RĂšglement Art. 1 Toutes mesures relatives Ă l'instauration de zones horodateurs Ă Namur et Jambes sont abrogĂ©es. Art. 2 Une zone payante est dĂ©limitĂ©e comme suit Namur - zone centre-ville rue de l'ArmĂ©e Grouchy; avenue des Combattants; avenue de Stassart, avant la trĂ©mie en venant de Salzinnes; boulevard FrĂšre Orban, Ă son carrefour avec l'avenue de Stassart; pont de l'EvĂȘchĂ©, avant son carrefour avec le boulevard FrĂšre Orban; pont du MusĂ©e, avant son carrefour avec la rue des Bouchers; avenue Golenvaux, Ă son carrefour avec le boulevard Isabelle Brunell; rue du Tan, avant son carrefour avec la rue Saint-Nicolas; rue Ponty, avant son carrefour avec la rue Saint-Nicolas; rue Courtenay, avant son carrefour avec la rue Saint-Nicolas; place de l'Ecole des Cadets, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; rue des Bourgeois, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; parking des Casernes II, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; rue GĂ©nĂ©ral Michel, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; rue Delvaux, aprĂšs son carrefour avec le boulevard Cauchy; pont de Louvain, avant son carrefour avec la place LĂ©opold; rue Sous le Pont, au dĂ©but de la trĂ©mie; boulevard Cauchy, avant son carrefour avec la place LĂ©opold. Namur - zone Nord place AbbĂ© Joseph AndrĂ©; boulevard du Nord. Namur - zone Confluent parking du Grognon. Namur - zone Salzinnes I place Wiertz; rue Patenier. Namur - zone Salzinnes II place Louise Godin rue Henri Lecocq, depuis l'immeuble n°10 vers la place Louise Godin. Jambes quai de Meuse, Ă hauteur de l'accĂšs carrossable de l'Elysette; boulevard de la Meuse, aprĂšs son carrefour avec la rue du Couvent; pont de Jambes, avant son carrefour avec le quai de Meuse; rue Mazy, avant son carrefour avec la rue Wasseige; rue de Coppin, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue Van OprĂ©, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue Tillieux, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue du Couvent, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue de Dave, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; allĂ©e du Parc Astrid, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; place de la Gare Fleurie, aprĂšs la sortie du parking "Acinapolis"; avenue Jean Materne, aprĂšs son carrefour avec la rue de la Porcelaine; rue Baivy, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue d'Enhaive, avant son carrefour avec l'avenue du Bourgmestre Jean Materne; rue Brigade Piron, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue des Cotelis Jambois, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue Henri Burgniaux, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue de la Croix Rouge, aprĂšs son carrefour avec la rue d'Enhaive; avenue Prince de LiĂšge, avant le rond-point JosĂ©phine Charlotte; rue du Pont des Ardennes, avant son carrefour avec le rond-point JosĂ©phine Charlotte; rue des Brigades d'Irlande, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue Van OprĂ©, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse; rue des Masuis Jambois, avant son carrefour avec l'avenue Gouverneur Bovesse. Art. 3 Dans ces zones, les riverains peuvent bĂ©nĂ©ficier de facilitĂ©s de stationnement pour autant qu'ils rĂ©unissent les conditions fixĂ©es par l'ArrĂȘtĂ© royal du 9 janvier 2007. La mesure est matĂ©rialisĂ©e par le placement de signaux E9a avec la mention "Payant", de dĂ©but et de fin de rĂ©glementation. CatĂ©gorisation Texte additionnel qui est cherchable dans la recherche du site Settings Si activĂ©, une table de matiĂšre sera affichĂ©e en haut de la page. Contenus Il n'y a aucun Ă©lĂ©ment dans ce dossier pour l'instant.
LaFerme EARL La Paulée Valérie et Marc Fernoux 71620 Saint Didier en Bresse tél: .71 e-mail: lapaulee@ pratique la vente directe et sur les marchés : mercredi matin à Saint Martin en Bresse ; samedi matin à Saint Marcel ; 1er mardi de chaque mois à Saint Gengoux le National.
DonnĂ©es SeLoger June 2022 Rue Prix moyen au mÂČ Prix bas Prix haut AllĂ©e du Pont des Arts 1896 ⏠1783 ⏠2574 ⏠N'oubliez pas, le prix dĂ©pend aussi de son Ă©tat ! DĂ©tail des prix de vente des appartements au mÂČ AllĂ©e du Pont des Arts Prix moyen des appartements au mÂČ dans AllĂ©e du Pont des Arts Rue Prix bas Prix moyen Prix haut AllĂ©e du Pont des Arts 1351 ⏠1731 ⏠2204 ⏠Moyenne Ă Le Bourg 2017 ⏠Prix de lâimmobilier aux alentours de AllĂ©e du Pont des Arts Rue Prix mÂČ moyen Le Bourg 1733 âŹ/mÂČ Sources 1307 âŹ/mÂČ BruyĂšres 1324 âŹ/mÂČ Ătangs Chauds 1782 âŹ/mÂČ AĂ©rodrome 1782 âŹ/mÂČ DĂ©tail des prix de vente des maisons au mÂČ AllĂ©e du Pont des Arts Prix moyen des maisons au mÂČ dans AllĂ©e du Pont des Arts Prix bas Prix moyen Prix haut 1788 ⏠1897 ⏠2575 ⏠Moyenne Ă Le Bourg 2017 ⏠Prix de lâimmobilier aux alentours de AllĂ©e du Pont des Arts Rue Prix mÂČ moyen Le Bourg 1817 âŹ/mÂČ Sources 1793 âŹ/mÂČ BruyĂšres 1835 âŹ/mÂČ Ătangs Chauds 2039 âŹ/mÂČ AĂ©rodrome 2039 âŹ/mÂČ Les professionnels AllĂ©e du Pont des Arts Laurent CHASSERAY - Noovimo ChangĂ© Contacter l'agence note 44 avis StĂ©phane Plaza Le Mans Centre Contacter l'agence note 212 avis SAFTI - Eric TRACHSLER Contacter l'agence note 24 avis FONTAINE IMMOBILIER LE MANS Contacter l'agence note 83 avis note 19 avis note 36 avis Tendances du marchĂ© immobilier dans le quartier ChangĂ© Quelques chiffres sur le marchĂ© ChangĂ© Rue Biens sur le marchĂ© Vendu sur 12 mois AllĂ©e du Pont des Arts Les logements dans le quartier ChangĂ© Nombre de logements 1201 RĂ©sidence principale 1122 % RĂ©sidence sĂ©condaire 18 Les derniers biens Ă vendre dans le quartier ChangĂ© Description Prix Appartement 2 piĂšces 40 mÂČ Paris 17Ăšme 420000⏠Maison 5 piĂšces 96 mÂČ Vindelle 215000⏠Appartement 3 piĂšces 73 mÂČ La Garenne-Colombes 545000⏠Appartement 2 piĂšces mÂČ Boulogne-Billancourt 346000⏠Appartement 4 piĂšces 91 mÂČ Versailles 730000⏠Appartement 3 piĂšces 77 mÂČ Boulogne-Billancourt 547000⏠Evolution du marchĂ© immobilier de ChangĂ© ce que les acheteurs cherchent Type de bien Appartement 2% Maison 98% Autres types de bien loft, hĂŽtel, chĂąteau, terrain... 0% Nombre de piĂšces Studio 0 % 2 piĂšces 2 % 3 piĂšces 10 % 4 piĂšces 21 % 5 piĂšces et + 66 % Surface minimum 100mÂČ 63 % Voisinage Composition du foyer CĂ©libataires 20 % Couples 42 % Familles 38 % Vie de quartier Transports 6 arrĂȘts Education 3 Ă©tablissements Quartier 5 commerces Population Total habitans 2996 Habitans par km2 949 Superficie en km2 3 Ăge moyen Age mĂ©dian 47 - de 25 ans 30 % + de 25 ans 70 % Revenu moyen annuel par foyer Emploi et chĂŽmage Actifs -30 ans 4 % Actifs 46 % chercheurs d'emploi 1 %
r675r712 1 2 3 4 "code INSEE Departement";"code INSEE commune";"Commune brute";"Adresse brute";"Adresse formatee";"Numero du bureau de vote";"date";"lat";"lng";
AIN 01Kado-Kool, 23 Place des Bons Enfants, 01000 BOURG EN BRESSELudikbazar, Vente en Ligne, 01100 OYONNAXMini-Hobby, 14 rue Paul Pioda, 01000 BOURG EN BRESSELes darx fantastiques, 11 rue des Alpes, 01170 SEGNYVisa Jeux, 01240 LENTLes Arts FrontiĂšres - La Contrebande Jeux, 34 grand'rue, 01210 FERNEY VOLTAIREUn Monde en Jouets, 32 Rue de l'HĂŽtel de ville, 01130 NANTUAArtemis, 988 route de Bourg, 01140 SAINT DIDIER SUR CHALARONNEL'Ăšre du Jeu, 72 chemin des tates du moulin, 01280 PREVESSIN MOENSARDECHE 07LâArbre Ă Jeux, 9 rue HĂ©lĂšne Durand, 07000 PRIVASJoupi, ZC FugiĂšre, 07000 PRIVASLe Point Jeux, 2 rue Bernady, 07200 AUBENASJouets Sajou, 9 avenue Boissy d'Anglas, 07270 LAMASTREJouets Sajou - Filou Joujou, ZAE Chemin champagne, 07300 TOURNON SUR RHONEDROME 26LâAmusoir, 11 rue des Quatre Alliances, 26200 MONTELIMARLa Diagonale du Fou, 3 CitĂ© Chabert, 26000 VALENCELes ptites sardines, 16-18 grande rue, 26000 VALENCELa citadelle du jeu, 11 rue Francois Pie, 26000 VALENCELe chat bleu 16 - 18 grande rue, 26000 VALENCEVepy Jouets / Sajou Valence, Centre Commercial Valence 2, 26000 VALENCESpountlink, 62 rue Jacquemart, 26100 ROMANS SUR ISERELibrairie du Tiers Temps, Place de la Paix, 07200 AUBENASISERE 38Les 7 Royaumes, 11 rue des Clercs, 38000 GRENOBLELes ContrĂ©es du Jeu, 6 rue Beyle Stendhal, 38000 GRENOBLELibrairie Chapitre Arthaud, 23 Grande Rue, 38000 GRENOBLELes ContrĂ©es du Jeu, 6 rue Beyle Stendhal, 38000 GRENOBLELes sphĂšres du jue, 13 rue du docteur Mazet, 38000 GRENOBLELoolai Jeux du Monde, 1 rue Lakanal, 38000 GRENOBLELe Damier, 25bis cours Berriat, 38000 GRENOBLEMomie Folie, 1 rue Lafayette, 38000 GRENOBLEL'antre des HĂ©ros, 52 cour Berriat, 38000 GRENOBLEKeljeu, 4 avenue doyen Louis Weil, 38000 GRENOBLEMega Joupi, 26 Cours Berriat, 38000 GRENOBLELâOdyssĂ©e du Griffon, 13 Ter rue Poncottier, 38300 BOURGOIN JAILLEUDĂ©clic Ludik, 8 rue Brunet Lecomte, 38300 BOURGOIN JAILLEUIl Etait Une Fois, 7 rue Lieuteant Colonnel Bel, 38460 CREMIEUAgora presse, 55 Boulevard de la Noiree, 38070 SAINT QUENTIN FALLAVIERLa CommunautĂ© des Jeux, 22 avenue Jules Ravat, 38500 VOIRONTic et Puce, 4 place de la Halle, 38260 LA COTE SAINT ANDREAbracadabra, 15 rue du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, 38520 LE BOUR D'OISANSAcadĂ©mie des jeux, 100 chemin de la feyta, 38940 SAINT CLAIR SUR GALAURELe saut de moineau, Avenue LĂ©opold Fabre, 38250 LANS EN VERCORSCrin Blanc, 222 rue gĂ©nĂ©rale de Gaulle, 38220 VIZILLEPoisson d'Avril, 36 rue Joseph Brenier, 38200 VIENNELibrairie du Zodiaque, Avenue des Jeux, 38750 L'ALPE D'HUEZLOIRE 42Au Tapis Vert, 22 rue Louis Braille, 42000 SAINT-ETIENNELa Taverne du Gobelin Farci, 39 rue du 11 novembre, 42100 SAINT ETIENNEL'arĂšne, 15 Rue du 11 novembre, 42000 SAINT ETIENNECap'taine Romain, 3 rue notre Dame, 42000 SAINT ETIENNELe dĂ© calĂ©, 14 rue de la rĂ©publique, 42000 SAINT ETIENNELe Comptoir du Jeu, 15 rue Dormoy, 42000 SAINT ETIENNETapis Vert, 22 rue Louis Braille, 42000 SAINT ETIENNEP'tit loustic, 5 rue MerciĂšre, 42000 SAINT ETIENNEDestination Terre de Jeux, 14 rue de Cadore, 42300 ROANNECAD'JOU / Jouets Sajou, 50 rue de Clermont, 42000 ROANNEStarjouet Roanne, 4 rue Roger Salengro, 42300 ROANNEFĂȘtes Vos Jeux, 18 rue de la Paix, 42700 FIRMINYLa Puce Ă l'Oreille, 12 bis avenue de Montbrison, 42160 ANDREZIEUX BOUTHEONAprĂšs l'Ecole, 18 rue Gambetta, 42400 SAINT CHAMONDLa Compagnie du Jouet de Bois, Le Briat, 42520 SAINT APPOLINARDO Tour du Jeu, 6 rue de la RĂ©publique, 42350 LA TALAUDIEREInnovation Club Sajou, 45 rue Tupinerie, 42600 MONTBRISONStar jouet L'as Vegas Forez, 13 rue Marguerite Fournier, 42600 MONTBRISONLa belle plume, 39 rue Maurice AndrĂ©, 42330 SAINT GALMIERStarjouet, 3 carrefout Saint Roch, 42140 CHAZELLES SUR LYONRHONE 69A Titre dâAile, 23 rue des Tables Claudiennes, 69001 LYONArchi Chouette, 3 place du Griffon, 69001 LYONLe roi de coeur, 21 rue Edouard Herriot, 69001 LYONAu Nain Jaune, 53 rue Edouard Herriot, 69002 LYONBellecour jouets Les Ptits MĂŽmes, 29 rue Gasparin, 69002 LYONLoupiots, 44 rue Franklin, 69002 LYONLa Diagonale du Fou, 63 rue de la RĂ©publique, 69002 LYONJeux Descartes, 13 rue des Remparts dâAinay, 69002 LYONMarikatt in cuisine, 1 place Bellecour, 69002 LYONL'esprit livre, 76 rue du dauphinĂ©, 69003 LYONLa grande rĂ©crĂ©, Centre Commercial La Part Dieu, 69003 LYONLa Marmite aux livres, 76 rue du DauphinĂ©, 69003 LYONLes Jeux du Plateau, 105 rue Denfert Rochereau, 69004 LYONJouĂ©Club modern'mail, 4 rue du mail, 69004 LYONLibrairie Inter-Fun!, 59 rue VendĂŽme, 69006 LYONLâAtout MaĂźtre, 133, rue Bugeaud, 69006 LYONTrollune, 25 rue SĂ©bastien Gryphe, 69007 LYONUkronium, 55 rue de la ThibaudiĂšre, 69007 LYONJeu de Paume, 34 cours Gambetta, 69007 LYONLa 9Ăšme Bulle, 33 Grande rue de Vaise, LYONAtout jeux, 264 avenue Berthelot, 69008 LYONMise en page, 45 avenue des FrĂšres LumiĂšre, 69008 LYONCarla et Swimy / le chat et la souris, 51 rue Marietton, 69009 LYONL'odyssĂ©e des Coccinelles, 26 rue Masaryk, 69009 LYONKing Jouet City, 40 rue Charles de Gaulle, 69210 L'ARBRESLEBoudois et Ricochet, 1 place Hirschberg, 69530 BRIGNAISLudik, 180 rue Victor Hugo, 69400 VILLEFRANCHE SUR SAONELudigones, 46 rue Grenette, 69400 VILLEFRANCHE SUR SAONEMyrtille, 589 rue Nationale, 69400 VILLEFRANCHE SUR SAONEVive le jouet / JouĂ© Club, 840 rue Nationale, 69400 VILLEFRANCHE SUR SAONEStarjouet - Le Roi de Coeur, 38 rue Michel Servet, 69100 VILLEURBANNELa CroisĂ©e des Jeux, 11 rue Bellecombe, 69100 VILLEURBANNELe Roi de coeur, 140 grande rue, 69600 OULLINSJouets Sajou, 15 avenue Edouard Millaud, 69290 CRAPONNELa grande rĂ©crĂ©, Route nationale, 69760 LIMONESTAmbiance jeux, Grand Champs, 69210 SAINT BELAmbiance Jeux, 31 chemin des Gouttes, 69380 LOZANNESajou Fiorello Boutet, 14 avenue Charles de Gaulle, 69170 TARAREMystĂšre et Boule de Gomme, 3 rue de Monts d'Or, 69450 SAINT CYR AU MONT D'ORTassin Jouets JouĂ©Club, 40 avenue de la RĂ©publique, 69160 TASSIN LA DEMI LUNESAVOIE 73LâAntre des Jeux, 153 rue Croix dâOr, 73000 CHAMBERYGrimgaard, 515 faubourg MontmĂ©lian, 73000 CHAMBERYLudocortex, Vente par correspondanceVirus jeux, 13 rue filaterie, 74000 ANNECYNeurones, Galerie de l'Emeraude du Lac, 74000 ANNECYKing Jouet baby toys, 1098 chemin de la Cassine ZI du Chiriac, 73200 ALBERTVILLECarroussel, 81 rue du Casino, 73100 AIX LES BAINSE-Concept, vente en ligne, LA RAVOIREJouets Sajou, 38 place du marchĂ©, 73300 SAINT JEAN DE MAURIENNEDrugstore Mermoz, 148 Grande rue, 73700 BOURG SAINT MAURICEHAUTE SAVOIE 74Au Coeur du Jeu, 312A Route du Chablais, 74140 VEIGY-FONCENEXAux NĂ©vĂ©s, 103 rue Monseigneur Conseil, 74120 MEGEVEBecassine, 73 rue Arly, 74120 MEGEVELudocortex, 3 boulevard du LycĂ©e, 74000 ANNECYMagic Bazar, 15 avenue du RhĂŽne, 74000 ANNECYNeurones, 11 rue de la PrĂ©fecture, 74000 ANNECYOnyris, 11 avenue Henri Barbusse, 74100 ANNEMASSELibrairie jeunesse Tatulu, 6 passage Jean Moulin, 74100 ANNEMASSETerre de Jeux, 46 rue des Allobroges, 74700 SALLANCHESLire et dĂ©lire, CC du compostelle, 74700 SALLANCHESAbracadabois, 6 Grande rue, 74160 SAINT JULIEN EN GENEVOISZig Zag Zoug, 74100 VILLE LA GRANDHistoires sans fin, 74800 LA ROCHE SUR FORONJouĂ© Club, Centre Ville rue prĂ©sident Carnot, 74800 LA ROCHE SUR FORONJouĂ© Club, 23 grande rue - BP110, 74200 THONON LES BAINSRĂȘve d'enfant, 12 avenue Jean LĂ©ger, 74500 EVIAN LES BAINSLa Courterie, 633 rue du Centre, 74260 LES GETSJoubaby, 22 Grande Rue, 74300 CLUSESSajou Jouets, 95 route Roche, 74800 AMANCY
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29 avril 2022 Ă 11h01 Arneke vide-greniers, de 6 h Ă 17 h, centre-ville, entrĂ©e gratuite ;Bois Grenier braderie / brocante, de 8 h Ă 13 h, allĂ©e du BĂ©quinage et rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Bray-Dunes brocante, de 7 h Ă 18 h, secteur village, rue Roger-Salengro, entrĂ©e gratuite ;Brillon braderie / brocante, de 8 h 30 Ă 14 h, place de lâEglise et rues alentours, entrĂ©e gratuite ;Cappelle Brouck braderie / brocante, de 7 h Ă 17 h, rue du Speye Straete et allĂ©es adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Carnin vide-greniers, de 8 h Ă 16 h, rue Lucien Dal et du lieutenant Baillet, entrĂ©e gratuite ;Crespin brocante, de 7 h Ă 18 h, rue des DĂ©portĂ©s, rue Pasteur et place Bellevue, entrĂ©e gratuite ;Crochte brocante, de 7 h Ă 16 h, rue des Lilas et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Flers en Escrebieux braderie / brocante, de 7 h Ă 18 h, quartier du Pont de la DeĂ»le, entrĂ©e gratuite ;Gravelines braderie, de 8 h Ă 17 h, cour de lâĂ©cole, rue du CollĂšge, entrĂ©e gratuite ;Hazebrouck brocante, de 7 h Ă 16 h, complexe Beltrame, rue de Sercus et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Houplines braderie, de 7 h Ă 15 h, place de la RĂ©publique, entrĂ©e gratuite ;La Gorgue brocante de la Mayolle, de 8 h Ă 14 h, rue de BĂ©thune et autres axes adjacents, entrĂ©e gratuite ;Lambersart braderie spĂ©ciale enfants, de 8 h Ă 14 h, cour de lâĂ©cole primaire Victor-Hugo, rue ChampĂȘtre, entrĂ©e gratuite ;Lille vinyles market, de 12 h Ă 20 h, Bistrot de Saint-So, 17, bd Jean-Baptiste Lebas, entrĂ©e gratuite ;Loffre brocante / vide-greniers, de 7 h Ă 13 h, rue Saint-Jean, entrĂ©e gratuite ;Mairieux vente de livres, BD, revues, journaux, disques, cassettes, etc, de 8 h Ă 18 h, salle des fĂȘtes, entrĂ©e gratuite ;Malo-les-Bains brocante / vide-greniers, de 7 h Ă 17 h, parking du Carrefour du MĂ©ridien, rue de Cambrai, entrĂ©e gratuite ;Marquillies vide-greniers, de 9 h Ă 18 h, quartier de la Gare, entrĂ©e gratuite ;Mons en PĂ©vĂšle brocante, de 7 h Ă 17 h, au Pas Roland, rue du 8 Mai, entrĂ©e gratuite ;Mouvaux braderie / brocante, de 8 h Ă 13 h, rue Franklin-Roosevelt et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Neuville-en-Ferrain marchĂ© aux puces, de 7 h Ă 15 h, place du GĂ©nĂ©ral-de-Gaulle et rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Petite-ForĂȘt brocante, de 7 h Ă 17 h, quartier Duclos, rue Emmanuel Chabrier, entrĂ©e gratuite ;Ronchin bourse aux jouets et vĂȘtements de puĂ©riculture, de 9 h Ă 13 h, salle des fĂȘtes Alfred Colin, par de lâHĂŽtel de Ville, 650, avenue Jean-JaurĂšs, entrĂ©e gratuite ;Roubaix vide-greniers, de 9 h Ă 12 h 30, cour de lâĂ©cole Anatole France, 5, avenue Anatole France, entrĂ©e gratuite ;Saint-Amand-les-Eaux brocante, de 6 h 30 Ă 15 h, rĂ©sidence Davaine, rue de Nivelle et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Saint-AndrĂ©-lez-Lille braderie du Muguet, de 8 h Ă 16 h, rue du MarĂ©chal Foch et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Saint-Saulve brocante, de 10 h Ă 18 h, avenue Alsace-Lorraine, rue de Strasbourg et rue de Metz, entrĂ©e gratuite ;Sepmeries brocante, de 7 h Ă 15 h, Grand rue, entrĂ©e gratuite ;Teteghem brocante, de 9 h Ă 18 h, parking du magasin Bric Ada Brac, 229, route du Chapeau Rouge, entrĂ©e gratuite ;Tourcoing marchĂ© aux puces, de 8 h Ă 16 h, avenue Brun Pain, entrĂ©e gratuite ;Trith Saint-LĂ©ger braderie / brocante, de 8 h Ă 15 h, quartier du Fort, rue GhesquiĂšre et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Valenciennes vide-greniers, de 8 h Ă 17 h, quartier Sainte-Catherine, rue de la Digue, entrĂ©e gratuite ;Verlinghem vide-greniers, de 8 h Ă 14 h, place du GĂ©nĂ©ral-de-Gaulle, entrĂ©e gratuite ;Villeneuve-dâAscq vide-greniers, de 8 h Ă 15 h, quartier Pont de Bois, avenue du Pont de Bois et rue de la Chatellenle, entrĂ©e gratuite ;Wallers brocante, de 8 h Ă 13 h, Ă©cole Saint-Joseph, 3, rue Merrheim, entrĂ©e gratuite ;Wasquehal brocante / vide-greniers, de 8 h Ă 16 h, rue Jean-Paul Sartre, entrĂ©e gratuite. Alembon brocante, de 8 h Ă 18 h, rue Basse, entrĂ©e gratuite ;Angres marchĂ© aux puces, de 8 h Ă 14 h, rue de La CavĂ©e, entrĂ©e gratuite ;Audresselles brocante, de 8 h Ă 18 h, rue Marin de MeslĂ©e et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Bailleulmont vide-greniers, de 8 h Ă 14 h, rue du Crinchon, entrĂ©e gratuite ;BĂ©thune marchĂ© aux puces, de 8 h Ă 18 h, place du GĂ©nĂ©ral-de-Gaulle, entrĂ©e gratuite ;Burbure marchĂ© aux puces, de 8 h Ă 16 h, place Rietz, entrĂ©e gratuite ;Calonne Ricouart marchĂ© aux puces, de 7 h Ă 17 h, place RenĂ©-Lannoy, bd des Sports et autres rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Camiers brocante en salle, de 8 h Ă 18 h, salle Sainte Gabrielle, rue du Campe de Rosamel, entrĂ©e gratuite ;Campigneulles les Petites brocante, de 8 h Ă 18 h, rue de la Mairie et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Courcelles le Comte brocante, de 9 h Ă 17 h, rue de Verdun, entrĂ©e gratuite ;Epinoy brocante, de 8 h Ă 18 h, prĂšs du terrain de football, entrĂ©e gratuite ;Ficheux braderie / brocante, de 8 h Ă 16 h, rue Hector, Bonnel, entrĂ©e gratuite ;GuĂźnes brocante, de 7 h Ă 19 h, bd Blanchard et rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Hesdin exposition et bourse dâĂ©change de piĂšces auto, de 8 h Ă 17 h, salle du manĂšge, route du ManĂšge, 3 euros lâentrĂ©e ;Inchy en Artois brocante, de 8 h Ă 16 h, grand place, entrĂ©e gratuite ;Libercourt bourse aux jouets et aux vĂȘtements toute taille, de 9 h Ă 17 h, salle des fĂȘtes LĂ©on Delfosse, rue Cyprien-Quinet, entrĂ©e gratuite ;LiĂ©vin marchĂ© aux puces, de 6 h Ă 13 h 30, parking du Carrefour, 21 TER, rue Marie-LiĂ©tard, entrĂ©e gratuite ;Marles les Mines marchĂ© aux puces, de 8 h Ă 14 h, bd LĂ©on Gambetta, entrĂ©e gratuite ;Marck brocante, de 8 h Ă 19 h, avenue Mitterand, de Calais et de Verdun, entrĂ©e gratuite ;Maresquel Ecquimicourt brocante, de 8 h Ă 18 h, place des Tilleuls, rue dâHesdin et de Montreuil, entrĂ©e gratuite ;Menneville brocante, de 8 h Ă 18 h, rue des Ecoles, entrĂ©e gratuite ;Metz en Couture brocante, de 8 h Ă 17 h, place dâHalifax et rues adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Moulle brocante, de 8 h Ă 18 h, rue des Arts et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Ruminghem braderie / brocante, de 6 h Ă 18 h 30, rue des Jardins de CĂ©rĂšs, grand Chemin de lâEglise et rue des Fleurs, entrĂ©e gratuite ;Saint Folquin brocante en salle, de 8 h Ă 18 h, salle des fĂȘtes / des sports, rue de Calais, entrĂ©e gratuite ;Saint-Martin-Boulogne brocante, de 8 h Ă 18 h, rue Mangin et adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Saint-Omer braderie / brocante, de 7 h Ă 18 h, rue dâArras et autres adjacentes, entrĂ©e gratuite ;Tortequesne brocante, de 7 h Ă 14 h, rue de Sailly, entrĂ©e gratuite ;Vaudringhem brocante, de 8 h Ă 17 h, dans le centre du village, entrĂ©e gratuite ;Vendin-le-Vieil marchĂ© aux puces, de 7 h Ă 17 h, aire de Faitelles chemin Manot, entrĂ©e gratuite ;Verchocq brocante, de 7 h Ă 18 h, dans le centre du village, entrĂ©e gratuite ;Wierre Effroy braderie / brocante, de 8 h Ă 18 h, dans le centre du village, entrĂ©e gratuite ;Wismes brocante / vide-greniers, de 8 h Ă 18 h, chemin de Merck, entrĂ©e gratuite. 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Readthe publication # 32 septembre octobre LE CANARD CHANGĂEN Bulletin municipal dâinformations de la Ville de ChangĂ© p10 Dossier : les travaux au coeur de ChangĂ© Nos Ă©lus Les voisineurs p14 / La fibre optique arrive - p19 / CommunautĂ© de communes Urgence : jâai besoin dâun mĂ©decin p11 / Associations Un basketteur en or p37 /
Balzac La peau de chagrin I. Le Talisman A Monsieur Savary membre de l'acadĂ©mie des sciences STERNE. Tristam Shandy , ch. CCXXII Vers la fin du mois d'octobre dernier, un jeune homme entra dans le Palais-Royal au moment oĂÂč les maisons de jeu s'ouvraient, conformĂ©ment Ă la loi qui protĂšge une passion essentiellement imposable. Sans trop hĂ©siter, il monta l'escalier du tripot dĂ©signĂ© sous le nom de numĂ©ro 36. - Monsieur, votre chapeau, s'il vous plaĂt? lui cria d'une voix sĂšche et grondeuse un petit vieillard blĂÂȘme, accroupi dans l'ombre, protĂ©gĂ© par une barricade, et qui se leva soudain en montrant une figure moulĂ©e sur un type ignoble. Quand vous entrez dans une maison de jeu, la loi commence par vous dĂ©pouiller de votre chapeau. Est-ce une parabole Ă©vangĂ©lique et providentielle? N'est-ce pas plutĂÂŽt une maniĂšre de conclure un contrat infernal avec vous en exigeant je ne sais quel gage? Serait-ce pour vous obliger Ă garder un maintien respectueux devant ceux qui vont gagner votre argent? Est-ce la police, tapie dans tous les Ă©gouts sociaux, qui tient Ă savoir le nom de votre chapelier ou le vĂÂŽtre, et si vous l'avez inscrit sur la coiffe? Est-ce, enfin, pour prendre la mesure de votre crĂÂąne et dresser une statistique instructive sur la capacitĂ© cĂ©rĂ©brale des joueurs? Sur ce point, l'administration garde un silence complet. Mais, sachez-le bien, Ă peine avez-vous fait un pas vers le tapis vert, dĂ©jĂ votre chapeau ne vous appartient pas plus que vous ne vous appartenez Ă vous-mĂÂȘme vous ĂÂȘtes au jeu, vous, votre fortune, votre coiffe, votre canne et votre manteau. A votre sortie, le Jeu vous dĂ©montrera, par une atroce Ă©pigramme en action, qu'il vous laisse encore quelque chose en vous rendant votre bagage. Si toutefois vous avez une coiffure neuve, vous apprendrez Ă vos dĂ©pens qu'il faut se faire un costume de joueur. L'Ă©tonnement manifestĂ© par le jeune homme en recevant une fiche numĂ©rotĂ©e en Ă©change de son chapeau, dont heureusement les bords Ă©taient lĂ©gĂšrement pelĂ©s, indiquait assez une ĂÂąme encore innocente; aussi le petit vieillard, qui sans doute avait croupi dĂšs son jeune ĂÂąge dans les bouillants plaisirs de la vie des joueurs, lui jeta-t-il un coup d'oeil terne et sans chaleur, dans lequel un philosophe aurait vu les misĂšres de l'hĂÂŽpital, les vagabondages des gens ruinĂ©s, les procĂšs-verbaux d'une foule d'asphyxies, les travaux forcĂ©s Ă perpĂ©tuitĂ©, les expatriations au Guazacoalco. Cet homme, dont la longue face blanche n'Ă©tait plus nourrie que par les soupes gĂ©latineuses de Darcet, prĂ©sentait la pĂÂąle image de la passion rĂ©duite Ă son terme le plus simple. Dans ses rides, il y avait trace de vieilles tortures, il devait jouer ses maigres appointements le jour mĂÂȘme oĂÂč il les recevait. Semblable aux rosses sur qui les coups de fouet n'ont plus de prise, rien ne le faisait tressaillir; les sourds gĂ©missements des joueurs qui sortaient ruinĂ©s, leurs muettes imprĂ©cations, leurs regards hĂ©bĂ©tĂ©s le trouvaient toujours insensible. C'Ă©tait le jeu incarnĂ©. Si le jeune homme avait contemplĂ© ce triste cerbĂšre, peut-ĂÂȘtre se serait-il dit Il n'y a plus qu'un jeu de cartes dans ce coeur-lĂ ! " L'inconnu n'Ă©couta pas ce conseil vivant, placĂ© lĂ sans doute par la Providence, comme elle a mis le dĂ©goĂ»t Ă la porte de tous les mauvais lieux. Il entra rĂ©solument dans la salle, oĂÂč le son de l'or exerçait une Ă©blouissante fascination sur les sens en pleine convoitise. Ce jeune homme Ă©tait probablement poussĂ© lĂ par la plus logique de toutes les Ă©loquentes phrases de Jean-Jacques Rousseau, et dont voici, je crois, la triste pensĂ©e Oui, je conçois qu'un homme aille au jeu, mais c'est lorsque, entre lui et la mort, il ne voit plus que son dernier Ă©cu. Le soir, les maisons de jeu n'ont qu'une poĂ©sie vulgaire, mais dont l'effet est assurĂ© comme celui d'un drame sanguinolent. Les salles sont garnies de spectateurs et de joueurs, de vieillards indigents qui s'y traĂnent pour s'y rĂ©chauffer, de faces agitĂ©es, d'orgies commencĂ©es dans le vin et dĂ©cidĂ©es Ă finir dans la Seine. Si la passion y abonde, le trop grand nombre d'acteurs vous empĂÂȘche de contempler face Ă face le dĂ©mon du jeu. La soirĂ©e est un vĂ©ritable morceau d'ensemble oĂÂč la troupe entiĂšre crie, oĂÂč chaque instrument de l'orchestre module sa phrase. Vous verriez lĂ beaucoup de gens honorables qui viennent y chercher des distractions et les payent comme ils payeraient le plaisir du spectacle, de la gourmandise, ou comme ils iraient dans une mansarde acheter Ă bas prix de cuisants regrets pour trois mois. Mais comprenez-vous tout que doit avoir de dĂ©lire et de vigueur dans l'ĂÂąme un homme qui attend avec impatience l'ouverture d'un tripot? Entre le joueur du matin et le joueur du soir il existe la diffĂ©rence qui distingue le mari nonchalant, de l'amant pĂÂąmĂ© sous les fenĂÂȘtres de sa belle. Le matin seulement, arrivent la passion palpitante et le besoin dans sa franche horreur. En ce moment, vous pourrez admirer un vĂ©ritable joueur qui n'a pas mangĂ©, dormi, vĂ©cu, pensĂ©, tant il Ă©tait rudement flagellĂ© par le fouet de sa martingale, tant il souffrait travaillĂ© par le prurit d'un coup de trente et quarante. A cette heure maudite, vous rencontrerez des yeux dont le calme effraye, des visages qui vous fascinent, des regards qui soulĂšvent les cartes et les dĂ©vorent. Aussi les maisons de jeu ne sont-elles sublimes qu'Ă l'ouverture de leurs sĂ©ances. Si l'Espagne a ses combats de taureaux, si Rome a eu ses gladiateurs, Paris s'enorgueillit de son Palais-Royal dont les agaçantes roulettes donnent le plaisir de voir couler le sang Ă flots sans que les pieds du parterre risquent d'y glisser. Essayez de jeter un regard furtif sur cette arĂšne, entrez?... Quelle nuditĂ©! Les murs couverts d'un papier gras Ă hauteur d'homme n'offrent pas une seule image qui puisse rafraĂchir l'ĂÂąme. Il ne s'y trouve mĂÂȘme pas un clou pour faciliter le suicide. Le parquet est usĂ©, malpropre. Une table oblongue occupe le centre de la salle. La simplicitĂ© des chaises de paille pressĂ©es autour de ce tapis usĂ© par l'or annonce une curieuse indiffĂ©rence du luxe chez ces hommes qui viennent pĂ©rir lĂ pour la fortune et pour le luxe. Cette antithĂšse humaine se dĂ©couvre partout oĂÂč l'ĂÂąme rĂ©agit puissamment sur elle-mĂÂȘme. L'amoureux veut mettre sa maĂtresse dans la soie, la revĂÂȘtir d'un moelleux tissu d'Orient, et la plupart du temps il la possĂšde sur un grabat. L'ambitieux se rĂÂȘve au faĂte du pouvoir tout en s'aplatissant dans la boue du servilisme. Le marchand vĂ©gĂšte au fond d'une boutique humide et malsaine, en Ă©levant un vaste hĂÂŽtel, d'oĂÂč son fils, hĂ©ritier prĂ©coce, sera chassĂ© par une licitation fraternelle. Enfin, existe-t-il chose plus dĂ©plaisante qu'une maison de plaisir? Singulier problĂšme! Toujours en opposition avec lui-mĂÂȘme, trompant ses espĂ©rances par ses maux prĂ©sents, et ses maux par un avenir qui ne lui appartient pas, l'homme imprime Ă tous ses actes le caractĂšre de l'inconsĂ©quence et de la faiblesse. Ici-bas rien n'est complet que le malheur. Au moment oĂÂč le jeune homme entra dans le salon, quelques joueurs s'y trouvaient dĂ©jĂ . Trois vieillards Ă tĂÂȘtes chauves Ă©taient nonchalamment assis autour du tapis vert; leurs visages de plĂÂątre, impassibles comme ceux des diplomates, rĂ©vĂ©laient des ĂÂąmes blasĂ©es, des cĂ
âurs qui depuis longtemps avaient dĂ©sappris de palpiter, mĂÂȘme en risquant les biens paraphernaux d'une femme. Un jeune Italien aux cheveux noirs, au teint olivĂÂątre, Ă©tait accoudĂ© tranquillement au bout de la table, et paraissait Ă©couter ces pressentiments secrets qui crient fatalement Ă un joueur - Oui. - Non! Cette tĂÂȘte mĂ©ridionale respirait l'or et le feu. Sept ou huit spectateurs, debout, rangĂ©s de maniĂšre Ă former une galerie, attendaient les scĂšnes que leur prĂ©paraient les coups du sort, les figures des acteurs, le mouvement de l'argent et celui des rĂÂąteaux. Ces dĂ©sĂ
âuvrĂ©s Ă©taient lĂ , silencieux, immobiles, attentifs comme l'est le peuple Ă la GrĂšve quand le bourreau tranche une tĂÂȘte. Un grand homme sec, en habit rĂÂąpĂ©, tenait un registre d'une main, et de l'autre une Ă©pingle pour marquer les passes de la Rouge ou de la Noire. C'Ă©tait un de ces Tantales modernes qui vivent en marge de toutes les jouissances de leur siĂšcle, un de ces avares sans trĂ©sor qui jouent une mise imaginaire; espĂšce de fou raisonnable qui se consolait de ses misĂšres en caressant une chimĂšre, qui agissait enfin avec le vice et le danger comme les jeunes prĂÂȘtres avec l'eucharistie, quand ils disent des messes blanches. En face de la banque, un ou deux de ces fins spĂ©culateurs, experts des chances du jeu, et semblables Ă d'anciens forçats qui ne s'effraient plus des galĂšres, Ă©taient venus lĂ pour hasarder trois coups et remporter immĂ©diatement le gain probable duquel ils vivaient. Deux vieux garçons de salle se promenaient nonchalamment les bras croisĂ©s, et de temps en temps regardaient le jardin par les fenĂÂȘtres, comme pour montrer aux passants leurs plates figures, en guise d'enseigne. Le tailleur et le banquier venaient de jeter sur les pondeurs ce regard blĂÂȘme qui les tue, et disaient d'une voix grĂÂȘle - " Faites le jeu! " quand le jeune homme ouvrit la porte. Le silence devint en quelque sorte plus profond, et les tĂÂȘtes se tournĂšrent vers le nouveau venu par curiositĂ©. Chose inouĂÂŻe! les vieillards Ă©moussĂ©s, les employĂ©s pĂ©trifiĂ©s, les spectateurs, et jusqu'au fanatique Italien, tous en voyant l'inconnu Ă©prouvĂšrent je ne sais quel sentiment Ă©pouvantable. Ne faut-il pas ĂÂȘtre bien malheureux pour obtenir de la pitiĂ©, bien faible pour exciter une sympathie, ou d'un bien sinistre aspect pour faire frissonner les ĂÂąmes dans cette salle oĂÂč les douleurs doivent ĂÂȘtre muettes, oĂÂč la misĂšre est gaie et le dĂ©sespoir dĂ©cent? Eh bien, il y avait de tout cela dans la sensation neuve qui remua ces cĂ
âurs glacĂ©s quand le jeune homme entra. Mais les bourreaux n'ont-ils pas quelquefois pleurĂ© sur les vierges dont les blondes tĂÂȘtes devaient ĂÂȘtre coupĂ©es Ă un signal de la RĂ©volution? Au premier coup d'Ă
âil les joueurs lurent sur le visage du novice quelque horrible mystĂšre, ses jeunes traits Ă©taient empreints d'une grĂÂące nĂ©buleuse, son regard attestait des efforts trahis, mille espĂ©rances trompĂ©es! La morne impassibilitĂ© du suicide donnait Ă ce front une pĂÂąleur mate et maladive, un sourire amer dessinait de lĂ©gers plis dans les coins de la bouche, et la physionomie exprimait une rĂ©signation qui faisait mal Ă voir. Quelque secret gĂ©nie scintillait au fond de ces yeux voilĂ©s peut-ĂÂȘtre par les fatigues du plaisir. Etait-ce la dĂ©bauche qui marquait de son sale cachet cette noble figure jadis pure et brĂ»lante, maintenant dĂ©gradĂ©e? Les mĂ©decins auraient sans doute attribuĂ© Ă des lĂ©sions au coeur ou Ă la poitrine le cercle jaune qui encadrait les paupiĂšres, et la rougeur qui marquait les joues, tandis que les poĂštes eussent voulu reconnaĂtre Ă ces signes les ravages de la science, les traces de nuits passĂ©es Ă la lueur d'une lampe studieuse. Mais une passion plus mortelle que la maladie, une maladie plus impitoyable que l'Ă©tude et le gĂ©nie, altĂ©raient cette jeune tĂÂȘte, contractaient ces muscles vivaces, tordaient ce cĂ
âur qu'avaient seulement effleurĂ© les orgies, l'Ă©tude et la maladie. Comme, lorsqu'un cĂ©lĂšbre criminel arrive au bagne, les condamnĂ©s l'accueillent avec respect, ainsi tous ces dĂ©mons humains, experts en tortures, saluĂšrent une douleur inouĂÂŻe, une blessure profonde que sondait leur regard, et reconnurent un de leurs princes Ă la majestĂ© de sa muette ironie, Ă l'Ă©lĂ©gante misĂšre de ses vĂÂȘtements. Le jeune homme avait bien un frac de bon goĂ»t, mais la jonction de son gilet et de sa cravate Ă©tait trop savamment maintenue pour qu'on lui supposĂÂąt du linge. Ses mains, jolies comme des mains de femme, Ă©taient d'une douteuse propretĂ© enfin depuis deux jours il ne portait plus de gants! Si le tailleur et les garçons de salle eux-mĂÂȘmes frissonnĂšrent, c'est que les enchantements de l'innocence florissaient par vestiges dans ces formes grĂÂȘles et fines, dans ces cheveux blonds et rares, naturellement bouclĂ©s. Cette figure avait encore vingt-cinq ans, et le vice paraissait n'y ĂÂȘtre qu'un accident. La verte vie de la jeunesse y luttait encore avec les ravages d'une impuissante lubricitĂ©. Les tĂ©nĂšbres et la lumiĂšre, le nĂ©ant et l'existence s'y combattaient en produisant tout Ă la fois de la grĂÂące et de l'horreur. Le jeune homme se prĂ©sentait lĂ comme un ange sans rayons, Ă©garĂ© dans sa route. Aussi tous ces professeurs Ă©mĂ©rites de vice et d'infamie, semblables Ă une vieille femme Ă©dentĂ©e, prise de pitiĂ© Ă l'aspect d'une belle fille qui s'offre Ă la corruption, furent-ils prĂšs de crier au novice - Sortez! Celui-ci marcha droit Ă la table, s'y tint debout, jeta sans calcul sur le tapis une piĂšce d'or qu'il avait Ă la main et qui roula sur Noir; puis, comme les ĂÂąmes fortes, abhorrant de chicaniĂšres incertitudes, il lança sur le Tailleur un regard tout Ă la fois turbulent et calme. L'intĂ©rĂÂȘt de ce coup Ă©tait si grand que les vieillards ne firent pas de mise; mais l'italien saisit avec le fanatisme de la passion une idĂ©e qui vint lui sourire, et ponta sa masse d'or en opposition au jeu de l'inconnu. Le Banquier oublia de dire ces phrases qui se sont Ă la longue converties en un cri rauque et inintelligible " Faites le jeu! - Le jeu est fait! - Rien ne va plus. " Le Tailleur Ă©tala les cartes, et sembla souhaiter bonne chance au dernier venu, indiffĂ©rent qu'il Ă©tait Ă la perte ou au gain fait par les entrepreneurs de ces sombres plaisirs. Chacun des spectateurs voulut voir un drame et la derniĂšre scĂšne d'une noble vie dans le sort de cette piĂšce d'or; leurs yeux arrĂÂȘtĂ©s sur les cartons fatidiques Ă©tincelĂšrent; mais, malgrĂ© l'attention avec laquelle ils regardĂšrent alternativement et le jeune homme et les cartes, ils ne purent apercevoir aucun symptĂÂŽme d'Ă©motion sur sa figure froide et rĂ©signĂ©e. - "Rouge, pair, passe", dit officiellement le Tailleur. Une espĂšce de rĂÂąle sourd sortit de la poitrine de l'italien lorsqu'il vit tomber un Ă un les billets pliĂ©s que lui lança le Banquier. Quant au jeune homme, il ne comprit sa ruine qu'au moment oĂÂč le rĂÂąteau s'allongea pour ramasser son dernier napolĂ©on. L'ivoire fit rendre un bruit sec Ă la piĂšce qui, rapide comme une flĂšche, alla se rĂ©unir au tas d'or Ă©talĂ© devant la caisse. L'inconnu ferma les yeux doucement, ses lĂšvres blanchirent; mais il releva bientĂÂŽt ses paupiĂšres, sa bouche reprit une rougeur de corail, il affecta l'air d'un Anglais pour qui la vie n'a plus de mystĂšres, et disparut sans mendier une consolation par un de ces regards dĂ©chirants que les joueurs au dĂ©sespoir lancent assez souvent sur la galerie. Combien d'Ă©vĂ©nements se pressent dans l'espace d'une seconde, et que de choses dans un coup de dĂ©! - VoilĂ sans doute sa derniĂšre cartouche, dit en souriant le croupier aprĂšs un moment de silence pendant lequel il tint cette piĂšce d'or entre le pouce et l'index pour la montrer aux assistants. - C'est un cerveau brĂ»lĂ© qui va se jeter Ă l'eau, rĂ©pondit un habituĂ© en regardant autour de lui les joueurs qui se connaissaient tous. - Bah! s'Ă©cria le garçon de chambre en prenant une prise de tabac. - Si nous avions imitĂ© monsieur? dit un des vieillards Ă ses collĂšgues en dĂ©signant l'italien. Tout le monde regarda l'heureux joueur dont les mains tremblaient en comptant ses billets de banque. - J'ai entendu, dit-il, une voix qui me criait dans l'oreille Le jeu aura raison contre le dĂ©sespoir de ce jeune homme. - Ce n'est pas un joueur, reprit le Banquier, autrement il aurait groupĂ© son argent en trois masses pour se donner plus de chances. Le jeune homme passait sans rĂ©clamer son chapeau; mais le vieux molosse, ayant remarquĂ© le mauvais Ă©tat de cette guenille, la lui rendit sans profĂ©rer une parole; le joueur restitua la fiche par un mouvement machinal, et descendit les escaliers en sifflant di tanti palpiti d'un souffle si faible, qu'il en entendit Ă peine lui-mĂÂȘme les notes dĂ©licieuses. Il se trouva bientĂÂŽt sous les galeries du Palais-Royal, alla jusqu'Ă la rue Saint-HonorĂ©, prit le chemin des Tuileries et traversa le jardin d'un pas indĂ©cis. Il marchait comme au milieu d'un dĂ©sert, coudoyĂ© par des hommes qu'il ne voyait pas, n'Ă©coutant Ă travers les clameurs populaires qu'une seule voix, celle de la mort; enfin perdu dans une engourdissante mĂ©ditation, semblable Ă celle dont jadis Ă©taient saisis les criminels qu'une charrette conduisait du Palais Ă la GrĂšve, vers cet Ă©chafaud, rouge de tout le sang versĂ© depuis 1793. Il existe je ne sais quoi de grand et d'Ă©pouvantable dans le suicide. Les chutes d'une multitude de gens sont sans danger, comme celles des enfants qui tombent de trop bas pour se blesser; mais quand un grand homme se brise, il doit venir de bien haut, s'ĂÂȘtre Ă©levĂ© jusqu'aux cieux, avoir entrevu quelque paradis inaccessible. Implacables doivent ĂÂȘtre les ouragans qui le forcent Ă demander la paix de l'ĂÂąme Ă la bouche d'un pistolet. Combien de jeunes talents confinĂ©s dans une mansarde s'Ă©tiolent et pĂ©rissent faute d'un ami, faute d'une femme consolatrice, au sein d'un million d'ĂÂȘtres, en prĂ©sence d'une foule lassĂ©e d'or et qui s'ennuie. A cette pensĂ©e, le suicide prend des proportions gigantesques. Entre une mort volontaire et la fĂ©conde espĂ©rance dont la voix appelait un jeune homme Ă Paris, Dieu seul sait combien se heurtent de conceptions, de poĂ©sies abandonnĂ©es, de dĂ©sespoirs et de cris Ă©touffĂ©s de tentatives inutiles et de chefs-dĂąâŹâąĂ
