂšre, circulant de 6h40 Ă  21h00 environ en proposant une douzaine de bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 75 de Nice
 Horaires et plan du Bus 75 de Nice Bus 76 Place Fontaine du Temple ↔ Saint Blaise Village / Castagniers Ligne de bus d’une quarantaine d’arrĂȘts allant de la Place Fontaine du Temple Nice Ă  Aspremont, Castagniers ou Saint Blaise, circulant de 6h05 Ă  20h20 environ en proposant 12 bus 11 le dimanche par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 76 de Nice
 Horaires et plan du Bus 76 de Nice Bus 77 Langevin ↔ Carros Village Ligne de bus d’une vingtaine d’arrĂȘts allant de Carros Village Ă  Carros Langevin, proposant seulement quelques bus par jour circulants du lundi au vendredi en pĂ©riode scolaire savoir plus sur le Bus 77 de Nice
 Horaires et plan du Bus 77 de Nice Bus 78 Rue 18bis ↔ Colomars La Manda Ligne de bus allant de Carros ZI La Manda Ă  Rue 18bis, circulant du lundi au vendredi de 6h10 Ă  19h21 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 20 Ă  25 savoir plus sur le Bus 78 de Nice
 Horaires et plan du Bus 78 de Nice Bus 79 Cimetiere de Cap-d’Ail / Les GenĂȘts ↔ Savorani Ligne de bus d’une trentaine d’arrĂȘts circulant uniquement Ă  Cap-d’Ail entre Savorani et Les GenĂȘts ou le cimetiĂšre du lundi au samedi de 11h00 Ă  19h50 environ en proposant 8 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 79 de Nice
 Horaires et plan du Bus 79 de Nice Bus 80 Le Gentilhomme ↔ Riquier / Vauban Ligne de bus d’une trentaine d’arrĂȘts circulant Ă  Nice et Ă  Villefranche-sur-Mer du lundi au samedi de 7h10 Ă  19h15 environ en proposant une douzaine de bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 80 de Nice
 Horaires et plan du Bus 80 de Nice Bus 81 Ariane – GĂ©nĂ©ral Saramito ↔ La Condamine Ligne de bus de 17 arrĂȘts allant de Nice arrĂȘt Ariane – GĂ©nĂ©ral Saramito Ă  Blausasc arrĂȘt La Condamine, circulant tous les jours entre 5h00 et 21h45 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 20 minutes savoir plus sur le Bus 81 de Nice
 Horaires et plan du Bus 81 de Nice Bus 82 Vauban ↔ Plateau de la Justice Ligne de 30 arrĂȘts allant de Nice Vauban Ă  Èze Plateau de la Justice, circulant de 6h30 Ă  19h55 environ en proposant une dizaine de bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 82 de Nice
 Horaires et plan du Bus 82 de Nice Bus 83 Baie des Fourmis ↔ Plateau de la Justice Ligne de 28 arrĂȘts allant de Beaulieu-sur-Mer Baie des Fourmis Ă  Èze Plateau de la Justice, circulant de 9h20 Ă  18h30 environ en proposant 8 bus par jour dans chaque direction 4 bus le matin, 4 bus l’aprĂšs-midi.En savoir plus sur le Bus 83 de Nice
 Horaires et plan du Bus 83 de Nice Bus 84 Riquier ↔ Baie des Fourmis Ligne de 40 arrĂȘts allant de Nice Riquier Ă  Beaulieu-sur-Mer Baie des Fourmis, circulant du lundi au samedi pas le dimanche de 6h25 Ă  19h50 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 25 Ă  70 minutes 25 Ă  45 minutes en semaine.En savoir plus sur le Bus 84 de Nice