âuvre avortĂ©s. Chaque suicide est un poĂšme sublime de mĂ©lancolie. OĂÂč trouverez-vous, dans l'ocĂ©an des littĂ©ratures, un livre surnageant qui puisse lutter de gĂ©nie avec cet entrefilet. Hier, Ă quatre heures, une jeune femme s'est jetĂ©e dans la Seine du haut du Pont-des-Arts. Devant ce laconisme parisien, les drames, les romans, tout pĂÂąlit, mĂÂȘme ce vieux frontispice Les lamentations du glorieux roi de KaĂrnavan, mis en prison par ses enfants ; dernier fragment d'un livre perdu, dont la seule lecture faisait pleurer ce Sterne, qui lui-mĂÂȘme dĂ©laissait sa femme et ses enfants. L'inconnu fut assailli par mille pensĂ©es semblables, qui passaient en lambeaux dans son ĂÂąme, comme des drapeaux dĂ©chirĂ©s voltigent au milieu d'une bataille. S'il dĂ©posait pendant un moment le fardeau de son intelligence et de ses souvenirs pour s'arrĂÂȘter devant quelques fleurs dont les tĂÂȘtes Ă©taient mollement balancĂ©es par la brise parmi les massifs de verdure, bientĂÂŽt saisi par une convulsion de la vie qui regimbait encore sous la pesante idĂ©e du suicide, il levait les yeux au ciel lĂ , des nuages gris, des bouffĂ©es de vent chargĂ©es de tristesse, une atmosphĂšre lourde, lui conseillaient encore de mourir. Il s'achemina vers le pont Royal en songeant aux derniĂšres fantaisies de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Il souriait en se rappelant que lord Castelreagh avait satisfait le plus humble de nos besoins avant de se couper la gorge, et que l'acadĂ©micien Auger Ă©tait allĂ© chercher sa tabatiĂšre pour priser tout en marchant Ă la mort. Il analysait ces bizarreries et s'interrogeait lui-mĂÂȘme, quand, en se serrant contre le parapet du pont, pour laisser passer un fort de la halle, celui-ci ayant lĂ©gĂšrement blanchi la manche de son habit, il se surprit Ă en secouer soigneusement la poussiĂšre. ArrivĂ© au point culminant de la voĂ»te, il regarda l'eau d'un air sinistre. - Mauvais temps pour se noyer, lui dit en riant une vieille femme vĂÂȘtue de haillons. Est-elle sale et froide, la Seine! Il rĂ©pondit par un sourire plein de naĂÂŻvetĂ© qui attestait le dĂ©lire de son courage; mais il frissonna tout Ă coup en voyant de loin, sur le port des Tuileries, la baraque surmontĂ©e d'un Ă©criteau oĂÂč ces paroles sont tracĂ©es en lettres hautes d'un pied SECOURS AUX ASPHYXIES. M. Dacheux lui apparut armĂ© de sa philanthropie, rĂ©veillant et faisant mouvoir ces vertueux avirons qui cassent la tĂÂȘte aux noyĂ©s, quand malheureusement ils remontent sur l'eau; il l'aperçut ameutant les curieux, quĂÂȘtant un mĂ©decin, apprĂÂȘtant des fumigations; il lut les dolĂ©ances des journalistes Ă©crites entre les joies d'un festin et le sourire d'une danseuse; il entendit sonner les Ă©cus comptĂ©s Ă des bateliers pour sa tĂÂȘte par le prĂ©fet de la Seine. Mort, il valait cinquante francs, mais vivant il n'Ă©tait qu'un homme de talent sans protecteurs, sans amis, sans paillasse, sans tambour, un vĂ©ritable zĂ©ro social, inutile Ă l'Etat, qui n'en avait aucun souci. Une mort en plein jour lui parut ignoble, il rĂ©solut de mourir pendant la nuit afin de livrer un cadavre indĂ©chiffrable Ă cette SociĂ©tĂ© qui mĂ©connaissait la grandeur de sa vie. Il continua donc son chemin, et se dirigea vers le quai Voltaire en prenant la dĂ©marche indolente d'un dĂ©soeuvrĂ© qui veut tuer le temps. Quand il descendit les marches qui terminent le trottoir du pont, Ă l'angle du quai, son attention fut excitĂ©e par les bouquins Ă©talĂ©s sur le parapet; peu s'en fallut qu'il n'en marchandĂÂąt quelques-uns. Il se prit Ă sourire, remit philosophiquement les mains dans ses goussets, et allait reprendre son allure d'insouciance oĂÂč perçait un froid dĂ©dain, quand il entendit avec surprise quelques piĂšces retentir d'une maniĂšre vĂ©ritablement fantastique au fond de sa poche. Un sourire d'espĂ©rance illumina son visage, glissa de ses lĂšvres sur ses traits, sur son front, fit briller de joie ses yeux et ses joues sombres. Cette Ă©tincelle de bonheur ressemblait Ă ces feux qui courent dans les vestiges d'un papier dĂ©jĂ consumĂ© par la flamme; mais le visage eut le sort des cendres noires, il redevint triste quand l'inconnu, aprĂšs avoir vivement retirĂ© la main de son gousset, aperçut trois gros sous. - Ah! mon bon monsieur, la carita! la carita! catarina ! Un petit sou pour avoir du pain! Un jeune ramoneur dont la figure bouffie Ă©tait noire, le corps brun de suie, les vĂÂȘtements dĂ©guenillĂ©s, tendit la main Ă cet homme pour lui arracher ses derniers sous. A deux pas du petit Savoyard, un vieux pauvre honteux, maladif, souffreteux, ignoblement vĂÂȘtu d'une tapisserie trouĂ©e, lui dit d'une grosse voix sourde - Monsieur, donnez-moi ce que vous voudrez, je prierai Dieu pour vous... Mais quand l'homme jeune eut regardĂ© le vieillard, celui-ci se tut et ne demanda plus rien, reconnaissant peut-ĂÂȘtre sur ce visage funĂšbre la livrĂ©e d'une misĂšre plus ĂÂąpre que n'Ă©tait la sienne. - La carita! la carita ! L'inconnu jeta sa monnaie Ă l'enfant et au vieux pauvre en quittant le trottoir pour aller vers les maisons, il ne pouvait plus supporter le poignant aspect de la Seine. - Nous prierons Dieu pour la conservation de vos jours, lui dirent les deux mendiants. En arrivant Ă l'Ă©talage d'un marchand d'estampes, cet homme presque mort rencontra une jeune femme qui descendait d'un brillant Ă©quipage. Il contempla dĂ©licieusement cette charmante personne dont la blanche figure Ă©tait harmonieusement encadrĂ©e dans le satin d'un Ă©lĂ©gant chapeau. Il fut sĂ©duit par une taille svelte, par de jolis mouvements. La robe, lĂ©gĂšrement relevĂ©e par le marchepied, lui laissa voir une jambe dont les fins contours Ă©taient dessinĂ©s par un bas blanc et bien tirĂ©. La jeune femme entra dans le magasin, y marchanda des albums, des collections de lithographies; elle en acheta pour plusieurs piĂšces d'or qui Ă©tincelĂšrent et sonnĂšrent sur le comptoir. Le jeune homme, en apparence occupĂ© sur le seuil de la porte Ă regarder des gravures exposĂ©es dans la montre, Ă©changea vivement avec la belle inconnue l'oeillade la plus perçante que puisse lancer un homme, contre un de ces coups d'oeil insouciants jetĂ©s au hasard sur les passants. C'Ă©tait, de sa part, un adieu Ă l'amour, Ă la femme! mais cette derniĂšre et puissante interrogation ne fut pas comprise, ne remua pas ce coeur de femme frivole, ne la fit pas rougir, ne lui fit pas baisser les yeux. Qu'Ă©tait-ce pour elle? une admiration de plus, un dĂ©sir inspirĂ© qui le soir lui suggĂ©rait cette douce parole J'Ă©tais bien aujourd'hui. Le jeune homme passa promptement Ă un autre cadre, et ne se retourna point quand l'inconnue remonta dans sa voiture. Les chevaux partirent, cette derniĂšre image du luxe et de l'Ă©lĂ©gance s'Ă©clipse comme allait s'Ă©clipser sa vie. Il marcha d'un pas mĂ©lancolique le long des magasins, en examinant sans beaucoup d'intĂ©rĂÂȘt les Ă©chantillons de marchandises. Quand les boutiques lui manquĂšrent, il Ă©tudia le Louvre, l'Institut, les tours de Notre - Dame, celles du Palais, le Pont-des-Arts. Ces monuments paraissaient prendre une physionomie triste en reflĂ©tant les teintes grises du ciel dont les rares clartĂ©s prĂÂȘtaient un air menaçant Ă Paris qui, pareil Ă une jolie femme, est soumis Ă d'inexplicables caprices de laideur et de beautĂ©. Ainsi, la nature elle-mĂÂȘme conspirait Ă plonger le mourant dans une extase douloureuse. En proie Ă cette puissance malfaisante dont l'action dissolvante trouve un vĂ©hicule dans le fluide qui circule en nos nerfs, il sentait son organisme arriver insensiblement aux phĂ©nomĂšnes de la fluiditĂ©. Les tourments de cette agonie lui imprimaient un mouvement semblable Ă celui des vagues, et lui faisaient voir les bĂÂątiments, les hommes, Ă travers un brouillard oĂÂč tout ondoyait. Il voulut se soustraire aux titillations que produisaient sur son ĂÂąme les rĂ©actions de la nature physique, et se dirigea vers un magasin d'antiquitĂ©s dans l'intention de donner une pĂÂąture Ă ses sens ou d'y attendre la nuit en marchandant des objets d'art. C'Ă©tait, pour ainsi dire, quĂÂȘter du courage et demander un cordial, comme les criminels qui se dĂ©fient de leurs forces en allant Ă l'Ă©chafaud; mais la conscience de sa prochaine mort rendit pour un moment au jeune homme l'assurance d'une duchesse qui a deux amants, et il entra chez le marchand de curiositĂ©s d'un air dĂ©gagĂ©, laissant voir sur ses lĂšvres un sourire fixe comme celui d'un ivrogne. N'Ă©tait-il pas ivre de la vie, ou peut-ĂÂȘtre de la mort. Il retomba bientĂÂŽt dans ses vertiges, et continua d'apercevoir les choses sous d'Ă©tranges couleurs, ou animĂ©es d'un lĂ©ger mouvement dont le principe Ă©tait sans doute dans une irrĂ©guliĂšre circulation de son sang, tantĂÂŽt bouillonnant comme une cascade, tantĂÂŽt tranquille et fade comme l'eau tiĂšde. Il demanda simplement Ă visiter les magasins pour chercher s'ils ne renfermaient pas quelques singularitĂ©s Ă sa convenance. Un jeune garçon Ă figure fraĂche et joufflue, Ă chevelure rousse, et coiffĂ© d'une casquette de loutre, commit la garde de la boutique Ă une vieille paysanne, espĂšce de Caliban femelle occupĂ©e Ă nettoyer un poĂÂȘle dont les merveilles Ă©taient dues au gĂ©nie de Bernard de Palissy; puis il dit Ă l'Ă©tranger d'un air insouciant - Voyez, monsieur, voyez! Nous n'avons en bas que des choses assez ordinaires; mais si vous voulez prendre la peine de monter au premier Ă©tage, je pourrai vous montrer de fort belles momies du Caire, plusieurs poteries incrustĂ©es, quelques Ă©bĂšnes sculptĂ©es, vraie renaissance , rĂ©cemment arrivĂ©es, et qui sont de toute beautĂ©. Dans l'horrible situation oĂÂč se trouvait l'inconnu, ce babil de cicĂ©rone, ces phrases sottement mercantiles furent pour lui comme les taquineries mesquines par lesquelles des esprits Ă©troits assassinent un homme de gĂ©nie. Portant sa croix jusqu'au bout, il parut Ă©couter son conducteur et lui rĂ©pondit par gestes ou par monosyllabes; mais insensiblement il sut conquĂ©rir le droit d'ĂÂȘtre silencieux, et put se livrer sans crainte Ă ses derniĂšres mĂ©ditations, qui furent terribles. Il Ă©tait poĂšte, et son ĂÂąme rencontra fortuitement une immense pĂÂąture il devait voir par avance les ossements de vingt mondes. Au premier coup d'oeil, les magasins lui offrirent un tableau confus, dans lequel toutes les oeuvres humaines et divines se heurtaient. Des crocodiles, des singes, des boas empaillĂ©s souriaient Ă des vitraux d'Ă©glise, semblaient vouloir mordre des bustes, courir aprĂšs des laques, ou grimper sur des lustres. Un vase de SĂšvres, oĂÂč Mme Jacotot avait peint NapolĂ©on, se trouvait auprĂšs d'un sphinx dĂ©diĂ© Ă SĂ©sostris. Le commencement du monde et les Ă©vĂ©nements d'hier se mariaient avec une grotesque bonhomie. Un tournebroche Ă©tait posĂ© sur un ostensoir, un sabre rĂ©publicain sur une hacquebute du Moyen Age. Mme Dubarry peinte au pastel par Latour, une Ă©toile sur la tĂÂȘte, nue et dans un nuage, paraissait contempler avec concupiscence une chibouque indienne, en cherchant Ă deviner l'utilitĂ© des spirales qui serpentaient vers elle. Les instruments de mort, poignards, pistolets curieux, armes Ă secret, Ă©taient jetĂ©s pĂÂȘle - mĂÂȘle avec des instruments de vie soupiĂšres en porcelaine, assiettes de Saxe, tasses diaphanes venues de Chine, saliĂšres antiques, drageoirs fĂ©odaux. Un vaisseau d'ivoire voguait Ă pleines voiles sur le dos d'une immobile tortue. Une machine pneumatique Ă©borgnait l'empereur Auguste, majestueusement impassible. Plusieurs portraits d'Ă©chevins français, de bourgmestres hollandais, insensibles alors comme pendant leur vie, s'Ă©levaient au-dessus de ce chaos d'antiquitĂ©s, en y lançant un regard pĂÂąle et froid. Tous les pays de la terre semblaient avoir apportĂ© lĂ quelques dĂ©bris de leurs sciences, un Ă©chantillon de leurs arts. C'Ă©tait une espĂšce de fumier philosophique auquel rien ne manquait, ni le calumet du sauvage, ni la pantoufle vert et or du sĂ©rail, ni le yatagan du Maure, ni l'idole des Tartares. Il y avait jusqu'Ă la blague Ă tabac du soldat, jusqu'au ciboire du prĂÂȘtre, jusqu'aux plumes d'un trĂÂŽne. Ces monstrueux tableaux Ă©taient encore assujettis Ă mille accidents de lumiĂšre par la bizarrerie d'une multitude de reflets dus Ă la confusion des nuances, Ă la brusque opposition des jours et des noirs. L'oreille croyait entendre des cris interrompus, l'esprit saisir des drames inachevĂ©s, l'oeil apercevoir des lueurs mal Ă©touffĂ©es. Enfin une poussiĂšre obstinĂ©e avait jetĂ© son lĂ©ger voile sur tous ces objets, dont les angles multipliĂ©s et les sinuositĂ©s nombreuses produisaient les effets les plus pittoresques. L'inconnu compara d'abord ces trois salles gorgĂ©es de civilisation, de cultes, de divinitĂ©s, de chefs-d'oeuvre, de royautĂ©s, de dĂ©bauches, de raison et de folie, Ă un miroir plein de facettes dont chacune reprĂ©sentait un monde. AprĂšs cette impression brumeuse, il voulut choisir ses jouissances; mais Ă force de regarder, de penser, de rĂÂȘver, il tomba sous la puissance d'une fiĂšvre due peut-ĂÂȘtre Ă la faim qui rugissait dans ses entrailles. La vue de tant d'existences nationales ou individuelles, attestĂ©es par ces gages humains qui leur survivaient, acheva d'engourdir les sens du jeune homme; le dĂ©sir qui l'avait poussĂ© dans le magasin fut exaucĂ© il sortit de la vie rĂ©elle, monta par degrĂ©s vers un monde idĂ©al, arriva dans les palais enchantĂ©s de l'Extase oĂÂč l'univers lui apparut par bribes et en traits de feu, comme l'avenir passa jadis flamboyant aux yeux de saint Jean dans Pathmos. Une multitude de figures endolories, gracieuses et terribles, obscures et lucides, lointaines et rapprochĂ©es, se leva par masses, par myriades, par gĂ©nĂ©rations. L'Egypte, roide, mystĂ©rieuse se dressa de ses sables, reprĂ©sentĂ©e par une momie qu'enveloppaient des bandelettes noires; puis ce fut les Pharaons ensevelissant des peuples pour se construire une tombe, et MoĂÂŻse, et les HĂ©breux, et le dĂ©sert, il entrevit tout un monde antique et solennel. FraĂche et suave, une statue de marbre assise sur une colonne torse et rayonnant de blancheur lui parla des mythes voluptueux de la GrĂšce et de l'Ionie. Ah! qui n'aurait souri comme lui de voir sur un fond rouge la jeune fille brune dansant dans la fine argile d'un vase Ă©trusque devant le Dieu Priape qu'elle saluait d'un air joyeux? En regard, une reine latine caressait sa chimĂšre avec amour! Les caprices de la Rome impĂ©riale respiraient lĂ tout entiers et rĂ©vĂ©laient le bain, la couche, la toilette d'une Julie indolente, songeuse, attendant son Tibulle. ArmĂ©e du pouvoir des talismans arabes, la tĂÂȘte de CicĂ©ron Ă©voquait les souvenirs de la Rome libre et lui dĂ©roulait les pages de Tite - Live. Le jeune homme contempla Senatus Populusque romanus le consul, les licteurs, les toges bordĂ©es de pourpre, les luttes du Forum, le peuple courroucĂ© dĂ©filaient lentement devant lui comme les vaporeuses figures d'un rĂÂȘve. Enfin la Rome chrĂ©tienne dominait ces images. Une peinture ouvrait les cieux, il y voyait la Vierge Marie plongĂ©e dans un nuage d'or, au sein des anges, Ă©clipsant la gloire du soleil, Ă©coutant les plaintes des malheureux auxquels cette Eve rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e souriait d'un air doux. En touchant une mosaĂÂŻque faite avec les diffĂ©rentes laves du VĂ©suve et de l'Etna, son ĂÂąme s'Ă©lançait dans la chaude et fauve Italie il assistait aux orgies des Borgia, courait dans les Abruzzes, aspirait aux amours italiennes, se passionnait pour les blancs visages aux longs yeux noirs. Il frĂ©missait aux dĂ©nouements nocturnes interrompus par la froide Ă©pĂ©e d'un mari, en apercevant une dague du Moyen Age dont la poignĂ©e Ă©tait travaillĂ©e comme l'est une dentelle, et dont la rouille ressemblait Ă des taches de sang. L'Inde et ses religions revivaient dans une idole coiffĂ©e de son chapeau pointu, Ă losanges relevĂ©s, parĂ©e de clochettes, vĂÂȘtue d'or et de soie. PrĂšs du magot, une natte, jolie comme la bayadĂšre qui s'y Ă©tait roulĂ©e, exhalait encore les odeurs du sandal. Un monstre de la Chine dont les yeux restaient tordus, la bouche contournĂ©e, les membres torturĂ©s, rĂ©veillait l'ĂÂąme par les inventions d'un peuple qui, fatiguĂ© du beau toujours unitaire, trouve d'ineffables plaisirs dans la fĂ©conditĂ© des laideurs. Une saliĂšre sortie des ateliers de Benvenuto Cellini le reportait au sein de la Renaissance, au temps oĂÂč les arts et la licence fleurissaient, oĂÂč les souverains se divertissaient Ă des supplices, oĂÂč les conciles couchĂ©s dans les bras des courtisanes dĂ©crĂ©taient la chastetĂ© pour les simples prĂÂȘtres. Il vit les conquĂÂȘtes d'Alexandre sur un camĂ©e, les massacres de Pizarre dans une arquebuse Ă mĂšche, les guerres de religion Ă©chevelĂ©es, bouillantes, cruelles, au fond d'un casque. Puis, les riantes images de la chevalerie sourdirent d'une armure de Milan supĂ©rieurement damasquinĂ©e, bien fourbie, et sous la visiĂšre de laquelle brillaient encore les yeux d'un paladin. Cet ocĂ©an de meubles, d'inventions, de modes, d'oeuvres, de ruines, lui composait un poĂšme sans fin. Formes, couleurs, pensĂ©es, tout revivait lĂ ; mais rien de complet ne s'offrait Ă l'ĂÂąme. Le poĂšte devait achever les croquis du grand peintre qui avait fait cette immense palette oĂÂč les innombrables accidents de la vie humaine Ă©taient jetĂ©s Ă profusion, avec dĂ©dain. AprĂšs s'ĂÂȘtre emparĂ© du monde, aprĂšs avoir contemplĂ© des pays, des ĂÂąges, des rĂšgnes, le jeune homme revint Ă des existences individuelles. Il se personnifia de nouveau, s'empara des dĂ©tails en repoussant la vie des nations comme trop accablante pour un seul homme. LĂ dormait un enfant en cire, sauvĂ© du cabinet de Ruysch, et cette ravissante crĂ©ature lui rappelait les joies de son jeune ĂÂąge. Au prestigieux aspect du pagne virginal de quelque jeune fille d'OtaĂÂŻti, sa brĂ»lante imagination lui peignait la vie simple de la nature, la chaste nuditĂ© de la vraie pudeur, les dĂ©lices de la paresse si naturelle Ă l'homme, toute une destinĂ©e calme au bord d'un ruisseau frais et rĂÂȘveur, sous un bananier qui dispensait une manne savoureuse, sans culture. Mais tout Ă coup il devenait corsaire, et revĂÂȘtait la terrible poĂ©sie empreinte dans le rĂÂŽle de Lara, vivement inspirĂ© par les couleurs nacrĂ©es de mille coquillages, exaltĂ© par la vue de quelques madrĂ©pores qui sentaient le varech, les algues et les ouragans atlantiques. Admirant plus loin les dĂ©licates miniatures, les arabesques d'azur et d'or qui enrichissaient quelque prĂ©cieux missel manuscrit, il oubliait les tumultes de la mer. Mollement balancĂ© dans une pensĂ©e de paix, il Ă©pousait de nouveau l'Ă©tude et la science, souhaitait la grasse vie des moines exempte de chagrins, exempte de plaisirs, et se couchait au fond d'une cellule, en contemplant par sa fenĂÂȘtre en ogive les prairies, les bois, les vignobles de son monastĂšre. Devant quelques Teniers, il endossait la casaque d'un soldat ou la misĂšre d'un ouvrier; il dĂ©sirait porter le bonnet sale et enfumĂ© des Flamands, s'enivrait de biĂšre, jouait aux cartes avec eux, et souriait Ă une grosse paysanne d'un attrayant embonpoint. Il grelottait en voyant une tombĂ©e de neige de Mieris, ou se battait en regardant un combat de Salvator Rosa. Il caressait un tomhawk d'Illinois, et sentait le scalpel d'un ChĂ©rokĂ©e qui lui enlevait la peau du crĂÂąne. EmerveillĂ© Ă l'aspect d'un rebec, il le confiait Ă la main d'une chĂÂątelaine en en savourant la romance mĂ©lodieuse et lui dĂ©clarant son amour, le soir, auprĂšs d'une cheminĂ©e gothique, dans la pĂ©nombre oĂÂč se perdait un regard de consentement. Il s'accrochait Ă toutes les joies, saisissait toutes les douleurs, s'emparait de toutes les formules d'existence en Ă©parpillant si gĂ©nĂ©reusement sa vie et ses sentiments sur les simulacres de cette nature plastique et vide, que le bruit de ses pas retentissait dans son ĂÂąme comme le son lointain d'un autre monde, comme la rumeur de Paris arrive sur les tours de Notre - Dame. En montant l'escalier intĂ©rieur qui conduisait aux salles situĂ©es au premier Ă©tage, il vit des boucliers votifs, des panoplies, des tabernacles sculptĂ©s, des figures en bois pendues aux murs, posĂ©es sur chaque marche. Poursuivi par les formes les plus Ă©tranges, par des crĂ©ations merveilleuses assises sur les confins de la mort et de la vie, il marchait dans les enchantements d'un songe. Enfin, doutant de son existence, il Ă©tait comme ces objets curieux, ni tout Ă fait mort, ni tout Ă fait vivant. Quand il entra dans les nouveaux magasins, le jour commençait Ă pĂÂąlir; mais la lumiĂšre semblait inutile aux richesses resplendissant d'or et d'argent qui s'y trouvaient entassĂ©es. Les plus coĂ»teux caprices de dissipateurs morts sous des mansardes aprĂšs avoir possĂ©dĂ© plusieurs millions, Ă©taient dans ce vaste bazar des folies humaines. Une Ă©critoire payĂ©e cent mille francs et rachetĂ©e pour cent sous, gisait auprĂšs d'une serrure Ă secret dont le prix aurait suffi jadis Ă la rançon d'un roi. LĂ , le gĂ©nie humain apparaissait dans toutes les pompes de sa misĂšre, dans toute la gloire de ses gigantesques petitesses. Une table d'Ă©bĂšne, vĂ©ritable idole d'artistes, sculptĂ©e d'aprĂšs les dessins de Jean Goujon et qui coĂ»ta jadis plusieurs annĂ©es de travail, avait Ă©tĂ© peut-ĂÂȘtre acquise au prix du bois Ă brĂ»ler. Des coffrets prĂ©cieux, des meubles faits par la main des fĂ©es, y Ă©taient dĂ©daigneusement amoncelĂ©s. - Vous avez des millions ici, s'Ă©cria le jeune homme en arrivant Ă la piĂšce qui terminait une immense enfilade d'appartements dorĂ©s et sculptĂ©s par des artistes du siĂšcle dernier. - Dites des milliards, rĂ©pondit le gros garçon joufflu. Mais ce n'est rien encore, montez au troisiĂšme Ă©tage, et vous verrez! L'inconnu suivit son conducteur et parvint Ă une quatriĂšme galerie oĂÂč successivement passĂšrent devant ses yeux fatiguĂ©s plusieurs tableaux du Poussin, une sublime statue de Michel-Ange, quelques ravissants paysages de Claude Lorrain, un GĂ©rard Dow qui ressemblait Ă une page de Sterne, des Rembrandt, des Murillo, des Velasquez sombres et colorĂ©s comme un poĂšme de lord Byron; puis des bas-reliefs antiques, des coupes d'agate, des onyx merveilleux!... Enfin c'Ă©tait des travaux Ă dĂ©goĂ»ter du travail, des chefs-d'oeuvre accumulĂ©s Ă faire prendre en haine les arts et Ă tuer l'enthousiasme. Il arriva devant une Vierge de RaphaĂl, mais il Ă©tait las de RaphaĂl. Une figure de CorrĂšge qui voulait un regard ne l'obtint mĂÂȘme pas. Un vase inestimable en porphyre antique et dont les sculptures circulaires reprĂ©sentaient de toutes les priapĂ©es romaines la plus grotesquement licencieuse, dĂ©lices de quelque Corinne, eut Ă peine un sourire. Il Ă©touffait sous les dĂ©bris de cinquante siĂšcles Ă©vanouis, il Ă©tait malade de toutes ces pensĂ©es humaines, assassinĂ© par le luxe et les arts, oppressĂ© sous ces formes renaissant qui, pareilles Ă des monstres enfantĂ©s sous ses pieds par quelque malin gĂ©nie, lui livraient un combat sans fin. Semblable en ses caprices Ă la chimie moderne qui rĂ©sume la crĂ©ation par un gaz, l'ĂÂąme ne compose-t-elle pas de terribles poisons par la rapide concentration de ses jouissances, de ses forces ou de ses idĂ©es? Beaucoup d'hommes ne pĂ©rissent-ils pas sous le foudroiement de quelque acide moral soudainement Ă©pandu dans leur ĂÂȘtre intĂ©rieur? - Que contient cette boĂte? demanda-t-il en arrivant Ă un grand cabinet, dernier monceau de gloire, d'efforts humains, d'originalitĂ©s, de richesses parmi lesquelles il montra du doigt une grande caisse carrĂ©e construite en acajou, suspendue Ă un clou par une chaĂne d'argent. - Ah! monsieur en a la clef, dit le gros garçon avec un air de mystĂšre. Si vous dĂ©sirez voir ce portrait, je me hasarderai volontiers Ă prĂ©venir monsieur. - Vous hasarder! reprit le jeune homme. Votre maĂtre est-il un prince? - Mais, je ne sais pas, rĂ©pondit le garçon. Ils se regardĂšrent pendant un moment aussi Ă©tonnĂ©s l'un que l'autre. AprĂšs avoir interprĂ©tĂ© le silence de l'inconnu comme un souhait, l'apprenti le laissa seul dans le cabinet. Vous ĂÂȘtes-vous jamais lancĂ© dans l'immensitĂ© de l'espace et du temps, en lisant les oeuvres gĂ©ologiques de Cuvier? EmportĂ© par son gĂ©nie, avez-vous planĂ© sur l'abĂme sans bornes du passĂ©, comme soutenu par la main d'un enchanteur? En dĂ©couvrant de tranche en tranche, de couche en couche, sous les carriĂšres de Montmartre ou dans les schistes de l'Oural, ces animaux dont les dĂ©pouilles fossilisĂ©es appartiennent Ă des civilisations antĂ©diluviennes, l'ĂÂąme est effrayĂ©e d'entrevoir des milliards d'annĂ©es, des millions de peuples que la faible mĂ©moire humaine, que l'indestructible tradition divine ont oubliĂ©s et dont la cendre entassĂ©e Ă la surface de notre globe, y forme les deux pieds de terre qui nous donnent du pain et des fleurs. Cuvier n'est-il pas le plus grand poĂšte de notre siĂšcle? Lord Byron a bien reproduit par des mots quelques agitations morales; mais notre immortel naturaliste a reconstruit des mondes avec des os blanchis, a rebĂÂąti comme Cadmus des citĂ©s avec des dents, a repeuplĂ© mille forĂÂȘts de tous les mystĂšres de la zoologie avec quelques fragments de houille, a retrouvĂ© des populations de gĂ©ants dans le pied d'un mammouth. Ces figures se dressent, grandissent et meublent des rĂ©gions en harmonie avec leurs statures colossales. Il est poĂšte avec des chiffres, il est sublime en posant un zĂ©ro prĂšs d'un sept. Il rĂ©veille le nĂ©ant sans prononcer des paroles artificiellement magiques, il fouille une parcelle de gypse, y aperçoit une empreinte, et vous crie Voyez! Soudain les marbres s'animalisent, la mort se vivifie, le monde se dĂ©roule! AprĂšs d'innombrables dynasties de crĂ©atures gigantesques, aprĂšs des races de poissons et des clans de mollusques, arrive enfin le genre humain, produit dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© d'un type grandiose, brisĂ© peut-ĂÂȘtre par le CrĂ©ateur. EchauffĂ©s par son regard rĂ©trospectif, ces hommes chĂ©tifs, nĂ©s d'hier, peuvent franchir le chaos, entonner un hymne sans fin et se configurer le passĂ© de l'univers dans une sorte d'Apocalypse, rĂ©trograde. En prĂ©sence de cette Ă©pouvantable rĂ©surrection due Ă la voix d'un seul homme, la miette dont l'usufruit nous est concĂ©dĂ© dans cet infini sans nom, commun Ă toutes les sphĂšres et que nous avons nommĂ© LE TEMPS, cette minute de vie nous fait pitiĂ©. Nous nous demandons, Ă©crasĂ©s que nous sommes sous tant d'univers en ruines, Ă quoi bon nos gloires, nos haines, nos amours; et si, pour devenir un point intangible dans l'avenir, la peine de vivre doit s'accepter? DĂ©racinĂ©s du prĂ©sent, nous sommes morts jusqu'Ă ce que notre valet de chambre entre et vienne nous dire - "Madame la comtesse a rĂ©pondu qu'elle attendait monsieur! " Les merveilles dont l'aspect venait de prĂ©senter au jeune homme toute la crĂ©ation connue mirent dans son ĂÂąme l'abattement que produit chez le philosophe la vue scientifique des crĂ©ations inconnues, il souhaita plus vivement que jamais de mourir, et tomba sur une chaise curule en laissant errer ses regards Ă travers les fantasmagories de ce panorama du passĂ©. Les tableaux s'illuminĂšrent, les tĂÂȘtes de vierge lui sourirent, et les statues se colorĂšrent d'une vie trompeuse. A la faveur de l'ombre, et mises en danse par la fiĂ©vreuse tourmente qui fermentait dans son cerveau brisĂ©, ces oeuvres s'agitĂšrent et tourbillonnĂšrent devant lui; chaque magot lui jeta sa grimace, les paupiĂšres des personnages reprĂ©sentĂ©s dans les tableaux s'abaissĂšrent sur leurs yeux pour les rafraĂchir. Chacune de ces formes frĂ©mit, sautilla, se dĂ©tacha de sa place gravement, lĂ©gĂšrement, avec grĂÂące ou brusquerie, selon ses moeurs, son caractĂšre et sa contexture. Ce fut un mystĂ©rieux sabbat digne des fantaisies entrevues par le docteur Faust sur le Brocken . Mais ces phĂ©nomĂšnes d'optique enfantĂ©s par la fatigue, par la tension des forces oculaires ou par les caprices du crĂ©puscule, ne pouvaient effrayer l'inconnu. Les terreurs de la vie Ă©taient impuissantes sur une ĂÂąme familiarisĂ©e avec les terreurs de la mort. Il favorisa mĂÂȘme par une sorte de complicitĂ© railleuse les bizarreries de ce galvanisme moral dont les prodiges s'accouplaient aux derniĂšres pensĂ©es qui lui donnaient encore le sentiment de l'existence. Le silence rĂ©gnait si profondĂ©ment autour de lui, que bientĂÂŽt il s'aventura dans une douce rĂÂȘverie dont les impressions graduellement noires suivirent, de nuance en nuance et comme par magie, les lentes dĂ©gradations de la lumiĂšre. Une lueur en quittant le ciel fit reluire un dernier reflet rouge en luttant contre la nuit, il leva la tĂÂȘte, vit un squelette Ă peine Ă©clairĂ© qui pencha dubitativement son crĂÂąne de droite Ă gauche, comme pour lui dire Les morts ne veulent pas encore de toi! En passant la main sur son front pour en chasser le sommeil, le jeune homme sentit distinctement un vent frais produit par je ne sais quoi de velu qui lui effleura les joues, et il frissonna. Les vitres ayant retenti d'un claquement sourd, il pensa que cette froide caresse digne des mystĂšres de la tombe venait de quelque chauve-souris. Pendant un moment encore, les vagues reflets du couchant lui permirent d'apercevoir indistinctement les fantĂÂŽmes par lesquels il Ă©tait entourĂ©; puis toute cette nature morte s'abolit dans une mĂÂȘme teinte noire. La nuit, l'heure de mourir Ă©tait subitement venue. Il s'Ă©coula, dĂšs ce moment, un certain laps de temps pendant lequel il n'eut aucune perception claire des choses terrestres, soit qu'il se fĂ»t enseveli dans une rĂÂȘverie profonde, soit qu'il eĂ»t cĂ©dĂ© Ă la somnolence provoquĂ©e par ses fatigues et par la multitude des pensĂ©es qui lui dĂ©chiraient le coeur. Tout Ă coup il crut avoir Ă©tĂ© appelĂ© par une voix terrible, et il tressaillit comme lorsqu'au milieu d'un brĂ»lant cauchemar nous sommes prĂ©cipitĂ©s d'un seul bond dans les profondeurs d'un abĂme. Il ferma les yeux, les rayons d'une vive lumiĂšre l'Ă©blouissaient; il voyait briller au sein des tĂ©nĂšbres une sphĂšre rougeĂÂątre dont le centre Ă©tait occupĂ© par un petit vieillard qui se tenait debout et dirigeait sur lui la clartĂ© d'une lampe. Il ne l'avait entendu ni venir, ni parler, ni se mouvoir. Cette apparition eut quelque chose de magique. L'homme le plus intrĂ©pide, surpris ainsi dans son sommeil, aurait sans doute tremblĂ© devant ce personnage qui semblait ĂÂȘtre sorti d'un sarcophage voisin. La singuliĂšre jeunesse qui animait les yeux immobiles de cette espĂšce de fantĂÂŽme empĂÂȘchait l'inconnu de croire Ă des effets surnaturels; nĂ©anmoins, pendant le rapide intervalle qui sĂ©para sa vie somnambulique de sa vie rĂ©elle, il demeura dans le doute philosophique recommandĂ© par Descartes, et fut alors, malgrĂ© lui, sous la puissance de ces inexplicables hallucinations dont les mystĂšres sont condamnĂ©s par notre fiertĂ© ou que notre science impuissante tĂÂąche en vain d'analyser. Figurez-vous un petit vieillard sec et maigre, vĂÂȘtu d'une robe en velours noir, serrĂ©e autour de ses reins par un gros cordon de soie. Sur sa tĂÂȘte, une calotte en velours Ă©galement noir laissait passer, de chaque cĂÂŽtĂ© de la figure, les longues mĂšches de ses cheveux blancs et s'appliquait sur le crĂÂąne de maniĂšre Ă rigidement encadrer le front. La robe ensevelissait le corps comme dans un vaste linceul, et ne permettait de voir d'autre forme humaine qu'un visage Ă©troit et pĂÂąle. Sans le bras dĂ©charnĂ©, qui ressemblait Ă un bĂÂąton sur lequel on aurait posĂ© une Ă©toffe et que le vieillard tenait en l'air pour faire porter sur le jeune homme toute la clartĂ© de la lampe, ce visage aurait paru suspendu dans les airs. Une barbe grise et taillĂ©e en pointe cachait le menton de cet ĂÂȘtre bizarre, et lui donnait l'apparence de ces tĂÂȘtes judaĂÂŻques qui servent de types aux artistes quand ils veulent reprĂ©senter MoĂÂŻse. Les lĂšvres de cet homme Ă©taient si dĂ©colorĂ©es, si minces, qu'il fallait une attention particuliĂšre pour deviner la ligne tracĂ©e par la bouche dans son blanc visage. Son large front ridĂ©, ses joues blĂÂȘmes et creuses, la rigueur implacable de ses petits yeux verts dĂ©nuĂ©s de cils et de sourcils, pouvaient faire croire Ă l'inconnu que le Peseur d'or de GĂ©rard Dow Ă©tait sorti de son cadre. Une finesse d'inquisiteur trahie par les sinuositĂ©s de ses rides et par les plis circulaires dessinĂ©s sur ses tempes, accusait une science profonde des choses de la vie. Il Ă©tait impossible de tromper cet homme qui semblait avoir le don de surprendre les pensĂ©es au fond des coeurs les plus discrets. Les moeurs de toutes les nations du globe et leurs sagesses se rĂ©sumaient sur sa face froide, comme les productions du monde entier se trouvaient accumulĂ©es dans ses magasins poudreux. Vous y auriez lu la tranquillitĂ© lucide d'un Dieu qui voit tout, ou la force orgueilleuse d'un homme qui a tout vu. Un peintre aurait, avec deux expressions diffĂ©rentes et en deux coups de pinceau, fait de cette figure une belle image du PĂšre Eternel ou le masque ricaneur du MĂ©phistophĂ©lĂšs, car il se trouvait tout ensemble une suprĂÂȘme puissance dans le front et de sinistres railleries sur la bouche. En broyant toutes les peines humaines sous un pouvoir immense, cet homme devait avoir tuĂ© les joies terrestres. Le moribond frĂ©mit en pressentant que ce vieux gĂ©nie habitait une sphĂšre Ă©trangĂšre au monde, et oĂÂč il vivait seul, sans jouissances parce qu'il n'avait plus d'illusion, sans douleur parce qu'il ne connaissait plus de plaisirs. Le vieillard se tenait debout, immobile, inĂ©branlable comme une Ă©toile au milieu d'un nuage de lumiĂšre. Ses yeux verts, pleins de je ne sais quelle malice calme, semblaient Ă©clairer le monde moral comme sa lampe illuminait ce cabinet mystĂ©rieux. Tel fut le spectacle Ă©trange qui surprit le jeune homme au moment oĂÂč il ouvrit les yeux, aprĂšs avoir Ă©tĂ© bercĂ© par des pensĂ©es de mort et de fantasques images. S'il demeura comme Ă©tourdi, s'il se laissa momentanĂ©ment dominer par une croyance digne d'enfants qui Ă©coutent les contes de leurs nourrices, il faut attribuer cette erreur au voile Ă©tendu sur sa vie et sur son entendement par ses mĂ©ditations, Ă l'agacement de ses nerfs irritĂ©s, au drame violent dont les scĂšnes venaient de lui prodiguer les atroces dĂ©lices contenues dans un morceau d'opium. Cette vision avait lieu dans Paris, sur le quai Voltaire, au dix-neuviĂšme siĂšcle, temps et lieux oĂÂč la magie devait ĂÂȘtre impossible. Voisin de la maison oĂÂč le dieu de l'incrĂ©dulitĂ© française avait expirĂ©, disciple de Gay-Lussac et d'Arago, contempteur des tours de gobelets que font les hommes du pouvoir, l'inconnu n'obĂ©issait sans doute qu'Ă ces fascinations poĂ©tiques auxquelles nous nous prĂÂȘtons souvent comme pour fuir de dĂ©sespĂ©rantes vĂ©ritĂ©s, comme pour tenter la puissance de Dieu. Il trembla donc devant cette lumiĂšre et ce vieillard, agitĂ© par l'inexplicable pressentiment de quelque pouvoir Ă©trange; mais cette Ă©motion Ă©tait semblable Ă celle que nous avons tous Ă©prouvĂ©e devant NapolĂ©on, ou en prĂ©sence de quelque grand homme brillant de gĂ©nie et revĂÂȘtu de gloire. - Monsieur dĂ©sire voir le portrait de JĂ©sus-Christ peint par RaphaĂl? lui dit courtoisement le vieillard d'une voix dont la sonoritĂ© claire et brĂšve avait quelque chose de mĂ©tallique. Et il posa la lampe sur le fĂ»t d'une colonne brisĂ©e, de maniĂšre Ă ce que la boĂte brune reçût toute la clartĂ©. Aux noms religieux de JĂ©sus-Christ et de RaphaĂl, il Ă©chappa au jeune homme un geste de curiositĂ©, sans doute attendu par le marchand qui fit jouer un ressort. Soudain le panneau d'acajou glissa dans une rainure, tomba sans bruit et livra la toile Ă l'admiration de l'inconnu. A l'aspect de cette immortelle crĂ©ation, il oublia les fantaisies du magasin, les caprices de son sommeil, redevint homme, reconnut dans le vieillard une crĂ©ature de chair, bien vivante, nullement fantasmagorique, et revĂ©cut dans le monde rĂ©el. La tendre sollicitude, la douce sĂ©rĂ©nitĂ© du divin visage influĂšrent aussitĂÂŽt sur lui. Quelque parfum Ă©panchĂ© des cieux dissipa les tortures infernales qui lui brĂ»laient la moelle des os. La tĂÂȘte du Sauveur des hommes paraissait sortir des tĂ©nĂšbres figurĂ©es par un fond noir; une aurĂ©ole de rayons Ă©tincelait vivement autour de sa chevelure d'oĂÂč cette lumiĂšre voulait sortir sous le front, sous les chairs, il y avait une Ă©loquente conviction qui s'Ă©chappait de chaque trait par de pĂ©nĂ©trantes effluves. Les lĂšvres vermeilles venaient de faire entendre la parole de vie, et le spectateur en cherchait le retentissement sacrĂ© dans les airs, il en demandait les ravissantes paraboles au silence, il l'Ă©coutait dans l'avenir, la retrouvait dans les enseignements du passĂ©. L'Evangile Ă©tait traduit par la simplicitĂ© calme de ces adorables yeux oĂÂč se rĂ©fugiaient les ĂÂąmes troublĂ©es. Enfin la religion catholique se lisait tout entiĂšre en un suave et magnifique sourire qui semblait exprimer ce prĂ©cepte oĂÂč elle se rĂ©sume Aimez-vous les uns les autres ! Cette peinture inspirait une priĂšre, recommandait le pardon, Ă©touffait l'Ă©goĂÂŻsme, rĂ©veillait toutes les vertus endormies. Partageant le privilĂšge des enchantements de la musique, l'oeuvre de RaphaĂl vous jetait sous le charme impĂ©rieux des souvenirs, et son triomphe Ă©tait complet, on oubliait le peintre. Le prestige de la lumiĂšre agissait encore sur cette merveille; par moments il semblait que la tĂÂȘte s'agitĂÂąt dans le lointain, au sein de quelque nuage. - J'ai couvert cette toile de piĂšces d'or, dit froidement le marchand. - Eh! bien, il va falloir mourir, s'Ă©cria le jeune homme qui sortait d'une rĂÂȘverie dont la derniĂšre pensĂ©e l'avait ramenĂ© vers sa fatale destinĂ©e en le faisant descendre par d'insensibles dĂ©ductions d'une derniĂšre espĂ©rance Ă laquelle il s'Ă©tait attachĂ©. - Ah! ah! j'avais donc raison de me mĂ©fier de toi, rĂ©pondit le vieillard en saisissant les deux mains du jeune homme qu'il serra par les poignets dans l'une des siennes, comme dans un Ă©tau. L'inconnu sourit tristement de cette mĂ©prise et dit d'une voix douce - HĂ©! monsieur, ne craignez rien, il s'agit de ma vie et non de la vĂÂŽtre. Pourquoi n'avouerais-je pas une innocente supercherie, reprit-il aprĂšs avoir regardĂ© le vieillard inquiet. En attendant la nuit, afin de pouvoir me noyer sans esclandre, je suis venu voir vos richesses. Qui ne pardonnerait ce dernier plaisir Ă un homme de science et de poĂ©sie? Le soupçonneux marchand examina d'un oeil sagace le morne visage de son faux chaland tout en l'Ă©coutant parler. RassurĂ© bientĂÂŽt par l'accent de cette voix douloureuse, ou lisant peut-ĂÂȘtre dans ces traits dĂ©colorĂ©s les sinistres destinĂ©es qui naguĂšre avaient fait frĂ©mir les joueurs, il lĂÂącha les mains; mais par un reste de suspicion qui rĂ©vĂ©la une expĂ©rience au moins centenaire, il Ă©tendit nonchalamment le bras vers un buffet comme pour s'appuyer, et dit en y prenant un stylet - Etes-vous depuis trois ans surnumĂ©raire au trĂ©sor, sans y avoir touchĂ© de gratification? L'inconnu ne put s'empĂÂȘcher de sourire en faisant un geste nĂ©gatif. - Votre pĂšre vous a-t-il trop vivement reprochĂ© d'ĂÂȘtre venu au monde, ou bien ĂÂȘtes-vous dĂ©shonorĂ©? - Si je voulais me dĂ©shonorer, je vivrais. - Avez-vous Ă©tĂ© sifflĂ© aux Funambules, ou vous trouvez-vous obligĂ© de composer des flons flons pour payer le convoi de votre maĂtresse? N'auriez-vous pas plutĂÂŽt la maladie de l'or? voulez-vous dĂ©trĂÂŽner l'ennui? Enfin, quelle erreur vous engage Ă mourir? - Ne cherchez pas le principe de ma mort dans les raisons vulgaires qui commandent la plupart des suicides. Pour me dispenser de vous dĂ©voiler des souffrances inouĂÂŻes et qu'il est difficile d'exprimer en langage humain, je vous dirai que je suis dans la plus profonde, la plus ignoble, la plus perçante de toutes les misĂšres. Et, ajouta-t-il d'un ton de voix dont la fiertĂ© sauvage dĂ©mentait ses paroles prĂ©cĂ©dentes, je ne veux mendier ni secours ni consolations. - Eh! eh! Ces deux syllabes que d'abord le vieillard fit entendre pour toute rĂ©ponse ressemblĂšrent au cri d'une crĂ©celle. Puis il reprit ainsi - Sans vous forcer Ă m'implorer, sans vous faire rougir, et sans vous donner un centime de France, un parat du Levant, un tarain de Sicile, un heller d'Allemagne, un copec de Russie, un farthing d'Ecosse, une seule des sesterces ou des oboles de l'ancien monde, ni une piastre du nouveau, sans vous offrir quoi que ce soit en or, argent, billon, papier, billet, je veux vous faire plus riche, plus puissant et plus considĂ©rĂ© que ne peut l'ĂÂȘtre un roi constitutionnel. Le jeune homme crut le vieillard en enfance, et resta comme engourdi, sans oser rĂ©pondre. - Retournez-vous, dit le marchand en saisissant tout Ă coup la lampe pour en diriger la lumiĂšre sur le mur qui faisait face au portrait, et regardez cette PEAU DE CHAGRIN, ajouta-t-il. Le jeune homme se leva brusquement et tĂ©moigna quelque surprise en apercevant au-dessus du siĂšge oĂÂč il s'Ă©tait assis un morceau de chagrin accrochĂ© sur le mur, et dont la dimension n'excĂ©dait pas celle d'une peau de renard; mais, par un phĂ©nomĂšne inexplicable au premier abord, cette peau projetait au sein de la profonde obscuritĂ© qui rĂ©gnait dans le magasin des rayons si lumineux que vous eussiez dit d'une petite comĂšte. Le jeune incrĂ©dule s'approcha de ce prĂ©tendu talisman qui devait le prĂ©server du malheur, et s'en moqua par une phrase mentale. Cependant, animĂ© d'une curiositĂ© bien lĂ©gitime, il se pencha pour regarder alternativement la Peau sous toutes les faces, et dĂ©couvrit bientĂÂŽt une cause naturelle Ă cette singuliĂšre luciditĂ©. Les grains noirs du chagrin Ă©taient si soigneusement polis et si bien brunis, les rayures capricieuses en Ă©taient si propres et si nettes que, pareilles Ă des facettes de grenat, les aspĂ©ritĂ©s de ce cuir oriental formaient autant de petits foyers qui rĂ©flĂ©chissaient vivement la lumiĂšre. Il dĂ©montra mathĂ©matiquement la raison de ce phĂ©nomĂšne au vieillard, qui, pour toute rĂ©ponse, sourit avec malice. Ce sourire de supĂ©rioritĂ© fit croire au jeune savant qu'il Ă©tait la dupe en ce moment de quelque charlatanisme. Il ne voulut pas emporter une Ă©nigme de plus dans la tombe, et retourna promptement la Peau comme un enfant pressĂ© de connaĂtre les secrets de son jouet nouveau. - Ah! ah! s'Ă©cria-t-il, voici l'empreinte du sceau que les Orientaux nomment le cachet de Salomon. - Vous le connaissez donc? demanda le marchand dont les narines laissĂšrent passer deux ou trois bouffĂ©es d'air qui peignirent plus d'idĂ©es que n'en auraient exprimĂ© les plus Ă©nergiques paroles. - Existe-t-il au monde un homme assez simple pour croire Ă cette chimĂšre? s'Ă©cria le jeune homme piquĂ© d'entendre ce rire muet et plein d'amĂšres dĂ©risions. Ne savez-vous pas, ajouta-t-il, que les superstitions de l'Orient ont consacrĂ© la forme mystique et les caractĂšres mensongers de cet emblĂšme qui reprĂ©sente une puissance fabuleuse? je ne crois pas devoir ĂÂȘtre plus taxĂ© de niaiserie dans cette circonstance que si je parlais des Sphinx ou des Griffons, dont l'existence est en quelque sorte mythologiquement admise. - Puisque vous ĂÂȘtes un orientaliste, reprit le vieillard, peut-ĂÂȘtre lirez-vous cette sentence? Il apporta la lampe prĂšs du talisman que le jeune homme tenait Ă l'envers, et lui fit apercevoir des caractĂšres incrustĂ©s dans le tissu cellulaire de cette Peau merveilleuse, comme s'ils eussent Ă©tĂ© produits par l'animal auquel elle avait jadis appartenu. - J'avoue, s'Ă©cria l'inconnu, que je ne devine guĂšre le procĂ©dĂ© dont on se sera servi pour graver si profondĂ©ment ces lettres sur la peau d'un onagre. Et, se retournant avec vivacitĂ© vers les tables chargĂ©es de curiositĂ©s, ses yeux parurent y chercher quelque chose. - Que voulez-vous? demanda le vieillard. - Un instrument pour trancher le chagrin, afin de voir si les lettres y sont empreintes ou incrustĂ©es. Le vieillard prĂ©senta son stylet Ă l'inconnu, qui le prit et tenta d'entamer la Peau Ă l'endroit oĂÂč les paroles se trouvaient Ă©crites; mais, quand il eut enlevĂ© une lĂ©gĂšre couche de cuir, les lettres y reparurent si nettes et tellement conformes Ă celles qui Ă©taient imprimĂ©es sur la surface, que, pendant un moment, il crut n'en avoir rien ĂÂŽtĂ©. - L'industrie du Levant a des secrets qui lui sont rĂ©ellement particuliers, dit-il en regardant la sentence orientale avec une sorte d'inquiĂ©tude. - Oui, rĂ©pondit le vieillard, il vaut mieux s'en prendre aux hommes qu'Ă Dieu! Les paroles mystĂ©rieuses Ă©taient disposĂ©es de la maniĂšre suivante Ce qui voulait dire en français SI TU ME POSSEDES, TU POSSEDERAS TOUT. MAIS TA VIE M'APPARTIENDRA. DIEU L'A VOULU AINSI. DESIRE, ET TES DESIRS SERONT ACCOMPLIS. MAIS REGLE TES SOUHAITS SUR TA VIE. ELLE EST LA. A CHAQUE VOULOIR JE DECROITRAI COMME TES JOURS. ME VEUX-TU? PRENDS. DIEU T'EXAUCERA. SOIT! - Ah! vous lisez couramment le sanscrit, dit le vieillard. Peut-ĂÂȘtre avez-vous voyagĂ© en Perse ou dans le Bengale? - Non, monsieur, rĂ©pondit le jeune homme en tĂÂątant avec curiositĂ© cette Peau symbolique, assez semblable Ă une feuille de mĂ©tal par son peu de flexibilitĂ©. Le vieux marchand remit la lampe sur la colonne oĂÂč il l'avait prise, en lançant au jeune homme un regard empreint d'une froide ironie qui semblait dire il ne pense dĂ©jĂ plus Ă mourir. - Est-ce une plaisanterie, est-ce un mystĂšre? demanda le jeune inconnu. Le vieillard hocha de la tĂÂȘte et dit gravement je ne saurais vous rĂ©pondre. J'ai offert le terrible pouvoir que donne ce talisman Ă des hommes douĂ©s de plus d'Ă©nergie que vous ne paraissez en avoir; mais, tout en se moquant de la problĂ©matique influence qu'il devait exercer sur leurs destinĂ©es futures, aucun n'a voulu se risquer Ă conclure ce contrat si fatalement proposĂ© par je ne sais quelle puissance. Je pense comme eux, j'ai doutĂ©, je me suis abstenu, et... - Et vous n'avez pas mĂÂȘme essayĂ©? dit le jeune homme ne l'interrompant. - Essayer! dit le vieillard. Si vous Ă©tiez sur la colonne de la place VendĂÂŽme, essaieriez-vous de vous jeter dans les airs? Peut-on arrĂÂȘter le cours de la vie? L'homme a-t-il jamais pu scinder la mort? Avant d'entrer dans ce cabinet, vous aviez rĂ©solu de vous suicider; mais tout Ă coup un secret vous occupe et vous distrait de mourir. Enfant! chacun de vos jours ne vous offrira-t-il pas une Ă©nigme plus intĂ©ressante que ne l'est celle-ci? Ecoutez-moi. J'ai vu la cour licencieuse du rĂ©gent. Comme vous, j'Ă©tais alors dans la misĂšre, j'ai mendiĂ© mon pain; nĂ©anmoins j'ai atteint l'ĂÂąge de cent deux ans, et suis devenu millionnaire le malheur m'a donnĂ© la fortune, l'ignorance m'a instruit. je vais vous rĂ©vĂ©ler en peu de mots un grand mystĂšre de la vie humaine. L'homme s'Ă©puise par deux actes instinctivement accomplis qui tarissent les sources de son existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deux causes de mort VOULOIR et POUVOIR. Entre ces deux termes de l'action humaine, il est une autre formule dont s'emparent les sages, et je lui dois le bonheur et ma longĂ©vitĂ©. Vouloir nous brĂ»le et Pouvoir nous dĂ©truit; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpĂ©tuel Ă©tat de calme. Ainsi le dĂ©sir ou le vouloir est mort en moi, tuĂ© par la pensĂ©e; le mouvement ou le pouvoir s'est rĂ©solu par le jeu naturel de mes organes. En deux mots, j'ai placĂ© ma vie, non dans le coeur qui se brise, non dans les sens qui s'Ă©moussent, mais dans le cerveau qui ne s'use pas et qui survit Ă tout. Rien d'excessif n'a froissĂ© ni mon ĂÂąme, ni mon corps. Cependant, j'ai vu le monde entier. Mes pieds ont foulĂ© les plus hautes montagnes de l'Asie et de l'AmĂ©rique, j'ai appris tous les langages humains, et j'ai vĂ©cu sous tous les rĂ©gimes. J'ai prĂÂȘtĂ© mon argent Ă un Chinois en prenant pour gage le corps de son pĂšre, j'ai dormi sous la tente de l'Arabe sur la foi de sa parole, j'ai signĂ© des contrats dans toutes les capitales europĂ©ennes, et j'ai laissĂ© sans crainte mon or dans le wigwam des sauvages; enfin j'ai tout obtenu, parce que j'ai tout su dĂ©daigner. Ma seule ambition a Ă©tĂ© de voir. Voir, n'est-ce pas savoir?... Oh! savoir, jeune homme, n'est-ce pas jouir intuitivement? n'est-ce pas dĂ©couvrir la substance mĂÂȘme du fait et s'en emparer essentiellement? Que reste-t-il d'une possession matĂ©rielle? une idĂ©e. Jugez alors combien doit ĂÂȘtre belle la vie d'un homme qui, pouvant empreindre toutes les rĂ©alitĂ©s dans sa pensĂ©e, transporte en son ĂÂąme les sources du bonheur, en extrait mille voluptĂ©s idĂ©ales dĂ©pouillĂ©es des souillures terrestres. La pensĂ©e est la clef de tous les trĂ©sors, elle procure les joies de l'avare sans en donner les soucis. Aussi ai-je planĂ© sur le monde, oĂÂč mes plaisirs ont toujours Ă©tĂ© des jouissances intellectuelles. Mes dĂ©bauches Ă©taient la contemplation des mers, des peuples, des forĂÂȘts, des montagnes! J'ai tout vu, mais tranquillement, sans fatigue; je n'ai jamais rien dĂ©sirĂ©, j'ai tout attendu. Je me suis promenĂ© dans l'univers comme dans le jardin d'une habitation qui m'appartenait. Ce que les hommes appellent chagrins, amours, ambitions, revers, tristesse, est, pour moi, des idĂ©es que je change en rĂÂȘveries; au lieu de les sentir, je les exprime, je les traduis; au lieu de leur laisser dĂ©vorer ma vie, je les dramatise, je les dĂ©veloppe; je m'en amuse comme de romans que je lirais par une vision intĂ©rieure. N'ayant jamais lassĂ© mes organes, je jouis encore d'une santĂ© robuste. Mon ĂÂąme ayant hĂ©ritĂ© de toute la force dont je n'abusais pas, cette tĂÂȘte est encore mieux meublĂ©e que ne le sont mes magasins. LĂ , dit-il en se frappant le front, lĂ sont les vrais millions. je passe des journĂ©es dĂ©licieuses en jetant un regard intelligent dans le passĂ©; j'Ă©voque des pays entiers, des sites, des vues de l'OcĂ©an, des figures historiquement belles! J'ai un sĂ©rail imaginaire oĂÂč je possĂšde toutes les femmes que je n'ai pas eues. je revois souvent vos guerres, vos rĂ©volutions, et je les juge. Oh! comment prĂ©fĂ©rer de fĂ©briles, de lĂ©gĂšres admirations pour quelques chairs plus ou moins colorĂ©es, pour des formes plus ou moins rondes! comment prĂ©fĂ©rer tous les dĂ©sastres de vos volontĂ©s trompĂ©es Ă la facultĂ© sublime de faire comparaĂtre en soi l'univers, au plaisir immense de se mouvoir sans ĂÂȘtre garottĂ© par les liens du temps ni par les entraves de l'espace, au plaisir de tout embrasser, de tout voir, de se pencher sur le bord du monde pour interroger les autres sphĂšres, pour Ă©couter Dieu! Ceci, dit-il d'une voix Ă©clatante en montrant la Peau de chagrin, est le pouvoir et le vouloir rĂ©unis. LĂ sont vos idĂ©es sociales, vos dĂ©sirs excessifs, vos intempĂ©rances, vos joies qui tuent, vos douleurs qui font trop vivre; car le mal n'est peut-ĂÂȘtre qu'un violent plaisir. Qui pourrait dĂ©terminer le point oĂÂč la voluptĂ© devient un mal et celui oĂÂč le mal est encore la voluptĂ©? Les plus vives lumiĂšres du monde idĂ©al ne caressent-elles pas la vue, tandis que les plus douces tĂ©nĂšbres du monde physique la blessent toujours. Le mot de Sagesse ne vient-il pas de savoir? et qu'est-ce que la folie, sinon l'excĂšs d'un vouloir ou d'un pouvoir? - Eh! bien, oui, je veux vivre avec excĂšs, dit l'inconnu en saisissant la Peau de chagrin. - Jeune homme, prenez garde, s'Ă©cria le vieillard avec une incroyable vivacitĂ©. - J'avais rĂ©solu ma vie par l'Ă©tude et par la pensĂ©e; mais elles ne m'ont mĂÂȘme pas nourri, rĂ©pliqua l'inconnu. Je ne veux ĂÂȘtre la dupe ni d'une prĂ©dication digne de Swedenborg, ni de votre amulette orientale, ni des charitables efforts que vous faites, monsieur, pour me retenir dans un monde oĂÂč mon existence est dĂ©sormais impossible. Voyons! ajouta-t-il en serrant le talisman d'une main convulsive et regardant le vieillard. Je veux un dĂner royalement splendide, quelque bacchanale digne du siĂšcle oĂÂč tout s'est, dit-on, perfectionnĂ©! Que mes convives soient jeunes, spirituels et sans prĂ©jugĂ©s, joyeux jusqu'Ă la folie! Que les vins se succĂšdent toujours plus incisifs, plus pĂ©tillants, et soient de force Ă nous enivrer pour trois jours! Que cette nuit soit parĂ©e de femmes ardentes! Je veux que la DĂ©bauche en dĂ©lire et rugissant nous emporte dans son char Ă quatre chevaux, par-delĂ les bornes du monde, pour nous verser sur des plages inconnues que les ĂÂąmes montent dans les cieux ou se plongent dans la boue, je ne sais si alors elles s'Ă©lĂšvent ou s'abaissent, peu m'importe! Donc je commande Ă ce pouvoir sinistre de me fondre toutes les joies dans une joie. Oui, j'ai besoin d'embrasser les plaisirs du ciel et de la terre dans une derniĂšre Ă©treinte pour en mourir. Aussi souhaitĂ©-je et des priapĂ©es antiques aprĂšs boire, et des chants Ă rĂ©veiller les morts, et de triples baisers, des baisers sans fin dont la clameur passe sur Paris comme un craquement d'incendie, y rĂ©veille les Ă©poux et leur inspire une ardeur cuisante qui les rajeunisse tous, mĂÂȘme les septuagĂ©naires! Un Ă©clat de rire, parti de la bouche du petit vieillard, retentit dans les oreilles du jeune fou comme un bruissement de l'enfer, et l'interdit si despotiquement qu'il se tut. - Croyez-vous, dit le marchand, que mes planchers vont s'ouvrir tout Ă coup pour donner passage Ă des tables somptueusement servies et Ă des convives de l'autre monde? Non, non, jeune Ă©tourdi. Vous avez signĂ© le pacte, tout est dit. Maintenant vos volontĂ©s seront scrupuleusement satisfaites, mais aux dĂ©pens de votre vie. Le cercle de vos jours, figurĂ© par cette Peau, se resserrera suivant la force et le nombre de vos souhaits, depuis le plus lĂ©ger jusqu'au plus exorbitant. Le bramine auquel je dois ce talisman m'a jadis expliquĂ© qu'il s'opĂ©rerait un mystĂ©rieux accord entre les destinĂ©es et les souhaits du possesseur. Votre premier dĂ©sir est vulgaire, je pourrais le rĂ©aliser; mais j'en laisse le soin aux Ă©vĂ©nements de votre nouvelle existence. AprĂšs tout, vous vouliez mourir? hĂ©! bien, votre suicide n'est que retardĂ©. L'inconnu, surpris et presque irritĂ© de se voir toujours plaisantĂ© par ce singulier vieillard dont l'intention demi-philanthropique lui parut clairement dĂ©montrĂ©e dans cette derniĂšre raillerie, s'Ă©cria - Je verrai bien, monsieur, si ma fortune changera pendant le temps que je vais mettre Ă franchir la largeur du quai. Mais, si vous ne vous moquez pas d'un malheureux, je dĂ©sire, pour me venger d'un si fatal service, que vous tombiez amoureux d'une danseuse! Vous comprendrez alors le bonheur d'une dĂ©bauche, et peut-ĂÂȘtre deviendrez-vous prodigue de tous les biens que vous avez si philosophiquement mĂ©nagĂ©s. Il sortit sans entendre un grand soupir que poussa le vieillard, traversa les salles et descendit les escaliers de cette maison, suivi par le gros garçon joufflu qui voulut vainement l'Ă©clairer; il courait avec la prestesse d'un voleur pris en flagrant dĂ©lit. AveuglĂ© par une sorte de dĂ©lire, il ne s'aperçut mĂÂȘme pas de l'incroyable ductilitĂ© de la Peau de chagrin, qui, devenue souple comme un gant, se roula sous ses doigts frĂ©nĂ©tiques et put entrer dans la poche de son habit oĂÂč il la mit presque machinalement. En s'Ă©lançant de la porte du magasin sur la chaussĂ©e, il heurta trois jeunes gens qui se tenaient bras dessus bras dessous. - Animal! - ImbĂ©cile! Telles furent les gracieuses interpellations qu'ils Ă©changĂšrent. - Eh! c'est RaphaĂl. - Ah! bien, nous te cherchions. - Quoi! c'est vous? Ces trois phrases amicales succĂ©dĂšrent Ă l'injure aussitĂÂŽt que la clartĂ© d'un rĂ©verbĂšre balancĂ© par le vent frappa les visages de ce groupe Ă©tonnĂ©. - Mon cher ami, dit Ă RaphaĂl le jeune homme qu'il avait failli renverser, tu vas venir avec nous. - De quoi s'agit-il donc? - Avance toujours, je te conterai l'affaire en marchant. De force ou de bonne volontĂ©, RaphaĂl fut entourĂ© de ses amis, qui, l'ayant enchaĂnĂ© par les bras dans leur joyeuse bande, l'entraĂnĂšrent vers le Pont-des-Arts. - Mon cher, dit l'orateur en continuant, nous sommes Ă ta poursuite depuis une semaine environ. A ton respectable hĂÂŽtel Saint-Quentin, dont par parenthĂšse l'enseigne inamovible offre des lettres toujours alternativement noires et rouges comme au temps de Rousseau, ta LĂ©onarde nous a dit que tu Ă©tais parti pour la campagne. Cependant nous n'avions certes pas l'air de gens d'argent, huissiers, crĂ©anciers, gardes du commerce, etc. N'importe! Rastignac t'avait aperçu la veille aux Bouffons, nous avons repris courage, et nous avons mis de l'amour-propre Ă dĂ©couvrir si tu te perchais sur les arbres des Champs-ElysĂ©es, si tu allais coucher pour deux sous dans ces maisons philanthropiques oĂÂč les mendiants dorment appuyĂ©s sur des cordes tendues, ou si, plus heureux, ton bivouac n'Ă©tait pas Ă©tabli dans quelque boudoir. Nous ne t'avons rencontrĂ© nulle part, ni sur les Ă©crous de Sainte-PĂ©lagie, ni sur ceux de la Force! Les ministĂšres, l'OpĂ©ra, les maisons conventuelles, cafĂ©s, bibliothĂšques, listes de prĂ©fets, bureaux de journalistes, restaurants, foyers de thĂ©ĂÂątre, bref, tout ce qu'il y a dans Paris de bons et de mauvais lieux ayant Ă©tĂ© savamment explorĂ©s, nous gĂ©missions sur la perte d'un homme douĂ© d'assez de gĂ©nie pour se faire Ă©galement chercher Ă la cour et dans les prisons. Nous parlions de te canoniser comme un hĂ©ros de juillet! et, ma parole d'honneur, nous te regrettions. En ce moment, RaphaĂl passait avec ses amis sur le Pont-des-Arts, d'oĂÂč, sans les Ă©couter, il regardait la Seine dont les eaux mugissantes rĂ©pĂ©taient les lumiĂšres de Paris. Au-dessus de ce fleuve, dans lequel il voulait se prĂ©cipiter naguĂšre, les prĂ©dictions du vieillard Ă©taient accomplies, l'heure de sa mort se trouvait dĂ©jĂ fatalement retardĂ©e. - Et nous te regrettions vraiment! dit son ami poursuivant toujours sa thĂšse. Il s'agit d'une combinaison dans laquelle nous te comprenions en ta qualitĂ© d'homme supĂ©rieur, c'est-Ă -dire d'homme qui sait se mettre au-dessus de tout. L'escamotage de la muscade constitutionnelle sous le gobelet royal se fait aujourd'hui, mon cher, plus gravement que jamais. L'infĂÂąme Monarchie renversĂ©e par l'hĂ©roĂÂŻsme populaire Ă©tait une femme de mauvaise vie avec laquelle on pouvait rire et banqueter; mais la Patrie est une Ă©pouse acariĂÂątre et vertueuse, il nous faut accepter, bon grĂ©, mal grĂ©, ses caresses compassĂ©es. Or donc, le pouvoir s'est transportĂ©, comme tu sais, des Tuileries chez les journalistes, de mĂÂȘme que le budget a changĂ© de quartier, en passant du faubourg Saint-Germain Ă la ChaussĂ©e-d'Antin. Mais voici ce que tu ne sais peut-ĂÂȘtre pas! Le gouvernement, c'est-Ă -dire l'aristocratie de banquiers et d'avocats, qui font aujourd'hui de la patrie comme les prĂÂȘtres faisaient jadis de la monarchie, a senti la nĂ©cessitĂ© de mystifier le bon peuple de France avec des mots nouveaux et de vieilles idĂ©es, Ă l'instar des philosophes de toutes les Ă©coles et des hommes forts de tous les temps. Il s'agit donc de nous inculquer une opinion royalement nationale, en nous prouvant qu'il est bien plus heureux de payer douze cents millions trente-trois centimes Ă la patrie reprĂ©sentĂ©e par messieurs tels et tels, que onze cents millions neuf centimes Ă un roi qui disait moi au lieu de dire nous. En un mot, un journal armĂ© de deux ou trois cent bons mille francs vient d'ĂÂȘtre fondĂ© dans le but de faire une opposition qui contente les mĂ©contents, sans nuire au gouvernement national du roi-citoyen. Or, comme nous nous moquons de la libertĂ© autant que du despotisme, de la religion aussi bien que de l'incrĂ©dulitĂ©; que pour nous la patrie est une capitale oĂÂč les idĂ©es s'Ă©changent ou se vendent Ă tant la ligne, oĂÂč tous les jours amĂšnent de succulents dĂners, de nombreux spectacles; oĂÂč fourmillent de licencieuses prostituĂ©es, oĂÂč les soupers ne finissent que le lendemain, oĂÂč les amours vont Ă l'heure comme les citadines; que Paris sera toujours la plus adorable de toutes les patries! la patrie de la joie, de la libertĂ©, de l'esprit, des jolies femmes, des mauvais sujets, du bon vin, et oĂÂč le bĂÂąton du pouvoir ne se fera jamais trop sentir, puisque l'on est prĂšs de ceux qui le tiennent... Nous, vĂ©ritables sectateurs du dieu MĂ©phistophĂ©lĂšs, avons entrepris de badigeonner l'esprit public, de rhabiller les acteurs, de clouer de nouvelles planches Ă la baraque gouvernementale, de mĂ©dicamenter les doctrinaires, de recuire les vieux rĂ©publicains, de rechampir les bonapartistes et de ravitailler le centre, pourvu qu'il nous soit permis de rire in petto des rois et des peuples, de ne pas ĂÂȘtre le soir de notre opinion du matin, et de passer une joyeuse vie Ă la Panurge ou more orientali , couchĂ©s sur de moelleux coussins. Nous te destinions les rĂÂȘnes de cet empire macaronique et burlesque, ainsi nous t'emmenons de ce pas au dĂner donnĂ© par le fondateur dudit journal, un banquier retirĂ© qui, ne sachant que faire de son or, veut le changer en esprit. Tu y seras accueilli comme un frĂšre, nous t'y saluerons roi de ces esprits frondeurs que rien n'Ă©pouvante, dont la perspicacitĂ© dĂ©couvre les intentions de l'Autriche, de l'Angleterre ou de la Russie, avant que la Russie, l'Angleterre ou l'Autriche n'aient des intentions! Oui, nous t'instituerons le souverain de ces puissances intelligentes qui fournissent au monde les Mirabeau, les Talleyrand, les Pitt, les Metternich, enfin tous ces hardis Crispins qui jouent entre eux les destinĂ©es d'un empire comme les hommes vulgaires jouent leur kirchen-wasser aux dominos. Nous t'avons donnĂ© pour le plus intrĂ©pide compagnon qui jamais ait Ă©treint corps Ă corps la DĂ©bauche, ce monstre admirable avec lequel veulent lutter tous les esprits forts; nous avons mĂÂȘme affirmĂ© qu'il ne t'a pas encore vaincu. J'espĂšre que tu ne feras pas mentir nos Ă©loges. Taillefer, notre amphitryon, nous a promis de surpasser les Ă©troites saturnales de nos petits Lucullus modernes. Il est assez riche pour mettre de la grandeur dans les petitesses, de l'Ă©lĂ©gance et de la grĂÂące dans le vice. Entends-tu, RaphaĂl? lui demanda l'orateur en s'interrompant. - Oui, rĂ©pondit le jeune homme moins Ă©tonnĂ© de l'accomplissement de ses souhaits que surpris de la maniĂšre naturelle par laquelle les Ă©vĂ©nements s'enchaĂnaient. Quoiqu'il lui fĂ»t impossible de croire Ă une influence magique, il admirait les hasards de la destinĂ©e humaine. - Mais tu nous dis oui, comme si tu pensais Ă la mort de ton grand-pĂšre, lui rĂ©pliqua l'un de ses voisins. - Ah! reprit RaphaĂl avec un accent de naĂÂŻvetĂ© qui fit rire ces Ă©crivains, l'espoir de la jeune France, je pensais, mes amis, que nous voilĂ prĂšs de devenir de biens grands coquins! jusqu'Ă prĂ©sent nous avons fait de l'impiĂ©tĂ© entre deux vins, nous avons pesĂ© la vie Ă©tant ivres, nous avons prisĂ© les hommes et les choses en digĂ©rant. Vierges du fait, nous Ă©tions hardis en paroles; mais marquĂ©s maintenant par le fer chaud de la politique, nous allons entrer dans ce grand bagne et y perdre nos illusions. Quand on ne croit plus qu'au diable, il est permis de regretter le paradis de la jeunesse, le temps d'innocence oĂÂč nous tendions dĂ©votement la langue Ă un bon prĂÂȘtre, pour recevoir le sacrĂ© corps de notre Seigneur JĂ©sus - Christ. Ah! mes bons amis, si nous avons eu tant de plaisir Ă commettre nos premiers pĂ©chĂ©s, c'est que nous avions des remords pour les embellir et leur donner du piquant, de la saveur; tandis que maintenant... - Oh! maintenant, reprit le premier interlocuteur, il nous reste... - Quoi? dit un autre. - Le crime... - VoilĂ un mot qui a toute la hauteur d'une potence et toute la profondeur de la Seine, rĂ©pliqua RaphaĂl. - Oh! tu ne m'entends pas. Je parle des crimes politiques. Depuis ce matin je n'envie qu'une existence, celle des conspirateurs. Demain, je ne sais si ma fantaisie durera toujours; mais ce soir la vie pĂÂąle de notre civilisation, unie comme la rainure d'un chemin de fer, fait bondir mon coeur de dĂ©goĂ»t! Je suis Ă©pris de passion pour les malheurs de la dĂ©route de Moscou, pour les Ă©motions du Corsaire rouge et pour l'existence des contrebandiers. Puisqu'il n'y a plus de Chartreux en France, je voudrais au moins un Botany - Bay, une espĂšce d'infirmerie destinĂ©e aux petits lords Byrons, qui, aprĂšs avoir chiffonnĂ© la vie comme une serviette aprĂšs dĂner, n'ont plus rien Ă faire qu'Ă incendier leur pays, se brĂ»ler la cervelle, conspirer pour la rĂ©publique, ou demander la guerre... - Emile, dit avec feu le voisin de RaphaĂl Ă l'interlocuteur, foi d'homme, sans la rĂ©volution de juillet, je me faisais prĂÂȘtre pour aller mener une vie animale au fond de quelque campagne, et... - Et tu aurais lu le brĂ©viaire tous les jours? - Oui. - Tu es un fat. - Nous lisons bien les journaux. - Pas mal! pour un journaliste. Mais, tais-toi, nous marchons au milieu d'une masse d'abonnĂ©s. Le journalisme vois-tu, c'est la religion des sociĂ©tĂ©s modernes, et il y a progrĂšs. - Comment? - Les pontifes ne sont pas tenus de croire, ni le peuple non plus... En devisant ainsi, comme de braves gens qui savaient le De Viris illustribus depuis longues annĂ©es, ils arrivĂšrent Ă un hĂÂŽtel de la rue Joubert. Emile Ă©tait un journaliste qui avait conquis plus de gloire Ă ne rien faire que les autres n'en recueillent de leurs succĂšs. Critique hardi, plein de verve et de mordant, il possĂ©dait toutes les qualitĂ©s que comportaient ses dĂ©fauts. Franc et rieur, il disait en face mille Ă©pigrammes Ă un ami, qu'absent, il dĂ©fendait avec courage et loyautĂ©. Il se moquait de tout, mĂÂȘme de son avenir. Toujours dĂ©pourvu d'argent, il restait, comme tous les hommes de quelque portĂ©e, plongĂ© dans une inexprimable paresse, jetant un livre dans un mot au nez de gens qui ne savaient pas mettre un mot dans leurs livres. Prodigue de promesses qu'il ne rĂ©alisait jamais, il s'Ă©tait fait de sa fortune et de sa gloire un coussin pour dormir, courant ainsi la chance de se rĂ©veiller vieux Ă l'hĂÂŽpital. D'ailleurs, ami jusqu'Ă l'Ă©chafaud, fanfaron de cynisme et simple comme un enfant, il ne travaillait que par boutade ou par nĂ©cessitĂ©. - Nous allons faire, suivant l'expression de maĂtre Alcofribas, un fameux tronçon de chiere lie , dit-il Ă RaphaĂl en lui montrant les caisses de fleurs qui embaumaient et verdissaient les escaliers. - J'aime les porches bien chauffĂ©s et garnis de riches tapis, rĂ©pondit RaphaĂl. Le luxe dĂšs le pĂ©ristyle est rare en France. Ici, je me sens renaĂtre. - Et lĂ -haut nous allons boire et rire encore une fois, mon pauvre RaphaĂl. Ah çà ! reprit-il, j'espĂšre que nous serons les vainqueurs et que nous marcherons sur toutes ces tĂÂȘtes-lĂ . Puis, d'un geste moqueur, il montra les convives en entrant dans un salon qui resplendissait de dorures, de lumiĂšres, et oĂÂč ils furent aussitĂÂŽt accueillis par les jeunes gens les plus remarquables de Paris. L'un venait de rĂ©vĂ©ler un talent neuf, et de rivaliser par son premier tableau avec les gloires de la peinture impĂ©riale. L'autre avait hasardĂ© la veille un livre plein de verdeur, empreint d'une sorte de dĂ©dain littĂ©raire, et qui dĂ©couvrait Ă l'Ă©cole moderne de nouvelles routes. Plus loin, un statuaire dont la figure pleine de rudesse accusait quelque vigoureux gĂ©nie, causait avec un de ces froids railleurs qui, selon l'occurrence, tantĂÂŽt ne veulent voir de supĂ©rioritĂ© nulle part, et tantĂÂŽt en reconnaissent partout. Ici, le plus spirituel de nos caricaturistes, Ă l'oeil malin, Ă la bouche mordante, guettait les Ă©pigrammes pour les traduire Ă coups de crayon. LĂ , ce jeune et audacieux Ă©crivain, qui mieux que personne distillait la quintessence des pensĂ©es politiques, ou condensait en se jouant l'esprit d'un Ă©crivain fĂ©cond, s'entretenait avec ce poĂšte dont les Ă©crits Ă©craseraient toutes les oeuvres du temps prĂ©sent, si son talent avait la puissance de sa haine. Tous deux essayaient de ne pas dire la vĂ©ritĂ© et de ne pas mentir, en s'adressant de douces flatteries. Un musicien cĂ©lĂšbre consolait en si bĂ©mol et d'une voix moqueuse un jeune homme politique rĂ©cemment tombĂ© de la tribune sans se faire aucun mal. De jeunes auteurs sans style Ă©taient auprĂšs de jeunes auteurs sans idĂ©es, des prosateurs pleins de poĂ©sie prĂšs de poĂštes prosaĂÂŻques. Voyant ces ĂÂȘtres incomplets, un pauvre saint-simonien, assez naĂÂŻf pour croire Ă sa doctrine, les accouplait avec charitĂ©, voulant sans doute les transformer en religieux de son ordre. Enfin, il s'y trouvait deux ou trois de ces savants destinĂ©s Ă mettre de l'azote dans la conversation, et plusieurs vaudevillistes prĂÂȘts Ă y jeter de ces lueurs Ă©phĂ©mĂšres qui, semblables aux Ă©tincelles du diamant, ne donnent ni chaleur ni lumiĂšre. Quelques hommes Ă paradoxes, riant sous cape des gens qui Ă©pousent leurs admirations ou leurs mĂ©pris pour les hommes et les choses, faisaient dĂ©jĂ de cette politique Ă double tranchant, avec laquelle ils conspirent contre tous les systĂšmes, sans prendre parti pour aucun. Le jugeur qui ne s'Ă©tonne de rien, qui se mouche au milieu d'une cavatine aux Bouffons, y crie brava avant tout le monde, et contredit ceux qui prĂ©viennent son avis, Ă©tait lĂ cherchant Ă s'attribuer les mots des gens d'esprit. Parmi ces convives, cinq avaient de l'avenir, une dizaine devait obtenir quelque gloire viagĂšre; quant aux autres, ils pouvaient comme toutes les mĂ©diocritĂ©s se dire le fameux mensonge de Louis XVIII Union et oubli . L'amphitryon avait la gaietĂ© soucieuse d'un homme qui dĂ©pense deux mille Ă©cus. De temps en temps ses yeux se dirigeaient avec impatience vers la porte du salon, en appelant celui des convives qui se faisait attendre. BientĂÂŽt apparut un gros petit homme qui fut accueilli par une flatteuse rumeur, c'Ă©tait le notaire qui, le matin mĂÂȘme, avait achevĂ© de crĂ©er le journal. Un valet de chambre vĂÂȘtu de noir vint ouvrir les portes d'une vaste salle Ă manger, oĂÂč chacun alla sans cĂ©rĂ©monie reconnaĂtre sa place autour d'une table immense. Avant de quitter les salons, RaphaĂl y jeta un dernier coup d'oeil. Son souhait Ă©tait certes bien complĂštement rĂ©alisĂ©. La soie et l'or tapissaient les appartements. De riches candĂ©labres supportant d'innombrables bougies faisaient briller les plus lĂ©gers dĂ©tails des frises dorĂ©es, les dĂ©licates ciselures du bronze et les somptueuses couleurs de l'ameublement. Les fleurs rares de quelques jardiniĂšres artistement construites avec des bambous, rĂ©pandaient de doux parfums. Tout jusqu'aux draperies respirait une Ă©lĂ©gance sans prĂ©tention; enfin, il y avait en tout je ne sais quelle grĂÂące poĂ©tique dont le prestige devait agir sur l'imagination d'un homme sans argent. - Cent mille livres de rente sont un bien joli commentaire du catĂ©chisme, et nous aident merveilleusement Ă mettre la morale en actions ! dit-il en soupirant. Oh! oui, ma vertu ne va guĂšre Ă pied. Pour moi, le vice c'est une mansarde, un habit rĂÂąpĂ©, un chapeau gris en hiver, et des dettes chez le portier. Ah! je veux vivre au sein de ce luxe un an, six mois, n'importe! Et puis aprĂšs mourir. J'aurai du moins Ă©puisĂ©, connu, dĂ©vorĂ© mille existences. - Oh! lui dit Emile qui l'Ă©coutait, tu prends le coupĂ© d'un agent de change pour le bonheur. Va, tu serais bientĂÂŽt ennuyĂ© de la fortune en t'apercevant qu'elle te ravirait la chance d'ĂÂȘtre un homme supĂ©rieur. Entre les pauvretĂ©s de la richesse et les richesses de la pauvretĂ©, l'artiste a-t-il jamais balancĂ©? Ne nous faut-il pas toujours des luttes, Ă nous autres? Aussi, prĂ©pare ton estomac, vois, dit-il en lui montrant par un geste hĂ©roĂÂŻque le majestueux, le trois fois saint et rassurant aspect que prĂ©sentait la salle Ă manger du benoĂt capitaliste. Cet homme-lĂ , reprit-il, ne s'est vraiment donnĂ© la peine d'amasser son argent que pour nous. N'est-ce pas une espĂšce d'Ă©ponge oubliĂ©e par les naturalistes dans l'ordre des Polypiers, et qu'il s'agit de presser avec dĂ©licatesse, avant de la laisser sucer par des hĂ©ritiers? Ne trouves-tu pas du style aux bas - reliefs qui dĂ©corent les murs? Et les lustres, et les tableaux, quel luxe bien entendu! S'il faut croire les envieux et ceux qui tiennent Ă voir les ressorts de la vie, cet homme aurait tuĂ©, pendant la rĂ©volution, un Allemand et quelques autres personnes qui seraient, dit-on, son meilleur ami et la mĂšre de cet ami. Peux-tu donner place Ă des crimes sous les cheveux grisonnants de ce vĂ©nĂ©rable Taillefer? Il a l'air d'un bien bon homme. Vois donc comme l'argenterie Ă©tincelle, et chacun de ces rayons brillants serait pour lui un coup de poignard?... Allons donc! autant vaudrait croire en Mahomet. Si le public avait raison, voici trente hommes de coeur et de talent qui s'apprĂÂȘteraient Ă manger les entrailles, Ă boire le sang d'une famille. Et nous deux, jeunes gens pleins de candeur, d'enthousiasme, nous serions complices du forfait! J'ai envie de demander Ă notre capitaliste s'il est honnĂÂȘte homme. - Non pas maintenant! s'Ă©cria RaphaĂl, mais quand il sera ivre - mort, nous aurons dĂnĂ©. Les deux amis s'assirent en riant. D'abord et par un regard plus rapide que la parole, chaque convive paya son tribut d'admiration au somptueux coup d'oeil qu'offrait une longue table, blanche comme une couche de neige fraĂchement tombĂ©e, et sur laquelle s'Ă©levaient symĂ©triquement les couverts couronnĂ©s de petits pains blonds. Les cristaux rĂ©pĂ©taient les couleurs de l'iris dans leurs reflets Ă©toilĂ©s, les bougies traçaient des feux croisĂ©s Ă l'infini, les mets placĂ©s sous des dĂÂŽmes d'argent aiguisaient l'appĂ©tit et la curiositĂ©. Les paroles furent assez rares. Les voisins se regardĂšrent. Le vin de MadĂšre circula. Puis le premier service apparut dans toute sa gloire, il aurait fait honneur Ă feu CambacĂ©rĂšs, et Brillat - Savarin l'eĂ»t cĂ©lĂ©brĂ©. Les vins de Bordeaux et de Bourgogne, blancs et rouges, furent servis avec une profusion royale. Cette premiĂšre partie du festin Ă©tait comparable, en tout point, Ă l'exposition d'une tragĂ©die classique. Le second acte devint quelque peu bavard. Chaque convive avait bu raisonnablement en changeant de crus suivant ses caprices, en sorte qu'au moment oĂÂč l'on emporta les restes de ce magnifique service, de tempĂ©tueuses discussions s'Ă©taient Ă©tablies; quelques fronts pĂÂąles rougissaient, plusieurs nez commençaient Ă s'empourprer, les visages s'allumaient, les yeux pĂ©tillaient. Pendant cette aurore de l'ivresse, le discours ne sortit pas encore des bornes de la civilitĂ©; mais les railleries, les bons mots s'Ă©chappĂšrent peu Ă peu de toutes les bouches; puis la calomnie Ă©leva tout doucement sa petite tĂÂȘte de serpent et parla d'une voix flĂ»tĂ©e; çà et lĂ , quelques sournois Ă©coutĂšrent attentivement, espĂ©rant garder leur raison. Le second service trouva donc les esprits tout Ă fait Ă©chauffĂ©s. Chacun mangea en parlant, parla en mangeant, but sans prendre garde Ă l'affluence des liquides, tant ils Ă©taient lampants et parfumĂ©s, tant l'exemple fut contagieux. Taillefer se piqua d'animer ses convives, et fit avancer les terribles vins du RhĂÂŽne, le chaud Tokay, le vieux Roussillon capiteux. DĂ©chaĂnĂ©s comme les chevaux d'une malle-poste qui part d'un relais, ces hommes fouettĂ©s par les flammĂšches du vin de Champagne impatiemment attendu, mais abondamment versĂ©, laissĂšrent alors galoper leur esprit dans le vide de ces raisonnements que personne n'Ă©coute, se mirent Ă raconter ces histoires qui n'ont pas d'auditeur, recommencĂšrent cent fois ces interpellations qui restent sans rĂ©ponse. L'orgie seule dĂ©ploya sa grande voix, sa voix composĂ©e de cent clameurs confuses qui grossissent comme les crescendo de Rossini. Puis arrivĂšrent les toasts insidieux, les forfanteries, les dĂ©fis. Tous renonçaient Ă se glorifier de leur capacitĂ© intellectuelle pour revendiquer celle des tonneaux, des foudres, des cuves. Il semblait que chacun eĂ»t deux voix. Il vint un moment oĂÂč les maĂtres parlĂšrent tous Ă la fois, et oĂÂč les valets sourirent. Mais cette mĂÂȘlĂ©e de paroles oĂÂč les paradoxes douteusement lumineux, les vĂ©ritĂ©s grotesquement habillĂ©es se heurtĂšrent Ă travers les cris, les jugements interlocutoires, les arrĂÂȘts souverains et les niaiseries, comme au milieu d'un combat se croisent les boulets, les balles et la mitraille, eĂ»t sans doute intĂ©ressĂ© quelque philosophe par la singularitĂ© des pensĂ©es, ou surpris un politique par la bizarrerie des systĂšmes. C'Ă©tait tout Ă la fois un livre et un tableau. Les philosophies, les religions, les morales, si diffĂ©rentes d'une latitude Ă l'autre, les gouvernements, enfin tous les grands actes de l'intelligence humaine tombĂšrent sous une faux aussi longue que celle du Temps, et peut-ĂÂȘtre eussiez-vous pu difficilement dĂ©cider si elle Ă©tait maniĂ©e par la Sagesse ivre, ou par l'ivresse devenue une espĂšce de tempĂÂȘte, ces esprits semblaient, comme la mer irritĂ©e contre ses falaises, vouloir Ă©branler toutes les lois entre lesquelles flottent les civilisations, satisfaisant ainsi sans le savoir Ă la volontĂ© de Dieu, qui laisse dans la nature le bien et le mal en gardant pour lui seul le secret de leur lutte perpĂ©tuelle. Furieuse et burlesque, la discussion fut en quelque sorte un sabbat des intelligences. Entre les tristes plaisanteries dites par ces enfants de la RĂ©volution Ă la naissance d'un journal, et les propos tenus par de joyeux buveurs Ă la naissance de Gargantua, se trouvait tout l'abĂme qui sĂ©pare le XIXĂšme siĂšcle du XVIĂšme. Celui-ci apprĂÂȘtait une destruction en riant, le nĂÂŽtre riait au milieu des ruines. - Comment appelez-vous le jeune homme que je vois lĂ - bas? dit le notaire en montrant RaphaĂl. J'ai cru l'entendre nommer Valentin. - Que chantez-vous, avec votre Valentin tout court s'Ă©cria Emile en riant. RaphaĂl de Valentin, s'il vous plaĂt! Nous portons un aigle d'or en champ de sable, couronnĂ© d'argent, becquĂ© et onglĂ© de gueules , avec une belle devise NON CECIDIT ANIMUS! Nous ne sommes pas un enfant trouvĂ©, mais le descendant de l'empereur Valens, souche des Valentinois, fondateur des villes de Valence en Espagne et en France, hĂ©ritier lĂ©gitime de l'empire d'Orient. Si nous laissons trĂÂŽner Mahmoud Ă Constantinople, c'est par pure bonne volontĂ©, et faute d'argent ou de soldats. Emile dĂ©crivit en l'air, avec sa fourchette, une couronne au-dessus de la tĂÂȘte de RaphaĂl. Le notaire se recueillit pendant un moment et se remit bientĂÂŽt Ă boire en laissant Ă©chapper un geste authentique, par lequel il semblait avouer qu'il lui Ă©tait impossible de rattacher Ă sa clientĂšle les villes de Valence, de Constantinople, Mahmoud, l'empereur Valence et la famille des Valentinois. - La destruction de ces fourmiliĂšres nommĂ©es Babylone, Tyr, Carthage, ou Venise, toujours Ă©crasĂ©es sous les pieds d'un gĂ©ant qui passe, ne serait-elle pas un avertissement donnĂ© Ă l'homme par une puissance moqueuse? dit Claude Vignon, espĂšce d'esclave achetĂ© pour faire du Bossuet Ă dix sous la ligne. - MoĂÂŻse, Sylla, Louis XI, Richelieu, Robespierre et NapolĂ©on sont peut-ĂÂȘtre un mĂÂȘme homme qui reparaĂt Ă travers les civilisations, comme une comĂšte dans le ciel! rĂ©pondit un blanchisse. - Pourquoi sonder la Providence? dit Canalis le fabricant de ballades. - Allons, voilĂ la Providence, s'Ă©cria le jugeur en l'interrompant. Je ne connais rien au monde de plus Ă©lastique. - Mais, monsieur, Louis XIV a fait pĂ©rir plus d'hommes pour creuser les aqueducs de Maintenon que la Convention pour asseoir justement l'impĂÂŽt, pour mettre de l'unitĂ© dans la loi, nationaliser la France et faire Ă©galement partager les hĂ©ritages, disait Menthol, un jeune homme devenu rĂ©publicain faute d'une syllabe devant son nom. - Monsieur, lui rĂ©pondit Moraux de l'Oise, bon propriĂ©taire, vous qui prenez le sang pour du vin, cette fois-ci laisserez-vous Ă chacun sa tĂÂȘte sur ses Ă©paules? - A quoi bon, monsieur? les principes de l'ordre social ne valent-ils donc pas quelques sacrifices? - Biniou! HĂ©! Chose-le-rĂ©publicain prĂ©tend que la tĂÂȘte de ce propriĂ©taire serait un sacrifice, dit un jeune homme Ă son voisin. - Les hommes et les Ă©vĂ©nements ne sont rien, disait le rĂ©publicain en continuant sa thĂ©orie Ă travers les hoquets, il n'y a en politique et en philosophie que des principes et des idĂ©es. - Quelle horreur! Vous n'auriez nul chagrin de tuer vos amis pour un si ... - HĂ©! monsieur, l'homme qui a des remords est le vrai scĂ©lĂ©rat, car il a quelque idĂ©e de la vertu; tandis que Pierre le Grand, le duc d'Albe, Ă©taient des systĂšmes, et le corsaire Monbard, une organisation. - Mais la sociĂ©tĂ© ne peut-elle pas se priver de vos systĂšmes et de vos organisations? dit Canalis. - Oh! d'accord, s'Ă©cria le rĂ©publicain. - Eh! votre stupide rĂ©publique me donne des nausĂ©es! nous ne saurions dĂ©couper tranquillement un chapon sans y trouver la loi agraire. - Tes principes sont excellents, mon petit Brutus farci de truffes! Mais tu ressembles Ă mon valet de chambre, le drĂÂŽle est si cruellement possĂ©dĂ© par la manie de la propretĂ©, que si je lui laissais brosser mes habits Ă sa fantaisie, j'irais tout nu. Vous ĂÂȘtes des brutes! vous voulez nettoyer une nation avec des cure-dents, rĂ©pliqua l'homme Ă la rĂ©publique. Selon vous la justice serait plus dangereuse que les voleurs. - HĂ©! hĂ©! fit l'avouĂ© Desroches. - Sont-ils ennuyeux avec leur politique! dit Cardot le notaire. Fermez la porte. Il n'y a pas de science ou de vertu qui vaille une goutte de sang. Si nous voulions faire la liquidation de la vĂ©ritĂ©, nous la trouverions peut-ĂÂȘtre en faillite. - Ah! il en aurait sans doute moins coĂ»tĂ© de nous amuser dans le mal que de nous disputer dans le bien. Aussi, donnerais-je tous les discours prononcĂ©s Ă la tribune depuis quarante ans pour une truite, pour un conte de Perrault ou une croquade de Charlet. - Vous avez bien raison! passez-moi des asperges. Car, aprĂšs tout, la libertĂ© enfante l'anarchie, l'anarchie conduit au despotisme, et le despotisme ramĂšne Ă la libertĂ©. Des millions d'ĂÂȘtres ont pĂ©ri sans avoir pu faire triompher aucun de ces systĂšmes. N'est-ce pas le cercle vicieux dans lequel tournera toujours le monde moral? Quand l'homme croit avoir perfectionnĂ©, il n'a fait que dĂ©placer les choses. - Oh! oh! s'Ă©cria Cursy le vaudevilliste, alors, messieurs, je porte un toast Ă Charles X, pĂšre de la libertĂ©! - Pourquoi pas? dit Emile. Quand le despotisme est dans les lois, la libertĂ© se trouve dans les moeurs, et vice versa . - Buvons donc Ă l'imbĂ©cillitĂ© du pouvoir qui nous donne tant de pouvoir sur les imbĂ©ciles! dit le banquier. - HĂ©! mon cher, au moins NapolĂ©on nous a-t-il laissĂ© de la gloire! criait un officier de marine qui n'Ă©tait jamais sorti de Brest. - Ah! la gloire, triste denrĂ©e. Elle se paye cher et ne se garde pas. Ne serait-elle point l'Ă©goĂÂŻsme des grands hommes, comme le bonheur est celui des sots? - Monsieur, vous ĂÂȘtes bien heureux. - Le premier qui inventa les fossĂ©s Ă©tait sans doute un homme faible, car la sociĂ©tĂ© ne profite qu'aux gens chĂ©tifs. PlacĂ©s aux deux extrĂ©mitĂ©s du monde moral, le sauvage et le penseur ont Ă©galement horreur de la propriĂ©tĂ©. - Joli! s'Ă©cria Cardot. S'il n'y avait pas de propriĂ©tĂ©s, comment pourrions-nous faire des actes? - VoilĂ des petits pois dĂ©licieusement fantastiques! - Et le curĂ© fut trouvĂ© mort dans son lit, le lendemain... - Qui parle de mort? Ne badinez pas! J'ai un oncle. - Vous vous rĂ©signeriez sans doute Ă le perdre. - Ce n'est pas une question. - Ecoutez-moi, messieurs! MANIERE DE TUER SON ONCLE. Chut! Ecoutez! Ecoutez! Ayez d'abord un oncle gros et gras, septuagĂ©naire au moins, ce sont les meilleurs oncles. Sensation. Faites-lui manger, sous un prĂ©texte quelconque, un pĂÂątĂ© de foie gras... - HĂ©! mon oncle est un grand homme sec, avare et sobre. - Ah! ces oncles-lĂ sont des monstres qui abusent de la vie. - Et, dit l'homme aux oncles en continuant, annoncez-lui, pendant sa digestion, la faillite de son banquier. - S'il rĂ©siste? - LĂÂąchez-lui une jolie fille! - S'il est... dit-il en faisant un geste nĂ©gatif. - Alors, ce n'est pas un oncle, l'oncle est essentiellement Ă©grillard. - La voix de la Malibran a perdu deux notes. - Non, monsieur. - Si, monsieur. - Oh! oh! Oui et non, n'est-ce pas l'histoire de toutes les dissertations religieuses, politiques et littĂ©raires? L'homme est un bouffon qui danse sur des prĂ©cipices! - A vous entendre, je suis un sot. - Au contraire, c'est parce que vous ne m'entendez pas. - L'instruction, belle niaiserie! Monsieur Heineffettermach porte le nombre des volumes imprimĂ©s Ă plus d'un milliard, et la vie d'un homme ne permet pas d'en lire cent cinquante mille. Alors expliquez-moi ce que signifie le mot instruction ? pour les uns, elle consiste Ă savoir les noms du cheval d'Alexandre, du dogue BĂ©rĂ©cillo, du seigneur des Accords, et d'ignorer celui de l'homme auquel nous devons le flottage des bois ou la porcelaine. Pour les autres, ĂÂȘtre instruit, c'est savoir brĂ»ler un testament et vivre en honnĂÂȘtes gens, aimĂ©s, considĂ©rĂ©s, au lieu de voler une montre en rĂ©cidive, avec les cinq circonstances aggravantes, et d'aller mourir en place de GrĂšve, haĂÂŻs et dĂ©shonorĂ©s. - Nathan restera-t-il? - Ah! ses collaborateurs, monsieur, ont bien de l'esprit. - Et Canalis? - C'est un grand homme, n'en parlons plus. - Vous ĂÂȘtes ivres? - La consĂ©quence immĂ©diate d'une constitution est l'aplatissement des intelligences. Arts, sciences, monuments, tout est dĂ©vorĂ© par un effroyable sentiment d'Ă©goĂÂŻsme, notre lĂšpre actuelle. Vos trois cents bourgeois, assis sur des banquettes, ne penseront qu'Ă planter des peupliers. Le despotisme fait illĂ©galement de grandes choses, la libertĂ© ne se donne mĂÂȘme pas la peine d'en faire lĂ©galement de trĂšs petites. - Votre enseignement mutuel fabrique des piĂšces de cent sous en chair humaine, dit un absolutiste en interrompant. Les individualitĂ©s disparaissent chez un peuple nivelĂ© par l'instruction. - Cependant, le but de la sociĂ©tĂ© n'est-il pas de procurer Ă chacun le bien-ĂÂȘtre? demanda le saint-simonien. - Si vous aviez cinquante mille livres de rente, vous ne penseriez guĂšre au peuple. Etes-vous Ă©pris de belle passion pour l'humanitĂ©? allez Ă Madagascar vous y trouverez un joli petit peuple tout neuf Ă saint-simoniser, Ă classer, Ă mettre en bocal; mais, ici, chacun entre tout naturellement dans son alvĂ©ole, comme une cheville dans son trou. Les portiers sont portiers, et les niais sont des bĂÂȘtes sans avoir besoin d'ĂÂȘtre promus par un collĂšge de PĂšres. Ah! ah! - Vous ĂÂȘtes un carliste! - Pourquoi pas? J'aime le despotisme, il annonce un certain mĂ©pris pour la race humaine. Je ne hais pas les rois. Ils sont si amusants! TrĂÂŽner dans une chambre, Ă trente millions de lieues du soleil, n'est-ce donc rien? - Mais rĂ©sumons cette large vue de la civilisation, disait le savant qui, pour l'instruction du sculpteur inattentif, avait entrepris une discussion sur le commencement des sociĂ©tĂ©s et sur les peuples autochtones. A l'origine des nations, la force fut en quelque sorte matĂ©rielle, une, grossiĂšre; puis, avec l'accroissement des agrĂ©gations, les gouvernements ont procĂ©dĂ© par des dĂ©compositions plus ou moins habiles du pouvoir primitif. Ainsi, dans la haute antiquitĂ© la force Ă©tait dans la thĂ©ocratie; le prĂÂȘtre tenait le glaive et l'encensoir. Plus tard, il y eut deux sacerdoces le pontife et le roi. Aujourd'hui, notre sociĂ©tĂ©, dernier terme de la civilisation, a distribuĂ© la puissance suivant le nombre des combinaisons, et nous sommes arrivĂ©s aux forces nommĂ©es industrie, pensĂ©e, argent, parole. Le pouvoir, n'ayant plus alors d'unitĂ©, marche sans cesse vers une dissolution sociale qui n'a plus d'autre barriĂšre que l'intĂ©rĂÂȘt. Aussi ne nous appuyons-nous ni sur la religion, ni sur la force matĂ©rielle, mais sur l'intelligence. Le livre vaut-il le glaive, la discussion vaut-elle l'action? VoilĂ le problĂšme. - L'intelligence a tout tuĂ©, s'Ă©cria le carliste. Allez, la libertĂ© absolue mĂšne les nations au