 Horaires et plan du Bus 84 de Nice Bus 85 CitĂ© du Soleil ↔ ChĂȘnes Verts Delahaye Ligne de 19 arrĂȘts circulant Ă  La TrinitĂ© uniquement du lundi au samedi pas le dimanche de 6h40 Ă  19h44 environ en proposant 10 bus par jour dans chaque direction en semaine 7-8 bus le samedi.En savoir plus sur le Bus 85 de Nice
 Horaires et plan du Bus 85 de Nice Bus 86 Bertagnia ↔ La Plana Matisse Ligne d’une vingtaine d’arrĂȘts circulant du lundi au samedi pas le dimanche entre La TrinitĂ© Bertagnia et La Plana Matisse de 6h30 Ă  19h07 environ en proposant 13-16 bus par jour dans chaque direction en semaine 7 bus le samedi.En savoir plus sur le Bus 86 de Nice
 Horaires et plan du Bus 86 de Nice Bus 87 HĂŽpital de l’Archet ↔ Promenade des Arts / Defly – Klein Ligne d’une trentaine d’arrĂȘts allant de l’HĂŽpital de l’Archet Ă  la Promenade des Arts ou Ă  Defly – Klein, circulant tous les jours de 6h30 Ă  21h environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 30 Ă  55 minutes 30 minutes en journĂ©e du lundi au samedi.En savoir plus sur le Bus 87 de Nice
 Horaires et plan du Bus 87 de Nice Bus 88 Vauban ↔ Marojade Ligne d’une trentaine d’arrĂȘts allant de Nice Vauban Ă  Marojade en passant par Saint-AndrĂ©-de-la-Roche, circulant de 6h55 Ă  19h30 environ en proposant 9 bus par jour dans chaque direction 5-6 bus le dimanche.En savoir plus sur le Bus 88 de Nice
 Horaires et plan du Bus 88 de Nice Bus 89 Les ChĂȘnes Verts ↔ La Colle / Le ChĂąteau Ligne de bus de 13 arrĂȘts allant de Drap arrĂȘt Les ChĂȘnes Verts Ă  l’arrĂȘt La Colle / Le ChĂąteau, circulant du lundi au samedi principalement sur savoir plus sur le Bus 89 de Nice
 Horaires et plan du Bus 89 de Nice Bus 90 La Bolline ↔ Grand ArĂ©nas Ligne de 34 arrĂȘts allant de Nice Grand ArĂ©nas jusqu’à Valdeblore La Bolline, proposant 3 bus par jour dans chaque direction un seul bus le dimanche.En savoir plus sur le Bus 90 de Nice
 Horaires et plan du Bus 90 de Nice Bus 91 Grand ArĂ©nas ↔ Auron Ligne de 28 arrĂȘts allant de Nice Grand ArĂ©nas jusqu’à Saint-Étienne-de-TinĂ©e Auron, proposant 3 bus par jour dans chaque direction un seul bus le dimanche.En savoir plus sur le Bus 91 de Nice
 Horaires et plan du Bus 91 de Nice Bus 92 Grand ArĂ©nas ↔ Isola 2000 Ligne de 24 arrĂȘts allant de Nice Grand ArĂ©nas jusqu’à la station de ski d’Isola 2000, proposant 2 bus par jour dans chaque direction du lundi au dimanche et jours fĂ©riĂ©s.En savoir plus sur le Bus 92 de Nice
 Horaires et plan du Bus 92 de Nice Bus 93 BelvĂ©dĂšre Place Pavy ↔ Lantosque Ligne de 9 arrĂȘts allant de Lantosque Ă  la Place Pavy de BelvĂ©dĂšre, proposant un bus par jour dans chaque direction du lundi au samedi – dimanche et jours fĂ©riĂ©s pendant les vacances scolaires.En savoir plus sur le Bus 93 de Nice