suicide, elles s'ennuient dans le triomphe, comme un Anglais millionnaire. - Que nous direz-vous de neuf? Aujourd'hui vous avez ridiculisĂ© tous les pouvoirs, et c'est mĂÂȘme chose vulgaire que de nier Dieu! Vous n'avez plus de croyance. Aussi le siĂšcle est-il comme un vieux sultan perdu de dĂ©bauche! Enfin, votre lord Byron, en dernier dĂ©sespoir de poĂ©sie, a chantĂ© les passions du crime. - Savez-vous, lui rĂ©pondit Bianchon complĂštement ivre, qu'une dose de phosphore de plus ou de moins fait l'homme de gĂ©nie ou le scĂ©lĂ©rat, l'homme d'esprit ou l'idiot, l'homme vertueux ou le criminel? - Peut-on traiter ainsi la vertu! s'Ă©cria de Cursy. La vertu, sujet de toutes les piĂšces de thĂ©ĂÂątre, dĂ©noĂ»ment de tous les drames, base de tous les tribunaux. - HĂ©! tais-toi donc, animal. Ta vertu, c'est Achille sans talon! dit Biniou. - A boire! - Veux-tu parier que je bois une bouteille de vin de Champagne d'un seul trait? - Quel trait d'esprit! s'Ă©cria Biniou. - Ils sont gris comme des charretiers, dit un jeune homme qui donnait sĂ©rieusement Ă boire Ă son gilet. - Oui, monsieur, le gouvernement actuel est l'art de faire rĂ©gner l'opinion publique. - L'opinion? mais c'est la plus vicieuse de toutes les prostituĂ©es! A vous entendre, hommes de morale et de politique, il faudrait sans cesse prĂ©fĂ©rer vos lois Ă la nature, l'opinion Ă la conscience. Allez, tout est vrai, tout est faux! Si la sociĂ©tĂ© nous a donnĂ© le duvet des oreillers, elle a certes compensĂ© le bienfait par la goutte, comme elle a mis la procĂ©dure pour tempĂ©rer la justice, et les rhumes Ă la suite des chĂÂąles de Cachemire. - Monstre! dit Emile en interrompant le misanthrope, comment peux-tu mĂ©dire de la civilisation en prĂ©sence de vins, de mets dĂ©licieux, et Ă table jusqu'au menton? Mords ce chevreuil aux pieds et aux cornes dorĂ©es, mais ne mords pas ta mĂšre. - Est-ce ma faute, Ă moi, si le catholicisme arrive Ă mettre un million de dieux dans un sac de farine, si la rĂ©publique aboutit toujours Ă quelque NapolĂ©on, si la royautĂ© se trouve entre l'assassinat de Henri IV et le jugement de Louis XVI, si le libĂ©ralisme devient La Fayette? - L'avez-vous embrassĂ© en juillet? - Non. - Alors taisez-vous, sceptique. - Les sceptiques sont les hommes les plus consciencieux. - Ils n'ont pas de conscience. - Que dites-vous? ils en ont au moins deux. - Escompter le ciel! monsieur, voilĂ une idĂ©e vraiment commerciale. Les religions antiques n'Ă©taient qu'un heureux dĂ©veloppement du plaisir physique; mais nous autres nous avons dĂ©veloppĂ© l'ĂÂąme et l'espĂ©rance; il y a eu progrĂšs. - HĂ©! mes bons amis, que pouvez-vous attendre d'un siĂšcle repu de politique? dit Nathan. Quel a Ă©tĂ© le sort du Roi de BohĂÂȘme et de ses sept chĂÂąteaux , la plus ravissante conception... - ĂâĄĂ ?... cria le jugeur d'un bout de la table Ă l'autre. C'est des phrases tirĂ©es au hasard dans un chapeau, vĂ©ritable ouvrage Ă©crit pour Charenton. - Vous ĂÂȘtes un sot! - Vous ĂÂȘtes un drĂÂŽle! - Oh! oh! - Ah! ah! - Ils se battront. - Non. - A demain, monsieur. - A l'instant, rĂ©pondit Nathan. - Allons! allons! vous ĂÂȘtes deux braves. - Vous en ĂÂȘtes un autre! dit le provocateur. - Ils ne peuvent seulement pas se mettre debout. Ah! je ne me tiens pas droit, peut-ĂÂȘtre! reprit le belliqueux Nathan en se dressant comme un cerf-volant indĂ©cis. Il jeta sur la table un regard hĂ©bĂ©tĂ©, puis comme extĂ©nuĂ© par cet effort, il retomba sur sa chaise, pencha la tĂÂȘte et resta muet. - Ne serait-il pas plaisant, dit le jugeur Ă son voisin, de me battre pour un ouvrage que je n'ai jamais vu ni lu! - Emile, prends garde Ă ton habit, ton voisin pĂÂąlit, dit Biniou. - Kant, monsieur. Encore un ballon lancĂ© pour amuser les niais! Le matĂ©rialisme et le spiritualisme sont deux jolies raquettes avec lesquelles des charlatans en robe font aller le mĂÂȘme volant. Que Dieu soit en tout selon Spinosa, ou que tout vienne de Dieu selon saint Paul... ImbĂ©ciles! ouvrir ou fermer une porte, n'est-ce pas le mĂÂȘme mouvement? L'oeuf vient-il de la poule ou la poule de l'oeuf? Passez-moi du canard! VoilĂ toute la science. - Nigaud, lui cria le savant, la question que tu poses est tranchĂ©e par un fait. - Et lequel? - Les chaires de professeurs n'ont pas Ă©tĂ© faites pour la philosophie, mais bien la philosophie pour les chaires? Mets des lunettes et lis le budget. - Voleurs! - ImbĂ©ciles! - Fripons! - Dupes! - OĂÂč trouverez-vous ailleurs qu'Ă Paris un Ă©change aussi vif, aussi rapide entre les pensĂ©es, s'Ă©cria Biniou en prenant une voix de basse-taille. - Allons, Biniou, fais-nous quelque farce classique? Voyons, une charge! - Voulez-vous que je vous fasse le dix-neuviĂšme siĂšcle? - Ecoutez! - Silence! - Mettez des sourdines Ă vos mufles! - Te tairas-tu, chinois! - Donnez-lui du vin, et qu'il se taise, cet enfant! - A toi, Biniou! L'artiste boutonna son habit noir jusqu'au col, mit ses gants jaunes, et se grima de maniĂšre Ă singer la Revue des Deux Mondes en louchant; mais le bruit couvrit sa voix, et il fut impossible de saisir un seul mot de sa moquerie. S'il ne reprĂ©senta pas le siĂšcle, au moins reprĂ©senta-t-il la Revue, car il ne s'entendit pas lui-mĂÂȘme. Le dessert se trouva servi comme par enchantement. La table fut couverte d'un vaste surtout en bronze dorĂ©, sorti des ateliers de Thomire. De hautes figures douĂ©es par un cĂ©lĂšbre artiste des formes convenues en Europe pour la beautĂ© idĂ©ale, soutenaient et portaient des buissons de fraises, des ananas, des dattes fraĂches, des raisins jaunes, de blondes pĂÂȘches, des oranges arrivĂ©es de SĂ©tubal par un paquebot, des grenades, des fruits de la Chine, enfin toutes les surprises du luxe, les miracles du petit-four, les dĂ©licatesses les plus friandes, les friandises les plus sĂ©ductrices. Les couleurs de ces tableaux gastronomiques Ă©taient rehaussĂ©es par l'Ă©clat de la porcelaine, par des lignes Ă©tincelantes d'or, par les dĂ©coupures des vases. Gracieuse comme les liquides franges de l'OcĂ©an, verte et lĂ©gĂšre, la mousse couronnait les paysages du Poussin, copiĂ©s Ă SĂšvres. Le territoire d'un prince allemand n'aurait pas payĂ© cette richesse insolente. L'argent, la nacre, l'or, les cristaux furent de nouveau prodiguĂ©s sous de nouvelles formes; mais les yeux engourdis et la verbeuse fiĂšvre de l'ivresse permirent Ă peine aux convives d'avoir une intuition vague de cette fĂ©erie digne d'un conte oriental. Les vins de dessert apportĂšrent leurs parfums et leurs flammes, philtres puissants, vapeurs enchanteresses qui engendrent une espĂšce de mirage intellectuel et dont les liens puissants enchaĂnent les pieds, alourdissent les mains. Les pyramides de fruits furent pillĂ©es, les voix grossirent, le tumulte grandit. Il n'y eut plus alors de paroles distinctes, les verres volĂšrent en Ă©clats, et des rires atroces partirent comme des fusĂ©es. Cursy saisit un cor et se mit Ă sonner une fanfare. Ce fut comme un signal donnĂ© par le diable. Cette assemblĂ©e en dĂ©lire hurla, siffla, chanta, cria, rugit, gronda. Vous eussiez souri de voir des gens naturellement gais, devenus sombres comme les dĂ©noĂ»ments de CrĂ©billon, ou rĂÂȘveurs comme des marins en voiture. Les hommes fins disaient leurs secrets Ă des curieux qui n'Ă©coutaient pas. Les mĂ©lancoliques souriaient comme des danseuses qui achĂšvent leurs pirouettes. Claude Vignon se dandinait Ă la maniĂšre des ours en cage. Des amis intimes se battaient. Les ressemblances animales inscrites sur les figures humaines, et si curieusement dĂ©montrĂ©es par les physiologistes, reparaissaient vaguement dans les gestes, dans les habitudes du corps. Il y avait un livre tout fait pour quelque Bichat qui se serait trouvĂ© lĂ froid et Ă jeun. Le maĂtre du logis se sentant ivre, n'osait se lever, mais il approuvait les extravagances de ses convives par une grimace fixe, en tĂÂąchant de conserver un air dĂ©cent et hospitalier. Sa large figure, devenue rouge et bleue, presque violacĂ©e, terrible Ă voir, s'associait au mouvement gĂ©nĂ©ral par des efforts semblables au roulis et au tangage d'un brick. - Les avez-vous assassinĂ©s? lui demanda Emile. - La peine de mort va, dit-on, ĂÂȘtre abolie en faveur de la rĂ©volution de juillet, rĂ©pondit Taillefer qui haussa les sourcils d'un air tout Ă la fois plein de finesse et de bĂÂȘtise. - Mais ne les voyez-vous pas quelquefois en songe? reprit RaphaĂl. - Il y a prescription! dit le meurtrier plein d'or. - Et sur sa tombe, s'Ă©cria Emile d'un ton sardonique, l'entrepreneur du cimetiĂšre gravera Passants, accordez une larme Ă sa mĂ©moire ! Oh! reprit-il, je donnerais bien cent sous au mathĂ©maticien qui me dĂ©montrerait par une Ă©quation algĂ©brique l'existence de l'enfer. Il jeta une piĂšce en l'air en criant - Face pour Dieu! - Ne regarde pas, dit RaphaĂl en saisissant la piĂšce, que sait-on? le hasard est si plaisant. - HĂ©las! reprit Emile d'un air tristement bouffon, je ne vois pas oĂÂč poser les pieds entre la gĂ©omĂ©trie de l'incrĂ©dule et le Pater noster du pape. Bah! buvons! Trinc est, je crois, l'oracle de la divine bouteille et sert de conclusion au Pantagruel. - Nous devons au Pater noster , rĂ©pondit RaphaĂl, nos arts, nos monuments, nos sciences peut-ĂÂȘtre; et, bienfait plus grand encore, nos gouvernements modernes, dans lesquels une sociĂ©tĂ© vaste et fĂ©conde est merveilleusement reprĂ©sentĂ©e par cinq cents intelligences, oĂÂč les forces opposĂ©es les unes aux autres se neutralisent en laissant tout pouvoir Ă la CIVILISATION, reine gigantesque qui remplace le Roi, cette ancienne et terrible figure, espĂšce de faux destin créé par l'homme entre le ciel et lui. En prĂ©sence de tant d'oeuvres accomplies, l'athĂ©isme apparaĂt comme un squelette qui n'engendre pas. Qu'en dis-tu? - Je songe aux flots de sang rĂ©pandus par le catholicisme, dit froidement Emile. Il a pris nos veines et nos coeurs pour faire une contrefaçon du dĂ©luge. Mais n'importe! Tout homme qui pense doit marcher sous la banniĂšre du Christ. Lui seul a consacrĂ© le triomphe de l'esprit sur la matiĂšre, lui seul nous a poĂ©tiquement rĂ©vĂ©lĂ© le monde intermĂ©diaire qui nous sĂ©pare de Dieu. - Tu crois? reprit RaphaĂl en lui jetant un indĂ©finissable sourire d'ivresse. Eh! bien, pour ne pas nous compromettre, portons le fameux toast Diis ignotis ! Et ils vidĂšrent leurs calices de science, de gaz carbonique, de parfums, de poĂ©sie et d'incrĂ©dulitĂ©. - Si ces messieurs veulent passer dans le salon, le cafĂ© les y attend, dit le maĂtre d'hĂÂŽtel. En ce moment presque tous les convives se roulaient au sein de ces limbes dĂ©licieuses oĂÂč les lumiĂšres de l'esprit s'Ă©teignent, oĂÂč le corps dĂ©livrĂ© de son tyran s'abandonne aux joies dĂ©lirantes de la libertĂ©. Les uns arrivĂ©s Ă l'apogĂ©e de l'ivresse restaient mornes et pĂ©niblement occupĂ©s Ă saisir une pensĂ©e qui leur attestĂÂąt leur propre existence, les autres plongĂ©s dans le marasme produit par une digestion alourdissante niaient le mouvement. D'intrĂ©pides orateurs disaient encore de vagues paroles dont le sens leur Ă©chappait Ă eux-mĂÂȘmes. Quelques refrains retentissaient comme le bruit d'une mĂ©canique obligĂ©e d'accomplir sa vie factice et sans ĂÂąme. Le silence et le tumulte s'Ă©taient bizarrement accouplĂ©s. NĂ©anmoins, en entendant la voix sonore du valet qui, Ă dĂ©faut d'un maĂtre, leur annonçait des joies nouvelles, les convives se levĂšrent entraĂnĂ©s, soutenus ou portĂ©s les uns par les autres. La troupe entiĂšre resta pendant un moment immobile et charmĂ©e sur le seuil de la porte. Les jouissances excessives du festin pĂÂąlirent devant le chatouillant spectacle que l'amphitryon offrait au plus voluptueux de leurs sens. Sous les Ă©tincelantes bougies d'un lustre d'or, autour d'une table chargĂ©e de vermeil, un groupe de femmes se prĂ©senta soudain aux convives hĂ©bĂ©tĂ©s dont les yeux s'allumĂšrent comme autant de diamants. Riches Ă©taient les parures, mais plus riches encore Ă©taient ces beautĂ©s Ă©blouissantes devant lesquelles disparaissaient toutes les merveilles de ce palais. Les yeux passionnĂ©s de ces filles, prestigieuses comme des fĂ©es, avaient encore plus de vivacitĂ© que les torrents de lumiĂšre qui faisaient resplendir les reflets satinĂ©s des tentures, la blancheur des marbres et les saillies dĂ©licates des bronzes. Le coeur brĂ»lait Ă voir les contrastes de leurs coiffures agitĂ©es et de leurs attitudes, toutes diverses d'attraits et de caractĂšre. C'Ă©tait une haie de fleurs mĂÂȘlĂ©es de rubis, de saphirs et de corail; une ceinture de colliers noirs sur des cous de neige, des Ă©charpes lĂ©gĂšres flottant comme les flammes d'un phare, des turbans orgueilleux, des tuniques modestement provoquantes. Ce sĂ©rail offrait des sĂ©ductions pour tous les yeux, des voluptĂ©s pour tous les caprices. PosĂ©e Ă ravir, une danseuse semblait ĂÂȘtre sans voile sous les plis onduleux du cachemire. LĂ une gaze diaphane, ici la soie chatoyante cachaient ou rĂ©vĂ©laient des perfections mystĂ©rieuses. De petits pieds Ă©troits parlaient d'amour, des bouches fraĂches et rouges se taisaient. De frĂÂȘles et dĂ©centes jeunes filles, vierges factices dont les jolies chevelures respiraient une religieuse innocence se prĂ©sentaient aux regards comme des apparitions qu'un souffle pouvait dissiper. Puis des beautĂ©s aristocratiques au regard fier, mais indolentes, mais fluettes, maigres, gracieuses, penchaient la tĂÂȘte comme si elles avaient encore de royales protections Ă faire acheter. Une Anglaise, blanche et chaste figure aĂ©rienne, descendue des nuages d'Ossian, ressemblait Ă un ange de mĂ©lancolie, Ă un remords fuyant le crime. La Parisienne dont toute la beautĂ© gĂt dans une grĂÂące indescriptible, vaine de sa toilette et de son esprit, armĂ©e de sa toute-puissante faiblesse, souple et dure, sirĂšne sans coeur et sans passion, mais qui sait artificieusement crĂ©er les trĂ©sors de la passion et contrefaire les accents du coeur, ne manquait pas Ă cette pĂ©rilleuse assemblĂ©e oĂÂč brillaient encore des Italiennes tranquilles en apparence et consciencieuses dans leur fĂ©licitĂ©, de riches Normandes aux formes magnifiques, des femmes mĂ©ridionales aux cheveux noirs, aux yeux bien fendus. Vous eussiez dit des beautĂ©s de Versailles convoquĂ©es par Lebel, ayant dĂšs le matin dressĂ© tous leurs piĂšges, arrivant comme une troupe d'esclaves orientales rĂ©veillĂ©es par la voix du marchand pour partir Ă l'aurore. Elles restaient interdites, honteuses, et s'empressaient autour de la table comme des abeilles qui bourdonnent dans l'intĂ©rieur d'une ruche. Cet embarras craintif, reproche et coquetterie tout ensemble, Ă©tait ou quelque sĂ©duction calculĂ©e ou de la pudeur involontaire. Peut-ĂÂȘtre un sentiment que la femme ne dĂ©pouille jamais complĂštement leur ordonnait-il de s'envelopper dans le manteau de la vertu pour donner plus de charme et de piquant aux prodigalitĂ©s du vice. Aussi la conspiration ourdie par le vieux Taillefer sembla-t-elle devoir Ă©chouer. Ces hommes sans frein furent subjuguĂ©s tout d'abord par la puissance majestueuse dont est investie la femme. Un murmure d'admiration rĂ©sonna comme la plus douce musique. L'amour n'avait pas voyagĂ© de compagnie avec l'ivresse; au lieu d'un ouragan de passions, les convives surpris dans un moment de faiblesse s'abandonnĂšrent aux dĂ©lices d'une voluptueuse extase. A la voix de la poĂ©sie qui les domine toujours, les artistes Ă©tudiĂšrent avec bonheur les nuances dĂ©licates qui distinguaient ces beautĂ©s choisies. RĂ©veillĂ© par une pensĂ©e, due peut-ĂÂȘtre Ă quelque Ă©manation d'acide carbonique dĂ©gagĂ© du vin de Champagne, un philosophe frissonna en songeant aux malheurs qui amenaient lĂ ces femmes, dignes peut-ĂÂȘtre jadis des plus purs hommages. Chacune d'elles avait sans doute un drame sanglant Ă raconter. Presque toutes apportaient d'infernales tortures, et traĂnaient aprĂšs elle des hommes sans foi, des promesses trahies, des joies rançonnĂ©es par la misĂšre. Les convives s'approchĂšrent d'elles avec politesse, et des conversations aussi diverses que les caractĂšres s'Ă©tablirent. Des groupes se formĂšrent. Vous eussiez dit d'un salon de bonne compagnie oĂÂč les jeunes filles et les femmes vont offrant aux convives, aprĂšs le dĂner, les secours que le cafĂ©, les liqueurs et le sucre prĂÂȘtent aux gourmands embarrassĂ©s dans les travaux d'une digestion rĂ©calcitrante. Mais bientĂÂŽt quelques rires Ă©clatĂšrent, le murmure augmenta, les voix s'Ă©levĂšrent. L'orgie, domptĂ©e pendant un moment, menaça par intervalles de se rĂ©veiller. Ces alternatives du silence et de bruit eurent une vague ressemblance avec une symphonie de Beethoven. Assis sur un moelleux divan, les deux amis virent d'abord arriver prĂšs d'eux une grande fille bien proportionnĂ©e, superbe en son maintien, de physionomie assez irrĂ©guliĂšre, mais perçante, mais impĂ©tueuse, et qui saisissait l'ĂÂąme par de vigoureux contrastes. Sa chevelure noire, lascivement bouclĂ©e, semblait avoir dĂ©jĂ subi les combats de l'amour, et retombait en flocons lĂ©gers sur ses larges Ă©paules qui offraient des perspectives attrayantes Ă voir. De longs rouleaux bruns enveloppaient Ă demi un cou majestueux sur lequel la lumiĂšre glissait par intervalles en rĂ©vĂ©lant la finesse des plus jolis contours. La peau, d'un blanc mat, faisait ressortir les tons chauds et animĂ©s de ses vives couleurs. L'oeil, armĂ© de longs cils, lançait des flammes hardies, Ă©tincelles d'amour! La bouche, rouge, humide, entrouverte, appelait le baiser. Cette fille avait une taille forte, mais amoureusement Ă©lastique; son sein, ses bras Ă©taient largement dĂ©veloppĂ©s, comme ceux des belles figures du Carrache; nĂ©anmoins, elle paraissait leste, souple, et sa vigueur supposait l'agilitĂ© d'une panthĂšre, comme la mĂÂąle Ă©lĂ©gance de ses formes en promettait les voluptĂ©s dĂ©vorantes. Quoique cette fille dĂ»t savoir rire et folĂÂątrer, ses yeux et son sourire effrayaient la pensĂ©e. Semblable Ă ces prophĂ©tesses agitĂ©es par un dĂ©mon, elle Ă©tonnait plutĂÂŽt qu'elle ne plaisait. Toutes les expressions passaient par masses et comme des Ă©clairs sur sa figure mobile. Peut-ĂÂȘtre eĂ»t-elle ravi des gens blasĂ©s, mais un jeune homme l'eĂ»t redoutĂ©e. C'Ă©tait une statue colossale tombĂ©e du haut de quelque temple grec, sublime Ă distance, mais grossiĂšre Ă voir de prĂšs. NĂ©anmoins, sa foudroyante beautĂ© devait rĂ©veiller les impuissants, sa voix charmer les sourds, ses regards ranimer de vieux ossements; aussi Emile la compara-t-il vaguement Ă une tragĂ©die de Shakespeare, espĂšce d'arabesque admirable oĂÂč la joie hurle, oĂÂč l'amour a je ne sais quoi de sauvage, oĂÂč la magie de la grĂÂące et le feu du bonheur succĂšdent aux sanglants tumultes de la colĂšre; monstre qui sait mordre et caresser, rire comme un dĂ©mon, pleurer comme les anges, improviser dans une seule Ă©treinte toutes les sĂ©ductions de la femme, exceptĂ© les soupirs de la mĂ©lancolie et les enchanteresses modesties d'une vierge; puis en un moment rugir, se dĂ©chirer les flancs, briser sa passion, son amant; enfin, se dĂ©truire elle-mĂÂȘme comme fait un peuple insurgĂ©. VĂÂȘtue d'une robe en velours rouge, elle foulait d'un pied insouciant quelques fleurs dĂ©jĂ tombĂ©es de la tĂÂȘte de ses compagnes, et d'une main dĂ©daigneuse tendait aux deux amis un plateau d'argent. FiĂšre de sa beautĂ©, fiĂšre de ses vices peut-ĂÂȘtre, elle montrait un bras blanc, qui se dĂ©tachait vivement sur le velours. Elle Ă©tait lĂ comme la reine du plaisir, comme une image de la joie humaine, de cette joie qui dissipe les trĂ©sors amassĂ©s par trois gĂ©nĂ©rations, qui rit sur des cadavres, se moque des aĂÂŻeux, dissout des perles et des trĂÂŽnes, transforme les jeunes gens en vieillards, et souvent les vieillards en jeunes gens; de cette joie permise seulement aux gĂ©ants fatiguĂ©s du pouvoir, Ă©prouvĂ©s par la pensĂ©e, ou pour lesquels la guerre est devenue comme un jouet. - Comment te nommes-tu? lui dit RaphaĂl. - Aquilina. - Oh! oh! tu viens de Venise sauvĂ©e , s'Ă©cria Emile. - Oui, rĂ©pondit-elle. De mĂÂȘme que les papes se donnent de nouveaux noms en montant au-dessus des hommes, j'en ai pris un autre en m'Ă©levant au-dessus de toutes les femmes. - As-tu donc, comme ta patronne, un noble et terrible conspirateur qui t'aime et sache mourir pour toi? dit vivement Emile, rĂ©veillĂ© par cette apparence de poĂ©sie. - Je l'ai eu, rĂ©pondit-elle. Mais la guillotine a Ă©tĂ© ma rivale. Aussi mettĂ©-je toujours quelques chiffons rouges dans ma parure pour que ma joie n'aille jamais trop loin. - Oh! si vous lui laissez raconter l'histoire des quatre jeunes gens de La Rochelle, elle n'en finira pas. Tais-toi donc, Aquilina! Les femmes n'ont-elles pas toutes un amant Ă pleurer; mais toutes n'ont pas, comme toi, le bonheur de l'avoir perdu sur un Ă©chafaud. Ah! j'aimerais bien mieux savoir le mien couchĂ© dans une fosse, Ă Clamart, que dans le lit d'une rivale. Ces phrases furent prononcĂ©es d'une voix douce et mĂ©lodieuse par la plus innocente, la plus jolie et la plus gentille petite crĂ©ature qui sous la baguette d'une fĂ©e fĂ»t jamais sortie d'un oeuf enchantĂ©. Elle Ă©tait arrivĂ©e Ă pas muets, et montrait une figure dĂ©licate, une taille grĂÂȘle, des yeux bleus ravissants de modestie, des tempes fraĂches et pures. Une naĂÂŻade ingĂ©nue, qui s'Ă©chappe de sa source, n'est pas plus timide, plus blanche ni plus naĂÂŻve que cette jeune fille qui paraissait avoir seize ans, ignorer le mal, ignorer l'amour, ne pas connaĂtre les orages de la vie, et venir d'une Ă©glise oĂÂč elle aurait priĂ© les anges d'obtenir avant le temps son rappel dans les cieux. A Paris seulement se rencontrent ces crĂ©atures au visage candide qui cachent la dĂ©pravation la plus profonde, les vices les plus raffinĂ©s, sous un front aussi doux, aussi tendre que la fleur d'une marguerite. TrompĂ©s d'abord par les cĂ©lestes promesses Ă©crites dans les suaves attraits de cette jeune fille, Emile et RaphaĂl acceptĂšrent le cafĂ© qu'elle leur versa dans les tasses prĂ©sentĂ©es par Aquilina, et se mirent Ă la questionner. Elle acheva de transfigurer aux yeux des deux poĂštes, par une sinistre allĂ©gorie, je ne sais quelle face de la vie humaine, en opposant Ă l'expression rude et passionnĂ©e de son imposante compagne le portrait de cette corruption froide, voluptueusement cruelle, assez Ă©tourdie pour commettre un crime, assez forte pour en rire; espĂšce de dĂ©mon sans coeur, qui punit les ĂÂąmes riches et tendres de ressentir les Ă©motions dont il est privĂ©, qui trouve toujours une grimace d'amour Ă vendre, des larmes pour le convoi de sa victime, et de la joie le soir pour en lire le testament. Un poĂšte eĂ»t admirĂ© la belle Aquilina; le monde entier devait fuir la touchante Euphrasie l'une Ă©tait l'ĂÂąme du vice, l'autre le vice sans ĂÂąme. - Je voudrais bien savoir, dit Emile Ă cette jolie crĂ©ature, si parfois tu songes Ă l'avenir. - L'avenir! rĂ©pondit-elle en riant. Qu'appelez-vous l'avenir? Pourquoi penserais-je Ă ce qui n'existe pas encore? je ne regarde jamais ni en arriĂšre ni en avant de moi. N'est-ce pas dĂ©jĂ trop que de m'occuper d'une journĂ©e Ă la fois? D'ailleurs, l'avenir, nous le connaissons, c'est l'hĂÂŽpital. - Comment peux-tu voir d'ici l'hĂÂŽpital et ne pas Ă©viter d'y aller? s'Ă©cria RaphaĂl. - Qu'a donc l'hĂÂŽpital de si effrayant? demanda la terrible Aquilina. Quand nous ne sommes ni mĂšres ni Ă©pouses, quand la vieillesse nous met des bas noirs aux jambes et des rides au front, flĂ©trit tout ce qu'il y a de femme en nous et sĂšche la joie dans les regards de nos amis, de quoi pourrions-nous avoir besoin? Vous ne voyez plus alors en nous, de notre parure, que sa fange primitive qui marche sur deux pattes, froide, sĂšche, dĂ©composĂ©e, et va produisant un bruissement de feuilles mortes. Les plus jolis chiffons nous deviennent des haillons, l'ambre qui rĂ©jouissait le boudoir prend une odeur de mort et sent le squelette; puis, s'il se trouve un coeur dans cette boue, vous y insultez tous, vous ne nous permettez mĂÂȘme pas un souvenir. Ainsi, que nous soyons, Ă cette Ă©poque de la vie, dans un riche hĂÂŽtel Ă soigner des chiens, ou dans un hĂÂŽpital Ă trier des guenilles, notre existence n'est-elle pas exactement la mĂÂȘme? Cacher nos cheveux blancs sous un mouchoir Ă carreaux rouges et bleus ou sous des dentelles, balayer les rues avec du bouleau ou les marches des Tuileries avec du satin, ĂÂȘtre assises Ă des foyers dorĂ©s ou nous chauffer Ă des cendres dans un pot de terre rouge, assister au spectacle de la GrĂšve, ou aller Ă l'OpĂ©ra, y a-t-il donc lĂ tant de diffĂ©rence? - Aquilina mia , jamais tu n'as eu tant de raison au milieu des tes dĂ©sespoirs, reprit Euphrasie. Oui, les cachemires, les vĂ©lins, les parfums, l'or, la soie, le luxe, tout ce qui brille, tout ce qui plaĂt ne va bien qu'Ă la jeunesse. Le temps seul pourrait avoir raison contre nos folies, mais le bonheur nous absout. Vous riez de ce que je dis, s'Ă©cria-t-elle en lançant un sourire venimeux aux deux amis; n'ai-je pas raison? J'aime mieux mourir de plaisir que de maladie. je n'ai ni la manie de la perpĂ©tuitĂ© ni grand respect pour l'espĂšce humaine Ă voir ce que Dieu en fait! Donnez-moi des millions, je les mangerai; je ne voudrais pas garder un centime pour l'annĂ©e prochaine. Vivre pour plaire et rĂ©gner, tel est l'arrĂÂȘt que prononce chaque battement de mon coeur. La sociĂ©tĂ© m'approuve; ne fournit-elle pas sans cesse Ă mes dissipations? Pourquoi le bon Dieu me fait-il tous les matins la rente de ce que je dĂ©pense tous les soirs? pourquoi nous bĂÂątissez-vous des hĂÂŽpitaux? Comme il ne nous a pas mis entre le bien et le mal pour choisir ce qui nous blesse ou nous ennuie, je serais bien sotte de ne pas m'amuser. - Et les autres? dit Emile. Les autres? Eh bien qu'ils s'arrangent! J'aime mieux rire de leurs souffrances que d'avoir Ă pleurer sur les miennes. Je dĂ©fie un homme de me causer la moindre peine. - Qu'as-tu donc souffert pour penser ainsi? demanda RaphaĂl. - J'ai Ă©tĂ© quittĂ©e pour un hĂ©ritage, moi! dit-elle en prenant une pose qui fit ressortir toutes ses sĂ©ductions. Et cependant j'avais passĂ© les nuits et les jours Ă travailler pour nourrir mon amant. Je ne veux plus ĂÂȘtre la dupe d'aucun sourire, d'aucune promesse, et je prĂ©tends faire de mon existence une longue partie de plaisir. - Mais, s'Ă©cria RaphaĂl, le bonheur ne vient-il donc pas de l'ĂÂąme? - Eh! bien, reprit Aquilina, n'est-ce rien que de se voir admirĂ©e, flattĂ©e, de triompher de toutes les femmes, mĂÂȘme des plus vertueuses, en les Ă©crasant par notre beautĂ©, par notre richesse? D'ailleurs nous vivons plus en un jour qu'une bonne bourgeoise en dix ans, et alors tout est jugĂ©. - Une femme sans vertu n'est-elle pas odieuse? dit Emile Ă RaphaĂl. Euphrasie leur lança un regard de vipĂšre, et rĂ©pondit avec un inimitable accent d'ironie - La vertu! nous la laissons aux laides et aux bossues. Que seraient-elles sans cela, les pauvres femmes? - Allons, tais-toi, s'Ă©cria Emile, ne parle point de ce que tu ne connais pas. - Ah! je ne la connais pas! reprit Euphrasie. Se donner pendant toute la vie Ă un ĂÂȘtre dĂ©testĂ©, savoir Ă©lever des enfants qui vous abandonnent, et leur dire Merci! quand ils vous frappent au coeur; voilĂ les vertus que vous ordonnez Ă la femme; et encore, pour la rĂ©compenser de son abnĂ©gation, venez-vous lui imposer des souffrances en cherchant Ă la sĂ©duire; si elle rĂ©siste, vous la compromettez. Jolie vie! Autant rester libres, aimer ceux qui nous plaisent et mourir jeunes. - Ne crains-tu pas de payer tout cela un jour? - Eh! bien, rĂ©pondit-elle, au lieu d'entremĂÂȘler mes plaisirs de chagrins, ma vie sera coupĂ©e en deux parts une jeunesse certainement joyeuse, et je ne sais quelle vieillesse incertaine pendant laquelle je souffrirai tout Ă mon aise. - Elle n'a pas aimĂ©, dit Aquilina d'un son de voix profond. Elle n'a jamais fait cent lieues pour aller dĂ©vorer avec mille dĂ©lices un regard et un refus; elle n'a point attachĂ© sa vie Ă un cheveu, ni essayĂ© de poignarder plusieurs hommes pour sauver son souverain, son seigneur, son dieu. Pour elle, l'amour Ă©tait un joli colonel. - HĂ©! hĂ©! La Rochelle , rĂ©pondit Euphrasie, l'amour est comme le vent, nous ne savons d'oĂÂč il vient. D'ailleurs, si tu avais Ă©tĂ© bien aimĂ©e par une bĂÂȘte, tu prendrais les gens d'esprit en horreur. - Le Code nous dĂ©fend d'aimer les bĂÂȘtes, rĂ©pliqua la grande Aquilina d'un accent ironique. - Je te croyais plus indulgente pour les militaires, s'Ă©cria Euphrasie en riant. - Sont-elles heureuses de pouvoir abdiquer ainsi leur raison! s'Ă©cria RaphaĂl. - Heureuses! dit Aquilina souriant de pitiĂ©, de terreur, en jetant aux deux amis un horrible regard. Ah! vous ignorez ce que c'est que d'ĂÂȘtre condamnĂ©e au plaisir avec un mort dans le coeur. Contempler en ce moment les salons, c'Ă©tait avoir une vue anticipĂ©e du PandĂ©monium de Milton. Les flammes bleues du punch coloraient d'une teinte infernale les visages de ceux qui pouvaient boire encore. Des danses folles, animĂ©es par une sauvage Ă©nergie, excitaient des rires et des cris qui Ă©clataient comme les dĂ©tonations d'un feu d'artifice. JonchĂ©s de morts et de mourants, le boudoir et un petit salon offraient l'image d'un champ de bataille. L'atmosphĂšre Ă©tait chaude de vin, de plaisirs et de paroles. L'ivresse, l'amour, le dĂ©lire, l'oubli du monde Ă©taient dans les coeurs, sur les visages, Ă©crits sur les tapis, exprimĂ©s par le dĂ©sordre, et jetaient sur tous les regards de lĂ©gers voiles qui faisaient voir dans l'air des vapeurs enivrantes. Il s'Ă©tait Ă©mu, comme dans les bandes lumineuses tracĂ©es par un rayon de soleil, une poussiĂšre brillante Ă travers laquelle se jouaient les formes les plus capricieuses, les luttes les plus grotesques. ĂâĄĂ et lĂ , des groupes de figures enlacĂ©es se confondaient avec les marbres blancs, nobles chefs-d'oeuvre de la sculpture qui ornaient les appartements. Quoique les deux amis conservassent encore une sorte de luciditĂ© trompeuse dans les idĂ©es et dans leurs organes, un dernier frĂ©missement, simulacre imparfait de la vie, il leur Ă©tait impossible de reconnaĂtre ce qu'il y avait de rĂ©el dans les fantaisies bizarres, de possible dans les tableaux surnaturels qui passaient incessamment devant leurs yeux lassĂ©s. Le ciel Ă©touffant de nos rĂÂȘves, l'ardente suavitĂ© que contractent les figures dans nos visions, surtout je ne sais quelle agilitĂ© chargĂ©e de chaĂnes, enfin les phĂ©nomĂšnes les plus inaccoutumĂ©s du sommeil les assaillaient si vivement qu'ils prirent les jeux de cette dĂ©bauche pour les caprices d'un cauchemar oĂÂč le mouvement est sans bruit, oĂÂč les cris sont perdus pour l'oreille. En ce moment le valet de chambre de confiance rĂ©ussit, non sans peine, Ă attirer son maĂtre dans l'antichambre, et lui dit Ă l'oreille - Monsieur, tous les voisins sont aux fenĂÂȘtres et se plaignent du tapage. - S'ils ont peur du bruit, ne peuvent-ils pas faire mettre de la paille devant leurs portes? s'Ă©cria Taillefer. RaphaĂl laissa tout Ă coup Ă©chapper un Ă©clat de rire si brusquement intempestif, que son ami lui demanda compte de cette joie brutale. - Tu me comprendrais difficilement, rĂ©pondit-il. D'abord, il faudrait t'avouer que vous m'avez arrĂÂȘtĂ© sur le quai Voltaire, au moment oĂÂč j'allais me jeter dans la Seine, et tu voudrais sans doute connaĂtre les motifs de ma mort. Mais quand j'ajouterais que, par un hasard presque fabuleux, les ruines les plus poĂ©tiques du monde matĂ©riel venaient alors de se rĂ©sumer Ă mes yeux par une traduction symbolique de la sagesse humaine; tandis qu'en ce moment les dĂ©bris de tous les trĂ©sors intellectuels que nous avons saccagĂ©s Ă table aboutissent Ă ces deux femmes, images vives et originales de la folie, et que notre profonde insouciance des hommes et des choses a servi de transition aux tableaux fortement colorĂ©s de deux systĂšmes d'existence si diamĂ©tralement opposĂ©s, en seras-tu plus instruit? Si tu n'Ă©tais pas ivre, tu y verrais peut-ĂÂȘtre un traitĂ© de philosophie. - Si tu n'avais pas les deux pieds sur cette ravissante Aquilina dont les ronflements ont je ne sais quelle analogie avec le rugissement d'un orage prĂšs d'Ă©clater, reprit Emile qui lui-mĂÂȘme s'amusait Ă rouler et Ă dĂ©rouler les cheveux d'Euphrasie sans trop avoir la conscience de cette innocente occupation, tu rougirais de ton ivresse et de ton bavardage. Tes deux systĂšmes peuvent entrer dans une seule phrase et se rĂ©duisent Ă une pensĂ©e. La vie simple et mĂ©canique conduit Ă quelque sagesse insensĂ©e en Ă©touffant notre intelligence par le travail; tandis que la vie passĂ©e dans le vide des abstractions ou dans les abĂmes du monde moral mĂšne Ă quelque folle sagesse. En un mot, tuer les sentiments pour vivre vieux, ou mourir jeune en acceptant le martyre des passions, voilĂ notre arrĂÂȘt. Encore, cette sentence lutte-t-elle avec les tempĂ©raments que nous a donnĂ©s le rude goguenard Ă qui nous devons le patron de toutes les crĂ©atures. - ImbĂ©cile! s'Ă©cria RaphaĂl en l'interrompant. Continue Ă t'abrĂ©ger toi-mĂÂȘme ainsi, tu feras des volumes! Si j'avais eu la prĂ©tention de formuler proprement ces deux idĂ©es, je t'aurais dit que l'homme se corrompt par l'exercice de la raison et se purifie par l'ignorance. C'est faire le procĂšs aux sociĂ©tĂ©s! Mais que nous vivions avec les sages ou que nous pĂ©rissions avec les fous, le rĂ©sultat n'est-il pas tĂÂŽt ou tard le mĂÂȘme? Aussi, le grand abstracteur de quintessence a-t-il jadis exprimĂ© ces deux systĂšmes en deux mots CARYMARY, CARYMARA. - Tu me fais douter de la puissance de Dieu, car tu es plus bĂÂȘte qu'il n'est puissant, rĂ©pliqua Emile. Notre cher Rabelais a rĂ©solu cette philosophie par un mot plus bref que Carymary, Carymara c'est peut-ĂÂȘtre , d'oĂÂč Montaigne a pris son Que sais-je ? Encore ces derniers mots de la science morale ne sont-ils guĂšre que l'exclamation de Pyrrhon restant entre le bien et le mal, comme l'ĂÂąne de Buridan entre deux mesures d'avoine. Mais laissons lĂ cette Ă©ternelle discussion qui aboutit aujourd'hui Ă oui et non . Quelle expĂ©rience voulais-tu donc faire en te jetant dans la Seine? Ă©tais-tu jaloux de la machine hydraulique du pont Notre-Dame? - Ah! si tu connaissais ma vie. - Ah! s'Ă©cria Emile, je ne te croyais pas si vulgaire, la phrase est usĂ©e. Ne sais-tu pas que nous avons tous la prĂ©tention de souffrir beaucoup plus que les autres? - Ah! s'Ă©cria RaphaĂl. - Mais tu es bouffon avec ton ah! Voyons? une maladie d'ĂÂąme ou de corps t'oblige-t-elle de ramener tous les matins, par une contraction de tes muscles, les chevaux qui le soir doivent t'Ă©carteler, comme jadis le fit Damiens? As-tu mangĂ© ton chien tout cru, sans sel, dans ta mansarde? Tes enfants t'ont-ils jamais dit J'ai faim? As-tu vendu les cheveux de ta maĂtresse pour aller au jeu? Es-tu jamais allĂ© payer Ă un faux domicile une fausse lettre de change, tirĂ©e sur un faux oncle, avec la crainte d'arriver trop tard? Voyons, j'Ă©coute. Si tu te jetais Ă l'eau pour une femme, pour un protĂÂȘt, ou par ennui, je te renie. Confesse-toi, ne mens pas; je ne te demande point de mĂ©moires historiques. Surtout, sois aussi bref que ton ivresse te le permettra je suis exigeant comme un lecteur, et prĂšs de dormir comme une femme qui lit ses vĂÂȘpres. - Pauvre sot! dit RaphaĂl. Depuis quand les douleurs ne sont-elles plus en raison de la sensibilitĂ©? Lorsque nous arriverons au degrĂ© de science qui nous permettra de faire une histoire naturelle des coeurs, de les nommer, de les classer en genres, en sous-genres, en familles, en crustacĂ©s, en fossiles, en sauriens, en microscopiques, en... que sais-je? alors, mon bon ami, ce sera chose prouvĂ©e qu'il en existe de tendres, de dĂ©licats, comme des fleurs, et qui doivent se briser comme elles par de lĂ©gers froissements auxquels certains coeurs minĂ©raux ne sont mĂÂȘme pas sensibles. - Oh! de grĂÂące, Ă©pargne-moi ta prĂ©face, dit Emile d'un air moitiĂ© riant moitiĂ© piteux, en prenant la main de RaphaĂl. AprĂšs ĂÂȘtre restĂ© silencieux pendant un moment, RaphaĂl dit en laissant Ă©chapper un geste d'insouciance - Je ne sais en vĂ©ritĂ© s'il ne faut pas attribuer aux fumĂ©es du vin et du punch l'espĂšce de luciditĂ© qui me permet d'embrasser en cet instant toute ma vie comme un mĂÂȘme tableau oĂÂč les figures, les couleurs, les ombres, les lumiĂšres, les demi-teintes sont fidĂšlement rendues. Ce jeu poĂ©tique de mon imagination ne m'Ă©tonnerait pas, s'il n'Ă©tait accompagnĂ© d'une sorte de dĂ©dain pour mes souffrances et pour mes joies passĂ©es. Vue Ă distance, ma vie est comme rĂ©trĂ©cie par un phĂ©nomĂšne moral. Cette longue et lente douleur qui a durĂ© dix ans peut aujourd'hui se reproduire par quelques phrases dans lesquelles la douleur ne sera plus qu'une pensĂ©e, et le plaisir une rĂ©flexion philosophique. Je juge, au lieu de sentir... - Tu es ennuyeux comme un amendement qui se dĂ©veloppe, s'Ă©cria Emile. - C'est possible, reprit RaphaĂl sans murmurer. Aussi, pour ne pas abuser de tes oreilles, te ferai-je grĂÂące des dix-sept premiĂšres annĂ©es de ma vie. Jusque-lĂ , j'ai vĂ©cu comme toi, comme mille autres, de cette vie de collĂšge ou de lycĂ©e, dont les malheurs fictifs et les joies rĂ©elles sont les dĂ©lices de notre souvenir, Ă laquelle notre gastronomie blasĂ©e redemande les lĂ©gumes du vendredi, tant que nous ne les avons pas goĂ»tĂ©s de nouveau belle vie dont les travaux nous semblent mĂ©prisables et qui cependant nous ont appris le travail... - Arrive au drame, dit Emile d'un air moitiĂ© comique et moitiĂ© plaintif. - Quand je sortis du collĂšge, reprit RaphaĂl en rĂ©clamant par un geste le droit de continuer, mon pĂšre m'astreignit Ă une discipline sĂ©vĂšre, il me logea dans une chambre contiguĂ Ă son cabinet; je me couchais dĂšs neuf heures du soir et me levais Ă cinq heures du matin; il voulait que je fisse mon Droit en conscience, j'allais en mĂÂȘme temps Ă l'Ecole et chez un avouĂ©; mais les lois du temps et de l'espace Ă©taient si sĂ©vĂšrement appliquĂ©es Ă mes courses, Ă mes travaux, et mon pĂšre me demandait en dĂnant un compte si rigoureux de... - Qu'est-ce que cela me fait? dit Emile. - Eh! que le diable t'emporte, rĂ©pondit RaphaĂl. Comment pourras-tu concevoir mes sentiments si je ne te raconte les faits imperceptibles qui influĂšrent sur mon ĂÂąme, la façonnĂšrent Ă la crainte et me laissĂšrent longtemps dans la naĂÂŻvetĂ© primitive du jeune homme? Ainsi, jusqu'Ă vingt et un ans, j'ai Ă©tĂ© courbĂ© sous un despotisme aussi froid que celui d'une rĂšgle monacale. Pour te rĂ©vĂ©ler les tristesses de ma vie, il suffira peut-ĂÂȘtre de te dĂ©peindre mon pĂšre un grand homme sec et mince, le visage en lame de couteau, le teint pĂÂąle, Ă parole brĂšve, taquin comme une vieille fille, mĂ©ticuleux comme un chef de bureau. Sa paternitĂ© planait au-dessus de mes lutines et joyeuses pensĂ©es, et les enfermait comme sous un dĂÂŽme de plomb; si je voulais lui manifester un sentiment doux et tendre, il me recevait en enfant qui va dire une sottise; je le redoutais bien plus que nous ne craignions naguĂšre nos maĂtres d'Ă©tude; j'avais toujours huit ans pour lui. Je crois encore le voir devant moi. Dans sa redingote marron, oĂÂč il se tenait droit comme un siĂšge pascal, il avait l'air d'un hareng saur enveloppĂ© dans la couverture rougeĂÂątre d'un pamphlet. Cependant j'aimais mon pĂšre, au fond il Ă©tait juste. Peut-ĂÂȘtre ne haĂÂŻssons-nous pas la sĂ©vĂ©ritĂ© quand elle est justifiĂ©e par un grand caractĂšre, par des moeurs pures, et qu'elle est adroitement entremĂÂȘlĂ©e de bontĂ©. Si mon pĂšre ne me quitta jamais, si jusqu'Ă l'ĂÂąge de vingt ans, il ne laissa pas dix francs Ă ma disposition, dix coquins, dix libertins de francs, trĂ©sor immense dont la possession vainement enviĂ©e me faisait rĂÂȘver d'ineffables dĂ©lices, il cherchait du moins Ă me procurer quelques distractions. AprĂšs m'avoir promis un plaisir pendant des mois entiers, il me conduisait aux Bouffons, Ă un concert, Ă un bal oĂÂč j'espĂ©rais rencontrer une maĂtresse. Une maĂtresse! c'Ă©tait pour moi l'indĂ©pendance. Mais honteux et timide, ne sachant point l'idiome des salons et n'y connaissant personne, j'en revenais le coeur toujours aussi neuf et tout aussi gonflĂ© de dĂ©sirs. Puis le lendemain, bridĂ© comme un cheval d'escadron par mon pĂšre, dĂšs le matin je retournais chez un avouĂ©, au Droit, au Palais. Vouloir m'Ă©carter de la route uniforme que mon pĂšre m'avait tracĂ©e, c'eĂ»t Ă©tĂ© m'exposer Ă sa colĂšre; il m'avait menacĂ© de m'embarquer Ă ma premiĂšre faute, en qualitĂ© de mousse, pour les Antilles. Aussi me prenait-il un horrible frisson quand par hasard j'osais m'aventurer, pendant une heure ou deux, dans quelque partie de plaisir. Figure-toi l'imagination la plus vagabonde, le coeur le plus amoureux, l'ĂÂąme la plus tendre, l'esprit le plus poĂ©tique, sans cesse en prĂ©sence de l'homme le plus caillouteux, le plus atrabilaire, le plus froid du monde; enfin marie une jeune fille Ă un squelette, et tu comprendras l'existence dont les scĂšnes curieuses ne peuvent que t'ĂÂȘtre dites projets de fuite Ă©vanouis Ă l'aspect de mon pĂšre, dĂ©sespoirs calmĂ©s par le sommeil, dĂ©sirs comprimĂ©s, sombres mĂ©lancolies dissipĂ©es par la musique. J'exhalais mon malheur en mĂ©lodies. Beethoven ou Mozart furent souvent mes discrets confidents. Aujourd'hui je souris en me souvenant de tous les prĂ©jugĂ©s qui troublaient ma conscience Ă cette Ă©poque d'innocence et de vertu si j'avais mis le pied chez un restaurateur, je me serais cru ruinĂ©; mon imagination me faisait considĂ©rer un cafĂ© comme un lieu de dĂ©bauche, oĂÂč les hommes se perdaient d'honneur et engageaient leur fortune; quant Ă risquer de l'argent au jeu, il aurait fallu en avoir. Oh! quand je devrais t'endormir, je veux te raconter l'une des plus terribles joies de ma vie, une de ces joies armĂ©es de griffes et qui s'enfoncent dans notre coeur comme un fer chaud sur l'Ă©paule d'un forçat. J'Ă©tais au bal chez le duc de Navarreins, cousin de mon pĂšre. Mais pour que tu puisses parfaitement comprendre ma position, apprends que j'avais un habit rĂÂąpĂ©, des souliers mal faits, une cravate de cocher et des gants dĂ©jĂ portĂ©s. Je me mis dans un coin afin de pouvoir tout Ă mon aise prendre des glaces et contempler les jolies femmes. Mon pĂšre m'aperçut. Par une raison que je n'ai jamais devinĂ©e, tant cet acte de confiance m'abasourdit, il me donna sa bourse et ses clefs Ă garder. A dix pas de moi quelques hommes jouaient. J'entendais frĂ©tiller l'or. J'avais vingt ans, je souhaitais passer une journĂ©e entiĂšre plongĂ© dans les crimes de mon ĂÂąge. C'Ă©tait un libertinage d'esprit dont l'analogue ne se trouverait ni dans les caprices de courtisane, ni dans les songes des jeunes filles. Depuis un an je me rĂÂȘvais bien mis, en voiture, ayant une belle femme Ă mes cĂÂŽtĂ©s, tranchant du seigneur, dĂnant chez VĂ©ry, allant le soir au spectacle, dĂ©cidĂ© Ă ne revenir que le lendemain chez mon pĂšre, mais armĂ© contre lui d'une aventure plus intriguĂ©e que ne l'est le Mariage de Figaro , et de laquelle il lui aurait Ă©tĂ© impossible de se dĂ©pĂÂȘtrer. J'avais estimĂ© toute cette joie cinquante Ă©cus. N'Ă©tais-je pas encore sous le charme naĂÂŻf de l'Ă©cole buissonniĂšre ? J'allai donc dans un boudoir oĂÂč, seul, les yeux cuisants, les doigts tremblants, je comptai l'argent de mon pĂšre cent Ă©cus! EvoquĂ©es par cette somme, les joies de mon escapade apparurent devant moi, dansant comme les sorciĂšres de Macbeth autour de leur chaudiĂšre, mais allĂ©chantes, frĂ©missantes, dĂ©licieuses! je devins un coquin dĂ©terminĂ©. Sans Ă©couter ni les tintements de mon oreille, ni les battements prĂ©cipitĂ©s de mon coeur, je pris deux piĂšces de vingt francs que je vois encore! Leurs millĂ©simes Ă©taient effacĂ©s et la figure de Bonaparte y grimaçait. AprĂšs avoir mis la bourse dans ma poche, je revins vers une table de jeu en tenant les deux piĂšces d'or dans la paume humide de ma main, et je rĂÂŽdai autour des joueurs comme un Ă©mouchet au-dessus d'un poulailler. En proie Ă des angoisses inexprimables, je jetai soudain un regard translucide autour de moi. Certain de n'ĂÂȘtre aperçu par aucune personne de connaissance, je pariai pour un petit homme gras et rĂ©joui, sur la tĂÂȘte duquel j'accumulai plus de priĂšres et de voeux qu'il ne s'en fait en mer pendant trois tempĂÂȘtes. Puis, avec un instinct de scĂ©lĂ©ratesse ou de machiavĂ©lisme surprenant Ă mon ĂÂąge, j'allai me planter prĂšs d'une porte, regardant Ă travers les salons sans y rien voir. Mon ĂÂąme et mes yeux voltigeaient autour du fatal tapis vert. De cette soirĂ©e date la premiĂšre observation physiologique Ă laquelle j'ai dĂ» cette espĂšce de pĂ©nĂ©tration qui m'a permis de saisir quelques mystĂšres de notre double nature. Je tournais le dos Ă la table oĂÂč se disputait mon futur bonheur, bonheur d'autant plus profond peut-ĂÂȘtre qu'il Ă©tait criminel; entre les deux joueurs et moi, il se trouvait une haie d'hommes, Ă©paisse de quatre ou cinq rangĂ©es de causeurs; le bourdonnement des voix empĂÂȘchait de distinguer le son de l'or qui se mĂÂȘlait au bruit de l'orchestre; malgrĂ© tous ces obstacles, par un privilĂšge accordĂ© aux passions et qui leur donne le pouvoir d'anĂ©antir l'espace et le temps, j'entendais distinctement les paroles des deux joueurs, je connaissais leurs points, je savais celui des deux qui retournait le roi comme si j'eusse vu les cartes; enfin Ă dix pas du jeu, je pĂÂąlissais de ses caprices. Mon pĂšre passa devant moi tout Ă coup, je compris alors cette parole de l'Ecriture l'esprit de Dieu passa devant sa face! J'avais gagnĂ©. A travers le tourbillon d'hommes qui gravitait autour des joueurs, j'accourus Ă la table en m'y glissant avec la dextĂ©ritĂ© d'une anguille qui s'Ă©chappe par la maille rompue d'un filet. De douloureuses, mes fibres devinrent joyeuses. J'Ă©tais comme un condamnĂ© qui, marchant au supplice, a rencontrĂ© le roi. Par hasard, un homme dĂ©corĂ© rĂ©clama quarante francs qui manquaient. Je fus soupçonnĂ© par des yeux inquiets, je pĂÂąlis et des gouttes de sueur sillonnĂšrent mon front. Le crime d'avoir volĂ© mon pĂšre me parut bien vengĂ©. Le bon gros petit homme dit alors d'une voix certainement angĂ©lique " Tous ces messieurs avaient mis ", et paya les quarante francs. Je relevai mon front et jetai des regards triomphants sur les joueurs. AprĂšs avoir rĂ©intĂ©grĂ© dans la bourse de mon pĂšre l'or que j'y avais pris, je laissai mon gain Ă ce digne et honnĂÂȘte monsieur qui continua de gagner. DĂšs que je me vis possesseur de cent soixante francs, je les enveloppai dans mon mouchoir de maniĂšre Ă ce qu'ils ne pussent ni remuer ni sonner pendant notre retour au logis, et ne jouai plus. - " Que faisiez-vous au jeu? me dit mon pĂšre en entrant dans le fiacre. - Je regardais, rĂ©pondis-je en tremblant. - Mais, reprit mon pĂšre, il n'y aurait eu rien d'extraordinaire Ă ce que vous eussiez Ă©tĂ© forcĂ© par amour-propre Ă mettre quelque argent sur le tapis. Aux yeux des gens du monde, vous paraissez assez ĂÂągĂ© pour avoir le droit de commettre des sottises. Aussi vous excuserais-je, RaphaĂl, si vous vous Ă©tiez servi de ma bourse... " je ne rĂ©pondis rien. Quand nous fĂ»mes de retour, je rendis Ă mon pĂšre ses clefs et son argent. En rentrant dans sa chambre, il vida la bourse sur sa cheminĂ©e, compta l'or, se tourna vers moi d'un air assez gracieux, et me dit en sĂ©parant chaque phrase par une pause plus ou moins longue et significative "- Mon fils, vous avez bientĂÂŽt vingt ans. je suis content de vous. Il vous faut une pension, ne fĂ»t-ce que pour vous apprendre Ă Ă©conomiser, Ă connaĂtre les choses de la vie. DĂšs ce soir, je vous donnerai cent francs par mois. Vous disposerez de votre argent comme il vous plaira. Voici le premier trimestre de cette annĂ©e ", ajouta-t-il en caressant une pile d'or, comme pour vĂ©rifier la somme. J'avoue que je fus prĂšs de me jeter Ă ses pieds, Ă lui dĂ©clarer que j'Ă©tais un brigand, un infĂÂąme, et... pis que cela, un menteur! la honte me retint, j'allais l'embrasser, il me repoussa faiblement. - " Maintenant, tu es un homme, mon enfant , me dit-il. Ce que je fais est une chose simple et juste dont tu ne dois pas me remercier. Si j'ai droit Ă votre reconnaissance, RaphaĂl, reprit-il d'un ton doux mais plein de dignitĂ©, c'est pour avoir prĂ©servĂ© votre jeunesse des malheurs qui dĂ©vorent tous les jeunes gens, Ă Paris. DĂ©sormais, nous serons deux amis. Vous deviendrez, dans un an, docteur en droit. Vous avez, non sans quelques dĂ©plaisirs et certaines privations, acquis les connaissances solides et l'amour du travail si nĂ©cessaires aux hommes appelĂ©s Ă manier les affaires. Apprenez, RaphaĂl, Ă me connaĂtre. je ne veux faire de vous ni un avocat, ni un notaire, mais un homme d'Etat qui puisse devenir la gloire de notre pauvre maison. A demain! " ajouta-t-il en me renvoyant par un geste mystĂ©rieux. DĂšs ce jour, mon pĂšre m'initia franchement Ă ses projets. J'Ă©tais fils unique et j'avais perdu ma mĂšre depuis dix ans. Autrefois, peu flattĂ© d'avoir le droit de labourer la terre l'Ă©pĂ©e au cĂÂŽtĂ©, mon pĂšre, chef d'une maison historique Ă peu prĂšs oubliĂ©e en Auvergne, vint Ă Paris pour y lutter avec le diable. DouĂ© de cette finesse qui rend les hommes du midi de la France si supĂ©rieurs quand elle se trouve accompagnĂ©e d'Ă©nergie, il Ă©tait parvenu sans grand appui Ă prendre position au coeur mĂÂȘme du pouvoir. La RĂ©volution renversa bientĂÂŽt sa fortune; mais il avait su Ă©pouser l'hĂ©ritiĂšre d'une grande maison, et s'Ă©tait vu sous l'Empire au moment de restituer Ă notre famille son ancienne splendeur. La Restauration, qui rendit Ă ma mĂšre des biens considĂ©rables, ruina mon pĂšre. Ayant jadis achetĂ© plusieurs terres donnĂ©es par l'empereur Ă ses gĂ©nĂ©raux et situĂ©es en pays Ă©tranger, il se battait depuis dix ans avec des liquidateurs et des diplomates, avec les tribunaux prussiens et bavarois pour se maintenir dans la possession contestĂ©e de ces malheureuses dotations. Mon pĂšre me jeta dans le labyrinthe inextricable de ce vaste procĂšs d'oĂÂč dĂ©pendait notre avenir. Nous pouvions ĂÂȘtre condamnĂ©s Ă restituer les revenus ainsi que le prix de certaines coupes de bois faites de 1814 Ă 1816; dans ce cas, le bien de ma mĂšre suffisait Ă peine pour sauver l'honneur de notre nom. Ainsi, le jour oĂÂč mon pĂšre parut en quelque sorte m'avoir Ă©mancipĂ©, je tombai sous le joug le plus odieux. Je dus combattre comme sur un champ de bataille, travailler nuit et jour, aller voir des hommes d'Etat, tĂÂącher de surprendre leur religion, tenter de les intĂ©resser Ă notre affaire, les sĂ©duire, eux, leurs femmes, leurs valets, leurs chiens, et dĂ©guiser cet horrible mĂ©tier sous des formes Ă©lĂ©gantes, sous d'agrĂ©ables plaisanteries. Je compris tous les chagrins dont l'empreinte flĂ©trissait la figure de mon pĂšre. Pendant une annĂ©e environ, je menai donc en apparence la vie d'un homme du monde; mais cette dissipation et mon empressement Ă me lier avec des parents en faveur ou avec des gens qui pouvaient nous ĂÂȘtres utiles, cachaient d'immenses travaux. Mes divertissements Ă©taient encore des plaidoiries, et mes conversations des mĂ©moires. Jusque-lĂ , j'avais Ă©tĂ© vertueux par l'impossibilitĂ© de me livrer Ă mes passions de jeune homme; mais craignant alors de causer la ruine de mon pĂšre ou la mienne par une nĂ©gligence, je devins mon propre despote, et n'osai me permettre ni un plaisir ni une dĂ©pense. Lorsque nous sommes jeunes, quand, Ă force de froissements, les hommes et les choses ne nous ont point encore enlevĂ© cette dĂ©licate fleur de sentiment, cette verdeur de pensĂ©e, cette noble puretĂ© de conscience qui ne nous laisse jamais transiger avec le mal, nous sentons vivement nos devoirs; notre honneur parle haut et se fait Ă©couter; nous sommes francs et sans dĂ©tour ainsi Ă©tais-je alors. Je voulus justifier la confiance de mon pĂšre; naguĂšre, je lui aurais dĂ©robĂ© dĂ©licieusement une chĂ©tive somme; mais portant avec lui le fardeau de ses affaires, de son nom, de sa maison, je lui eusse donnĂ© secrĂštement mes biens, mes espĂ©rances, comme je lui sacrifiais mes plaisirs, heureux mĂÂȘme de mon sacrifice! Aussi, quand monsieur de VillĂšle exhuma, tout exprĂšs pour nous, un dĂ©cret impĂ©rial sur les dĂ©chĂ©ances, et nous eut ruinĂ©s, signai-je la vente de mes propriĂ©tĂ©s, n'en gardant qu'une Ăle sans valeur, situĂ©e au milieu de la Loire, et oĂÂč se trouvait le tombeau de ma mĂšre. Aujourd'hui, peut-ĂÂȘtre, les arguments, les dĂ©tours, les discussions philosophiques, philanthropiques et politiques ne me manqueraient pas pour me dispenser de faire ce que mon avouĂ© nommait une bĂÂȘtise . Mais Ă vingt et un ans, nous sommes, je le rĂ©pĂšte, tout gĂ©nĂ©rositĂ©, tout chaleur, tout amour. Les larmes que je vis dans les yeux de mon pĂšre furent alors pour moi la plus belle des fortunes, et le souvenir de ces larmes a souvent consolĂ© ma misĂšre. Dix mois aprĂšs avoir payĂ© ses crĂ©anciers, mon pĂšre mourut de chagrin, il m'adorait et m'avait ruinĂ©; cette idĂ©e le tua. En 1826, Ă l'ĂÂąge de vingt-deux ans, vers la fin de l'automne, je suivis tout seul le convoi de mon premier ami, de mon pĂšre. Peu de jeunes gens se sont trouvĂ©s, seuls avec leurs pensĂ©es, derriĂšre un corbillard, perdus dans Paris, sans avenir, sans fortune. Les orphelins recueillis par la charitĂ© publique ont au moins pour avenir le champ de bataille, pour pĂšre le Gouvernement ou le Procureur du roi, pour refuge un hospice. Moi, je n'avais rien! Trois mois aprĂšs, un commissaire-priseur me remit onze cent douze francs, produit net et liquide de la succession paternelle. Des crĂ©anciers m'avaient obligĂ© Ă vendre notre mobilier. AccoutumĂ© dĂšs ma jeunesse Ă donner une grande valeur aux objets de luxe dont j'Ă©tais entourĂ©, je ne pus m'empĂÂȘcher de marquer une sorte d'Ă©tonnement Ă l'aspect de ce reliquat exigu. - " Oh! me dit le commissaire-priseur, tout cela Ă©tait bien rococo . " Mot Ă©pouvantable qui flĂ©trissait toutes les religions de mon enfance et me dĂ©pouillait de mes premiĂšres illusions, les plus chĂšres de toutes. Ma fortune se rĂ©sumait par un bordereau de vente, mon avenir gisait dans un sac de toile qui contenait onze cent douze francs, la SociĂ©tĂ© m'apparaissait en la personne d'un huissier-priseur qui me parlait le chapeau sur la tĂÂȘte. Un valet de chambre qui me chĂ©rissait, et Ă qui ma mĂšre avait jadis constituĂ© quatre cents francs de rente viagĂšre, Jonathas me dit en quittant la maison d'oĂÂč j'Ă©tais si souvent sorti joyeusement en voiture pendant mon enfance - "Soyez bien Ă©conome, monsieur RaphaĂl!" Il pleurait, le bon homme. "Tels sont, mon cher Emile, les Ă©vĂ©nements qui maĂtrisĂšrent ma destinĂ©e, modifiĂšrent mon ĂÂąme, et me placĂšrent jeune encore dans la plus fausse de toutes les situations sociales, dit RaphaĂl aprĂšs avoir fait une pause. Des liens de famille, mais faibles, m'attachaient Ă quelques maisons riches dont l'accĂšs m'eĂ»t Ă©tĂ© interdit par ma fiertĂ©, si le mĂ©pris et l'indiffĂ©rence ne m'en eussent dĂ©jĂ fermĂ© les portes. Quoique parent de personnes trĂšs influentes et prodigues de leur protection pour des Ă©trangers, je n'avais ni parents ni protecteurs. Sans cesse arrĂÂȘtĂ©e dans ses expansions, mon ĂÂąme s'Ă©tait repliĂ©e sur elle-mĂÂȘme. Plein de franchise et de naturel, je devais paraĂtre froid, dissimulĂ©; le despotisme de mon pĂšre M'avait ĂÂŽtĂ© toute confiance en moi; j'Ă©tais timide et gauche, je ne croyais pas que ma voix pĂ»t exercer le moindre empire, je me dĂ©plaisais, je me trouvais laid, j'avais honte de mon regard. MalgrĂ© la voix intĂ©rieure qui doit soutenir les hommes de talent dans leurs luttes, et qui me criait Courage! marche! malgrĂ© les rĂ©vĂ©lations soudaines de ma puissance dans la solitude, malgrĂ© l'espoir dont j'Ă©tais animĂ© en comparant les ouvrages nouveaux admirĂ©s du public Ă ceux qui voltigeaient dans ma pensĂ©e, je doutais de moi comme un enfant. J'Ă©tais la proie d'une excessive ambition, je me croyais destinĂ© Ă de grandes choses, et je me sentais dans le nĂ©ant. J'avais besoin des hommes, et je me trouvais sans amis. Je devais me frayer une route dans le monde, et j'y restais seul, moins craintif que honteux. Pendant l'annĂ©e oĂÂč je fus jetĂ© par mon pĂšre dans le tourbillon de la grande sociĂ©tĂ©, j'y vins avec un coeur neuf, avec une ĂÂąme fraĂche. Comme tous les grands enfants, j'aspirai secrĂštement Ă de belles amours. Je rencontrai parmi les jeunes gens de mon ĂÂąge une secte de fanfarons qui allaient tĂÂȘte levĂ©e, disant des riens, s'asseyant sans trembler prĂšs des femmes qui me semblaient les plus imposantes, dĂ©bitant des impertinences, mĂÂąchant le bout de leurs cannes, minaudant, se prostituant Ă eux-mĂÂȘmes les plus jolies personnes, mettant ou prĂ©tendant avoir mis leurs tĂÂȘtes sur tous les oreillers, ayant l'air d'ĂÂȘtre au refus du plaisir, considĂ©rant les plus vertueuses, les plus prudes comme de prise facile et pouvant ĂÂȘtre conquises Ă la simple parole, au moindre geste hardi, par le premier regard insolent! je te le dĂ©clare, en mon ĂÂąme et conscience, la conquĂÂȘte du pouvoir ou d'une grande renommĂ©e littĂ©raire me paraissait un triomphe moins difficile Ă obtenir qu'un succĂšs auprĂšs d'une femme de haut rang, jeune, spirituelle et gracieuse. Je trouvai donc les troubles de mon coeur, mes sentiments, mes cultes en dĂ©saccord avec les maximes de la sociĂ©tĂ©. J'avais de la hardiesse, mais dans l'ĂÂąme seulement, et non dans les maniĂšres. J'ai su plus tard que les femmes ne voulaient pas ĂÂȘtre mendiĂ©es; j'en ai beaucoup vu que j'adorais de loin, auxquelles je livrais un coeur Ă toute Ă©preuve, une ĂÂąme Ă dĂ©chirer, une Ă©nergie qui ne s'effrayait ni des sacrifices, ni des tortures; elles appartenaient Ă des sots de qui je n'aurais pas voulu pour portiers. Combien de fois, muet, immobile, n'ai-je pas admirĂ© la femme de mes rĂÂȘves, surgissant dans un bal; dĂ©vouant alors en pensĂ©e mon existence Ă des caresses Ă©ternelles, j'imprimais toutes mes espĂ©rances en un regard, et lui offrais dans mon extase un amour de jeune homme qui courait au-devant des tromperies. En certains moments, j'aurais donnĂ© ma vie pour une seule nuit. Eh! bien, n'ayant jamais trouvĂ© d'oreilles oĂÂč jeter mes propos passionnĂ©s, de regards oĂÂč reposer les miens, de coeur pour mon coeur, j'ai vĂ©cu dans tous les tourments d'une impuissante Ă©nergie qui se dĂ©vorait elle-mĂÂȘme, soit faute de hardiesse ou d'occasions, soit inexpĂ©rience. Peut-ĂÂȘtre ai-je dĂ©sespĂ©rĂ© de me faire comprendre, ou tremblĂ© d'ĂÂȘtre trop compris. Et cependant j'avais un orage tout prĂÂȘt Ă chaque regard poli que l'on pouvait m'adresser. MalgrĂ© ma promptitude Ă prendre ce regard ou des mots en apparence affectueux comme de tendres engagements, je n'ai jamais osĂ© ni parler ni me taire Ă propos. A force de sentiment ma parole Ă©tait insignifiante, et mon silence devenait stupide. J'avais sans doute trop de naĂÂŻvetĂ© pour une sociĂ©tĂ© factice qui vit aux lumiĂšres, qui rend toutes ses pensĂ©es par des phrases convenues, ou par des mots que dicte la mode. Puis je ne savais point parler en me taisant, ni me taire en parlant. Enfin, gardant en moi des feux qui me brĂ»laient, ayant une ĂÂąme semblable Ă celles que les femmes souhaitent de rencontrer, en proie Ă cette exaltation dont elle sont avides, possĂ©dant l'Ă©nergie dont se vantent les sots, toutes les femmes m'ont Ă©tĂ© traĂtreusement cruelles. Aussi, admirais-je naĂÂŻvement les hĂ©ros de coterie quand ils cĂ©lĂ©braient leurs triomphes, sans les soupçonner de mensonge. J'avais sans doute le tort de dĂ©sirer un amour sur parole, de vouloir trouver grande et forte dans un coeur de femme frivole et lĂ©gĂšre, affamĂ©e de luxe, ivre de vanitĂ©, cette passion large, cet ocĂ©an qui battait tempĂÂȘtueusement dans mon coeur. Oh! se sentir nĂ© pour aimer, pour rendre une femme bien heureuse, et n'avoir trouvĂ© personne, mĂÂȘme pas une courageuse et noble Marceline ou quelque vieille marquise! Porter des trĂ©sors dans une besace et ne pouvoir rencontrer une enfant, quelque jeune fille curieuse pour les lui faire admirer. J'ai souvent voulu me tuer de dĂ©sespoir. - Joliment tragique ce soir! s'Ă©cria Emile. - Eh! laisse-moi condamner ma vie, rĂ©pondit RaphaĂl. Si ton amitiĂ© n'a pas la force d'Ă©couter mes Ă©lĂ©gies, si tu ne peux me faire crĂ©dit d'une demi-heure d'ennui, dors! Mais ne me demande plus alors compte de mon suicide qui gronde, qui se dresse, qui m'appelle et que je salue. Pour juger un homme, au moins faut-il ĂÂȘtre dans le secret de sa pensĂ©e, de ses malheurs, de ses Ă©motions; ne vouloir connaĂtre de sa vie que les Ă©vĂ©nements matĂ©riels, c'est faire de la chronologie, l'histoire des sots! Le ton amer avec lequel ces paroles furent prononcĂ©es frappa si vivement Emile que, dĂšs ce moment, il prĂÂȘta toute son attention Ă RaphaĂl en le regardant d'un air hĂ©bĂ©tĂ©. - Mais, reprit le narrateur, maintenant la lueur qui colore ces accidents leur prĂÂȘte un nouvel aspect. L'ordre des choses que je considĂ©rais jadis comme un malheur a peut-ĂÂȘtre engendrĂ© les belles facultĂ©s dont plus tard je me suis enorgueilli. La curiositĂ© philosophique, les travaux excessifs, l'amour de la lecture qui, depuis l'ĂÂąge de sept ans jusqu'Ă mon entrĂ©e dans le monde, ont constamment occupĂ© ma vie, ne m'auraient-ils pas douĂ© de la facile puissance avec laquelle, s'il faut vous en croire, je sais rendre mes idĂ©es et marcher en avant dans le vaste champ des connaissances humaines? L'abandon auquel j'Ă©tais condamnĂ©, l'habitude de refouler mes sentiments et de vivre dans mon coeur ne m'ont-ils pas investi du pouvoir de comparer, de mĂ©diter? En ne se perdant pas au service des irritations mondaines qui rapetissent la plus belle ĂÂąme et la rĂ©duisent Ă l'Ă©tat de guenille, ma sensibilitĂ© ne s'est-elle pas concentrĂ©e pour devenir l'organe perfectionnĂ© d'une volontĂ© plus haute que le vouloir de la passion? MĂ©connu par les femmes, je me souviens de les avoir observĂ©es avec la sagacitĂ© de l'amour dĂ©daignĂ©. Maintenant, je le vois, la sincĂ©ritĂ© de mon caractĂšre a dĂ» dĂ©plaire! Peut-ĂÂȘtre les femmes veulent-elles un peu d'hypocrisie? Moi qui suis tour Ă tour, dans la mĂÂȘme heure, homme et enfant, futile et penseur, sans prĂ©jugĂ©s et plein de superstitions, souvent femme comme elles, n'ont-elles pas dĂ» prendre ma naĂÂŻvetĂ© pour du cynisme, et la puretĂ© mĂÂȘme de ma pensĂ©e pour du libertinage? la science leur Ă©tait ennui, la langueur fĂ©minine faiblesse. Cette excessive mobilitĂ© d'imagination, le malheur des poĂštes, me faisait sans doute juger comme un ĂÂȘtre incapable d'amour, sans constance dans les idĂ©es, sans Ă©nergie. Idiot quand je me taisais, je les effarouchais peut-ĂÂȘtre quand j'essayais de leur plaire, et les femmes m'ont condamnĂ©. J'ai acceptĂ©, dans les ĂÂąmes et le chagrin l'arrĂÂȘt portĂ© par le monde. Cette peine a produit son fruit. Je voulus me venger de la sociĂ©tĂ©, je voulus possĂ©der l'ĂÂąme de toutes les femmes en me soumettant les intelligences, et voir tous les regards fixĂ©s sur moi quand mon nom serait prononcĂ© par un valet Ă la porte du salon. Je m'instituai grand homme. DĂšs mon enfance je m'Ă©tais frappĂ© le front en me disant comme AndrĂ© de ChĂ©nier " Il y a quelque chose lĂ ! " Je croyais sentir en moi une pensĂ©e Ă exprimer, un systĂšme Ă Ă©tablir, une science Ă expliquer. O mon cher Emile! aujourd'hui que j'ai vingt-six ans Ă peine, que je suis sĂ»r de mourir inconnu, sans avoir jamais Ă©tĂ© l'amant de la femme que j'ai rĂÂȘvĂ© de possĂ©der, laisse-moi te conter mes folies? N'avons-nous pas tous, plus ou moins, pris nos dĂ©sirs pour des rĂ©alitĂ©s? Ah! je ne voudrais point pour ami d'un jeune homme qui dans ses rĂÂȘves ne se serait pas tressĂ© des couronnes, construit quelque piĂ©destal ou donnĂ© de complaisantes maĂtresses. Moi! j'ai souvent Ă©tĂ© gĂ©nĂ©ral, empereur; j'ai Ă©tĂ© Byron, puis rien. AprĂšs avoir jouĂ© sur le faĂte des choses humaines, je m'apercevais que toutes les montagnes, toutes les difficultĂ©s restaient Ă gravir. Cet immense amour-propre qui bouillonnait en moi, cette croyance sublime Ă une destinĂ©e, et qui devient du gĂ©nie peut-ĂÂȘtre, quand un homme ne se laisse pas dĂ©chiqueter l'ĂÂąme par le contact des affaires aussi facilement qu'un mouton abandonne sa laine aux Ă©pines des halliers oĂÂč il passe, tout cela me sauva. Je voulus me couvrir de gloire et travailler dans le silence pour la maĂtresse que j'espĂ©rais avoir un jour. Toutes les femmes se rĂ©sumaient par une seule, et cette femme je croyais la rencontrer dans la premiĂšre qui s'offrait Ă mes regards; mais, voyant une reine dans chacune d'elles, toutes devaient, comme les reines qui sont obligĂ©es de faire des avances Ă leurs amants, venir au-devant de moi, souffreteux, pauvre et timide. Ah! pour celle qui m'eĂ»t plaint, j'avais dans le coeur tant de reconnaissance outre l'amour, que je l'eusse adorĂ©e pendant toute sa vie. Plus tard, mes observations m'ont appris de cruelles vĂ©ritĂ©s. Ainsi, mon cher Emile, je risquais de vivre Ă©ternellement seul. Les femmes sont habituĂ©es, par je ne sais quelle pente de leur esprit, Ă ne voir dans un homme de talent que ses dĂ©fauts, et dans un sot que ses qualitĂ©s; elles Ă©prouvent de grandes sympathies pour les qualitĂ©s du sot qui sont une flatterie perpĂ©tuelle de leurs propres dĂ©fauts, tandis que l'homme supĂ©rieur ne leur offre pas assez de jouissances pour compenser ses imperfections. Le talent est une fiĂšvre intermittente, nulle femme n'est jalouse d'en partager seulement les malaises; toutes elles veulent trouver dans leurs amants des motifs de satisfaire leur vanitĂ©. C'est elles encore qu'elles aiment en nous! Un homme pauvre, fier, artiste, douĂ© du pouvoir de crĂ©er, n'est-il pas armĂ© d'un blessant Ă©goĂÂŻsme? il existe autour de lui je ne sais quel tourbillon de pensĂ©es dans lequel il enveloppe tout, mĂÂȘme sa maĂtresse, qui doit en suivre le mouvement. Une femme adulĂ©e peut-elle croire Ă l'amour d'un tel homme? ira-t-elle le chercher? Cet amant n'a pas le loisir de s'abandonner autour d'un divan Ă ces petites singeries de sensibilitĂ© auxquelles les femmes tiennent tant et qui sont le triomphe des gens faux et insensibles. Le temps manque Ă ses travaux, comment en dĂ©penserait-il Ă se rapetisser, Ă se chamarrer? PrĂÂȘt Ă donner ma vie d'un coup, je ne l'aurais pas avilie en dĂ©tail. Enfin il existe, dans le manĂšge d'un agent de change qui fait les commissions d'une femme pĂÂąle et minaudiĂšre, je ne sais quoi de mesquin dont a horreur l'artiste. L'amour abstrait ne suffit pas Ă un homme pauvre et grand, il en veut tous les dĂ©vouements. Les petites crĂ©atures qui passent leur vie Ă essayer des cachemires ou qui se font les portemanteaux de la mode n'ont pas de dĂ©vouement, elles en exigent et voient dans l'amour le plaisir de commander, non celui d'obĂ©ir. La vĂ©ritable Ă©pouse en coeur, en chair et en os, se laisse traĂner lĂ oĂÂč va celui en qui rĂ©side sa vie, sa force, sa gloire, son bonheur. Aux hommes supĂ©rieurs, il faut des femmes orientales dont l'unique pensĂ©e soit l'Ă©tude de leurs besoins; car, pour eux, le malheur est dans le dĂ©saccord de leurs dĂ©sirs et des moyens. Moi, qui me croyais homme de gĂ©nie, j'aimais prĂ©cisĂ©ment ces petites maĂtresses! Nourrissant des idĂ©es si contraires aux idĂ©es reçues, ayant la prĂ©tention d'escalader le ciel sans Ă©chelle, possĂ©dant des trĂ©sors qui n'avaient pas cours, armĂ© de connaissances Ă©tendues qui surchargeaient ma mĂ©moire et que je n'avais pas encore classĂ©es, que je ne m'Ă©tais point assimilĂ©es; me trouvant sans parents, sans amis, seul au milieu du plus affreux dĂ©sert, un dĂ©sert pavĂ©, un dĂ©sert animĂ©, pensant, vivant, oĂÂč tout vous est bien plus qu'ennemi, indiffĂ©rent! la rĂ©solution que je pris Ă©tait naturelle, quoique folle; elle comportait je ne sais quoi d'impossible qui me donna du courage. Ce fut comme un parti fait avec moi-mĂÂȘme, et oĂÂč j'Ă©tais le joueur et l'enjeu. Voici mon plan. Mes onze cents francs devaient suffire Ă ma vie pendant trois ans, et je m'accordais ce temps pour mettre au jour un ouvrage qui pĂ»t attirer l'attention publique sur moi, me faire une fortune ou un nom. Je me rĂ©jouissais en pensant que j'allais vivre de pain et de lait, comme un solitaire de la ThĂ©baĂÂŻde, plongĂ© dans le monde des livres et des idĂ©es, dans une sphĂšre inaccessible au milieu de ce Paris si tumultueux, sphĂšre de travail et de silence oĂÂč comme les chrysalides, je me bĂÂątissais une tombe pour renaĂtre brillant et glorieux. J'allais risquer de mourir pour vivre. En rĂ©duisant l'existence Ă ses vrais besoins, au strict nĂ©cessaire, je trouvais que trois cent soixante-cinq francs par an devaient suffire Ă ma pauvretĂ©. En effet, cette maigre somme a satisfait Ă ma vie, tant que j'ai voulu subir ma propre discipline claustrale... - C'est impossible, s'Ă©cria Emile. - J'ai vĂ©cu prĂšs de trois ainsi, rĂ©pondit RaphaĂl avec une sorte de fiertĂ©. Comptons? reprit-il. Trois sous de pain, deux sous de lait, trois sous de charcuterie m'empĂÂȘchaient de mourir de faim et tenaient mon esprit dans un Ă©tat de luciditĂ© singuliĂšre. J'ai observĂ©, tu le sais, de merveilleux effets produits par la diĂšte sur l'imagination. Mon logement me coĂ»tait trois sous par jour, je brĂ»lais pour trois sous d'huile par nuit, je faisais moi-mĂÂȘme ma chambre, je portais des chemises de flanelle pour ne dĂ©penser que deux sous de blanchissage par jour. Je me chauffais avec du charbon de terre, dont le prix divisĂ© par les jours de l'annĂ©e n'a jamais donnĂ© plus de deux sous pour chacun. J'avais des habits, du linge, des chaussures pour trois annĂ©es, je ne voulais m'habiller que pour aller Ă certains Cours publics et aux bibliothĂšques. Ces dĂ©penses rĂ©unies ne faisaient que dix-huit sous, il me restait deux sous pour les choses imprĂ©vues. Je ne me souviens pas d'avoir, pendant cette longue pĂ©riode de travail, passĂ© le Pont-des-Arts, ni d'avoir jamais achetĂ© d'eau; j'allais en chercher le matin Ă la fontaine de la place Saint-Michel, au coin de la rue des GrĂšs. Oh! je portais ma pauvretĂ© fiĂšrement. Un homme qui pressent un bel avenir marche dans sa vie de misĂšre comme un innocent conduit au supplice, il n'a point honte. Je n'avais pas voulu prĂ©voir la maladie. Comme Aquilina, j'envisageais l'hĂÂŽpital sans terreur. Je n'ai pas doutĂ© un moment de ma bonne santĂ©. D'ailleurs, le pauvre ne doit se coucher que pour mourir. Je me coupai les cheveux, jusqu'au moment oĂÂč un ange d'amour ou de bontĂ©... Mais je ne veux pas anticiper sur la situation Ă laquelle j'arrive. Apprends seulement, mon cher ami, qu'Ă dĂ©faut de maĂtresse, je vĂ©cus avec une grande pensĂ©e, avec un rĂÂȘve, un mensonge auquel nous commençons tous par croire plus ou moins. Aujourd'hui je ris de moi, de ce moi, peut-ĂÂȘtre saint et sublime qui n'existe plus. La sociĂ©tĂ©, le monde, nos usages, nos moeurs, vus de prĂšs, m'ont rĂ©vĂ©lĂ© le danger de ma croyance innocente et la superfluitĂ© de mes fervents travaux. Ces approvisionnements sont inutiles Ă l'ambitieux. Que lĂ©ger soit le bagage de qui poursuit la fortune. La faute des hommes supĂ©rieurs est de dĂ©penser leurs jeunes annĂ©es Ă se rendre dignes de la faveur. Pendant que les pauvres gens thĂ©saurisent et leur force et la science pour porter sans effort le poids d'une puissance qui les fuit, les intrigants riches de mots et dĂ©pourvus d'idĂ©es vont et viennent, surprennent les sots, et se logent dans la confiance des demi-niais; les uns Ă©tudient, les autres marchent, les uns sont modestes, les autres hardis; l'homme de gĂ©nie tait son orgueil, l'intrigant arbore le sien, il doit arriver nĂ©cessairement. Les hommes du pouvoir ont si fort besoin de croire au mĂ©rite tout fait, au talent effrontĂ©, qu'il y a chez le vrai savant de l'enfantillage Ă espĂ©rer des rĂ©compenses humaines. Je ne cherche certes pas Ă paraphraser les lieux communs de la vertu, le Cantique des Cantiques Ă©ternellement chantĂ© par les gĂ©nies mĂ©connus; je veux dĂ©duire logiquement la raison des frĂ©quents succĂšs obtenus par les hommes mĂ©diocres. HĂ©las! l'Ă©tude est si maternellement bonne, qu'il y a peut-ĂÂȘtre crime Ă lui demander des rĂ©compenses autres que les pures et douces joies dont elle nourrit ses enfants. Je me souviens d'avoir quelquefois trempĂ© gaiement mon pain dans mon lait, assis auprĂšs de ma fenĂÂȘtre en y respirant l'air, en laissant planer mes yeux sur un paysage de toits bruns, grisĂÂątres, rouges, en ardoises, en tuiles, couverts de mousses jaunes ou vertes. Si d'abord cette vue me parut monotone, j'y dĂ©couvris bientĂÂŽt de singuliĂšres beautĂ©s. TantĂÂŽt le soir des raies lumineuses, parties des volets mal fermĂ©s, nuançaient et animaient les noires profondeurs de ce pays original. TantĂÂŽt les lueurs pĂÂąles des rĂ©verbĂšres projetaient d'en bas des reflets jaunĂÂątres Ă travers le brouillard, et accusaient faiblement dans les rues les ondulations de ces toits pressĂ©s, ocĂ©an de vagues immobiles. Enfin, parfois de rares figures apparaissaient au milieu de ce morne dĂ©sert, parmi les fleurs de quelque jardin aĂ©rien, j'entrevoyais le profil anguleux et crochu d'une vieille femme arrosant des capucines, ou dans le cadre d'une lucarne pourrie quelque jeune fille faisant sa toilette, se croyant seule, et de qui je ne pouvais apercevoir que le beau front et les longs cheveux Ă©levĂ©s en l'air par un joli bras blanc. J'admirais dans les gouttiĂšres quelques vĂ©gĂ©tations Ă©phĂ©mĂšres, pauvres herbes bientĂÂŽt emportĂ©es par un orage! J'Ă©tudiais les mousses, leurs couleurs ravivĂ©es par la pluie, et qui sous le soleil se changeaient en un velours sec et brun Ă reflets capricieux. Enfin les poĂ©tiques et fugitifs effets du jour, les tristesses du brouillard, les soudains pĂ©tillements du soleil, le silence et les magies de la nuit, les mystĂšres de l'aurore, les fumĂ©es de chaque cheminĂ©e, tous les accidents de cette singuliĂšre nature devenus familiers pour moi, me divertissaient. J'aimais ma prison, elle Ă©tait volontaire. Ces savanes de Paris formĂ©es par les toits nivelĂ©s comme une plaine, mais qui couvraient des abĂmes peuplĂ©s, allaient Ă mon ĂÂąme et s'harmoniaient avec mes pensĂ©es. Il est fatigant de retrouver brusquement le monde quand nous descendons des hauteurs cĂ©lestes oĂÂč nous entraĂnent les mĂ©ditations scientifiques; aussi ai-je alors parfaitement conçu la nuditĂ© des monastĂšres. Quand je fus bien rĂ©solu Ă suivre mon nouveau plan de vie, je cherchai mon logis dans les quartiers les plus dĂ©serts de Paris. Un soir, en revenant de l'Estrapade, je passais par la rue des Cordiers pour retourner chez moi. A l'angle de la rue de Cluny, je vis une petite fille d'environ quatorze ans qui jouait au volant avec une de ses camarades, et dont les rires et les espiĂšgleries amusaient les voisins. Il faisait beau, la soirĂ©e Ă©tait chaude, le mois de septembre durait encore. Devant chaque porte, des femmes assises devisaient comme dans une ville de province par un jour de fĂÂȘte. J'observai d'abord la jeune fille, dont la physionomie Ă©tait d'une admirable expression, et le corps tout posĂ© pour un peintre. C'Ă©tait une scĂšne ravissante. Je cherchai la cause de cette bonhomie au milieu de Paris, je remarquai que la rue n'aboutissait Ă rien, et ne devait pas ĂÂȘtre trĂšs passante. En me rappelant le sĂ©jour de Rousseau dans ce lieu, je trouvai l'hĂÂŽtel Saint-Quentin, le dĂ©labrement dans lequel il Ă©tait me fit espĂ©rer d'y rencontrer un gĂte peu coĂ»teux, et je voulus le visiter. En entrant dans une chambre basse, je vis les classiques flambeaux de cuivre garnis de leurs chandelles, mĂ©thodiquement rangĂ©s au-dessus de chaque clef, et fus frappĂ© de la propretĂ© qui rĂ©gnait dans cette salle ordinairement assez mal tenue dans les autres hĂÂŽtels et que je trouvai lĂ peignĂ©e comme un tableau de genre; son lit bleu, les ustensiles, les meubles avaient la coquetterie d'une nature de convention. La maĂtresse de l'hĂÂŽtel, femme de quarante ans environ, dont les traits exprimaient des malheurs, dont le regard Ă©tait comme terni par des pleurs, se leva, vint Ă moi; je lui soumis humblement le tarif de mon loyer; mais, sans en paraĂtre Ă©tonnĂ©e, elle chercha une clef parmi toutes les autres, et me conduisit dans les mansardes oĂÂč elle me montra une chambre qui avait vue sur les toits, sur les cours des maisons voisines, par les fenĂÂȘtres desquelles passaient de longues perches chargĂ©es de linge. Rien n'Ă©tait plus horrible que cette mansarde aux murs jaunes et sales, qui sentait la misĂšre et appelait son savant. La toiture s'y abaissait rĂ©guliĂšrement et les tuiles disjointes laissaient voir le ciel. Il y avait place pour un lit, une table, quelques chaises, et sous l'angle aigu du toit je pouvais loger mon piano. N'Ă©tant pas assez riche pour meubler cette cage digne des plombs de Venise, la pauvre femme n'avait jamais pu la louer. Ayant prĂ©cisĂ©ment exceptĂ© de la vente mobiliĂšre que je venais de faire les objets qui m'Ă©taient en quelque sorte personnels, je fus bientĂÂŽt d'accord avec mon hĂÂŽtesse, et m'installai le lendemain chez elle. Je vĂ©cus dans ce sĂ©pulcre aĂ©rien pendant prĂšs de trois ans, travaillant nuit et jour sans relĂÂąche, avec tant de plaisir que l'Ă©tude me semblait ĂÂȘtre le plus beau thĂšmes la plus heureuse solution de la vie humaine. Le calme et le silence nĂ©cessaires au savant ont je ne sais quoi de doux, d'enivrant comme l'amour. L'exercice de la pensĂ©e, la recherche des idĂ©es, les contemplations tranquilles de la Science nous prodiguent d'ineffables dĂ©lices, indescriptibles comme tout ce qui participe de l'intelligence dont les phĂ©nomĂšnes sont invisibles Ă nos sens extĂ©rieurs. Aussi sommes-nous toujours forcĂ©s d'expliquer les mystĂšres de l'esprit par des comparaisons matĂ©rielles. Le plaisir de nager dans un lac d'eau pure, au milieu des rochers, des bois et des fleurs, seul et caressĂ© par une brise tiĂšde, donnerait aux ignorants une bien faible image du bonheur que j'Ă©prouvais quand mon ĂÂąme se baignait dans les lueurs de je ne sais quelle lumiĂšre, quand j'Ă©coutais les voix terribles et confuses de l'inspiration, quand d'une source inconnue les images ruisselaient dans mon cerveau palpitant. Voir une idĂ©e qui point dans le champ des abstractions humaines comme le soleil au matin et s'Ă©lĂšve comme lui, qui, mieux encore, grandit comme un enfant, arrive Ă la pubertĂ©, se fait lentement virile, est une joie supĂ©rieure aux autres joies terrestres, ou plutĂÂŽt c'est un divin plaisir. L'Ă©tude prĂÂȘte une sorte de magie Ă tout ce qui nous environne. Le bureau chĂ©tif sur lequel j'Ă©crivais, et la basane brune qui le couvrait, mon piano, mon lit, mon fauteuil, les bizarreries de mon papier de tenture, mes meubles, toutes ces choses s'animĂšrent et devinrent pour moi d'humbles amis, les complices silencieux de mon avenir; combien de fois ne leur ai-je pas communiquĂ© mon ĂÂąme, en les regardant? Souvent, en laissant voyager mes yeux sur une moulure dĂ©jetĂ©e, je rencontrais des dĂ©veloppements nouveaux, une preuve frappante de mon systĂšme ou des mots que je croyais heureux pour rendre des pensĂ©es presque intraduisibles. A force de contempler les objets qui m'entouraient, je trouvais Ă chacun sa physionomie, son caractĂšre; souvent ils me parlaient si, par-dessus les toits, le soleil couchant jetait Ă travers mon Ă©troite fenĂÂȘtre quelque lueur furtive, ils se coloraient, pĂÂąlissaient, brillaient, s'attristaient ou s'Ă©gayaient en me surprenant toujours par des effets nouveaux. Ces menus accidents de la vie solitaire, qui Ă©chappent aux prĂ©occupations du monde, sont la consolation des prisonniers. N'Ă©tais-je pas captivĂ© par une idĂ©e, emprisonnĂ© dans un systĂšme; mais soutenu par la perspective d'une vie glorieuse! A chaque difficultĂ© vaincue, je baisais les mains douces de la femme aux beaux yeux, Ă©lĂ©gante et riche qui devait un jour caresser mes cheveux en me disant avec attendrissement Tu as bien souffert, pauvre ange! J'avais entrepris deux grandes oeuvres. Une comĂ©die devait en peu de jours me donner une renommĂ©e, une fortune, et l'entrĂ©e de ce monde, oĂÂč je voulais reparaĂtre en y exerçant les droits rĂ©galiens de l'homme de gĂ©nie. Vous avez tous vu dans ce chef-d'oeuvre la premiĂšre erreur d'un jeune homme qui sort du collĂšge, une vĂ©ritable niaiserie d'enfant. Vos plaisanteries ont coupĂ© les ailes Ă de fĂ©condes illusions qui depuis ne se sont plus rĂ©veillĂ©es. Toi seul, mon cher Emile, as calmĂ© la plaie profonde que d'autres firent Ă mon coeur! Toi seul admiras ma ThĂ©orie de la volontĂ© , ce long ouvrage pour lequel j'avais appris les langues orientales, l'anatomie, la physiologie, auquel j'avais consacrĂ© la plus grande partie de mon temps. Cette oeuvre, si je ne me trompe, complĂ©tera les travaux de Mesmer, de Lavater, de Gall, de Bichat, en ouvrant une nouvelle route Ă la science humaine. LĂ s'arrĂÂȘte ma belle vie, ce sacrifice de tous les jours, ce travail de ver-Ă -soie inconnu au monde et dont la seule rĂ©compense est peut-ĂÂȘtre dans le travail mĂÂȘme. Depuis l'ĂÂąge de raison jusqu'au jour oĂÂč j'eus terminĂ© ma thĂ©orie, j'ai observĂ©, appris, Ă©crit, lu sans relĂÂąche, et ma vie fut comme un long pensum. Amant effĂ©minĂ© de la paresse orientale, amoureux de mes rĂÂȘves, sensuel, j'ai toujours travaillĂ©, me refusant Ă goĂ»ter les jouissances de la vie parisienne. Gourmand, j'ai Ă©tĂ© sobre; aimant et la marche et les voyages maritimes, dĂ©sirant visiter plusieurs pays, trouvant encore du plaisir Ă faire, comme un enfant, ricocher des cailloux sur l'eau, je suis restĂ© constamment assis, une plume Ă la main; bavard, j'allais Ă©couter en silence les professeurs aux Cours publics de la BibliothĂšque et du MusĂ©um; j'ai dormi sur mon grabat solitaire comme un religieux de l'ordre de Saint-BenoĂt, et la femme Ă©tait cependant ma seule chimĂšre, une chimĂšre que je caressais et qui me fuyait toujours! Enfin ma vie a Ă©tĂ© une cruelle antithĂšse, un perpĂ©tuel mensonge. Puis jugez donc les hommes! Parfois mes goĂ»ts naturels se rĂ©veillaient comme un incendie longtemps couvĂ©. Par une sorte de mirage ou de calenture, moi, veuf de toutes les femmes que je dĂ©sirais, dĂ©nuĂ© de tout et logĂ© dans une mansarde d'artiste, je me voyais alors entourĂ© de maĂtresses ravissantes! je courais Ă travers les rues de Paris, couchĂ© sur les moelleux coussins d'un brillant Ă©quipage! J'Ă©tais rongĂ© de vices, plongĂ© dans la dĂ©bauche, voulant tout, ayant tout; enfin ivre Ă jeun, comme saint Antoine dans sa tentation. Heureusement le sommeil finissait par Ă©teindre ces visions dĂ©vorantes; le lendemain la science m'appelait en souriant, et je lui Ă©tais fidĂšle. J'imagine que les femmes dites vertueuses doivent ĂÂȘtre souvent la proie de ces tourbillons de folie, de dĂ©sirs et de passions, qui s'Ă©lĂšvent en nous, malgrĂ© nous. De tels rĂÂȘves ne sont pas sans charmes, ne ressemblent-ils pas Ă ces causeries du soir, en hiver, oĂÂč l'on part de son foyer pour aller en Chine. Mais que devient la vertu, pendant ces dĂ©licieux voyages oĂÂč la pensĂ©e a franchi tous les obstacles? Pendant les dix premiers mois de ma rĂ©clusion, je menai la vie pauvre et solitaire que je t'ai dĂ©peinte; j'allais chercher moi-mĂÂȘme, dĂšs le matin et sans ĂÂȘtre vu, mes provisions pour la journĂ©e; je faisais ma chambre, j'Ă©tais tout ensemble le maĂtre et le serviteur, je diogĂ©nisais avec une incroyable fiertĂ©. Mais aprĂšs ce temps, pendant lequel l'hĂÂŽtesse et sa fille espionnĂšrent mes moeurs et mes habitudes, examinĂšrent ma personne et comprirent ma misĂšre, peut-ĂÂȘtre parce qu'elles Ă©taient elles-mĂÂȘmes fort malheureuses, il s'Ă©tablit d'inĂ©vitables liens entre elles et moi. Pauline, cette charmante crĂ©ature dont les grĂÂąces naĂÂŻves et secrĂštes m'avaient en quelque sorte amenĂ© lĂ , me rendit plusieurs services qu'il me fut impossible de refuser. Toutes les infortunes sont soeurs, elles ont le mĂÂȘme langage, la mĂÂȘme gĂ©nĂ©rositĂ©, la gĂ©nĂ©rositĂ© de ceux qui ne possĂ©dant rien sont prodigues de sentiment, paient de leur temps et de leur personne. Insensiblement Pauline s'impatronisa chez moi, voulut me servir et sa mĂšre ne s'y opposa point. Je vis la mĂšre elle-mĂÂȘme raccommodant mon linge et rougissant d'ĂÂȘtre surprise Ă cette charitable occupation. Devenu malgrĂ© moi leur protĂ©gĂ©, j'acceptai leurs services. Pour comprendre cette singuliĂšre affection, il faut connaĂtre l'emportement du travail, la tyrannie des idĂ©es et cette rĂ©pugnance instinctive qu'Ă©prouve pour les dĂ©tails de la vie matĂ©rielle l'homme qui vit par la pensĂ©e. Pouvais-je rĂ©sister Ă la dĂ©licate attention avec laquelle Pauline m'apportait Ă pas muets mon repas frugal, quand elle s'apercevait que, depuis sept ou huit heures, je n'avais rien pris? Avec les grĂÂąces de la femme et l'ingĂ©nuitĂ© de l'enfance, elle me souriait en faisant un signe pour me dire que je ne devais pas la voir. C'Ă©tait Ariel se glissant comme un sylphe sous mon toit, et prĂ©voyant mes besoins. Un soir, Pauline me raconta son histoire avec une touchante ingĂ©nuitĂ©. Son pĂšre Ă©tait chef d'escadron dans les grenadiers Ă cheval de la garde impĂ©riale. Au passage de la BĂ©rĂ©sina, il avait Ă©tĂ© fait prisonnier par les Cosaques; plus tard, quand NapolĂ©on proposa de l'Ă©changer, les autoritĂ©s russes le firent vainement chercher en