 Horaires et plan du Bus 93 de Nice Bus 94 RoquebilliĂšre ↔ Centre de Cure Thermale Ligne de 11 arrĂȘts allant de RoquebilliĂšre Ă  Centre de Cure Thermale, proposant 5 bus par jour dans chaque direction, du lundi au samedi uniquement durant la pĂ©riode d’ouverture du centre thermal de savoir plus sur le Bus 94 de Nice
 Horaires et plan du Bus 94 de Nice Bus 706 GattiĂšres Mairie ↔ Centre Commercial Cap 3000 Ligne de 27 arrĂȘts allant de la mairie de GattiĂšres au centre commercial Cap 3000 de Saint-Laurent-du-Var, proposant 3 bus par jour dans chaque direction du lundi au savoir plus sur le Bus 706 de Nice
 Horaires et plan du Bus 706 de Nice Bus NVN1 Navette Coeur de Vence 1 Le Taude ↔ Bergerie / Camping Navette gratuite de 25 arrĂȘts allant de Vence Le Taude Ă  Bergerie jusqu’à Camping de mai Ă  octobre, circulant du lundi au samedi de 6h25 Ă  19h35 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 30 minutes savoir plus sur le Bus NVN1 de Nice
 Horaires et plan du Bus NVN1 de Nice Bus NVN2 Navette Coeur de Vence 2 Le Suve ↔ Halte RoutiĂšre de l’Ara ↔ Le Suve Ligne circulaire de 35 arrĂȘts situĂ©s Ă  Vence, circulant du lundi au samedi de 6h20 Ă  19h35 environ en proposant une frĂ©quence de passage d’un bus toutes les 40 minutes savoir plus sur le Bus NVN2 de Nice
 Horaires et plan du Bus NVN2 de Nice Les lignes de bus Ă  la carte Ă  Nice NumĂ©rotĂ©es de C1 Ă  C10, ces lignes de bus sont des lignes de transport Ă  la demande desservent des secteurs de plus faible densitĂ©, ne disposant pas de lignes rĂ©servation 0800 006 007 du lundi au vendredi de 7h Ă  19h45. Bus C1 Cagnes-sur-Mer – Plan du Bus C1 de Nice Bus C2 Saint-Laurent-du-Var, Cagnes-sur-Mer, La Gaude – Plan du Bus C2 de Nice Bus C3 Vence – Plan du Bus C3 de Nice Bus C4 Carros, GattiĂšres, Le Broc – Plan du Bus C4 de Nice Bus C5 Aspremont, Colomars, Nice – Plan du Bus C5 de Nice Bus C6 Saint-Martin-du-Var, La Roquette-sur-Var, Levens, Duranus – Plan du Bus C6 de Nice Bus C7 Levens, Tourrette-Levens – Plan du Bus C7 de Nice Bus C8 Nice L’Abadie, Falicon – Plan du Bus C8 de Nice Bus C9 Villefranche-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Beaulieu-sur-Mer – Plan du Bus C9 de Nice Bus C10 Gilette, Bonson – Plan du Bus C10 de Nice Les lignes de bus scolaires Ă  Nice Bus 51c Pont des Pugets ↔ LycĂ©e Thierry Maulnier – Horaires et plan du Bus 51c de Nice Bus 51d La Baronne Place ↔ LycĂ©e Thierry Maulnier – Horaires et plan du Bus 51d de Nice Bus 75D Magnan par La Madeleine ↔ Magnan par Rue de France et Grosso – Horaires et plan du Bus 75D de Nice Bus A Clair Horizon ↔ Parc ImpĂ©rial – Horaires et plan du Bus A de Nice Bus C DĂ©sambrois ↔ Rimiez St Georges – Horaires et plan du Bus A de Nice Bus E Ariane – GĂ©nĂ©ral Saramito ↔ Grand Palais – Horaires et plan du Bus E de Nice Bus F DĂ©sambrois ↔ Aire Saint-Michel – Horaires et plan du Bus F de Nice Bus G Ecole Mozart ↔ Ecole Daudet – Horaires et plan du Bus G de Nice Bus H Square