SibĂ©rie; au dire des autres prisonniers, il s'Ă©tait Ă©chappĂ© avec le projet d'aller aux Indes. Depuis ce temps, madame Gaudin, mon hĂÂŽtesse, n'avait pu obtenir aucune nouvelle de son mari, les dĂ©sastres de 1814 et 1815 Ă©taient arrivĂ©s, seule, sans ressources et sans secours, elle avait pris le parti de tenir un hĂÂŽtel garni pour faire vivre sa fille. Elle espĂ©rait toujours revoir son mari. Son plus cruel chagrin Ă©tait de laisser Pauline sans Ă©ducation, sa Pauline, filleule de la princesse BorghĂšse, et qui n'aurait pas dĂ» mentir aux belles destinĂ©es promises par son impĂ©riale protectrice. Quand madame Gaudin me confia cette amĂšre douleur qui la tuait, et me dit avec un accent dĂ©chirant " Je donnerais bien et le chiffon de papier qui crĂ©e Gaudin baron de l'empire, et le droit que nous avons Ă la dotation de Wistchnau, pour savoir Pauline Ă©levĂ©e Ă Saint-Denis! " tout Ă coup je tressaillis, et pour reconnaĂtre les soins que me prodiguaient ces deux femmes, j'eus l'idĂ©e de m'offrir Ă finir l'Ă©ducation de Pauline. La candeur avec laquelle ces deux femmes acceptĂšrent ma proposition fut Ă©gale Ă la naĂÂŻvetĂ© qui la dictait. J'eus ainsi des heures de rĂ©crĂ©ation. La petite avait les plus heureuses dispositions, elle apprit avec tant de facilitĂ© qu'elle devint bientĂÂŽt plus forte que je ne l'Ă©tais sur le piano. En s'accoutumant Ă penser tout haut prĂšs de moi, elle dĂ©ployait les mille gentillesses d'un coeur qui s'ouvre Ă la vie comme le calice d'une fleur lentement dĂ©pliĂ©e par le soleil, elle m'Ă©coutait avec recueillement et plaisir en arrĂÂȘtant sur moi ses yeux noirs et veloutĂ©s qui semblaient sourire, elle rĂ©pĂ©tait ses leçons d'un accent doux et caressant en tĂ©moignant une joie enfantine quand j'Ă©tais content d'elle. Sa mĂšre, chaque jour plus inquiĂšte d'avoir Ă prĂ©server de tout danger une jeune fille qui dĂ©veloppait en croissant toutes les promesses faites par les grĂÂąces de son enfance, la vit avec plaisir s'enfermant pendant toute la journĂ©e pour Ă©tudier. Mon piano Ă©tant le seul dont elle pĂ»t se servir, elle profitait de mes absences pour s'exercer. Quand je rentrais, je trouvais Pauline chez moi, dans la toilette la plus modeste; mais au moindre mouvement, sa taille souple et les attraits de sa personne se rĂ©vĂ©laient sous l'Ă©toffe grossiĂšre. Comme l'hĂ©roĂÂŻne du conte de Peau-d'Ane, elle laissait voir un pied mignon dans d'ignobles souliers. Mais ces jolis trĂ©sors, cette richesse de jeune fille, tout ce luxe de beautĂ© fut comme perdu pour moi. Je m'Ă©tais ordonnĂ© Ă moi-mĂÂȘme de ne voir qu'une soeur en Pauline, j'aurais eu horreur de tromper la confiance de sa mĂšre, j'admirais cette charmante fille comme un tableau, comme le portrait d'une maĂtresse morte. Enfin, c'Ă©tait mon enfant, ma statue. Pygmalion nouveau, je voulais faire d'une vierge vivante et colorĂ©e, sensible et parlante, un marbre; j'Ă©tais trĂšs sĂ©vĂšre avec elle, mais plus je lui faisais Ă©prouver les effets de mon despotisme magistral, plus elle devenait douce et soumise. Si je fus encouragĂ© dans ma retenue et dans ma continence par des sentiments nobles, nĂ©anmoins les raisons de procureur ne me manquĂšrent pas. Je ne comprends point la probitĂ© des Ă©cus sans la probitĂ© de la pensĂ©e. Tromper une femme ou faire faillite a toujours Ă©tĂ© mĂÂȘme chose pour moi. Aimer une jeune fille ou se laisser aimer par elle constitue un vrai contrat dont les conditions doivent ĂÂȘtre bien entendues. Nous sommes maĂtres d'abandonner la femme qui se vend, mais non pas la jeune fille qui se donne, car elle ignore l'Ă©tendue de son sacrifice. J'aurais donc Ă©pousĂ© Pauline, et c'eĂ»t Ă©tĂ© une folie. N'Ă©tait-ce pas livrer une ĂÂąme douce et vierge Ă d'effroyables malheurs? Mon indigence parlait son langage Ă©goĂÂŻste, et venait toujours mettre sa main de fer entre cette bonne crĂ©ature et moi. Puis, je l'avoue Ă ma honte, je ne conçois pas l'amour dans la misĂšre. Peut-ĂÂȘtre est-ce en moi une dĂ©pravation due Ă cette maladie humaine que nous nommons la civilisation; mais une femme, fĂ»t-elle attrayante autant que la belle HĂ©lĂšne, la GalatĂ©e d'HomĂšre, n'a plus aucun pouvoir sur mes sens pour peu qu'elle soit crottĂ©e. Ah! vive l'amour dans la soie, sur le cachemire, entourĂ© des merveilles du luxe qui le parent merveilleusement bien, parce que lui-mĂÂȘme est un luxe peut-ĂÂȘtre. J'aime Ă froisser sous mes dĂ©sirs de pimpantes toilettes, Ă briser des fleurs, Ă porter une main dĂ©vastatrice dans les Ă©lĂ©gants Ă©difices d'une coiffure embaumĂ©e. Des yeux brĂ»lants, cachĂ©s par un voile de dentelle que les regards percent comme la flamme dĂ©chire la fumĂ©e du canon, m'offrent de fantastiques attraits. Mon amour veut des Ă©chelles de soie escaladĂ©es en silence, par une nuit d'hiver. Quel plaisir d'arriver couvert de neige dans une chambre Ă©clairĂ©e par des parfums, tapissĂ©e de soies peintes et d'y trouver une femme qui, elle aussi, secoue de la neige, car quel autre nom donner Ă ces voiles de voluptueuses mousselines Ă travers lesquels elle se dessine vaguement comme un ange dans son nuage, et d'oĂÂč elle va sortir? Puis il me faut encore un craintif bonheur, une audacieuse sĂ©curitĂ©. Enfin je veux revoir cette mystĂ©rieuse femme, mais Ă©clatante, mais au milieu du monde, mais vertueuse, environnĂ©e d'hommages, vĂÂȘtue de dentelles, de diamants, donnant ses ordres Ă la ville, et si haut placĂ©e et si imposante que nul n'ose lui adresser des voeux. Au milieu de sa cour, elle me jette un regard Ă la dĂ©robĂ©e, un regard qui dĂ©ment ces artifices, un regard qui me sacrifie le monde et les hommes! Certes, je me suis cent fois trouvĂ© ridicule d'aimer quelques aunes de blonde, du velours, de fines batistes, les tours de force d'un coiffeur, des bougies, un carrosse, un titre, d'hĂ©raldiques couronnes peintes par des vitriers ou fabriquĂ©es par un orfĂšvre, enfin tout ce qu'il y a de factice et de moins femme dans la femme; je me suis moquĂ© de moi, je me suis raisonnĂ©, tout a Ă©tĂ© vain. Une femme aristocratique et son sourire fin, la distinction de ses maniĂšres et son respect d'elle-mĂÂȘme m'enchantent; quand elle met une barriĂšre entre elle et le monde, elle flatte en moi toutes les vanitĂ©s, qui sont la moitiĂ© de l'amour. EnviĂ©e par tous, ma fĂ©licitĂ© me paraĂt avoir plus de saveur. En ne faisant rien de ce que font les autres femmes, en ne marchant pas, ne vivant pas comme elles, en s'enveloppant dans un manteau qu'elles ne peuvent avoir, en respirant des parfums Ă elle, ma maĂtresse me semble ĂÂȘtre bien mieux Ă moi; plus elle s'Ă©loigne de la terre, mĂÂȘme dans ce que l'amour a de terrestre, plus elle s'embellit Ă mes yeux. En France, heureusement pour moi, nous sommes depuis vingt ans sans reine, j'eusse aimĂ© la reine! Pour avoir les façons d'une princesse, une femme doit ĂÂȘtre riche. En prĂ©sence de mes romanesques fantaisies, qu'Ă©tait Pauline? Pouvait-elle me vendre des nuits qui coĂ»tent la vie, un amour qui tue et met en jeu toutes les facultĂ©s humaines? Nous ne mourons guĂšre pour de pauvres filles qui se donnent! Je n'ai jamais pu dĂ©truire ces sentiments ni ces rĂÂȘveries de poĂšte. J'Ă©tais nĂ© pour l'amour impossible, et le hasard a voulu que je fusse servi par-delĂ mes souhaits. Combien de fois n'ai-je pas vĂÂȘtu de satin les pieds mignons de Pauline, emprisonnĂ© sa taille svelte comme un jeune peuplier dans une robe de gaze, jetĂ© sur son sein une lĂ©gĂšre Ă©charpe en lui faisant fouler les tapis de son hĂÂŽtel et la conduisant Ă une voiture Ă©lĂ©gante; je l'eusse adorĂ©e ainsi; je lui donnais une fiertĂ© qu'elle n'avait pas, je la dĂ©pouillais de toutes ses vertus, de ses grĂÂąces naĂÂŻves, de son dĂ©licieux naturel, de son sourire ingĂ©nu, pour la plonger dans le Styx de nos vices et lui rendre le coeur invulnĂ©rable, pour la farder de nos crimes, pour en faire la poupĂ©e fantasque de nos salons, une femme fluette qui se couche au matin pour renaĂtre le soir, Ă l'aurore des bougies. Pauline Ă©tait tout sentiment, tout fraĂcheur, je la voulais sĂšche et froide. Dans les derniers jours de ma folie, le souvenir m'a montrĂ© Pauline, comme il nous peint les scĂšnes de notre enfance. Plus d'une fois, je suis restĂ© attendri, songeant Ă de dĂ©licieux moments soit que je revisse cette dĂ©licieuse fille assise prĂšs de ma table, occupĂ©e Ă coudre, paisible, silencieuse, recueillie et faiblement Ă©clairĂ©e par le jour qui, descendant de ma lucarne, dessinait de lĂ©gers reflets argentĂ©s sur sa belle chevelure noire; soit que j'entendisse son rire jeune, ou sa voix au timbre riche chanter les gracieuses cantilĂšnes qu'elle composait sans efforts. Souvent ma Pauline s'exaltait en faisant de la musique, sa figure ressemblait alors d'une maniĂšre frappante Ă la noble tĂÂȘte par laquelle Carlo Dolci a voulu reprĂ©senter l'Italie. Ma cruelle mĂ©moire me jetait cette jeune fille Ă travers les excĂšs de mon existence comme un remords, comme une image de la vertu! Mais laissons la pauvre enfant Ă sa destinĂ©e! quelque malheureuse qu'elle puisse ĂÂȘtre, au moins l'aurai-je mis Ă l'abri d'un effroyable orage, en Ă©vitant de la traĂner dans mon enfer. Jusqu'Ă l'hiver dernier, ma vie fut la vie tranquille et studieuse de laquelle j'ai tĂÂąchĂ© de te donner une faible image. Dans les premiers jours du mois de dĂ©cembre 1829, je rencontrai Rastignac qui, malgrĂ© le misĂ©rable Ă©tat de mes vĂÂȘtements, me donna le bras et s'enquit de ma fortune avec un intĂ©rĂÂȘt vraiment fraternel; pris Ă la glu de ses maniĂšres, je lui racontai briĂšvement et ma vie et mes espĂ©rances; il se mit Ă rire, me traita tout Ă la fois d'homme de gĂ©nie et de sot, sa voix gasconne, son expĂ©rience du monde, l'opulence qu'il devait Ă son savoir-faire, agirent sur moi d'une maniĂšre irrĂ©sistible. Rastignac me fit mourir Ă l'hĂÂŽpital, mĂ©connu comme un niais, conduisit mon propre convoi, me jeta dans le trou des pauvres. Il me parla de charlatanisme. Avec cette verve aimable qui le rend si sĂ©duisant, il me montra tous les hommes de gĂ©nie comme des charlatans. Il me dĂ©clara que j'avais un sens de moins, une cause de mort, si je restais seul, rue des Cordiers. Selon lui, je devais aller dans le monde, habituer les gens Ă prononcer mon nom et me dĂ©pouiller moi-mĂÂȘme de l'humble monsieur qui messayait Ă un grand homme de son vivant. - " Les imbĂ©ciles, s'Ă©cria-t-il, nomment ce mĂ©tier-lĂ intriguer , les gens Ă morale le proscrivent sous le mot de vie dissipĂ©e ; ne nous arrĂÂȘtons pas aux hommes, interrogeons les rĂ©sultats. Toi, tu travailles?... eh! bien, tu ne feras jamais rien. Moi, je suis propre Ă tout et bon Ă rien, paresseux comme un homard?... eh! bien, j'arriverai Ă tout. Je me rĂ©pands, je me pousse, l'on me fait place; je me vante, l'on me croit, je fais des dettes, on les paie! La dissipation, mon cher, est un systĂšme politique. La vie d'un homme occupĂ© Ă manger sa fortune devient souvent une spĂ©culation; il place ses capitaux en amis, en plaisirs, en protecteurs, en connaissances. Un nĂ©gociant risque-t-il un million? Pendant vingt ans il ne dort, ni ne boit, ni ne s'amuse; il couve son million, il le fait trotter par toute l'Europe; il s'ennuie, se donne Ă tous les dĂ©mons que l'homme a inventĂ©s; puis une liquidation comme j'en ai vu faire, le laisse souvent sans un sou, sans un nom, sans un ami. Le dissipateur, lui, s'amuse Ă vivre, Ă faire courir ses chevaux. Si par hasard il perd ses capitaux, il a la chance d'ĂÂȘtre nommĂ© Receveur gĂ©nĂ©ral, de se bien marier, d'ĂÂȘtre attachĂ© Ă un ministre, Ă un ambassadeur. Il a encore des amis, une rĂ©putation et toujours de l'argent. Connaissant les ressorts du monde, il les manoeuvre Ă son profit. Ce systĂšme est-il logique, ou ne suis-je qu'un fou? N'est-ce pas lĂ la moralitĂ© de la comĂ©die qui se joue tous les jours dans le monde? Ton ouvrage est achevĂ©, reprit-il aprĂšs une pause, tu as un talent immense! Eh! bien, tu arrives Ă mon point de dĂ©part. Il faut maintenant faire ton succĂšs toi-mĂÂȘme, c'est plus sĂ»r. Tu iras conclure des alliances avec les coteries, conquĂ©rir des prĂÂŽneurs. Moi, je veux me mettre de moitiĂ© dans ta gloire, je serai le bijoutier qui aura montĂ© les diamants de ta couronne. Pour commencer, dit-il, sois ici demain soir. Je te prĂ©senterai dans une maison oĂÂč va tout Paris, notre Paris Ă nous, celui des beaux, des gens Ă millions, des cĂ©lĂ©britĂ©s, enfin des hommes qui parlent d'or comme Chrysostome. Quand ces gens ont adoptĂ© un livre, le livre devient Ă la mode; s'il est rĂ©ellement bon, ils ont donnĂ© quelque brevet de gĂ©nie sans le savoir. Si tu as de l'esprit, mon cher enfant, tu feras toi-mĂÂȘme la fortune de ta ThĂ©orie en comprenant mieux la thĂ©orie de la fortune. Demain soir tu verras la belle comtesse Foedora, la femme Ă la mode. - Je n'en ai jamais entendu parler. - Tu es un Cafre, dit Rastignac en riant. Ne pas connaĂtre Foedora! Une femme Ă marier qui possĂšde prĂšs de quatre-vingt mille livres de rente, qui ne veut de personne ou de qui personne ne veut! EspĂšce de problĂšme fĂ©minin, une Parisienne Ă moitiĂ© Russe, une Russe Ă moitiĂ© Parisienne! Une femme chez laquelle s'Ă©ditent toutes les productions romantiques qui ne paraissent pas, la plus belle femme de Paris, la plus gracieuse! Tu n'es mĂÂȘme pas un Cafre, tu es la bĂÂȘte intermĂ©diaire qui joint le Cafre Ă l'animal. Adieu, Ă demain! " Il fit une pirouette et disparut sans attendre ma rĂ©ponse, n'admettant pas qu'un homme raisonnable pĂ»t refuser d'ĂÂȘtre prĂ©sentĂ© Ă Foedora. Comment expliquer la fascination d'un nom? Foedora me poursuivit comme une mauvaise pensĂ©e avec laquelle on cherche Ă transiger. Une voix me disait Tu iras chez Foedora. J'avais beau me dĂ©battre avec cette voix et lui crier qu'elle mentait, elle Ă©crasait tous mes raisonnements avec ce nom Foedora. Mais ce nom, cette femme n'Ă©taient-ils pas le symbole de tous mes dĂ©sirs et le thĂšme de ma vie? Le nom rĂ©veillait les poĂ©sies artificielles du monde, faisait briller les fĂÂȘtes du haut Paris et les clinquants de la vanitĂ©. La femme m'apparaissait avec tous les problĂšmes de passion dont je m'Ă©tais affolĂ©. Ce n'Ă©tait peut-ĂÂȘtre ni la femme ni le nom, mais tous mes vices qui se dressaient debout dans mon ĂÂąme pour me tenter de nouveau. La comtesse Foedora, riche et sans amant, rĂ©sistant Ă des sĂ©ductions parisiennes, n'Ă©tait-ce pas l'incarnation de mes espĂ©rances, de mes visions? je me crĂ©ai une femme, je la dessinai dans ma pensĂ©e, je la rĂÂȘvai. Pendant la nuit, je ne dormis pas, je devins son amant, je fis tenir en peu d'heures une vie entiĂšre, une vie d'amour, et j'en savourai les fĂ©condes, les brĂ»lantes dĂ©lices. Le lendemain, incapable de soutenir le supplice d'attendre longuement la soirĂ©e, j'allai louer un roman, et passai la journĂ©e Ă le lire, me mettant ainsi dans l'impossibilitĂ© de penser ni de mesurer le temps. Pendant ma lecture le nom de Foedora retentissait en moi comme un son que l'on entend dans le lointain, qui ne vous trouble pas, mais qui se fait Ă©couter. Je possĂ©dais heureusement encore un habit noir et un gilet blanc assez honorables; puis de toute ma fortune il me restait environ trente francs, que j'avais semĂ©s dans mes hardes, dans mes tiroirs, afin de mettre entre une piĂšce de cent sous et mes fantaisies la barriĂšre Ă©pineuse d'une recherche et les hasards d'une circumnavigation dans ma chambre. Au moment de m'habiller, je poursuivis mon trĂ©sor Ă travers un ocĂ©an de papiers. La raretĂ© du numĂ©raire peut te faire concevoir ce que mes gants et mon fiacre emportĂšrent de richesses, ils mangĂšrent le pain de tout un mois. HĂ©las! nous ne manquons jamais d'argent pour nos caprices, nous ne discutons que le prix des choses utiles ou nĂ©cessaires. Nous jetons l'or avec insouciance Ă des danseuses, et nous marchandons un ouvrier dont la famille affamĂ©e attend le payement d'un mĂ©moire. Combien de gens ont un habit de cent francs, un diamant Ă la pomme de leur canne, et qui dĂnent Ă vingt-cinq sous! Il semble que nous n'achetions jamais assez chĂšrement les plaisirs de la vanitĂ©. Rastignac, fidĂšle au rendez-vous, sourit de ma mĂ©tamorphose et m'en plaisanta; mais, tout en allant chez la comtesse, il me donna de charitables conseils sur la maniĂšre de me conduire avec elle; il me la peignit avare, vaine et dĂ©fiante; mais avare avec faste, vaine avec simplicitĂ©, dĂ©fiante avec bonhomie. - "Tu connais mes engagements, me dit-il, et tu sais combien je perdrais Ă changer d'amour. En observant Foedora j'Ă©tais dĂ©sintĂ©ressĂ©, de sang-froid, mes remarques doivent ĂÂȘtre justes. En pensant Ă te prĂ©senter chez elle, je songeais Ă ta fortune; ainsi prends garde Ă tout ce que tu lui dirais, elle a une mĂ©moire cruelle, elle est d'une adresse Ă dĂ©sespĂ©rer un diplomate, elle saurait deviner le moment oĂÂč il dit vrai; entre nous, je crois que son mariage n'est pas reconnu par l'empereur, car l'ambassadeur de Russie s'est mis Ă rire quand je lui ai parlĂ© d'elle. Il ne la reçoit pas, et la salue fort lĂ©gĂšrement quand il la rencontre au bois. NĂ©anmoins elle est de la sociĂ©tĂ© de madame de SĂ©risy, va chez mesdames de Nucingen et de Restaud. En France sa rĂ©putation est intacte; la duchesse de Carigliano, la marĂ©chale la plus collet-montĂ© de toute la coterie bonapartiste, va souvent passer avec elle la belle saison Ă sa terre. Beaucoup de jeunes fats, le fils d'un pair de France, lui ont offert un nom en Ă©change de sa fortune; elle les a tous poliment Ă©conduits. Peut-ĂÂȘtre sa sensibilitĂ© ne commence-t-elle qu'au titre de comte! N'es-tu pas marquis? marche en avant si elle te plaĂt! VoilĂ ce que j'appelle donner des instructions. " Cette plaisanterie me fit croire que Rastignac voulait rire et piquer ma curiositĂ©, en sorte que ma passion improvisĂ©e Ă©tait arrivĂ©e Ă son paroxysme quand nous nous arrĂÂȘtĂÂąmes devant un pĂ©ristyle ornĂ© de fleurs. En montant un vaste escalier Ă tapis, oĂÂč je remarquai toutes les recherches du comfort anglais, le coeur me battit; j'en rougissais, je dĂ©mentais mon origine, mes sentiments, ma fiertĂ©, j'Ă©tais sottement bourgeois. HĂ©las! je sortais d'une mansarde, aprĂšs trois annĂ©es de pauvretĂ©, sans savoir encore mettre au-dessus des bagatelles de la vie ces trĂ©sors acquis, ces immenses capitaux intellectuels qui vous enrichissent en un moment quand le pouvoir tombe entre vos mains sans vous Ă©craser, parce que l'Ă©tude vous a formĂ© d'avance aux luttes politiques. J'aperçus une femme d'environ vingt-deux ans, de moyenne taille, vĂÂȘtue de blanc, entourĂ©e d'un cercle d'hommes, mollement couchĂ©e sur une ottomane, et tenant Ă la main un Ă©cran de plumes. En voyant entrer Rastignac, elle se leva, vint Ă nous, sourit avec grĂÂące, me fit d'une voix mĂ©lodieuse un compliment sans doute apprĂÂȘtĂ©; notre ami m'avait annoncĂ© comme un homme de talent, et son adresse, son emphase gasconne me procurĂšrent un accueil flatteur. Je fus l'objet d'une attention particuliĂšre qui me rendit confus; mais Rastignac avait heureusement parlĂ© de ma modestie. Je rencontrai lĂ des savants, des gens de lettres, d'anciens ministres, des pairs de France. La conversation reprit son cours quelque temps aprĂšs mon arrivĂ©e, et, sentant que j'avais une rĂ©putation Ă soutenir, je me rassurai; puis, sans abuser de la parole quand elle m'Ă©tait accordĂ©e, je tĂÂąchai de rĂ©sumer les discussions par des mots plus ou moins incisifs, profonds ou spirituels. Je produisis quelque sensation. Pour la milliĂšme fois de sa vie Rastignac fut prophĂšte. Quand il y eut assez de monde pour que chacun retrouvĂÂąt sa libertĂ©, mon introducteur me donna le bras, et nous nous promenĂÂąmes dans les appartements. - " N'aie pas l'air d'ĂÂȘtre trop Ă©merveillĂ© de la princesse, me dit-il, elle devinerait le motif de ta visite. " Les salons Ă©taient meublĂ©s avec un goĂ»t exquis. J'y vis des tableaux de choix. Chaque piĂšce avait, comme chez les Anglais les plus opulents, son caractĂšre particulier, et la tenture de soie, les agrĂ©ments, la forme des meubles, le moindre dĂ©cor s'harmoniaient avec une pensĂ©e premiĂšre. Dans un boudoir gothique dont les portes Ă©taient cachĂ©es par des rideaux en tapisserie, les encadrements de l'Ă©toffe, la pendule, les dessins du tapis Ă©taient gothiques; le plafond formĂ© de solives brunes sculptĂ©es prĂ©sentait Ă l'oeil des caissons pleins de grĂÂące et d'originalitĂ©, les boiseries Ă©taient artistement travaillĂ©es, rien ne dĂ©truisait l'ensemble de cette jolie dĂ©coration, pas mĂÂȘme les croisĂ©es dont les vitraux Ă©taient coloriĂ©s et prĂ©cieux. Je fus surpris Ă l'aspect d'un petit salon moderne oĂÂč je ne sais quel artiste avait Ă©puisĂ© la science de notre dĂ©cor si lĂ©ger, si frais, si suave, sans Ă©clat, sobre de dorures. C'Ă©tait amoureux et vague comme une ballade allemande, un vrai rĂ©duit taillĂ© pour une passion de 1827, embaumĂ© par des jardiniĂšres pleines de fleurs rares. AprĂšs ce salon, j'aperçus en enfilade une piĂšce dorĂ©e oĂÂč revivait le goĂ»t du siĂšcle de Louis XIV qui, opposĂ© Ă nos peintures actuelles, produisait un bizarre mais agrĂ©able contraste. - " Tu seras assez bien logĂ©, me dit Rastignac avec un sourire oĂÂč perçait une lĂ©gĂšre ironie. N'est-ce pas sĂ©duisant? " ajouta-t-il en s'asseyant. Tout Ă coup il se leva, me prit par la main, me conduisit Ă la chambre Ă coucher, et me montra sous un dais de mousseline et de moire blanches un lit voluptueux doucement Ă©clairĂ©, le vrai lit d'une jeune fĂ©e fiancĂ©e Ă un gĂ©nie. - " N'y a-t-il pas, s'Ă©cria-t-il Ă voix basse, de l'impudeur, de l'insolence et de la coquetterie outre mesure, Ă nous laisser contempler ce trĂÂŽne de l'amour? Ne se donner Ă personne, et permettre Ă tout le monde de mettre lĂ sa carte! si j'Ă©tais libre, je voudrais voir cette femme soumise et pleurant Ă ma porte. - Es-tu donc si certain de sa vertu? - Les plus audacieux de nos maĂtres, et mĂÂȘme les plus habiles, avouent avoir Ă©chouĂ© prĂšs d'elle, l'aiment encore et sont ses amis dĂ©vouĂ©s. Cette femme n'est-elle pas une Ă©nigme? " Ces paroles excitĂšrent en moi une sorte d'ivresse, ma jalousie craignait dĂ©jĂ le passĂ©. Tressaillant d'aise, je revins prĂ©cipitamment dans le salon oĂÂč j'avais laissĂ© la comtesse que je rencontrai dans le boudoir gothique. Elle m'arrĂÂȘta par un sourire, me fit asseoir prĂšs d'elle, me questionna sur mes travaux, et sembla s'y intĂ©resser vivement, surtout quand je lui traduisis mon systĂšme en plaisanteries au lieu de prendre le langage d'un professeur pour le lui dĂ©velopper doctoralement. Elle parut s'amuser beaucoup en apprenant que la volontĂ© humaine Ă©tait une force matĂ©rielle semblable Ă la vapeur; que, dans le monde moral, rien ne rĂ©sistait Ă cette puissance quand un homme s'habituait Ă la concentrer, Ă en manier la somme, Ă diriger constamment sur les ĂÂąmes la projection de cette masse fluide; que cet homme pouvait Ă son grĂ© tout modifier relativement Ă l'humanitĂ©, mĂÂȘme les lois absolues de la nature. Les objections de Foedora me rĂ©vĂ©lĂšrent en elle une certaine finesse d'esprit, je me complus Ă lui donner raison pendant quelques moments pour la flatter, et je dĂ©truisis ses raisonnements de femme par un mot, en attirant son attention sur un fait journalier dans la vie, le sommeil, fait vulgaire en apparence, mais au fond plein de problĂšmes insolubles pour le savant, et je piquai sa curiositĂ©. La comtesse resta mĂÂȘme un instant silencieuse quand je lui dis que nos idĂ©es Ă©taient des ĂÂȘtres organisĂ©s, complets qui vivaient dans un monde invisible et influaient sur nos destinĂ©es, en lui citant pour preuves les pensĂ©es de Descartes, de Diderot, de NapolĂ©on qui avaient conduit, qui conduisaient encore tout un siĂšcle. J'eus l'honneur d'amuser cette femme, elle me quitta en m'invitant Ă la venir voir; en style de cour, elle me donna les grandes entrĂ©es. Soit que je prisse, selon ma louable habitude, des formules polies pour des paroles de coeur, soit que Foedora vĂt en moi quelque cĂ©lĂ©britĂ© prochaine, et voulĂ»t augmenter sa mĂ©nagerie de savants, je crus lui plaire. J'Ă©voquai toutes mes connaissances physiologiques et mes Ă©tudes antĂ©rieures sur la femme pour examiner minutieusement pendant cette soirĂ©e cette singuliĂšre personne et ses maniĂšres; cachĂ© dans l'embrasure d'une fenĂÂȘtre, j'espionnai ses pensĂ©es en les cherchant dans son maintien, en Ă©tudiant ce manĂšge d'une maĂtresse de maison qui va et vient, s'assied et cause, appelle un homme, l'interroge, et s'appuie pour l'Ă©couter sur un chambranle de porte; je remarquai dans sa dĂ©marche un mouvement brisĂ© si doux, une ondulation de robe si gracieuse, elle excitait si puissamment le dĂ©sir que je devins alors trĂšs incrĂ©dule sur sa vertu. Si Foedora mĂ©connaissait aujourd'hui l'amour, elle avait dĂ» jadis ĂÂȘtre fort passionnĂ©e; car une voluptĂ© savante se peignait jusque dans la maniĂšre dont elle se posait devant son interlocuteur elle se soutenait sur la boiserie avec coquetterie, comme une femme prĂšs de tomber, mais aussi prĂšs de s'enfuir si quelque regard trop vif l'intimide. Les bras mollement croisĂ©s, paraissant respirer les paroles, les Ă©coutant mĂÂȘme du regard et avec bienveillance, elle exhalait le sentiment. Ses lĂšvres fraĂches et rouges tranchaient sur un teint d'une vive blancheur. Ses cheveux bruns faisaient assez bien valoir la couleur orangĂ©e de ses yeux mĂÂȘlĂ©s de veines comme une pierre de Florence, et dont l'expression semblait ajouter de la finesse Ă ses paroles. Enfin son corsage Ă©tait parĂ© des; grĂÂąces les plus attrayantes. Une rivale aurait peut-ĂÂȘtre accusĂ© de duretĂ© d'Ă©pais sourcils qui paraissaient se rejoindre, et blĂÂąmĂ© l'imperceptible duvet qui ornait les contours du visage. Je trouvai la passion empreinte en tout. L'amour Ă©tait Ă©crit sur les paupiĂšres italiennes de cette femme, sur ses belles Ă©paules dignes de la VĂ©nus de Milo, dans ses traits, sur sa lĂšvre supĂ©rieure un peu forte et lĂ©gĂšrement ombragĂ©e. C'Ă©tait plus qu'une femme, c'Ă©tait un roman. Oui, ces richesses fĂ©minines, l'ensemble harmonieux des lignes, les promesses que cette riche structure faisait Ă la passion, Ă©taient tempĂ©rĂ©s par une rĂ©serve constante, par une modestie extraordinaire, qui contrastaient avec l'expression de toute la personne. Il fallait une observation aussi sagace que la mienne pour dĂ©couvrir dans cette nature les signes d'une destinĂ©e de voluptĂ©. Pour expliquer plus clairement ma pensĂ©e, il y avait en Foedora deux femmes sĂ©parĂ©es par le buste peut-ĂÂȘtre; l'une Ă©tait froide, la tĂÂȘte seule semblait ĂÂȘtre amoureuse; avant d'arrĂÂȘter ses yeux sur un homme, elle prĂ©parait son regard, comme s'il se passait je ne sais quoi de mystĂ©rieux en elle-mĂÂȘme, vous eussiez dit d'une convulsion dans ses yeux si brillants. Enfin, ou ma science Ă©tait imparfaite, et j'avais encore bien des secrets Ă dĂ©couvrir dans le monde moral, ou la comtesse possĂ©dait une belle ĂÂąme dont les sentiments et les Ă©manations communiquaient Ă sa physionomie ce charme qui nous subjugue et nous fascine, ascendant tout moral et d'autant plus puissant qu'il s'accorde avec les sympathies du dĂ©sir je sortis ravi, sĂ©duit par cette femme, enivrĂ© par son luxe, chatouillĂ© dans tout ce que mon coeur avait de noble, de vicieux, de bon, de mauvais. En me sentant si Ă©mu, si vivant, si exaltĂ©, je crus comprendre l'attrait qui amenait lĂ ces artistes, ces diplomates, ces hommes de pouvoir, ces agioteurs doublĂ©s de tĂÂŽle comme leurs caisses; sans doute ils venaient chercher prĂšs d'elle l'Ă©motion dĂ©lirante qui faisait vibrer en moi toutes les forces de mon ĂÂȘtre, fouettait mon sang dans la moindre veine, agaçait le plus petit nerf et tressaillait dans mon cerveau! elle ne s'Ă©tait donnĂ©e Ă aucun pour les garder tous. Une femme est coquette tant qu'elle n'aime pas. - " Puis, dis-je Ă Rastignac, elle a peut-ĂÂȘtre Ă©tĂ© mariĂ©e ou vendue Ă quelque vieillard, et le souvenir de ses premiĂšres noces lui donne de l'horreur pour l'amour. " Je revins Ă pied du faubourg Saint-HonorĂ©, oĂÂč Foedora demeure. Entre son hĂÂŽtel et la rue des Cordiers il y a presque tout Paris; le chemin me parut court, et cependant il faisait froid. Entreprendre la conquĂÂȘte de Foedora dans l'hiver, un rude hiver, quand je n'avais pas trente francs en ma possession, quand la distance qui nous sĂ©parait Ă©tait si grande! Un jeune homme pauvre peut seul savoir ce qu'une passion coĂ»te en voitures, en gants, en habits, linge, etc. Si l'amour reste un peu trop de temps platonique, il devient ruineux. Vraiment, il y a des Lauzun de l'Ecole de Droit auxquels il est impossible d'approcher d'une passion logĂ©e Ă un premier Ă©tage. Et comment pouvais-je lutter, moi, faible, grĂÂȘle, mis simplement, pĂÂąle et hĂÂąve comme un artiste en convalescence d'un ouvrage, avec des jeunes gens bien frisĂ©s, jolis, pimpants, cravatĂ©s Ă dĂ©sespĂ©rer toute la Croatie, riches, armĂ©s de tilburys et vĂÂȘtus d'impertinence? - " Bah! Foedora ou la mort! criai-je au dĂ©tour d'un pont. Foedora, c'est la fortune! " Le beau boudoir gothique et le salon Ă la Louis XIV passĂšrent devant mes yeux; je revis la comtesse avec sa robe blanche, ses grandes manches gracieuses, et sa sĂ©duisante dĂ©marche, et son corsage tentateur. Quand j'arrivai dans ma mansarde nue, froide, aussi mal peignĂ©e que la perruque d'un naturaliste, j'Ă©tais encore environnĂ© par les images du luxe de Foedora. Ce contraste Ă©tait un mauvais conseiller, les crimes doivent naĂtre ainsi. Je maudis alors, en frissonnant de rage, ma dĂ©cente et honnĂÂȘte misĂšre, ma mansarde fĂ©conde oĂÂč tant de pensĂ©es avaient surgi. Je demandai compte Ă Dieu, au diable, Ă l'Etat social, Ă mon pĂšre, Ă l'univers entier, de ma destinĂ©e, de mon malheur; je me couchai tout affamĂ©, grommelant de risibles imprĂ©cations, mais bien rĂ©solu de sĂ©duire Foedora. Ce coeur de femme Ă©tait un dernier billet de loterie chargĂ© de ma fortune. je te ferai grĂÂące de mes premiĂšres visites chez Foedora, pour arriver promptement au drame. Tout en tĂÂąchant de m'adresser Ă l'ĂÂąme de cette femme, j'essayai de gagner son esprit, d'avoir sa vanitĂ© pour moi; afin d'ĂÂȘtre sĂ»rement aimĂ©, je lui donnai mille raisons de mieux s'aimer elle-mĂÂȘme, jamais je ne la laissai dans un Ă©tat d'indiffĂ©rence; les femmes veulent des Ă©motions Ă tout prix, je les lui prodiguai; je l'eusse mise en colĂšre plutĂÂŽt que de la voir insouciante avec moi. Si d'abord, animĂ© d'une volontĂ© ferme et du dĂ©sir de me faire aimer, je pris un peu d'ascendant sur elle, bientĂÂŽt ma passion grandit, je ne fus plus maĂtre de moi, je tombai dans le vrai, je me perdis et devins Ă©perdument amoureux. Je ne sais pas bien ce que nous appelons, en poĂ©sie ou dans la conversation, amour; mais le sentiment qui se dĂ©veloppa tout Ă coup dans ma double nature, je ne l'ai trouvĂ© peint nulle part, ni dans les phrases rhĂ©toriques et apprĂÂȘtĂ©es de Rousseau de qui j'occupais peut-ĂÂȘtre le logis, ni dans les froides conceptions de nos deux siĂšcles littĂ©raires, ni dans les tableaux de l'Italie. La vue du lac de Brienne, quelques motifs de Rossini, la Madone de Murillo que possĂšde le marĂ©chal Soult, les lettres de la Lescombat, certains mots Ă©pars dans les recueils d'anecdotes, mais surtout les priĂšres des extatiques et quelques passages de nos fabliaux, ont pu seuls me transporter dans les divines rĂ©gions de mon premier amour. Rien dans les langages humains, aucune traduction de la pensĂ©e faite Ă l'aide des couleurs, des marbres, des mots ou des sons, ne saurait rendre le nerf, la vĂ©ritĂ©, le fini, la soudainetĂ© du sentiment dans l'ĂÂąme! Oui! qui dit art, dit mensonge. L'amour passe par des transformations infinies avant de se mĂÂȘler pour toujours Ă notre vie et de la teindre Ă jamais de sa couleur de flamme. Le secret de cette infusion imperceptible Ă©chappe Ă l'analyse de l'artiste. La vraie passion s'exprime par des cris, par des soupirs ennuyeux pour un homme froid. Il faut aimer sincĂšrement pour ĂÂȘtre de moitiĂ© dans les rugissements de Lovelace, en lisant Clarisse Harlowe. L'amour est une source naĂÂŻve, partie de son lit de cresson, de fleurs, de gravier, qui riviĂšre, qui fleuve, change de nature et d'aspect Ă chaque flot, et se jette dans un incommensurable ocĂ©an oĂÂč les esprits incomplets voient la monotonie, oĂÂč les grandes ĂÂąmes s'abĂment en de perpĂ©tuelles contemplations. Comment oser dĂ©crire ces teintes transitoires du sentiment, ces riens qui ont tant de prix, ces mots dont l'accent Ă©puise les trĂ©sors du langage, ces regards plus fĂ©conds que les plus riches poĂšmes? Dans chacune des scĂšnes mystiques par lesquelles nous nous Ă©prenons insensiblement d'une femme, s'ouvre un abĂme Ă engloutir toutes les poĂ©sies humaines. Eh! comment pourrions-nous reproduire par des gloses les vives et mystĂ©rieuses agitations de l'ĂÂąme, quand les paroles nous manquent pour peindre les mystĂšres visibles de la beautĂ©? Quelles fascinations! Combien d'heures ne suis-je pas restĂ© plongĂ© dans une extase ineffable occupĂ© Ă la voir ! Heureux, de quoi? je ne sais. Dans ces moments, si son visage Ă©tait inondĂ© de lumiĂšre, il s'y opĂ©rait je ne sais quel phĂ©nomĂšne qui le faisait resplendir; l'imperceptible duvet qui dore sa peau dĂ©licate et fine en dessinait mollement les contours avec la grĂÂące que nous admirons dans les lignes lointaines de l'horizon quand elles se perdent dans le soleil. Il semblait que le jour la caressĂÂąt en s'unissant Ă elle, ou qu'il s'Ă©chappĂÂąt de sa rayonnante figure une lumiĂšre plus vive que la lumiĂšre mĂÂȘme; puis une ombre passant sur cette douce figure y produisait une sorte de couleur qui en variait les expressions en en changeant les teintes. Souvent une pensĂ©e semblait se peindre sur son front de marbre; son oeil paraissait rougir, sa paupiĂšre vacillait, ses traits ondulaient agitĂ©s par un sourire; le corail intelligent de ses lĂšvres s'animait, se dĂ©pliait, se repliait; je ne sais quel reflet de ses cheveux jetait des tons bruns sur ses tempes fraĂches; Ă chaque accident, elle avait parlĂ©. Chaque nuance de beautĂ© donnait des fĂÂȘtes nouvelles Ă mes yeux, rĂ©vĂ©lait des grĂÂąces inconnues Ă mon coeur. Je voulais lire un sentiment, un espoir, dans toutes ces phases du visage. Ces discours muets pĂ©nĂ©traient d'ĂÂąme Ă ĂÂąme comme un son dans l'Ă©cho, et me prodiguaient des joies passagĂšres qui me laissaient des impressions profondes. Sa voix me causait un dĂ©lire que j'avais peine Ă comprimer. Imitant je ne sais quel prince de Lorraine, j'aurais pu ne pas sentir un charbon ardent au creux de ma main pendant qu'elle aurait passĂ© dans ma chevelure ses doigts chatouilleux. Ce n'Ă©tait plus une admiration, un dĂ©sir, mais un charme, une fatalitĂ©. Souvent, rentrĂ© sous mon toit, je voyais indistinctement Foedora chez elle, et participais vaguement Ă sa vie; si elle souffrait, je souffrais, et je lui disais le lendemain - " Vous avez souffert! " Combien de fois n'est-elle pas venue au milieu des silences de la nuit, Ă©voquĂ©e par la puissance de mon extase! TantĂÂŽt, soudaine comme une lumiĂšre qui jaillit, elle abattait ma plume, elle effarouchait la Science et l'Etude qui s'enfuyaient dĂ©solĂ©es; elle me forçait Ă l'admirer en reprenant la pose attrayante oĂÂč je l'avais vue naguĂšre. TantĂÂŽt j'allais moi-mĂÂȘme au-devant d'elle dans le monde des apparitions, et la saluais comme une espĂ©rance en lui demandant de me faire entendre sa voix argentine; puis je me rĂ©veillais en pleurant. Un jour, aprĂšs m'avoir promis de venir au spectacle avec moi, tout Ă coup elle refusa capricieusement de sortir, et me pria de la laisser seule. DĂ©sespĂ©rĂ© d'une contradiction qui me coĂ»tait une journĂ©e de travail, et, le dirai-je? mon dernier Ă©cu, je me rendis lĂ oĂÂč elle aurait dĂ» ĂÂȘtre, voulant voir la piĂšce qu'elle avait dĂ©sirĂ© voir. A peine placĂ©, je reçus un coup Ă©lectrique dans le coeur. Une voix me dit - Elle est lĂ ! je me retourne, j'aperçois la comtesse au fond de sa loge, cachĂ©e dans l'ombre, au rez-de-chaussĂ©e. Mon regard n'hĂ©sita pas, mes yeux la trouvĂšrent tout d'abord avec une luciditĂ© fabuleuse, mon ĂÂąme avait volĂ© vers sa vie comme un insecte vole Ă sa fleur. Par quoi mes sens avaient-ils Ă©tĂ© avertis? Il est de ces tressaillements intimes qui peuvent surprendre les gens superficiels, mais ces effets de notre nature intĂ©rieure sont aussi simples que les phĂ©nomĂšnes habituels de notre vision extĂ©rieure; aussi ne fus-je pas Ă©tonnĂ©, mais fĂÂąchĂ©. Mes Ă©tudes sur notre puissance morale, si peu connue, servaient au moins Ă me faire rencontrer dans ma passion quelques preuves vivantes de mon systĂšme. Cette alliance du savant et de l'amoureux, d'une vĂ©ritable idolĂÂątrie et d'un amour scientifique, avait je ne sais quoi de bizarre. La Science Ă©tait souvent contente de ce qui dĂ©sespĂ©rait l'amant, et, quand il croyait triompher, l'amant chassait loin de lui la Science avec bonheur. Foedora me vit et devint sĂ©rieuse, je la gĂÂȘnais. Au premier entracte, j'allai lui faire une visite; elle Ă©tait seule, je restai. Quoique nous n'eussions jamais parlĂ© d'amour, je pressentis une explication. Je ne lui avais point encore dit mon secret, et cependant il existait entre nous une sorte d'entente elle me confiait ses projets d'amusement, et me demandait la veille avec une sorte d'inquiĂ©tude amicale si je viendrais le lendemain; elle me consultait par un regard quand elle disait un mot spirituel, comme si elle eĂ»t voulu me plaire exclusivement; si je boudais, elle devenait caressante; si elle faisait la fĂÂąchĂ©e, j'avais en quelque sorte le droit de l'interroger; si je me rendais coupable d'une faute, elle se laissait longtemps supplier avant de me pardonner. Ces querelles, auxquelles nous avions pris goĂ»t, Ă©taient pleines d'amour. Elle y dĂ©ployait tant de grĂÂące et de coquetterie, et moi j'y trouvais tant de bonheur! En ce moment notre intimitĂ© fut tout Ă fait suspendue, et nous restĂÂąmes l'un devant l'autre comme deux Ă©trangers. La comtesse Ă©tait glaciale; moi, j'apprĂ©hendais un malheur. - "Vous allez m'accompagner ", me dit-elle quand la piĂšce fut finie. Le temps avait changĂ© subitement. Lorsque nous sortĂmes il tombait une neige mĂÂȘlĂ©e de pluie. La voiture de Foedora ne put arriver jusqu'Ă la porte du thĂ©ĂÂątre. En voyant une femme bien mise obligĂ©e de traverser le boulevard, un commissionnaire Ă©tendit son parapluie au-dessus de nos tĂÂȘtes, et rĂ©clama le prix de son service quand nous fĂ»mes montĂ©s. Je n'avais rien, j'eusse alors vendu dix ans de ma vie pour avoir deux sous. Tout ce qui fait l'homme et ses mille vanitĂ©s furent Ă©crasĂ©s en moi par une douleur infernale. Ces mots - Je n'ai pas de monnaie, mon cher! furent dits d'un ton dur qui parut venir de ma passion contrariĂ©e, dits par moi, frĂšre de cet homme, moi qui connaissais si bien le malheur! moi qui jadis avais donnĂ© sept cent mille francs avec tant de facilitĂ©! Le valet repoussa le commissionnaire, et les chevaux fendirent l'air. En revenant Ă son hĂÂŽtel, Foedora, distraite, ou affectant d'ĂÂȘtre prĂ©occupĂ©e, rĂ©pondit par de dĂ©daigneux monosyllabes Ă mes questions. Je gardai le silence. Ce fut un horrible moment. ArrivĂ©s chez elle, nous nous assĂmes devant la cheminĂ©e. Quand le valet de chambre se fut retirĂ© aprĂšs avoir attisĂ© le feu, la comtesse se tourna vers moi d'un air indĂ©finissable et me dit avec une sorte de solennitĂ© - " Depuis mon retour en France, ma fortune a tentĂ© quelques jeunes gens, j'ai reçu des dĂ©clarations d'amour qui auraient pu satisfaire mon orgueil, j'ai rencontrĂ© des hommes dont l'attachement Ă©tait si sincĂšre et si profond qu'ils m'eussent encore Ă©pousĂ©e, mĂÂȘme quand ils n'auraient trouvĂ© en moi qu'une fille pauvre comme je l'Ă©tais jadis. Enfin sachez, monsieur de Valentin, que de nouvelles richesses et des titres nouveaux m'ont Ă©tĂ© offerts; mais apprenez aussi que je n'ai jamais revu les personnes assez mal inspirĂ©es pour m'avoir parlĂ© d'amour. Si mon affection pour vous Ă©tait lĂ©gĂšre, je ne vous donnerais pas un avertissement dans lequel il entre plus d'amitiĂ© que d'orgueil. Une femme s'expose Ă recevoir une sorte d'affront lorsque, en se supposant aimĂ©e, elle se refuse par avance Ă un sentiment toujours flatteur. Je connais les scĂšnes d'ArsinoĂ©, d'Araminte, ainsi je me suis familiarisĂ©e avec les rĂ©ponses que je puis entendre en pareille circonstance; mais j'espĂšre aujourd'hui ne pas ĂÂȘtre mal jugĂ©e par un homme supĂ©rieur pour lui avoir montrĂ© franchement mon ĂÂąme. " Elle s'exprimait avec le sang-froid d'un avouĂ©, d'un notaire, expliquant Ă leurs clients les moyens d'un procĂšs ou les articles d'un contrat. Le timbre clair et sĂ©ducteur de sa voix n'accusait pas la moindre Ă©motion; seulement sa figure et son maintien, toujours nobles et dĂ©cents, me semblĂšrent avoir une froideur, une sĂ©cheresse diplomatiques. Elle avait sans doute mĂ©ditĂ© ses paroles et fait le programme de cette scĂšne. Oh! mon cher ami, quand certaines femmes trouvent du plaisir Ă nous dĂ©chirer le coeur, quand elles se sont promis d'y enfoncer un poignard et de le retourner dans la plaie, ces femmes-lĂ sont adorables, elles aiment ou veulent ĂÂȘtre aimĂ©es! Un jour elles nous rĂ©compenseront de nos douleurs, comme Dieu doit, dit-on, rĂ©munĂ©rer nos bonnes oeuvres; elles nous rendront en plaisirs le centuple d'un mal dont la violence est apprĂ©ciĂ©e par elles, leur mĂ©chancetĂ© n'est-elle pas pleine de passion? Mais ĂÂȘtre torturĂ© par une femme qui nous tue avec indiffĂ©rence, n'est-ce pas un atroce supplice? En ce moment Foedora marchait, sans le savoir, sur toutes mes espĂ©rances, brisait ma vie et dĂ©truisait mon avenir avec la froide insouciance et l'innocente cruautĂ© d'un enfant qui, par curiositĂ©, dĂ©chire les ailes d'un papillon. - " Plus tard, ajouta Foedora, vous reconnaĂtrez, je l'espĂšre, la soliditĂ© de l'affection que j'offre Ă mes amis. Pour eux, vous me trouverez toujours bonne et dĂ©vouĂ©e. Je saurais leur donner ma vie, mais vous me mĂ©priseriez si je subissais leur amour sans le partager. Je m'arrĂÂȘte. Vous ĂÂȘtes le seul homme auquel j'aie encore dit ces derniers mots. D'abord les paroles me manquĂšrent, et j'eus peine Ă maĂtriser l'ouragan qui s'Ă©levait en moi; mais bientĂÂŽt je refoulai mes sensations au fond de mon ĂÂąme, et me mis Ă sourire - " Si je vous dis que je vous aime, rĂ©pondis-je, vous me bannirez; si je m'accuse d'indiffĂ©rence, vous m'en punirez. Les prĂÂȘtres, les magistrats et les femmes ne dĂ©pouillent jamais leur robe entiĂšrement. Le silence ne prĂ©juge rien; trouvez bon, madame, que je me taise. Pour m'avoir adressĂ© de si fraternels avertissements, il faut que vous ayez craint de me perdre, et cette pensĂ©e pourrait satisfaire mon orgueil. Mais laissons la personnalitĂ© loin de nous. Vous ĂÂȘtes peut-ĂÂȘtre la seule femme avec laquelle je puisse discuter en philosophe une rĂ©solution si contraire aux lois de la nature. Relativement aux autres sujets de votre espĂšce, vous ĂÂȘtes un phĂ©nomĂšne. Eh! bien, cherchons ensemble, de bonne foi, la cause de cette anomalie Psychologique. Existe-t-il en vous, comme chez beaucoup de femmes fiĂšres d'elles-mĂÂȘmes, amoureuses de leurs perfections, un sentiment d'Ă©goĂÂŻsme raffinĂ© qui vous fasse prendre en horreur l'idĂ©e d'appartenir Ă un homme, d'abdiquer votre vouloir et d'ĂÂȘtre soumise Ă une supĂ©rioritĂ© de convention qui vous offense? vous me sembleriez mille fois plus belle. Auriez-vous Ă©tĂ© maltraitĂ©e une premiĂšre fois par l'amour? Peut-ĂÂȘtre le prix que vous devez attacher Ă l'Ă©lĂ©gance de votre taille, Ă votre dĂ©licieux corsage, vous fait-il craindre les dĂ©gĂÂąts de la maternitĂ© ne serait-ce pas une de vos meilleures raisons secrĂštes pour vous refuser Ă ĂÂȘtre trop bien aimĂ©e? Avez-vous des imperfections qui vous rendent vertueuse malgrĂ© vous? Ne vous fĂÂąchez pas, je discute, j'Ă©tudie, je suis Ă mille lieues de la passion. La nature, qui fait des aveugles de naissance, peut bien crĂ©er des femmes sourdes, muettes et aveugles en amour. Vraiment vous ĂÂȘtes un sujet prĂ©cieux pour l'observation mĂ©dicale! Vous ne savez pas tout ce que vous valez. Vous pouvez avoir un dĂ©goĂ»t fort lĂ©gitime pour les hommes, je vous approuve, ils me paraissent tous laids et odieux. Mais vous avez raison, ajoutai-je en sentant mon coeur se gonfler, vous devez nous mĂ©priser, il n'existe pas d'homme qui soit digne de vous! " Je ne te dirai pas tous les sarcasmes que je lui dĂ©bitai en riant. Eh! bien, la parole la plus acĂ©rĂ©e, l'ironie la plus aiguĂ, ne lui arrachĂšrent ni un mouvement ni un geste de dĂ©pit. Elle m'Ă©coutait en gardant sur ses lĂšvres dans ses yeux, son sourire d'habitude, ce sourire qu'elle prenait comme un vĂÂȘtement, et toujours le mĂÂȘme pour ses amis, pour ses simples connaissances, pour les Ă©trangers. - " Ne suis-je pas bien bonne de me laisser mettre ainsi sur un amphithĂ©ĂÂątre? dit-elle en saisissant un moment pendant lequel je la regardais en silence. Vous le voyez, continua-t-elle en riant, je n'ai pas de sottes susceptibilitĂ©s en amitiĂ©! Beaucoup de femmes puniraient votre impertinence en vous faisant fermer leur porte. - Vous pouvez me bannir de chez vous sans ĂÂȘtre tenue de donner la raison de vos sĂ©vĂ©ritĂ©s. En disant cela, je me sentais prĂÂȘt Ă la tuer si elle m'avait congĂ©diĂ©. - Vous ĂÂȘtes fou, s'Ă©cria-t-elle en souriant. - Avez-vous jamais songĂ©, repris-je, aux effets d'un violent amour? Un homme au dĂ©sespoir a souvent assassinĂ© sa maĂtresse. - Il vaut mieux ĂÂȘtre morte que malheureuse, rĂ©pondit-elle froidement. Un homme si passionnĂ© doit un jour abandonner sa femme et la laisser sur la paille aprĂšs lui avoir mangĂ© sa fortune. " Cette arithmĂ©tique m'abasourdit. Je vis clairement un abĂme entre cette femme et moi. Nous ne pouvions jamais nous comprendre. - " Adieu, lui dis-je froidement. - Adieu, rĂ©pondit-elle en inclinant la tĂÂȘte d'un air amical. A demain. " Je la regardai pendant un moment en lui dardant tout l'amour auquel je renonçais. Elle Ă©tait debout, et me jetait son sourire banal, le dĂ©testable sourire d'une statue de marbre, paraissant exprimer l'amour, mais froid. Concevras-tu bien, mon cher, toutes les douleurs qui m'assaillirent en revenant chez moi par la pluie et la neige, en marchant sur le verglas des quais pendant une lieue, ayant tout perdu? Oh! savoir qu'elle ne pensait seulement pas Ă ma misĂšre et me croyait, comme elle, riche et doucement voiturĂ©! Combien de ruines et de dĂ©ceptions! Il ne s'agissait plus d'argent, mais de toutes les fortunes de mon ĂÂąme. J'allais au hasard, en discutant avec moi-mĂÂȘme les mots de cette Ă©trange conversation, je m'Ă©garais si bien dans mes commentaires que je finissais par douter de la valeur nominale des paroles et des idĂ©es! Et j'aimais toujours, j'aimais cette femme froide dont le coeur voulait ĂÂȘtre conquis Ă tout moment, et qui, en effaçant toujours les promesses de la veille, se produisait le lendemain comme une maĂtresse nouvelle. En tournant sous les guichets de l'Institut, un mouvement fiĂ©vreux me saisit. je me souvins alors que j'Ă©tais Ă jeun. Je ne possĂ©dais pas un denier. Pour comble de malheur, la pluie dĂ©formait mon chapeau. Comment pouvoir aborder dĂ©sormais une femme Ă©lĂ©gante et me prĂ©senter dans un salon sans un chapeau mettable! GrĂÂące Ă des soins extrĂÂȘmes, et tout en maudissant la mode niaise et sotte qui nous condamne Ă exhiber la coiffe de nos chapeaux en les gardant constamment Ă la main, j'avais maintenu le mien jusque-lĂ dans un Ă©tat douteux. Sans ĂÂȘtre curieusement neuf ou sĂšchement vieux, dĂ©nuĂ© de barbe ou trĂšs soyeux, il pouvait passer pour le chapeau d'un homme soigneux; mais son existence artificielle arrivait Ă son dernier pĂ©riode, il Ă©tait blessĂ©, dĂ©jetĂ©, fini, vĂ©ritable haillon, digne reprĂ©sentant de son maĂtre. Faute de trente sous, je perdais mon industrieuse Ă©lĂ©gance. Ah! combien de sacrifices ignorĂ©s n'avais-je pas faits Ă Foedora depuis trois mois! Souvent je consacrais l'argent nĂ©cessaire au pain d'une semaine pour aller la voir un moment. Quitter mes travaux et jeĂ»ner, ce n'Ă©tait rien! Mais traverser les rues de Paris sans se laisser Ă©clabousser, courir pour Ă©viter la pluie, arriver chez elle aussi bien mis que les fats qui l'entouraient, ah! pour un poĂšte amoureux et distrait, cette tĂÂąche avait d'innombrables difficultĂ©s. Mon bonheur, mon amour, dĂ©pendait d'une moucheture de fange sur mon seul gilet blanc! Renoncer Ă la voir si je me crottais, si je me mouillais! Ne pas possĂ©der cinq sous pour faire effacer par un dĂ©crotteur la plus lĂ©gĂšre tache de boue sur ma botte! Ma passion s'Ă©tait augmentĂ©e de tous ces petits supplices inconnus, immenses chez un homme irritable. Les malheureux ont des dĂ©vouements desquels il ne leur est point permis de parier aux femmes qui vivent dans une sphĂšre de luxe et d'Ă©lĂ©gance; elles voient le monde Ă travers un prisme qui teint en or les hommes et les choses. Optimistes par Ă©goĂÂŻsme, cruelles par bon ton, ces femmes s'exemptent de rĂ©flĂ©chir au nom de leurs jouissances, et s'absolvent de leur indiffĂ©rence au malheur par l'entraĂnement du plaisir. Pour elles un denier n'est jamais un million, c'est le million qui leur semble ĂÂȘtre un denier. Si l'amour doit plaider sa cause par de grands sacrifices, il doit aussi les couvrir dĂ©licatement d'un voile, les ensevelir dans le silence; mais, en prodiguant leur fortune et leur vie, en se dĂ©vouant, les hommes riches profitent des prĂ©jugĂ©s mondains qui donnent toujours un certain Ă©clat Ă leurs amoureuses folies; pour eux le silence parle et le voile est une grĂÂące, tandis que mon affreuse dĂ©tresse me condamnait Ă d'Ă©pouvantables souffrances sans qu'il me fĂ»t permis de dire J'aime! ou je meurs! Etait-ce du dĂ©vouement aprĂšs tout? N'Ă©tais-je pas richement rĂ©compensĂ© par le plaisir que j'Ă©prouvais Ă tout immoler pour elle? La comtesse avait donnĂ© d'extrĂÂȘmes valeurs, attachĂ© d'excessives jouissances aux accidents les plus vulgaires de ma vie. NaguĂšre insouciant en fait de toilette, je respectais maintenant mon habit comme un autre moi-mĂÂȘme. Entre une blessure Ă recevoir et la dĂ©chirure de mon frac, je n'aurais pas hĂ©sitĂ©! Tu dois alors Ă©pouser ma situation et comprendre les rages de pensĂ©es, la frĂ©nĂ©sie croissante qui m'agitaient en marchant, et que peut-ĂÂȘtre la marche animait encore! J'Ă©prouvais je ne sais quelle joie infernale Ă me trouver au faĂte du malheur. Je voulais voir un prĂ©sage de fortune dans cette derniĂšre crise; mais le mal a des trĂ©sors sans fond. La porte de mon hĂÂŽtel Ă©tait entrouverte. A travers les dĂ©coupures en forme de coeur pratiquĂ©es dans le volet, j'aperçus une lumiĂšre projetĂ©e dans la rue. Pauline et sa mĂšre causaient en m'attendant. J'entendis prononcer mon nom, j'Ă©coutai. - " RaphaĂl, disait Pauline, est bien mieux que l'Ă©tudiant du numĂ©ro sept! Ses cheveux blonds sont d'une si jolie couleur! Ne trouves-tu pas quelque chose dans sa voix, je ne sais, mais quelque chose qui vous remue le coeur? Et puis, quoiqu'il ait l'air un peu fier, il est si bon, il a des maniĂšres si distinguĂ©es! Oh! il est vraiment trĂšs bien! je suis sĂ»re que toutes les femmes doivent ĂÂȘtre folles de lui. - Tu en parles comme si tu l'aimais, reprit madame Gaudin. - Oh! je l'aime comme un frĂšre, rĂ©pondit-elle en riant. je serais joliment ingrate si je n'avais pas de l'amitiĂ© pour lui! Ne m'a-t-il pas appris la musique, le dessin, la grammaire, enfin tout ce que je sais? Tu ne fais pas grande attention Ă mes progrĂšs, ma bonne mĂšre; mais je deviens si instruite que dans quelque temps je serai assez forte pour donner des leçons, et alors nous pourrons avoir une domestique. " Je me retirai doucement; et, aprĂšs avoir fait quelque bruit, j'entrai dans la salle pour y prendre ma lampe que Pauline voulut allumer. La pauvre enfant venait de jeter un baume dĂ©licieux sur mes plaies. Ce naĂÂŻf Ă©loge de ma personne me rendit un peu de courage. J'avais besoin de croire en moi-mĂÂȘme et de recueillir un jugement impartial sur la vĂ©ritable valeur de mes avantages. Mes espĂ©rances, ainsi ranimĂ©es, se reflĂ©tĂšrent peut-ĂÂȘtre sur les choses que je voyais. Peut-ĂÂȘtre aussi n'avais-je point encore bien sĂ©rieusement examinĂ© la scĂšne assez souvent offerte Ă mes regards par ces deux femmes au milieu de cette salle; mais alors j'admirai dans sa rĂ©alitĂ© le plus dĂ©licieux tableau de cette nature modeste si naĂÂŻvement reproduite par les peintres flamands. La mĂšre, assise au coin d'un foyer Ă demi Ă©teint, tricotait des bas, et laissait errer sur ses lĂšvres un bon sourire. Pauline coloriait des Ă©crans, ses couleurs, ses pinceaux Ă©talĂ©s sur une petite table parlaient aux yeux par de piquants effets; mais, ayant quittĂ© sa place et se tenant debout pour allumer ma lampe, sa blanche figure en recevait toute la lumiĂšre; il fallait ĂÂȘtre subjuguĂ© par une bien terrible passion pour ne pas adorer ses mains transparentes et roses, l'idĂ©al de sa tĂÂȘte et sa virginale attitude! La nuit et le silence prĂÂȘtaient leur charme Ă cette laborieuse veillĂ©e, Ă ce paisible intĂ©rieur. Ces travaux continus et gaiement supportĂ©s attestaient une rĂ©signation religieuse pleine de sentiments Ă©levĂ©s. Une indĂ©finissable harmonie existait lĂ entre les choses et les personnes. Chez Foedora le luxe Ă©tait sec, il rĂ©veillait en moi de mauvaises pensĂ©es; tandis que cette humble misĂšre et ce bon naturel me rafraĂchissaient l'ĂÂąme. Peut-ĂÂȘtre Ă©tais-je humiliĂ© en prĂ©sence du luxe; prĂšs de ces deux femmes, au milieu de cette salle brune oĂÂč la vie simplifiĂ©e semblait se rĂ©fugier dans les Ă©motions du coeur, peut-ĂÂȘtre me rĂ©conciliai-je avec moi-mĂÂȘme en trouvant Ă exercer la protection que l'homme est si jaloux de faire sentir. Quand je fus prĂšs de Pauline, elle me jeta un regard presque maternel, et s'Ă©cria, les mains tremblantes, en posant vivement la lampe - " Dieu! comme vous ĂÂȘtes pĂÂąle! Ah! il est tout mouillĂ©! Ma mĂšre va vous essuyer. Monsieur RaphaĂl, reprit-elle aprĂšs une lĂ©gĂšre pause, vous ĂÂȘtes friand de lait nous avons eu ce soir de la crĂšme, tenez, voulez-vous y goĂ»ter? " Elle sauta comme un petit chat sur un bol de porcelaine plein de lait, et me le prĂ©senta si vivement, me le mit sous le nez d'une si gentille façon, que j'hĂ©sitai. - "Vous me refuseriez? " dit-elle d'une voix altĂ©rĂ©e. Nos deux fiertĂ©s se comprenaient Pauline paraissait souffrir de sa pauvretĂ©, et me reprocher ma hauteur. Je fus attendri. Cette crĂšme Ă©tait peut-ĂÂȘtre son dĂ©jeuner du lendemain, j'acceptai cependant. La pauvre fille essaya de cacher sa joie, mais elle pĂ©tillait dans ses yeux. - " J'en avais besoin, lui dis-je en m'asseyant. Une expression soucieuse passa sur son front. Vous souvenez-vous, Pauline, de ce passage oĂÂč Bossuet nous peint Dieu rĂ©compensant un verre d'eau plus richement qu'une victoire? - Oui, dit-elle. Et son sein battait comme celui d'une jeune fauvette entre les mains d'un enfant. - Eh! bien, comme nous nous quitterons bientĂÂŽt, ajoutai-je d'une voix mal assurĂ©e, laissez-moi vous tĂ©moigner ma reconnaissance pour tous les soins que vous et votre mĂšre vous avez eus de moi. - Oh! ne comptons pas, dit-elle en riant. Son rire cachait une Ă©motion qui me fit mal. - Mon piano, repris-je sans paraĂtre avoir entendu ses paroles, est un des meilleurs instruments d'Erard acceptez-le. Prenez-le sans scrupule, je ne saurais vraiment l'emporter dans le voyage que je compte entreprendre. " EclairĂ©es peut-ĂÂȘtre par l'accent de mĂ©lancolie avec lequel je prononçai ces mots, les deux femmes semblĂšrent m'avoir compris et me regardĂšrent avec une curiositĂ© mĂÂȘlĂ©e d'effroi. L'affection que je cherchais au milieu des froides rĂ©gions du grand monde, Ă©tait donc lĂ , vraie, sans faste, mais onctueuse et peut-ĂÂȘtre durable. - " Il ne faut pas prendre tant de souci, me dit la mĂšre. Restez ici. Mon mari est en route Ă cette heure, reprit-elle. Ce soir, j'ai lu l'Evangile de saint Jean pendant que Pauline tenait suspendue entre ses doigts notre clef attachĂ©e dans une Bible, la clef a tournĂ©. Ce prĂ©sage annonce que Gaudin se porte bien et prospĂšre. Pauline a recommencĂ© pour vous et pour le jeune homme du numĂ©ro sept; mais la clef n'a tournĂ© que pour vous. Nous serons tous riches, Gaudin reviendra millionnaire. Je l'ai vu en rĂÂȘve sur un vaisseau plein de serpents; heureusement l'eau Ă©tait trouble, ce qui signifie or et pierreries d'outre-mer. " Ces paroles amicales et vides, semblables aux vagues chansons avec lesquelles une mĂšre endort les douleurs de son enfant, me rendirent une sorte de calme. L'accent et le regard de la bonne femme exhalaient cette douce cordialitĂ© qui n'efface pas le chagrin, mais qui l'apaise, qui le berce et l'Ă©mousse. Plus perspicace que sa mĂšre, Pauline m'examinait avec inquiĂ©tude, ses yeux intelligents semblaient deviner ma vie et mon avenir. Je remerciai par une inclination de tĂÂȘte la mĂšre et la fille; puis je me sauvai, craignant de m'attendrir. Quand je me trouvai seul sous mon toit, je me couchai dans mon malheur. Ma fatale imagination me dessina mille projets sans base et me dicta des rĂ©solutions impossibles. Quand un homme se traĂne dans les dĂ©combres de sa fortune, il y rencontre encore quelques ressources; mais j'Ă©tais dans le nĂ©ant. Ah! mon cher, nous accusons trop facilement la misĂšre. Soyons indulgents pour les effets du plus actif de tous les dissolvants sociaux. LĂ , oĂÂč rĂšgne la misĂšre, il n'existe plus ni pudeur, ni crimes, ni vertus, ni esprit. J'Ă©tais alors sans idĂ©es, sans force, comme une jeune fille tombĂ©e Ă genoux devant un tigre. Un homme sans passion et sans argent reste maĂtre de sa personne; mais un malheureux qui aime ne s'appartient plus et ne peut pas se tuer. L'amour nous donne une sorte de religion pour nous-mĂÂȘmes, nous respectons en nous une autre vie; il devient alors le plus horrible des malheurs, le malheur avec une espĂ©rance, une espĂ©rance qui vous fait accepter des tortures. Je m'endormis avec l'idĂ©e d'aller le lendemain confier Ă Rastignac la singuliĂšre dĂ©termination de Foedora. - "Ah! ah! me dit Rastignac en me voyant entrer chez lui dĂšs neuf heures du matin, je sais ce qui t'amĂšne, tu dois ĂÂȘtre congĂ©diĂ© par Foedora. Quelques bonnes ĂÂąmes jalouses de ton empire sur la comtesse ont annoncĂ© votre mariage. Dieu sait les folies que tes rivaux t'ont prĂÂȘtĂ©es et les calomnies dont tu as Ă©tĂ© l'objet! - Tout s'explique! " m'Ă©criai-je. Je me souvins de toutes mes impertinences et trouvai la comtesse sublime. A mon grĂ©, j'Ă©tais un infĂÂąme qui n'avait pas encore assez souffert, et je ne vis plus dans son indulgence que la patiente charitĂ© de l'amour. - " N'allons pas si vite, me dit le prudent Gascon. Foedora possĂšde la pĂ©nĂ©tration naturelle aux femmes profondĂ©ment Ă©goĂÂŻstes, elle t'aura jugĂ© peut-ĂÂȘtre au moment oĂÂč tu ne voyais encore en elle que sa fortune et son luxe; en dĂ©pit de ton adresse, elle aura lu dans ton ĂÂąme. Elle est assez dissimulĂ©e pour qu'aucune dissimulation ne trouve grĂÂące devant elle. Je crois, ajouta-t-il, t'avoir mis dans une mauvaise voie. MalgrĂ© la finesse de son esprit et de ses maniĂšres, cette crĂ©ature me semble impĂ©rieuse comme toutes les femmes qui ne prennent de plaisir que par la tĂÂȘte. Pour elle le bonheur gĂt tout entier dans le bien-ĂÂȘtre de la vie, dans les jouissances sociales; chez elle, le sentiment est un rĂÂŽle, elle te rendrait malheureux, et ferait de toi son premier valet! " Rastignac parlait Ă un sourd. Je l'interrompis, en lui exposant avec une apparente gaietĂ© ma situation financiĂšre. - " Hier au soir, me rĂ©pondit-il, une veine contraire m'a emportĂ© tout l'argent dont je pouvais disposer. Sans cette vulgaire infortune, j'eusse partagĂ© volontiers ma bourse avec toi. Mais, allons dĂ©jeuner au cabaret, les huĂtres nous donneront peut-ĂÂȘtre un bon conseil. " Il s'habilla, fit atteler son tilbury; puis semblables Ă deux millionnaires, nous arrivĂÂąmes au CafĂ© de Paris avec l'impertinence de ces audacieux spĂ©culateurs qui vivent sur des capitaux imaginaires. Ce diable de Gascon me confondait par l'aisance de ses maniĂšres et par son aplomb imperturbable. Au moment oĂÂč nous prenions le cafĂ©, aprĂšs avoir fini un repas fort dĂ©licat et trĂšs bien entendu, Rastignac, qui distribuait des coups de tĂÂȘte Ă une foule de jeunes gens Ă©galement recommandables par les grĂÂąces de leur personne et par l'Ă©lĂ©gance de leur mise, me dit en voyant entrer un de ces dandys - "Voici ton affaire! " Et il fit signe Ă un gentilhomme bien cravatĂ©, qui semblait chercher une table Ă sa convenance, de venir lui parler. - "Ce gaillard-lĂ , me dit Rastignac Ă l'oreille, est dĂ©corĂ© pour avoir publiĂ© des ouvrages qu'il ne comprend pas; il est chimiste, historien, romancier, publiciste; il possĂšde des quarts, des tiers, des moitiĂ©s, dans je ne sais combien de piĂšces de thĂ©ĂÂątre, et il est ignorant comme la mule de don Miguel. Ce n'est pas un homme, c'est un nom, une Ă©tiquette familiĂšre au public. Aussi se garderait-il bien d'entrer dans ces cabinets sur lesquels il y a cette inscription Ici l'on peut Ă©crire soi-mĂÂȘme. Il est fin Ă jouer tout un congrĂšs. En deux mots, c'est un mĂ©tis en morale, ni tout Ă fait probe, ni complĂštement fripon. Mais chut! il s'est dĂ©jĂ battu, le monde n'en demande pas davantage et dit de lui C'est un homme honorable. - Eh! bien, mon excellent ami, mon honorable ami, comment se porte Votre Intelligence? lui dit Rastignac au moment oĂÂč l'inconnu s'assit Ă la table voisine Mais ni bien, ni mal. Je suis accablĂ© de travail. J'ai entre les mains tous les matĂ©riaux nĂ©cessaires pour faire des mĂ©moires historiques trĂšs curieux, et je ne sais Ă qui les attribuer. Cela me tourmente, il faut se hĂÂąter, les mĂ©moires vont passer de mode. - Sont-ce des mĂ©moires contemporains, anciens, sur la cour, sur quoi? - Sur l'affaire du Collier. - N'est-ce pas un miracle? me dit Rastignac en riant. Puis, se retournant vers le spĂ©culateur - Monsieur de Valentin, reprit-il en me dĂ©signant, est un de mes amis que je vous prĂ©sente comme l'une de nos futures cĂ©lĂ©britĂ©s littĂ©raires. Il avait jadis une tante fort bien en cour, marquise, et depuis deux ans il travaille Ă une histoire royaliste de la rĂ©volution. Puis, se penchant Ă l'oreille de ce singulier nĂ©gociant, il lui dit - C'est un homme de talent; mais un niais qui peut vous faire vos mĂ©moires, au nom de sa tante, pour cent Ă©cus par volume. - Le marchĂ© me va, rĂ©pondit l'autre en haussant sa cravate. Garçon, mes huĂtres, donc! - Oui, mais vous me donnerez vingt-cinq louis de commission et lui paierez un volume d'avance, reprit Rastignac. Non, non. je n'avancerai que cinquante Ă©cus pour ĂÂȘtre plus sĂ»r d'avoir promptement mon manuscrit. " Rastignac me rĂ©pĂ©ta cette conversation mercantile Ă voix basse. Puis sans me consulter "- Nous sommes d'accord, lui rĂ©pondit-il. Quand pouvons-nous aller vous voir pour terminer cette affaire? - Eh! bien, venez dĂner ici, demain soir, Ă sept heures ". Nous nous levĂÂąmes, Rastignac jeta de la monnaie au garçon, mit la carte Ă payer dans sa poche, et nous sortĂmes. J'Ă©tais stupĂ©fait de la lĂ©gĂšretĂ©, de l'insouciance avec laquelle il avait vendu ma respectable tante, la marquise de Montbauron. - " J'aime mieux m'embarquer pour le BrĂ©sil, et y enseigner aux Indiens l'algĂšbre que je ne sais pas, que de salir le nom de ma famille!" Rastignac m'interrompit par un Ă©clat de rire. - " Es-tu bĂÂȘte! Prends d'abord les cinquante Ă©cus et fais les mĂ©moires. Quand ils seront achevĂ©s, tu refuseras de les mettre sous le nom de ta tante, imbĂ©cile! Madame de Montbauron, morte sur l'Ă©chafaud, ses paniers, ses considĂ©rations, sa beautĂ©, son fard, ses mules valent bien plus de six cents francs. Si le libraire ne veut pas alors payer ta tante ce qu'elle vaut, il trouvera quelque vieux chevalier d'industrie, ou je ne sais quelle fangeuse comtesse pour signer les mĂ©moires. - Oh! m'Ă©criai-je, pourquoi suis-je sorti de ma vertueuse mansarde? Le monde a des envers bien salement ignobles. - Bon, rĂ©pondit Rastignac, voilĂ de la poĂ©sie, et il s'agit d'affaires. Tu es un enfant. Ecoute quant aux mĂ©moires, le public les jugera; quant Ă mon ProxĂ©nĂšte littĂ©raire, n'a-t-il pas dĂ©pensĂ© huit ans de sa vie, et payĂ© ses relations avec la librairie par de cruelles expĂ©riences? En partageant inĂ©galement avec lui le travail du livre, ta part d'argent n'est-elle pas aussi la plus belle? Vingt-cinq louis sont une bien plus grande somme pour toi, que mille francs pour lui. Va, tu peux Ă©crire des mĂ©moires historiques, oeuvres d'art si jamais il en fut, quand Diderot a fait six sermons pour cent Ă©cus. - Enfin, lui dis-je tout Ă©mu, c'est pour moi une nĂ©cessitĂ© ainsi, mon pauvre ami, je te dois des remerciements. Vingt-cinq louis me rendront bien riche. - Et plus riche que tu ne penses, reprit-il en riant. Si Finot me donne une commission dans l'affaire, ne devines-tu pas qu'elle sera pour toi? Allons au bois de Boulogne, dit-il; nous y verrons ta comtesse, et je te montrerai la jolie petite veuve que je dois Ă©pouser, une charmante personne, Alsacienne un peu grasse. Elle lit Kant, Schiller, Jean-Paul, et une foule de livres hydrauliques. Elle a la manie de toujours me demander mon opinion, je suis obligĂ© d'avoir l'air de comprendre toute cette sensiblerie allemande, de connaĂtre un tas de ballades, toutes drogues qui me sont dĂ©fendues par le mĂ©decin. Je n'ai pas encore pu la dĂ©shabituer de son enthousiasme littĂ©raire, elle pleure des averses Ă la lecture de Goethe, et je suis obligĂ© de pleurer un peu, par complaisance, car il y a cinquante mille livres de rentes, mon cher, et le plus joli petit pied, la plus jolie petite main de la terre! Ah! si elle ne disait pas mon anche , et proulier pour mon ange et brouiller , ce serait une femme accomplie ". Nous vĂmes la comtesse, brillante dans un brillant Ă©quipage. La coquette nous salua fort affectueusement en me jetant un sourire qui me parut alors divin et plein d'amour. Ah! j'Ă©tais bien heureux, je me croyais aimĂ©, j'avais de l'argent et des trĂ©sors de passion, plus de misĂšre. LĂ©ger, gai, content de tout, je trouvai la maĂtresse de mon ami charmante. Les arbres, l'air, le ciel, toute la nature semblait me rĂ©pĂ©ter le sourire de Foedora. En revenant des Champs-ElysĂ©es, nous allĂÂąmes chez le chapelier et chez le tailleur de Rastignac. L'affaire du Collier me permit de quitter mon misĂ©rable pied de paix, pour passer Ă un formidable pied de guerre. DĂ©sormais je pouvais sans crainte lutter de grĂÂące et d'Ă©lĂ©gance avec les jeunes gens qui tourbillonnaient autour de Foedora. Je revins chez moi. je m'y enfermai, restant tranquille en apparence, prĂšs de ma lucarne; mais disant d'Ă©ternels adieux Ă mes toits, vivant dans l'avenir, dramatisant ma vie, escomptant l'amour et ses joies. Ah! comme une existence peut devenir orageuse entre les quatre murs d'une mansarde! L'ĂÂąme humaine est une fĂ©e, elle mĂ©tamorphose une paille en diamants; sous sa baguette les palais enchantĂ©s Ă©closent comme les fleurs des champs sous les chaudes inspirations du soleil. Le lendemain, vers midi, Pauline frappa doucement Ă ma porte et m'apporta, devine quoi? une lettre de Foedora. La comtesse me priait de venir la prendre au Luxembourg pour aller, de lĂ , voir ensemble le MusĂ©um et le jardin des Plantes. - " Un commissionnaire attend la rĂ©ponse ", me dit-elle aprĂšs un moment de silence. Je griffonnai promptement une lettre de remerciement que Pauline emporta. Je m'habillai. Au moment oĂÂč, assez content de moi-mĂÂȘme, j'achevais ma toilette, un frisson glacial me saisit Ă cette pensĂ©e Foedora est-elle venue en voiture ou Ă pied? pleuvra-t-il, fera-t-il beau? Mais, me dis-je, qu'elle soit Ă pied ou en voiture, est-on jamais certain de l'esprit fantasque d'une femme? elle sera sans argent et voudra donner cent sous Ă un petit Savoyard parce qu'il aura de jolies guenilles. J'Ă©tais sans un rouge liard et ne devais avoir de l'argent que le soir. Oh! combien, dans ces crises de notre jeunesse, un poĂšte paie cher la puissance intellectuelle dont il est investi par le rĂ©gime et par le travail! En un instant, mille pensĂ©es vives et douloureuses me piquĂšrent comme autant de dards. Je regardai le ciel par ma lucarne, le temps Ă©tait fort incertain. En cas de malheur, je pouvais bien prendre une voiture pour la journĂ©e; mais aussi ne tremblerais-je pas Ă tout moment, au milieu de mon bonheur, de ne pas rencontrer Finot le soir? je ne me sentis pas assez fort pour supporter tant de craintes au sein de ma joie. MalgrĂ© la certitude de ne rien trouver, j'entrepris une grande exploration Ă travers ma chambre, je cherchai des Ă©cus imaginaires jusque dans les profondeurs de ma paillasse, je fouillai tout, je secouai mĂÂȘme de vieilles bottes. En proie Ă une fiĂšvre nerveuse, je regardais mes meubles d'un oeil hagard aprĂšs les avoir renversĂ©s tous. Comprendras-tu le dĂ©lire qui m'anima, lorsqu'en ouvrant pour la septiĂšme fois le tiroir de ma table Ă Ă©crire que je visitais avec cette espĂšce d'indolence dans laquelle nous plonge le dĂ©sespoir, j'aperçus collĂ©e contre une planche latĂ©rale, tapie sournoisement, mais propre, brillante, lucide comme une Ă©toile Ă son lever, une belle et noble piĂšce de cent sous? Ne lui demandant compte ni de son silence ni de la cruautĂ© dont elle Ă©tait coupable en se tenant ainsi cachĂ©e, je la baisai comme un ami fidĂšle au malheur et la saluai par un cri qui trouva de l'Ă©cho. Je me retournai brusquement et vis Pauline devenue pĂÂąle. - " J'ai cru, dit-elle d'une voix Ă©mue, que vous vous faisiez mal. Le commissionnaire... Elle s'interrompit comme si elle Ă©touffait. Mais ma mĂšre l'a payĂ© ", ajouta-t-elle. Puis elle s'enfuit, enfantine et follette comme un caprice. Pauvre petite! je lui souhaitai mon bonheur. En ce moment, il me semblait avoir dans l'ĂÂąme tout le plaisir de la terre, et j'aurais voulu restituer aux malheureux la part que je croyais leur voler. Nous avons presque toujours raison dans nos pressentiments d'adversitĂ©, la comtesse avait renvoyĂ© sa voiture. Par un de ces caprices que les jolies femmes ne s'expliquent pas toujours Ă elles-mĂÂȘmes, elle voulait aller au jardin des Plantes par les boulevards et Ă pied. - " Mais il va pleuvoir ", lui dis-je. Elle prit plaisir Ă me contredire. Par hasard, il fit beau pendant tout le temps que nous marchĂÂąmes dans le Luxembourg. Quand nous en sortĂmes, un gros nuage dont la marche excitait mon inquiĂ©tude, ayant laissĂ© tomber quelques gouttes d'eau, nous montĂÂąmes dans un fiacre. Lorsque nous eĂ»mes atteint les boulevards, la pluie cessa, le ciel reprit sa sĂ©rĂ©nitĂ©. En arrivant au MusĂ©um, je voulus renvoyer la voiture, Foedora me pria de la garder. Que de tortures! Mais causer avec elle en comprimant un secret dĂ©lire qui sans doute se formulait sur mon visage par quelque sourire niais et arrĂÂȘtĂ©; errer dans le jardin des Plantes, en parcourir les allĂ©es bocagĂšres et sentir son bras appuyĂ© sur le mien, il y eut dans tout cela je ne sais quoi de fantastique c'Ă©tait un rĂÂȘve en plein jour. Cependant ses mouvements, soit en marchant, soit en nous arrĂÂȘtant, n'avaient rien de doux ni d'amoureux, malgrĂ© leur apparente voluptĂ©. Quand je cherchais Ă m'associer en quelque sorte Ă l'action de sa vie, je rencontrais en elle une intime et secrĂšte vivacitĂ©, je ne sais quoi de saccadĂ©, d'excentrique. Les femmes sans ĂÂąme n'ont rien de moelleux dans leurs gestes. Aussi n'Ă©tions-nous unis, ni par une mĂÂȘme volontĂ©, ni par un mĂÂȘme pas. Il n'existe point de mots pour rendre ce dĂ©saccord matĂ©riel de deux ĂÂȘtres, car nous ne sommes pas encore habituĂ©s Ă reconnaĂtre une pensĂ©e dans le mouvement. Ce phĂ©nomĂšne de notre nature se sent instinctivement, il ne s'exprime pas. "Pendant ces violents paroxysmes de ma passion, reprit RaphaĂl aprĂšs un moment de silence, et comme s'il rĂ©pondait Ă une objection qu'il se fĂ»t adressĂ©e Ă lui-mĂÂȘme, je n'ai pas dissĂ©quĂ© mes sensations, analysĂ© mes plaisirs, ni supputĂ© les battements de mon coeur, comme un avare examine et pĂšse ses piĂšces d'or. Oh! non, l'expĂ©rience jette aujourd'hui sa triste lumiĂšre sur les Ă©vĂ©nements passĂ©s, et le souvenir m'apporte ces images, comme par un beau temps les flots de la mer amĂšnent brin Ă brin les dĂ©bris d'un naufrage sur la grĂšve. - " Vous pouvez me rendre un service assez important, me dit la comtesse en me regardant d'un air confus. AprĂšs vous avoir confiĂ© mon antipathie pour l'amour, je me sens plus libre en rĂ©clamant de vous un bon office au nom de l'amitiĂ©. N'aurez-vous pas, reprit-elle en riant, beaucoup plus de mĂ©rite Ă m'obliger aujourd'hui? " Je la regardais avec douleur. N'Ă©prouvant rien prĂšs de moi, elle Ă©tait pateline et non pas affectueuse; elle me paraissait jouer un rĂÂŽle en actrice consommĂ©e; puis tout Ă coup son accent, un regard, un mot rĂ©veillaient mes espĂ©rances; mais si mon amour ranimĂ© se peignait alors dans mes yeux, elle en soutenait les rayons sans que la clartĂ© des siens s'en altĂ©rĂÂąt, car ils semblaient, comme ceux des tigres, ĂÂȘtre doublĂ©s par une feuille de mĂ©tal. En ces moments-lĂ , je la dĂ©testais. - " La protection du duc de Navarreins, dit-elle en continuant avec des inflexions de voix pleines de cĂÂąlinerie, me serait trĂšs utile auprĂšs d'une personne toute-puissante en Russie, et dont l'intervention est nĂ©cessaire pour me faire rendre justice dans une affaire qui concerne Ă la fois ma fortune et mon Ă©tat dans le monde, la reconnaissance de mon mariage par l'empereur. Le duc de Navarreins n'est-il pas votre cousin? Une lettre de lui dĂ©ciderait tout. - Je vous appartiens, lui rĂ©pondis-je, ordonnez. - Vous ĂÂȘtes bien aimable, reprit-elle en me serrant la main. Venez dĂner avec moi, je vous dirai tout comme Ă un confesseur ". Cette femme si mĂ©fiante, si discrĂšte, et Ă laquelle personne n'avait entendu dire un mot sur ses intĂ©rĂÂȘts, allait donc me consulter. - " Oh! combien j'aime maintenant le silence que vous m'avez imposĂ©! m'Ă©criai-je. Mais j'aurais voulu quelque Ă©preuve plus rude encore. " En ce moment, elle accueillit l'ivresse de mes regards et ne se refusa point Ă mon admiration, elle m'aimait donc! Nous arrivĂÂąmes chez elle. Fort heureusement, le fond de ma bourse put satisfaire le cocher. Je passai dĂ©licieusement la journĂ©e, seul avec elle, chez elle; c'Ă©tait la premiĂšre fois que je pouvais la voir ainsi. Jusqu'Ă ce jour, le monde, sa gĂÂȘnante politesse et ses façons froides nous avaient toujours sĂ©parĂ©s, mĂÂȘme pendant ses somptueux dĂners; mais alors j'Ă©tais chez elle comme si j'eusse vĂ©cu sous son toit, je la possĂ©dais pour ainsi dire. Ma vagabonde imagination brisait les entraves, arrangeait les Ă©vĂ©nements de la vie Ă ma guise, et me plongeait dans les dĂ©lices d'un amour heureux. Me croyant son mari, je l'admirais occupĂ©e de petits dĂ©tails; j'Ă©prouvais mĂÂȘme du bonheur Ă lui voir ĂÂŽter son schall et son chapeau. Elle me laissa seul un moment, et revint les cheveux arrangĂ©s, charmante. Cette jolie toilette avait Ă©tĂ© faite pour moi! Pendant le dĂner, elle me prodigua ses attentions et dĂ©ploya des grĂÂąces infinies dans mille choses qui semblent des riens et qui cependant sont la moitiĂ© de la vie. Quand nous fĂ»mes tous deux devant un foyer pĂ©tillant, assis sur la soie, environnĂ©s des plus dĂ©sirables crĂ©ations d'un luxe oriental; quand je vis si prĂšs de moi cette femme dont la beautĂ© cĂ©lĂšbre faisait palpiter tant de coeurs, cette femme si difficile Ă conquĂ©rir, me parlant, me rendant l'objet de toutes ses coquetteries, ma voluptueuse fĂ©licitĂ© devint presque de la souffrance. Pour mon malheur, je me souvins de l'importante affaire que je devais conclure, et voulus aller au rendez-vous qui m'avait Ă©tĂ© donnĂ© la veille. - " Quoi! dĂ©jĂ ! " dit-elle en me voyant prendre mon chapeau. Elle m'aimait! je le crus du moins, en l'entendant prononcer ces deux mots d'une voix caressante. Pour prolonger mon extase, j'aurais alors volontiers troquĂ© deux annĂ©es de ma vie contre chacune des heures qu'elle voulait bien m'accorder. Mon bonheur s'augmenta de tout l'argent que je perdais! Il Ă©tait minuit quand elle me renvoya. NĂ©anmoins le lendemain, mon hĂ©roĂÂŻne me coĂ»ta bien des remords, je craignis d'avoir manquĂ© l'affaire des mĂ©moires, devenue si capitale pour moi; je courus chez Rastignac, et nous allĂÂąmes surprendre Ă son lever le titulaire de mes travaux futurs. Finot me lut un petit acte oĂÂč il n'Ă©tait point question de ma tante, et aprĂšs la signature duquel il me compta cinquante Ă©cus. Nous dĂ©jeunĂÂąmes tous les trois. Quand j'eus payĂ© mon nouveau chapeau, soixante cachets Ă trente sous et mes dettes, il ne me resta plus que trente francs; mais toutes les difficultĂ©s de la vie s'Ă©taient aplanies pour quelques jours. Si j'avais voulu Ă©couter Rastignac, je pouvais avoir des trĂ©sors en adoptant avec franchise le systĂšme anglais . Il voulait absolument m'Ă©tablir un crĂ©dit et me faire faire des emprunts, en prĂ©tendant que les emprunts soutiendraient le crĂ©dit. Selon lui, l'avenir Ă©tait de tous les capitaux du monde le plus considĂ©rable et le plus solide. En hypothĂ©quant ainsi mes dettes sur de futurs contingents, il donna ma pratique Ă son tailleur, un artiste qui comprenait le jeune homme et devait me laisser tranquille jusqu'Ă mon mariage. DĂšs ce jour, je rompis avec la vie monastique et studieuse que j'avais menĂ©e pendant trois ans. J'allai fort assidĂ»ment chez Foedora, oĂÂč je tĂÂąchai de surpasser en apparence les impertinents ou les hĂ©ros de coterie qui s'y trouvaient. En croyant avoir Ă©chappĂ© pour toujours Ă la misĂšre, je recouvrai ma libertĂ© d'esprit, j'Ă©crasai mes rivaux, et passai pour un homme plein de sĂ©ductions, prestigieux, irrĂ©sistible. Cependant les gens habiles disaient en parlant de moi " Un garçon aussi spirituel ne doit avoir de passions que dans la tĂÂȘte! " Ils vantaient charitablement mon esprit aux dĂ©pens de ma sensibilitĂ©. " Est-il heureux de ne pas aimer! s'Ă©criaient-ils. S'il aimait, aurait-il autant de gaietĂ©, de verve? " J'Ă©tais cependant bien amoureusement stupide en prĂ©sence de Foedora! Seul avec elle, je ne savais rien lui dire, ou si je parlais, je mĂ©disais de l'amour; j'Ă©tais tristement gai comme un courtisan qui veut cacher un cruel dĂ©pit. Enfin, j'essayai de me rendre indispensable Ă sa vie, Ă son bonheur, Ă sa vanitĂ© tous les jours prĂšs d'elle, j'Ă©tais un esclave, un jouet sans cesse Ă ses ordres. AprĂšs avoir ainsi dissipĂ© ma journĂ©e, je revenais chez moi pour y travailler pendant les nuits, ne dormant guĂšre que deux ou trois heures de la matinĂ©e. Mais n'ayant pas, comme Rastignac, l'habitude du systĂšme anglais, je me vis bientĂÂŽt sans un sou. DĂšs lors, mon cher ami, fat sans bonnes fortunes, Ă©lĂ©gant sans argent, amoureux anonyme, je retombai dans cette vie prĂ©caire, dans ce froid et profond malheur soigneusement cachĂ© sous les trompeuses apparences du luxe. Je ressentis alors mes souffrances premiĂšres, mais moins aiguĂs je m'Ă©tais familiarisĂ© sans doute avec leurs terribles crises. Souvent les gĂÂąteaux et le thĂ©, si parcimonieusement offerts dans les salons, Ă©taient ma seule nourriture. Quelquefois, les somptueux dĂners de la comtesse me substantaient pendant deux jours. J'employai tout mon temps, mes efforts et ma science d'observation Ă pĂ©nĂ©trer plus avant dans l'impĂ©nĂ©trable caractĂšre de Foedora. Jusqu'alors, l'espĂ©rance ou le dĂ©sespoir avaient influencĂ© mon opinion, je voyais en elle tour Ă tour la femme la plus aimante ou la plus insensible de son sexe; mais ces alternatives de joie et de tristesse devinrent intolĂ©rables je voulus chercher un dĂ©noĂ»ment Ă cette lutte affreuse, en tuant mon amour. De sinistres lueurs brillaient parfois dans mon ĂÂąme et me faisaient entrevoir des abĂmes entre nous. La comtesse justifiait toutes mes craintes, je n'avais pas encore surpris de larmes dans ses yeux; au thĂ©ĂÂątre une scĂšne attendrissante la trouvait froide et rieuse, elle rĂ©servait toute sa finesse pour elle, et ne devinait ni le malheur ni le bonheur d'autrui. Enfin elle m'avait jouĂ©! Heureux de lui faire un sacrifice, je m'Ă©tais presque avili pour elle en allant voir mon parent le duc de Navarreins, homme Ă©goĂÂŻste qui rougissait de ma misĂšre et qui avait de trop grands torts envers moi pour ne pas me haĂÂŻr; il me reçut donc avec cette froide politesse qui donne aux gestes et aux paroles l'apparence de l'insulte, son regard inquiet excita ma pitiĂ©. J'eus honte pour lui de sa petitesse au milieu de tant de grandeur, de sa pauvretĂ© au milieu de tant de luxe. Il me parla des pertes considĂ©rables que lui occasionnait le trois pour cent, je lui dis alors quel Ă©tait l'objet de ma visite. Le changement de ses maniĂšres qui de glaciales devinrent insensiblement affectueuses, me dĂ©goĂ»ta. Eh! bien, mon ami, il vint chez la comtesse, il m'y Ă©crasa. Foedora trouva pour lui des enchantements, des prestiges inconnus; elle le sĂ©duisit, traita sans moi cette affaire mystĂ©rieuse de laquelle je ne sus pas un mot j'avais Ă©tĂ© pour elle un moyen!... Elle paraissait ne plus m'apercevoir quand mon cousin Ă©tait chez elle, elle m'acceptait alors avec moins de plaisir peut-ĂÂȘtre que le jour oĂÂč je lui fus prĂ©sentĂ©. Un soir, elle m'humilia devant le duc par un de ces gestes et par un de ces regards qu'aucune parole ne saurait peindre. Je sortis pleurant, formant mille projets de vengeance, combinant d'Ă©pouvantables viols. Souvent je l'accompagnais aux Bouffons; lĂ , prĂšs d'elle, tout entier Ă mon amour, je la contemplais en me livrant au charme d'Ă©couter la musique, Ă©puisant mon ĂÂąme dans la double jouissance d'aimer et de retrouver les mouvements de mon coeur bien rendus par les phrases du musicien. Ma passion Ă©tait dans l'air, sur la scĂšne; elle triomphait partout, exceptĂ© chez ma maĂtresse. Je prenais alors la main de Foedora, j'Ă©tudiais ses traits et ses yeux en sollicitant une fusion de nos sentiments, une de ces soudaines harmonies qui, rĂ©veillĂ©es par les notes, font vibrer les ĂÂąmes Ă l'unisson; mais sa main Ă©tait muette et ses yeux ne disaient rien. Quand le feu de mon coeur Ă©manĂ© de tous mes traits la frappait trop fortement au visage, elle me jetait ce sourire cherchĂ©, phrase convenue qui se reproduit au salon sur les lĂšvres de tous les portraits. Elle n'Ă©coutait pas la musique. Les divines pages de Rossini, de Cimarosa, de Zingarelli ne lui rappelaient aucun sentiment, ne lui traduisaient aucune poĂ©sie de sa vie; son ĂÂąme Ă©tait aride. Foedora se produisait lĂ comme un spectacle dans le spectacle. Sa lorgnette voyageait incessamment de loge en loge; inquiĂšte, quoique tranquille, elle Ă©tait victime de la mode; sa loge, son bonnet, sa voiture, sa personne Ă©taient tout pour elle. Vous rencontrez souvent des gens de colossale apparence de qui le coeur est tendre et dĂ©licat sous un corps de bronze; mais elle cachait un coeur de bronze sous sa frĂÂȘle et gracieuse enveloppe. Ma fatale science me dĂ©chirait bien des voiles. Si le bon ton consiste Ă s'oublier pour autrui, Ă mettre dans sa voix et dans ses gestes une constante douceur, Ă plaire aux autres en les rendant contents d'eux-mĂÂȘmes, malgrĂ© sa finesse, Foedora n'avait pas effacĂ© tout vestige de sa plĂ©bĂ©ienne origine son oubli d'elle-mĂÂȘme Ă©tait faussetĂ©; ses maniĂšres, au lieu d'ĂÂȘtre innĂ©es, avaient Ă©tĂ© laborieusement conquises; enfin sa politesse sentait la servitude. Eh! bien, ses paroles emmiellĂ©es Ă©taient pour ses favoris l'expression de la bontĂ©, sa prĂ©tentieuse exagĂ©ration Ă©tait un noble enthousiasme. Moi seul avais Ă©tudiĂ© ses grimaces, j'avais dĂ©pouillĂ© son ĂÂȘtre intĂ©rieur de la mince Ă©corce qui suffit au monde, et n'Ă©tais plus la dupe de ses singeries; je connaissais Ă fond son ĂÂąme de chatte. Quand un niais la complimentait, la vantait, j'avais honte pour elle. Et je l'aimais toujours! j'espĂ©rais fondre ses glaces sous les ailes d'un amour de poĂšte. Si je pouvais une fois ouvrir son coeur aux tendresses de la femme, si je l'initiais Ă la sublimitĂ© des dĂ©vouements, je la voyais alors parfaite; elle devenait un ange. Je l'aimais en homme, en amant, en artiste, quand il aurait fallu ne pas l'aimer pour l'obtenir; un fat bien gourmĂ©, un froid calculateur, en aurait triomphĂ© peut-ĂÂȘtre. Vaine, artificieuse, elle eĂ»t sans doute entendu le langage de la vanitĂ©, se serait laissĂ© entortiller dans les piĂšges d'une intrigue; elle eĂ»t Ă©tĂ© dominĂ©e par un homme sec et glacĂ©. Des douleurs acĂ©rĂ©es entraient jusqu'au vif dans mon ĂÂąme, quand elle me rĂ©vĂ©lait naĂÂŻvement son Ă©goĂÂŻsme. Je l'apercevais avec douleur seule un jour dans la vie et ne sachant Ă qui tendre la main, ne rencontrant pas de regards amis oĂÂč reposer les siens. Un soir, j'eus le courage de lui peindre, sous des couleurs animĂ©es, sa vieillesse dĂ©serte, vide et triste. A l'aspect de cette Ă©pouvantable vengeance de la nature trompĂ©e, elle dit un mot atroce. - " J'aurai toujours de la fortune, me rĂ©pondit-elle. Eh! bien, avec de l'or nous pouvons toujours crĂ©er autour de nous les sentiments qui sont nĂ©cessaires Ă notre bien-ĂÂȘtre. " Je sortis foudroyĂ© par la logique de ce luxe, de cette femme, de ce monde, en me blĂÂąmant