Bourdet ↔ HĂŽtel de Ville – Horaires et plan du Bus H de Nice Bus I CollĂšge A. MALRAUX ↔ Parc des Sports – Horaires et plan du Bus I de Nice Bus J Square Bourdet ↔ Parc des Sports – Horaires et plan du Bus J de Nice Bus K Castagniers Les Moulins ↔ Saint Blaise Village – Horaires et plan du Bus K de Nice Bus L Las Planas – Sappia ↔ Chateauneuf – Horaires et plan du Bus L de Nice Bus M La Madeleine ↔ Parc ImpĂ©rial – Horaires et plan du Bus M de Nice Bus O Square Bourdet ↔ Le ChĂąteau – Horaires et plan du Bus O de Nice Bus P Square Daudet ↔ Urbain Bosio – Horaires et plan du Bus P de Nice Bus Q Parc des Sports ↔ Square Bourdet – Horaires et plan du Bus Q de Nice Bus R Les Cappans Croisement ↔ CollĂšge de l’Archet – Horaires et plan du Bus R de Nice Bus S Vallon des Fleurs ↔ Chateauneuf – Horaires et plan du Bus S de Nice Bus V Caucade / Place Ste Marguerite ↔ LycĂ©e Thierry Maulnier – Horaires et plan du Bus V de Nice Bus W Cal Spagnol ↔ LycĂ©e Thierry Maulnier – Horaires et plan du Bus W de Nice Bus T/Y Parc des Sports ↔ CollĂšge A. Malraux – Horaires et plan du Bus T/Y de Nice Bus CAP1 Bautugan ↔ Groupe Scolaire AndrĂ© Malraux – Horaires et plan du Bus CAP1 de Nice Bus CAP2 Savorani ↔ Groupe Scolaire AndrĂ© Malraux – Horaires et plan du Bus CAP2 de Nice Bus CAP3 LibertĂ© ↔ Groupe Scolaire AndrĂ© Malraux – Horaires et plan du Bus CAP3 de Nice Bus SLV1 Parc des Sports – LycĂ©es Renoir et Escoffier ↔ Square BĂ©nes – Horaires et plan du Bus SLV1 de Nice Bus SLV2 Parc des Sports – LycĂ©es Renoir et Escoffier ↔ La Baronne – Horaires et plan du Bus SLV2 de Nice Bus SLV2b CollĂšge Pagnol ↔ Parc des Sports – LycĂ©es Renoir et Escoffier – Horaires et plan du Bus SLV2b de Nice Bus SLV3 Parc des Sports – LycĂ©es Renoir et Escoffier ↔ Pont des Pugets – Horaires et plan du Bus SLV3 de Nice Bus SLV4 CollĂšge Pagnol ↔ La Baronne Place – Horaires et plan du Bus SLV4 de Nice Bus SLV5 CollĂšge Pagnol ↔ Les Pugets – Aicard – Horaires et plan du Bus SLV5 de Nice Bus 741 CollĂšge Saint-Blaise ↔ Vauban – Horaires et plan du Bus 741 de Nice Bus 742 CollĂšge Jean Franco ↔ Vauban – Horaires et plan du Bus 742 de Nice Bus 743 LycĂ©e de la Montagne ↔ Vauban – Horaires et plan du Bus 743 de Nice Bus 744 CollĂšge Jean Saline ↔ Vauban – Horaires et plan du Bus 744 de Nice Bus 745 Vauban ↔ Saint-Martin-VĂ©subie – Horaires et plan du Bus 745 de Nice Plus de lignes de bus Ă  Nice Il existe encore d’autres lignes de bus circulant Ă  Nice – Les lignes Express Exp1, Exp2 et Exp3– Les lignes interurbaines ZOU 06 desservant les communes de la MĂ©tropole Nice CĂŽte d’Azur – En savoir plus
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 Aller plus loin Horaires et plans des lignes de tramway Ă  NiceHoraires et plans des lignes de bus Ă  NiceInfo trafic, perturbations dans les transports Ă  Nice DerniĂšre mise Ă  jour 28 mars 2022 par
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