d'en ĂÂȘtre si sottement idolĂÂątre. Je n'aimais pas Pauline pauvre, Foedora riche n'avait-elle pas le droit de repousser RaphaĂl? Notre conscience est un juge infaillible, quand nous ne l'avons pas encore assassinĂ©e. " Foedora, me criait une voix sophistique, n'aime ni ne repousse personne; elle est libre, mais elle s'est autrefois donnĂ©e pour de l'or. Amant ou Ă©poux, le comte russe l'a possĂ©dĂ©e. Elle aura bien une tentation dans sa vie! Attends-la. " Ni vertueuse ni fautive, cette femme vivait loin de l'humanitĂ©, dans une sphĂšre Ă elle, enfer ou paradis. Ce mystĂšre femelle vĂÂȘtu de cachemire et de broderies mettait en jeu dans mon coeur tous les sentiments humains, orgueil, ambition, amour, curiositĂ©. Un caprice de la mode, ou cette envie de paraĂtre original qui nous poursuit tous, avait amenĂ© la manie de vanter un petit spectacle du boulevard. La comtesse tĂ©moigna le dĂ©sir de voir la figure enfarinĂ©e d'un acteur qui faisait les dĂ©lices de quelques gens d'esprit, et j'obtins l'honneur de la conduire Ă la premiĂšre reprĂ©sentation de je ne sais quelle mauvaise farce. La loge coĂ»tait Ă peine cent sous, je ne possĂ©dais pas un traĂtre liard. Ayant encore un demi-volume de mĂ©moires Ă Ă©crire, je n'osais pas aller mendier un secours Ă Finot, et Rastignac, ma providence, Ă©tait absent. Cette gĂÂȘne constante malĂ©ficiait toute ma vie. Une fois, au sortir des Bouffons, par une horrible pluie, Foedora m'avait fait avancer une voiture sans que je pusse me soustraire Ă son obligeance de parade elle n'admit aucune de mes excuses, ni mon goĂ»t pour la pluie, ni mon envie d'aller au jeu. Elle ne devinait mon indigence ni dans l'embarras de mon maintien, ni dans mes paroles tristement plaisantes. Mes yeux rougissaient, mais comprenait-elle un regard? La vie des jeunes gens est soumise Ă de singuliers caprices! Pendant le voyage, chaque tour de roue rĂ©veilla des pensĂ©es qui me brĂ»lĂšrent le coeur; j'essayai de dĂ©tacher une planche au fond de la voiture en espĂ©rant glisser sur le pavĂ©; mais rencontrant des obstacles invincibles, je me pris Ă rire convulsivement et demeurai dans un calme morne, hĂ©bĂ©tĂ© comme un homme au carcan. A mon arrivĂ©e au logis, aux premiers mots que je balbutiai, Pauline m'interrompit en disant - " Si vous n'avez pas de monnaie... " Ah! la musique de Rossini n'Ă©tait rien auprĂšs de ces paroles. Mais revenons aux Funambules? Pour pouvoir y conduire la comtesse, je pensai Ă mettre en gage le cercle d'or qui entourait le portrait de ma mĂšre. Quoique le Mont-de-PiĂ©tĂ© se fĂ»t toujours dessinĂ© dans ma pensĂ©e comme une des portes du bagne, il valait encore mieux y porter mon lit moi-mĂÂȘme que de solliciter une aumĂÂŽne. Le regard d'un homme Ă qui vous demandez de l'argent fait tant de mal! Certains emprunts nous coĂ»tent notre honneur, comme certains refus prononcĂ©s par une bouche amie nous enlĂšvent une derniĂšre illusion. Pauline travaillait, sa mĂšre Ă©tait couchĂ©e. Jetant un regard furtif sur le lit dont les rideaux Ă©taient lĂ©gĂšrement relevĂ©s, je crus Madame Gaudin profondĂ©ment endormie, en apercevant au milieu de l'ombre son profil calme et jaune imprimĂ© sur l'oreiller. - " Vous avez du chagrin, me dit Pauline qui posa son pinceau sur son coloriage. - Ma pauvre enfant, vous pouvez me rendre un grand service ", lui rĂ©pondis-je. Elle me regarda d'un air si heureux que je tressaillis. - M'aimerait-elle? pensai-je. - " Pauline? " repris-je. Et je m'assis prĂšs d'elle pour la bien Ă©tudier. Elle me devina, tant mon accent Ă©tait interrogateur; elle baissa les yeux, et je l'examinai, croyant pouvoir lire dans son coeur comme dans le mien, tant sa physionomie Ă©tait naĂÂŻve et pure. - " Vous m'aimez? lui dis-je. " Un peu, passionnĂ©ment, pas du tout! " s'Ă©cria-t-elle. Elle ne m'aimait pas. Son accent moqueur et la gentillesse du geste qui lui Ă©chappa peignaient seulement une folĂÂątre reconnaissance de jeune fille. Je lui avouai donc ma dĂ©tresse, l'embarras dans lequel je me trouvais, et la priai de m'aider. - " Comment, monsieur RaphaĂl, dit-elle, vous ne voulez pas aller au Mont-de-PiĂ©tĂ©, et vous m'y envoyez! " je rougis, confondu par la logique d'un enfant. Elle me prit alors la main comme si elle eĂ»t voulu compenser par une caresse la vĂ©ritĂ© de son exclamation. - " Oh! j'irais bien, dit-elle, mais la course est inutile. Ce matin, j'ai trouvĂ© derriĂšre le piano deux piĂšces de cent sous qui s'Ă©taient glissĂ©es Ă votre insu entre le mur et la barre, et je les ai mises sur votre table. - Vous devez bientĂÂŽt recevoir de l'argent, monsieur RaphaĂl, me dit la bonne mĂšre qui montra sa tĂÂȘte entre les rideaux, je puis bien vous prĂÂȘter quelques Ă©cus en attendant. - Oh! Pauline, m'Ă©criai-je en lui serrant la main, je voudrais ĂÂȘtre riche. - Bah! pourquoi? " dit-elle d'un air mutin. Sa main tremblant dans la mienne rĂ©pondait Ă tous les battements de mon coeur; elle retira vivement ses doigts, examina les miens - "Vous Ă©pouserez une femme riche! dit-elle, mais elle vous donnera bien du chagrin. Ah! Dieu! elle vous tuera. J'en suis sĂ»re! " Il y avait dans son cri une sorte de croyance aux folles superstitions de sa mĂšre. - " Vous ĂÂȘtes bien crĂ©dule, Pauline! - Oh! bien certainement! dit-elle en me regardant avec terreur, la femme que vous aimerez vous tuera. " Elle reprit son pinceau, le trempa dans la couleur en laissant paraĂtre une vive Ă©motion, et ne me regarda plus. En ce moment, j'aurais bien voulu croire Ă des chimĂšres. Un homme n'est pas tout Ă fait misĂ©rable quand il est superstitieux. Une superstition c'est souvent une espĂ©rance. RetirĂ© dans ma chambre, je vis en effet deux nobles Ă©cus dont la prĂ©sence me parut inexplicable. Au sein des pensĂ©es confuses du premier sommeil, je tĂÂąchai de vĂ©rifier mes dĂ©penses pour me justifier cette trouvaille inespĂ©rĂ©e, mais je m'endormis perdu dans d'inutiles calculs. Le lendemain, Pauline vint me voir au moment oĂÂč je sortais pour aller louer une loge. - " Vous n'avez peut-ĂÂȘtre pas assez de dix francs, me dit en rougissant cette bonne et aimable fille, ma mĂšre m'a chargĂ©e de vous offrir cet argent. Prenez, prenez! " Elle jeta trois Ă©cus sur ma table et voulut se sauver; mais je la retins. L'admiration sĂ©cha les larmes qui roulaient dans mes yeux " - Pauline, lui dis-je, vous ĂÂȘtes un ange! Ce prĂÂȘt me touche bien moins que la pudeur de sentiment avec laquelle vous me l'offrez. Je dĂ©sirais une femme riche, Ă©lĂ©gante, titrĂ©e; hĂ©las! maintenant je voudrais possĂ©der des millions et rencontrer une jeune fille pauvre comme vous et comme vous riche de coeur, je renoncerais Ă une passion fatale qui me tuera. Vous aurez peut-ĂÂȘtre raison. - Assez! " dit-elle. Elle s'enfuit, et sa voix de rossignol, ses roulades fraĂches retentirent dans l'escalier. - Elle est bien heureuse de ne pas aimer encore! me dis-je en pensant aux tortures que je souffrais depuis plusieurs mois. Les quinze francs de Pauline me furent bien prĂ©cieux. Foedora, songeant aux Ă©manations populaciĂšres de la salle oĂÂč nous devions rester pendant quelques heures, regretta de ne pas avoir un bouquet, j'allai lui chercher des fleurs, je lui apportai ma vie et ma fortune. J'eus Ă la fois des remords et des plaisirs en lui donnant un bouquet dont le prix me rĂ©vĂ©la tout ce que la galanterie superficielle en usage dans le monde avait de dispendieux. BientĂÂŽt elle se plaignit de l'odeur un peu trop forte d'un jasmin du Mexique, elle Ă©prouva un intolĂ©rable dĂ©goĂ»t en voyant la salle, en se trouvant assise sur de dures banquettes, elle me reprocha de l'avoir amenĂ©e lĂ . Quoiqu'elle fĂ»t prĂšs de moi, elle voulut s'en aller; elle s'en alla. M'imposer des nuits sans sommeil, avoir dissipĂ© deux mois de mon existence, et ne pas lui plaire! Jamais ce dĂ©mon ne fut ni plus gracieux ni plus insensible. Pendant la route, assis prĂšs d'elle dans un Ă©troit coupĂ©, je respirais son souffle, je touchais son gant parfumĂ©, je voyais distinctement les trĂ©sors de sa beautĂ©, je sentais une vapeur douce comme l'iris toute la femme et point de femme. En ce moment, un trait de lumiĂšre me permit de voir les profondeurs de cette vie mystĂ©rieuse. Je pensai tout Ă coup au livre rĂ©cemment publiĂ© par un poĂšte, une vraie conception d'artiste taillĂ©e dans la statue de PolyclĂšs. Je croyais voir ce monstre qui, tantĂÂŽt officier, dompte un cheval fougueux, tantĂÂŽt jeune fille, se met Ă sa toilette et dĂ©sespĂšre ses amants, amant, dĂ©sespĂšre une vierge douce et modeste. Ne pouvant plus rĂ©soudre autrement Foedora, je lui racontai cette histoire fantastique; mais rien ne dĂ©cela sa ressemblance avec cette poĂ©sie de l'impossible, elle s'en amusa de bonne foi, comme un enfant d'une fable prise aux Mille et Une Nuits . Pour rĂ©sister Ă l'amour d'un homme de mon ĂÂąge, Ă la chaleur communicative de cette belle contagion de l'ĂÂąme, Foedora doit ĂÂȘtre gardĂ©e par quelque mystĂšre, me dis-je en revenant chez moi. Peut-ĂÂȘtre, semblable Ă lady Delacour, est-elle dĂ©vorĂ©e par un cancer? Sa vie est sans doute une vie artificielle. A cette pensĂ©e, j'eus froid. Puis je formai le projet le plus extravagant et le plus raisonnable en mĂÂȘme temps auquel un amant puisse jamais songer. Pour examiner cette femme corporellement comme je l'avais Ă©tudiĂ©e intellectuellement, pour la connaĂtre enfin tout entiĂšre, je rĂ©solus de passer une nuit chez elle, dans sa chambre, Ă son insu. Voici comment j'exĂ©cutai cette entreprise, qui me dĂ©vorait l'ĂÂąme comme un dĂ©sir de vengeance mord le coeur d'un moine corse. Aux jours de rĂ©ception, Foedora rĂ©unissait une assemblĂ©e trop nombreuse pour qu'il fĂ»t possible au portier d'Ă©tablir une balance exacte entre les entrĂ©es et les sorties. SĂ»r de pouvoir rester dans la maison sans y causer de scandale, j'attendis impatiemment la prochaine soirĂ©e de la comtesse. En m'habillant, je mis dans la poche de mon gilet un petit canif anglais, Ă dĂ©faut de poignard. TrouvĂ© sur moi, cet instrument littĂ©raire n'avait rien de suspect, et ne sachant jusqu'oĂÂč me conduirait ma rĂ©solution romanesque, je voulais ĂÂȘtre armĂ©. Lorsque les salons commencĂšrent Ă se remplir, j'allai dans la chambre Ă coucher y examiner les choses, et trouvai les persiennes et les volets fermĂ©s, ce fut un premier bonheur; comme la femme de chambre pourrait venir pour dĂ©tacher les rideaux drapĂ©s aux fenĂÂȘtres, je lĂÂąchai leurs embrasses; je risquais beaucoup en me hasardant ainsi Ă faire le mĂ©nage par avance, mais je m'Ă©tais soumis aux pĂ©rils de ma situation et les avais froidement calculĂ©s. Vers minuit, je vins me cacher dans l'embrasure d'une fenĂÂȘtre. Afin de ne pas laisser voir mes pieds, j'essayai de grimper sur la plinthe de la boiserie, le dos appuyĂ© contre le mur, en me cramponnant Ă l'espagnolette. AprĂšs avoir Ă©tudiĂ© mon Ă©quilibre, mes points d'appui, mesurĂ© l'espace qui me sĂ©parait des rideaux, je parvins Ă me familiariser avec les difficultĂ©s de ma position, de maniĂšre Ă demeurer lĂ sans ĂÂȘtre dĂ©couvert, si les crampes, la toux et les Ă©ternuements me laissaient tranquille. Pour ne pas me fatiguer inutilement, je me tins debout en attendant le moment critique pendant lequel je devais rester suspendu comme une araignĂ©e dans sa toile. La moire blanche et la mousseline des rideaux formaient devant moi de gros plis semblables Ă des tuyaux d'orgue, oĂÂč je pratiquai des trous avec mon canif afin de tout voir par ces espĂšces de meurtriĂšres. J'entendis vaguement le murmure des salons, les rires des causeurs, leurs Ă©clats de voix. Ce tumulte vaporeux, cette sourde agitation diminua par degrĂ©s. Quelques hommes vinrent prendre leurs chapeaux placĂ©s prĂšs de moi, sur la commode de la comtesse. Quand ils froissaient les rideaux, je frissonnais en pensant aux distractions, aux hasards de ces recherches faites par des gens pressĂ©s de partir et qui furettent alors partout. J'augurai bien de mon entreprise en n'Ă©prouvant aucun de ces malheurs. Le dernier chapeau fut emportĂ© par un vieil amoureux de Foedora, qui se croyant seul regarda le lit, et poussa un gros soupir suivi de je ne sais quelle exclamation assez Ă©nergique. La comtesse, qui n'avait plus autour d'elle, dans le boudoir voisin de sa chambre, que cinq ou six personnes intimes, leur proposa d'y prendre le thĂ©. Les calomnies, pour lesquelles la sociĂ©tĂ© actuelle a rĂ©servĂ© le peu de croyance qui lui reste, se mĂÂȘlĂšrent alors Ă des Ă©pigrammes, Ă des jugements spirituels, au bruit des tasses et des cuillers. Sans pitiĂ© pour mes rivaux, Rastignac excitait un rire fou par de mordantes saillies. - " Monsieur de Rastignac est un homme avec lequel il ne faut pas se brouiller, dit la comtesse en riant. - Je le crois, rĂ©pondit-il naĂÂŻvement. J'ai toujours eu raison dans mes haines. Et dans mes amitiĂ©s, ajouta-t-il. Mes ennemis me servent autant que mes amis peut-ĂÂȘtre. J'ai fait une Ă©tude assez spĂ©ciale de l'idiome moderne et d'artifices naturels dont on se sert pour tout attaquer ou pour tout dĂ©fendre. L'Ă©loquence ministĂ©rielle est un perfectionnement social. Un de vos amis est-il sans esprit? vous parlez de sa probitĂ©, de sa franchise. L'ouvrage d'un autre est-il lourd? vous le prĂ©sentez comme un travail consciencieux. Si le livre est mal Ă©crit, vous en vantez les idĂ©es. Tel homme est sans foi, sans constance, vous Ă©chappe Ă tout moment? Bah! il est sĂ©duisant, prestigieux, il charme. S'agit-il de vos ennemis? vous leur jetez Ă la tĂÂȘte les morts et les vivants; vous renversez pour eux les termes de votre langage, et vous ĂÂȘtes aussi perspicace Ă dĂ©couvrir leurs dĂ©fauts que vous Ă©tiez habile Ă mettre en relief les vertus de vos amis. Cette application de la lorgnette Ă la vue morale est le secret de nos conversations et tout l'art du courtisan. N'en pas user, c'est vouloir combattre sans armes des gens bardĂ©s de fer comme des chevaliers bannerets. Et j'en use! j'en abuse mĂÂȘme quelquefois. Aussi me respecte-t-on moi et mes amis, car, d'ailleurs, mon Ă©pĂ©e vaut ma langue. " Un des plus fervents admirateurs de Foedora, jeune homme dont l'impertinence Ă©tait cĂ©lĂšbre, et qui s'en faisait mĂÂȘme un moyen de parvenir, releva le gant si dĂ©daigneusement jetĂ© par Rastignac. Il se mit, en parlant de moi, Ă vanter outre mesure mes talents et ma personne. Rastignac avait oubliĂ© ce genre de mĂ©disance. Cet Ă©loge sardonique trompa la comtesse qui m'immola sans pitiĂ©; pour amuser ses amis, elle abusa de mes secrets, de mes prĂ©tentions et de mes espĂ©rances. - " Il a de l'avenir, dit Rastignac. Peut-ĂÂȘtre sera-t-il un jour homme Ă prendre de cruelles revanches, ses talents Ă©galent au moins son courage; aussi regardĂ©-je comme bien hardis ceux qui s'attaquent Ă lui, car il a de la mĂ©moire... - Et fait des mĂ©moires, dit la comtesse, Ă qui parut dĂ©plaire le profond silence qui rĂ©gna. - Des mĂ©moires de fausse comtesse, madame, rĂ©pliqua Rastignac. Pour les Ă©crire, il faut avoir une autre sorte de courage. - Je lui crois beaucoup de courage, reprit-elle, il m'est fidĂšle." Il me prit une vive tentation de me montrer soudain aux rieurs comme l'ombre de Banquo dans Macbeth . Je perdais une maĂtresse, mais j'avais un ami! Cependant l'amour me souffla tout Ă coup un de ces lĂÂąches et subtils paradoxes avec lesquels il sait endormir toutes nos douleurs. Si Foedora m'aime, pensĂ©-je, ne doit-elle pas dissimuler son affection sous une plaisanterie malicieuse? Combien de fois le coeur n'a-t-il pas dĂ©menti les mensonges de la bouche? Enfin bientĂÂŽt mon impertinent rival restĂ© seul avec la comtesse, voulut partir. - "Eh! quoi, dĂ©jĂ ? lui dit-elle avec un son de voix plein de cĂÂąlineries et qui me fit palpiter. Ne me donnerez-vous pas encore un moment! N'avez-vous donc plus rien Ă me dire, et ne me sacrifierez-vous point quelques-uns de vos plaisirs? " Il s'en alla. - " Ah! s'Ă©cria-t-elle en bĂÂąillant, ils sont tous bien ennuyeux! " Et tirant avec force un cordon, le bruit d'une sonnette retentit dans les appartements. La comtesse rentra dans sa chambre en fredonnant une phrase du Pria che spunti . Jamais personne ne l'avait entendue chanter, et ce mutisme donnait lieu Ă de bizarres interprĂ©tations. Elle avait, dit-on, promis Ă son premier amant, charmĂ© de ses talents et jaloux d'elle par-delĂ le tombeau, de ne donner Ă personne un bonheur qu'il voulait avoir goĂ»tĂ© seul. Je tendis les forces de mon ĂÂąme pour aspirer les sons. De note en note la voix s'Ă©leva, Foedora sembla s'animer, les richesses de son gosier se dĂ©ployĂšrent, et cette mĂ©lodie prit alors quelque chose de divin. La comtesse avait dans l'organe une clartĂ© vive, une justesse de ton, je ne sais quoi d'harmonique et de vibrant qui pĂ©nĂ©trait, remuait et chatouillait le coeur. Les musiciennes sont presque toujours amoureuses. Celle qui chantait ainsi devait savoir bien aimer. La beautĂ© de cette voix fut donc un mystĂšre de plus dans une femme dĂ©jĂ si mystĂ©rieuse. Je la voyais alors comme je te vois, elle paraissait s'Ă©couter elle-mĂÂȘme et ressentir une voluptĂ© qui lui fĂ»t particuliĂšre; elle Ă©prouvait comme une jouissance d'amour. Elle vint devant la cheminĂ©e en achevant le principal motif de ce rondo ; mais quand elle se tut, sa physionomie changea, ses traits se dĂ©composĂšrent et sa figure exprima la fatigue. Elle venait d'ĂÂŽter un masque; actrice, son rĂÂŽle Ă©tait fini. Cependant l'espĂšce de flĂ©trissure imprimĂ©e Ă sa beautĂ© par son travail d'artiste, ou par la lassitude de la soirĂ©e, n'Ă©tait pas sans charme. La voilĂ vraie, me dis-je. Elle mit comme pour se chauffer, un pied sur la barre de bronze qui surmontait le garde-cendre, ĂÂŽta ses gants, dĂ©tacha ses bracelets, et enleva par-dessus sa tĂÂȘte une chaĂne d'or au bout de laquelle Ă©tait suspendue sa cassolette ornĂ©e de pierres prĂ©cieuses. J'Ă©prouvais un plaisir indicible Ă voir ses mouvements empreints de la gentillesse dont les chattes font preuve en se toilettant au soleil. Elle se regarda dans la glace, et dit tout haut d'un air de mauvaise humeur " Je n'Ă©tais pas jolie ce soir, mon teint se fane avec une effrayante rapiditĂ©. Je devrais peut-ĂÂȘtre me coucher plus tĂÂŽt, renoncer Ă cette vie dissipĂ©e. Mais Justine se moque-t-elle de moi?" Elle sonna de nouveau, la femme de chambre accourut. OĂÂč logeait-elle? je ne sais. Elle arriva par un escalier dĂ©robĂ©. J'Ă©tais curieux de l'examiner. Mon imagination de poĂšte avait souvent incriminĂ© cette invisible servante, grande fille brune, bien faite. - "Madame a sonnĂ©? - Deux fois, rĂ©pondit Foedora. Vas-tu donc maintenant devenir sourde? J'Ă©tais Ă faire le lait d'amandes de Madame. " Justine s'agenouilla, dĂ©fit les cothurnes des souliers, dĂ©chaussa sa maĂtresse, qui nonchalamment Ă©tendue sur un fauteuil Ă ressorts, au coin du feu, bĂÂąillait en se grattant la tĂÂȘte. Il n'y avait rien que de trĂšs naturel dans tous ses mouvements, et nul symptĂÂŽme ne me rĂ©vĂ©la ni les souffrances secrĂštes, ni les passions que j'avais supposĂ©es. - " Georges est amoureux, dit-elle, je le renverrai. N'a-t-il pas encore dĂ©fait les rideaux ce soir? Ă quoi pense-t-il? " A cette observation, tout mon sang reflua vers mon coeur, mais il ne fut plus question des rideaux. - " L'existence est bien vide, reprit la comtesse. Ah çà ! prends garde de m'Ă©gratigner comme hier. Tiens, vois-tu, dit-elle en lui montrant un petit genou satinĂ©, je porte encore la marque de tes griffes." Elle mit ses pieds nus dans des pantoufles de velours fourrĂ©es de cygne, et dĂ©tacha sa robe pendant que Justine prit un peigne pour lui arranger les cheveux. - " Il faut vous marier, Madame, avoir des enfants. - Des enfants! Il ne me manquerait plus que cela pour m'achever, s'Ă©cria-t-elle. Un mari! Quel est l'homme auquel je pourrais me... Etais-je bien coiffĂ©e ce soir? - Mais, pas trĂšs bien. - Tu es une sotte. - Rien ne vous va plus mal que de trop crĂÂȘper vos cheveux, reprit Justine. Les grosses boucles bien lisses vous sont plus avantageuses. - Vraiment? - Mais oui, Madame, les cheveux crĂÂȘpĂ©s clair ne vont bien qu'aux blondes. - Me marier? non, non. Le mariage est un trafic pour lequel je ne suis pas nĂ©e. " Quelle Ă©pouvantable scĂšne pour un amant! Cette femme solitaire, sans parents, sans amis, athĂ©e en amour, ne croyant Ă aucun sentiment; et quelque faible que fĂ»t en elle ce besoin d'Ă©panchement cordial, naturel Ă toute crĂ©ature humaine, rĂ©duite pour le satisfaire Ă causer avec sa femme de chambre, Ă dire des phrases sĂšches ou des riens! J'en eus pitiĂ©. Justine la dĂ©laça. Je la contemplai curieusement au moment oĂÂč le dernier voile s'enleva. Elle avait un corsage de vierge qui m'Ă©blouit; Ă travers sa chemise et Ă la lueur des bougies, son corps blanc et rose Ă©tincela comme une statue d'argent qui brille sous son enveloppe de gaze. Non, nulle imperfection ne devait lui faire redouter les yeux furtifs de l'amour. HĂ©las! un beau corps triomphera toujours des rĂ©solutions les plus martiales. La maĂtresse s'assit devant le feu, muette et pensive, pendant que la femme de chambre allumait la bougie de la lampe d'albĂÂątre suspendue devant le lit. Justine alla chercher une bassinoire, prĂ©para le lit, aida sa maĂtresse Ă se coucher; puis, aprĂšs un temps assez long employĂ© par de minutieux services qui accusaient la profonde vĂ©nĂ©ration de Foedora pour elle-mĂÂȘme, cette fille partit. La comtesse se retourna plusieurs fois, elle Ă©tait agitĂ©e, elle soupirait; ses lĂšvres laissaient Ă©chapper un lĂ©ger bruit perceptible Ă l'ouĂÂŻe et qui indiquait des mouvements d'impatience; elle avança la main vers la table, y prit une fiole, versa dans son lait avant de le boire quelques gouttes d'une liqueur brune; enfin, aprĂšs quelques soupirs pĂ©nibles, elle s'Ă©cria - "Mon Dieu! " Cette exclamation, et surtout l'accent qu'elle y mit, me brisa le coeur. Insensiblement elle resta sans mouvement. J'eus peur, mais bientĂÂŽt j'entendis retentir la respiration Ă©gale et forte d'une personne endormie; j'Ă©cartai la soie criarde des rideaux, quittai ma position et vins me placer au pied de son lit, en la regardant avec un sentiment indĂ©finissable. Elle Ă©tait ravissante ainsi. Elle avait la tĂÂȘte sous le bras comme un enfant; son tranquille et joli visage enveloppĂ© de dentelles exprimait une suavitĂ© qui m'enflamma. PrĂ©sumant trop de moi-mĂÂȘme, je n'avais pas compris mon supplice ĂÂȘtre si prĂšs et si loin d'elle. Je fus obligĂ© de subir toutes les tortures que je m'Ă©tais prĂ©parĂ©es. Mon Dieu ! ce lambeau d'une pensĂ©e inconnue, que je devais remporter pour toute lumiĂšre, avait tout Ă coup changĂ© mes idĂ©es sur Foedora. Ce mot insignifiant ou profond, sans substance ou plein de rĂ©alitĂ©s, pouvait s'interprĂ©ter Ă©galement par le bonheur ou par la souffrance, par une douleur de corps ou par des peines. Etait-ce imprĂ©cation ou priĂšre, souvenir ou avenir, regret ou crainte? Il y avait toute une vie dans cette parole, vie d'indigence ou de richesse; il y tenait mĂÂȘme un crime! L'Ă©nigme cachĂ©e dans ce beau semblant de femme renaissait, Foedora pouvait ĂÂȘtre expliquĂ©e de tant de maniĂšres qu'elle devenait inexplicable. Les fantaisies du souffle qui passait entre ses dents, tantĂÂŽt faible, tantĂÂŽt accentuĂ©, grave ou lĂ©ger, formaient une sorte de langage auquel j'attachais des pensĂ©es et des sentiments. Je rĂÂȘvais avec elle, j'espĂ©rais m'initier Ă ses secrets en pĂ©nĂ©trant dans son sommeil, je flottais entre mille partis contraires, entre mille jugements. A voir ce beau visage, calme et pur, il me fut impossible de refuser un coeur Ă cette femme. Je rĂ©solus de faire encore une tentative. En lui racontant ma vie, mon amour, mes sacrifices, peut-ĂÂȘtre pourrais-je rĂ©veiller en elle la pitiĂ©, lui arracher une larme, Ă celle qui ne pleurait jamais. J'avais placĂ© toutes mes espĂ©rances dans cette derniĂšre Ă©preuve, quand le tapage de la rue m'annonça le jour. Il y eut un moment oĂÂč je me reprĂ©sentai Foedora se rĂ©veillant dans mes bras. Je pouvais me mettre tout doucement Ă ses cĂÂŽtĂ©s, m'y glisser, et l'Ă©treindre. Cette idĂ©e me tyrannisa si cruellement, que, voulant y rĂ©sister, je me sauvai dans le salon sans prendre aucune prĂ©caution pour Ă©viter le bruit; mais j'arrivai heureusement Ă une porte dĂ©robĂ©e qui donnait sur un petit escalier. Ainsi que je le prĂ©sumai, la clef se trouvait Ă la serrure; je tirai la porte avec force, je descendis hardiment dans la cour, et sans regarder si j'Ă©tais vu, je sautai vers la rue en trois bonds. Deux jours aprĂšs, un auteur devait lire une comĂ©die chez la comtesse, j'y allai dans l'intention de rester le dernier pour lui prĂ©senter une requĂÂȘte assez singuliĂšre; je voulais la prier de m'accorder la soirĂ©e du lendemain, et de me la consacrer tout entiĂšre, en faisant fermer sa porte. Quand je me trouvai seul avec elle, le coeur me faillit. Chaque battement de la pendule m'Ă©pouvantait. Il Ă©tait minuit moins un quart. - " Si je ne lui parle pas, me dis-je, il faut me briser le crĂÂąne sur l'angle de la cheminĂ©e. " je m'accordai trois minutes de dĂ©lai, les trois minutes se passĂšrent, je ne me brisai pas le crĂÂąne sur le marbre, mon coeur s'Ă©tait alourdi comme une Ă©ponge dans l'eau. - " Vous ĂÂȘtes extrĂÂȘmement aimable, me dit-elle. - Ah! madame, rĂ©pondis-je, si vous pouviez me comprendre! - Qu'avez-vous! reprit-elle, vous pĂÂąlissez. - J'hĂ©site Ă rĂ©clamer de vous une grĂÂące. Elle m'encouragea par un geste, et je lui demandai le rendez-vous. - Volontiers, dit-elle. Mais pourquoi ne me parleriez-vous pas en ce moment? - Pour ne pas vous tromper, je dois vous montrer l'Ă©tendue de votre engagement, je dĂ©sire passer cette soirĂ©e prĂšs de vous, comme si nous Ă©tions frĂšre et soeur. Soyez sans crainte, je connais vos antipathies; vous avez pu m'apprĂ©cier assez pour ĂÂȘtre certaine que je ne veux rien de vous qui puisse vous dĂ©plaire; d'ailleurs, les audacieux ne procĂšdent pas ainsi. Vous m'avez tĂ©moignĂ© de l'amitiĂ©, vous ĂÂȘtes bonne, pleine d'indulgence. Eh! bien, sachez que je dois vous dire adieu demain. Ne vous rĂ©tractez pas!" m'Ă©criai-je en la voyant prĂšs de parler, et je disparus. En mai dernier, vers huit heures du soir, je me trouvai seul avec Foedora, dans son boudoir gothique. Je ne tremblai pas alors, j'Ă©tais sĂ»r d'ĂÂȘtre heureux. Ma maĂtresse devait m'appartenir, ou je me rĂ©fugiais dans les bras de la mort. J'avais condamnĂ© mon lĂÂąche amour. Un homme est bien fort quand il s'avoue sa faiblesse. VĂÂȘtue d'une robe de cachemire bleu, la comtesse Ă©tait Ă©tendue sur un divan, les pieds sur un coussin. Un bĂ©ret oriental, coiffure que les peintres attribuent aux premiers HĂ©breux, avait ajoutĂ© je ne sais quel piquant attrait d'Ă©trangetĂ© Ă ses sĂ©ductions. Sa figure Ă©tait empreinte d'un charme fugitif, qui semblait prouver que nous sommes Ă chaque instant des ĂÂȘtres nouveaux, uniques, sans aucune similitude avec le nous de l'avenir et le nous du passĂ©. Je ne l'avais jamais vue aussi Ă©clatante. - " Savez-vous, dit-elle en riant, que vous avez piquĂ© ma curiositĂ©? - Je ne la tromperai pas, rĂ©pondis-je froidement, en m'asseyant prĂšs d'elle et lui prenant une main qu'elle m'abandonna. Vous avez une bien belle voix! - Vous ne m'avez jamais entendue, s'Ă©cria-t-elle en laissant Ă©chapper un mouvement de surprise. - Je vous prouverai le contraire quand cela sera nĂ©cessaire. Votre chant dĂ©licieux serait-il donc encore un mystĂšre? Rassurez-vous, je ne veux pas le pĂ©nĂ©trer. " Nous restĂÂąmes environ une heure Ă causer familiĂšrement. Si je pris le ton, les maniĂšres et les gestes d'un homme auquel Foedora ne devait rien refuser, j'eus aussi tout le respect d'un amant. En jouant ainsi, j'obtins la faveur de lui baiser la main; elle se dĂ©ganta par un mouvement mignon, et j'Ă©tais alors si voluptueusement enfoncĂ© dans l'illusion Ă laquelle j'essayais de croire, que mon ĂÂąme se fondit et s'Ă©pancha dans ce baiser. Foedora se laissa flatter, caresser avec un incroyable abandon. Mais ne m'accuse pas de niaiserie; si j'avais voulu faire un pas de plus au-delĂ de cette cĂÂąlinerie fraternelle, j'eusse senti les griffes de la chatte. Nous restĂÂąmes dix minutes environ, plongĂ©s dans un profond silence. Je l'admirais, lui prĂÂȘtant des charmes auxquels elle mentait. En ce moment, elle Ă©tait Ă moi, Ă moi seul. Je possĂ©dais cette ravissante crĂ©ature, comme il Ă©tait permis de la possĂ©der, intuitivement; je l'enveloppai dans mon dĂ©sir, la tins, la serrai, mon imagination l'Ă©pousa. Je vainquis alors la comtesse par la puissance d'une fascination magnĂ©tique. Aussi ai-je toujours regrettĂ© de ne pas m'ĂÂȘtre entiĂšrement soumis cette femme; mais, en ce moment, je n'en voulais pas Ă son corps, je souhaitais une ĂÂąme, une vie, ce bonheur idĂ©al et complet, beau rĂÂȘve auquel nous ne croyons pas longtemps. - " Madame, lui dis-je enfin, sentant que la derniĂšre heure de mon ivresse Ă©tait arrivĂ©e, Ă©coutez-moi. je vous aime, vous le savez, je vous l'ai dit mille fois, vous auriez dĂ» m'entendre. Ne voulant devoir votre amour ni Ă des grĂÂąces de fat, ni Ă des flatteries ou Ă des importunitĂ©s de niais, je n'ai pas Ă©tĂ© compris. Combien de maux n'ai-je pas soufferts pour vous, et dont cependant vous ĂÂȘtes innocente! Mais dans quelques moments vous me jugerez. Il y a deux misĂšres, madame celle qui va par les rues effrontĂ©ment en haillons, qui, sans le savoir, recommence DiogĂšne, se nourrissant de peu, rĂ©duisant la vie au simple; heureuse plus que la richesse peut-ĂÂȘtre, insouciante du moins, elle prend le monde lĂ oĂÂč les puissants n'en veulent plus. Puis la misĂšre du luxe, une misĂšre espagnole, qui cache la mendicitĂ© sous un titre; fiĂšre, emplumĂ©e, cette misĂšre en gilet blanc, en gants jaunes, a des carrosses, et perd une fortune faute d'un centime. L'une est la misĂšre du peuple; l'autre, celle des escrocs, des rois et des gens de talent. Je ne suis ni peuple, ni roi, ni escroc; peut-ĂÂȘtre n'ai-je pas de talent je suis une exception. Mon nom m'ordonne de mourir plutĂÂŽt que de mendier. Rassurez-vous, madame, je suis riche aujourd'hui, je possĂšde de la terre tout ce qu'il m'en faut, lui dis-je en voyant sa physionomie prendre la froide expression qui se peint dans nos traits quand nous sommes surpris par des quĂÂȘteuses de bonne compagnie. Vous souvenez-vous du jour ou vous avez voulu venir au Gymnase sans moi, croyant que je ne m'y trouverais point? " Elle fit un signe de tĂÂȘte affirmatif. "J'avais employĂ© mon dernier Ă©cu pour aller vous y voir. Vous rappelez-vous la promenade que nous fĂmes au jardin des Plantes? Votre voiture me coĂ»ta toute ma fortune. " Je lui racontai mes sacrifices, je lui peignis ma vie, non pas comme je te la raconte aujourd'hui, dans l'ivresse du vin, mais dans la noble ivresse du coeur. Ma passion dĂ©borda par des mots flamboyants, par des traits de sentiment oubliĂ©s depuis, et que ni l'art, ni le souvenir ne sauraient reproduire. Ce ne fut pas la narration sans chaleur d'un amour dĂ©testĂ©, mon amour dans sa force et dans la beautĂ© de son espĂ©rance m'inspira ces paroles qui projettent toute une vie en rĂ©pĂ©tant les cris d'une ĂÂąme dĂ©chirĂ©e. Mon accent fut celui des derniĂšres priĂšres faites par un mourant sur le champ de bataille. Elle pleura. je m'arrĂÂȘtai. Grand Dieu! ses larmes Ă©taient le fruit de cette Ă©motion factice achetĂ©e cent sous Ă la porte d'un thĂ©ĂÂątre, j'avais eu le succĂšs d'un bon acteur. - " Si j'avais su, dit-elle. - N'achevez pas, m'Ă©criai-je. Je vous aime encore assez en ce moment pour vous tuer... " Elle voulut saisir le cordon de la sonnette. J'Ă©clatai de rire. " N'appelez pas, repris-je. Je vous laisserai paisiblement achever votre vie. Ce serait mal entendre la haine que de vous tuer! Ne craignez aucune violence; j'ai passĂ© toute une nuit au pied de votre lit, sans... - Monsieur, dit-elle en rougissant; mais aprĂšs ce premier mouvement donnĂ© Ă la pudeur que doit possĂ©der toute femme, mĂÂȘme la plus insensible, elle me jeta un regard mĂ©prisant et me dit Vous avez dĂ» avoir bien froid! - Croyez-vous, madame, que votre beautĂ© me soit si prĂ©cieuse? lui rĂ©pondis-je en devinant les pensĂ©es qui l'agitaient. Votre figure est pour moi la promesse d'une ĂÂąme plus belle encore que vous n'ĂÂȘtes belle. Eh! madame, les hommes qui ne voient que la femme dans une femme peuvent acheter tous les soirs des odalisques dignes du sĂ©rail et se rendre heureux Ă bas prix! Mais j'Ă©tais ambitieux, je voulais vivre coeur Ă coeur avec vous, avec vous qui n'avez pas de coeur. Je le sais maintenant. Si vous deviez ĂÂȘtre Ă un homme, je l'assassinerais. Mais non, vous l'aimeriez, et sa mort vous ferait peut-ĂÂȘtre de la peine. Combien je souffre! m'Ă©criai-je. - Si cette promesse peut vous consoler, dit-elle en riant, je puis vous assurer que je n'appartiendrai Ă personne. - Eh! bien, repris-je en l'interrompant, vous insultez Ă Dieu mĂÂȘme, et vous en serez punie! Un jour, couchĂ©e sur un divan, ne pouvant supporter ni le bruit ni la lumiĂšre, condamnĂ©e Ă vivre dans une sorte de tombe, vous souffrirez des maux inouĂÂŻs. Quand vous chercherez la cause de ces lentes et vengeresses douleurs, souvenez-vous alors des malheurs que vous avez si largement jetĂ©s sur votre passage! Ayant semĂ© partout des imprĂ©cations, vous trouverez la haine au retour. Nous sommes les propres juges, les bourreaux d'une Justice qui rĂšgne ici-bas, et marche au-dessus de celle des hommes, au-dessous de celle de Dieu. - Ah! dit-elle en riant, je suis sans doute bien criminelle de ne pas vous aimer? Est-ce ma faute? Non, je ne vous aime pas; vous ĂÂȘtes un homme, cela suffit. Je me trouve heureuse d'ĂÂȘtre seule, pourquoi changerais-je ma vie, Ă©goĂÂŻste si vous voulez, contre les caprices d'un maĂtre? Le mariage est un sacrement en vertu duquel nous ne nous communiquons que des chagrins. D'ailleurs, les enfants m'ennuient. Ne vous ai-je pas loyalement prĂ©venu de mon caractĂšre? Pourquoi ne vous ĂÂȘtes-vous pas contentĂ© de mon amitiĂ©? je voudrais pouvoir consoler les peines que je vous ai causĂ©es en ne devinant pas le compte de vos petits Ă©cus, j'apprĂ©cie l'Ă©tendue de vos sacrifices; mais l'amour peut seul payer votre dĂ©vouement, vos dĂ©licatesses, et je vous aime si peu, que cette scĂšne m'affecte dĂ©sagrĂ©ablement. - Je sens combien je suis ridicule, pardonnez-moi, lui dis-je avec douceur sans pouvoir retenir mes larmes. Je vous aime assez, repris-je, pour Ă©couter avec dĂ©lices les cruelles paroles que vous prononcez. Oh! je voudrais pouvoir signer mon amour de tout mon sang. - Tous les hommes nous disent plus ou moins bien ces phrases classiques reprit-elle en riant. Mais il paraĂt qu'il est trĂšs difficile de mourir Ă nos pieds, car je rencontre de ces morts-lĂ partout. Il est minuit, permettez-moi de me coucher. - Et dans deux heures vous vous Ă©crierez Mon Dieu! lui dis-je. - Avant-hier! Oui dit-elle en riant, je pensais Ă mon agent de change, j'avais oubliĂ© de lui faire convertir mes rentes de cinq en trois , et dans la journĂ©e le trois avait baissĂ©. " je la contemplais d'un oeil Ă©tincelant de rage. Ah! quelquefois un crime doit ĂÂȘtre tout un poĂšme, je l'ai compris. FamiliarisĂ©e sans doute avec les dĂ©clarations les plus passionnĂ©es, elle avait dĂ©jĂ oubliĂ© mes larmes et mes paroles. - "Epouseriez-vous un pair de France? lui demandai-je froidement. - Peut-ĂÂȘtre, s'il Ă©tait duc. " je pris mon chapeau, je la saluai. - " Permettez-moi de vous accompagner jusqu'Ă la porte de mon appartement, dit-elle en mettant une ironie perçante dans son geste, dans la pose de sa tĂÂȘte et dans son accent. Madame. - Monsieur. - Je ne vous verrai plus. Je l'espĂšre, rĂ©pondit-elle en inclinant la tĂÂȘte avec une impertinente expression. - Vous voulez ĂÂȘtre duchesse? repris-je animĂ© par une sorte de frĂ©nĂ©sie que son geste alluma dans mon coeur. Vous ĂÂȘtes folle de titres et d'honneurs? Eh! bien, laissez-vous seulement aimer par moi, dites Ă ma plume de ne parler, Ă ma voix de ne retentir que pour vous, soyez le principe secret de ma vie, soyez mon Ă©toile! Puis ne m'acceptez pour Ă©poux que ministre, pair de France, duc. Je me ferai tout ce que vous voudrez que je sois! - Vous avez, dit-elle en souriant, assez bien employĂ© votre temps chez l'avouĂ©, vos plaidoyers ont de la chaleur. - Tu as le prĂ©sent, m'Ă©criai-je, et moi l'avenir. Je ne perds qu'une femme, et tu perds un nom, une famille. Le temps est gros de ma vengeance, il t'apportera la laideur et une mort solitaire, Ă moi la gloire! - Merci de la pĂ©roraison! " dit-elle en retenant un bĂÂąillement et tĂ©moignant par son attitude le dĂ©sir de ne plus me voir. Ce mot m'imposa silence. Je lui jetai ma haine dans un regard et je m'enfuis. Il fallait oublier Foedora, me guĂ©rir de ma folie, reprendre ma studieuse solitude ou mourir. Je m'imposai donc des travaux exorbitants, je voulus achever mes ouvrages. Pendant quinze jours, je ne sortis pas de ma mansarde, et consumai toutes mes nuits en de pĂÂąles Ă©tudes. MalgrĂ© mon courage et les inspirations de mon dĂ©sespoir, je travaillais difficilement, par saccades. La muse avait fui. Je ne pouvais chasser le fantĂÂŽme brillant et moqueur de Foedora. Chacune de mes pensĂ©es couvait une autre pensĂ©e maladive, je ne sais quel dĂ©sir, terrible comme un remords. J'imitai les anachorĂštes de la ThĂ©baĂÂŻde. Sans prier comme eux, comme eux je vivais dans un dĂ©sert, creusant mon ĂÂąme au lieu de creuser des rochers. Je me serais au besoin serrĂ© les reins avec une ceinture armĂ©e de pointes, pour dompter la douleur morale par la douleur physique. Un soir, Pauline pĂ©nĂ©tra dans ma chambre. - "Vous vous tuez, me dit-elle d'une voix suppliante; vous devriez sortir, allez voir vos amis. - Ah! Pauline! votre prĂ©diction Ă©tait vraie. Foedora me tue, je veux mourir. La vie m'est insupportable. - Il n'y a donc qu'une femme dans le monde? dit-elle en souriant. Pourquoi mettez-vous des peines infinies dans une vie si courte?" Je regardai Pauline avec stupeur. Elle me laissa seul. Je ne m'Ă©tais pas aperçu de sa retraite, j'avais entendu sa voix, sans comprendre le sens de ses paroles. BientĂÂŽt je fus obligĂ© de porter le manuscrit de mes mĂ©moires Ă mon entrepreneur de littĂ©rature. PrĂ©occupĂ© par ma passion, j'ignorais comment j'avais pu vivre sans argent, je savais seulement que les quatre cent cinquante francs qui m'Ă©taient dus suffiraient Ă payer mes dettes; j'allai donc chercher mon salaire, et je rencontrai Rastignac, qui me trouva changĂ©, maigri. - " De quel hĂÂŽpital sors-tu? me dit-il. - Cette femme me tue, rĂ©pondis-je. Je ne puis ni la mĂ©priser ni l'oublier. - Il vaut mieux la tuer, tu n'y songeras peut-ĂÂȘtre plus, s'Ă©cria-t-il en riant. - J'y ai bien pensĂ©, rĂ©pondis-je. Mais si parfois je rafraĂchis mon ĂÂąme par l'idĂ©e d'un crime, viol ou assassinat, et les deux ensemble, je me trouve incapable de le commettre en rĂ©alitĂ©. La comtesse est un admirable monstre qui demanderait grĂÂące, et n'est pas Othello qui veut! - Elle est comme toutes les femmes que nous ne pouvons pas avoir, dit Rastignac en m'interrompant. - Je suis fou, m'Ă©criai-je. Je sens la folie rugir par moments dans mon cerveau. Mes idĂ©es sont comme des fantĂÂŽmes, elles dansent devant moi sans que je puisse les saisir. Je prĂ©fĂšre la mort Ă cette vie. Aussi cherchĂ©-je avec conscience le meilleur moyen de terminer cette lutte. Il ne s'agit plus de la Foedora vivante, de la Foedora du faubourg Saint-HonorĂ©, mais de ma Foedora, de celle qui est lĂ , dis-je en me frappant le front. Que penses-tu de l'opium? - Bah! des souffrances atroces, rĂ©pondit Rastignac. - L'asphyxie? - Canaille! - La Seine? - Les filets et la Morgue sont bien sales. - Un coup de pistolet? - Et si tu te manques, tu restes dĂ©figurĂ©. Ecoute, reprit-il, j'ai comme tous les jeunes gens mĂ©ditĂ© sur les suicides. Qui de nous, Ă trente ans, ne s'est pas tuĂ© deux ou trois fois? je n'ai rien trouvĂ© de mieux que d'user l'existence par le plaisir. Plonge-toi dans une dissolution profonde, ta passion ou toi, vous y pĂ©rirez. L'intempĂ©rance, mon cher! est la reine de toutes les morts. Ne commande-t-elle pas Ă l'apoplexie foudroyante? L'apoplexie est un coup de pistolet qui ne nous manque point. Les orgies nous prodiguent tous les plaisirs physiques, n'est-ce pas l'opium en petite monnaie? En nous forçant de boire Ă outrance, la dĂ©bauche porte de mortels dĂ©fis au vin. Le tonneau de malvoisie du duc de Clarence n'a-t-il pas meilleur goĂ»t que les bourbes de la Seine? Quand nous tombons noblement sous la table, n'est-ce pas une petite asphyxie pĂ©riodique! Si la patrouille nous ramasse, en restant Ă©tendus sur les lits froids des corps-de-garde, ne jouissons-nous pas des plaisirs de la Morgue, moins les ventres enflĂ©s, turgides, bleus, verts, plus l'intelligence de la crise? Ah! reprit-il ce long suicide n'est pas une mort d'Ă©picier en faillite. Les nĂ©gociants ont dĂ©shonorĂ© la riviĂšre, ils se jettent Ă l'eau pour attendrir leurs crĂ©anciers. A ta place, je tĂÂącherais de mourir avec Ă©lĂ©gance. Si tu veux crĂ©er un nouveau genre de mort en te dĂ©battant ainsi contre la vie, je suis ton second. Je m'ennuie, je suis dĂ©sappointĂ©. L'Alsacienne qu'on m'a proposĂ©e pour femme a six doigts au pied gauche, je ne puis pas vivre avec une femme qui a six doigts! cela se saurait, je deviendrais ridicule. Elle n'a que dix-huit mille francs de rente, sa fortune diminue et ses doigts augmentent. Au diable! En menant une vie enragĂ©e, peut-ĂÂȘtre trouverons-nous le bonheur par hasard!" Rastignac m'entraĂna. Ce projet faisait briller de trop fortes sĂ©ductions, il rallumait trop d'espĂ©rances, enfin il avait une couleur trop poĂ©tique pour ne pas plaire Ă un poĂšte. - " Et de l'argent? lui dis-je. - N'as-tu pas quatre cent cinquante francs? - Oui, mais je dois Ă mon tailleur, Ă mon hĂÂŽtesse. - Tu payes ton tailleur? Tu ne seras jamais rien, pas mĂÂȘme ministre. - Mais que pouvons-nous avec vingt louis? - Aller au jeu. Je frissonnai. - Ah! reprit-il en s'apercevant de ma pruderie, tu veux te lancer dans ce que je nomme le SystĂšme dissipationnel , et tu as peur d'un tapis vert! - Ecoute, lui rĂ©pondis-je, j'ai promis Ă mon pĂšre de ne jamais mettre le pied dans une maison de jeu. Non seulement cette promesse est sacrĂ©e, mais encore j'Ă©prouve une horreur invincible en passant devant un tripot; prends mes cent Ă©cus, et vas-y seul. Pendant que tu risqueras notre fortune, j'irai mettre mes affaires en ordre et reviendrai t'attendre chez toi. " VoilĂ , mon cher, comment je me perdis. Il suffit Ă un jeune homme de rencontrer une femme qui ne l'aime pas, ou une femme qui l'aime trop, pour que toute sa vie soit dĂ©rangĂ©e. Le bonheur engloutit nos forces, comme le malheur Ă©teint nos vertus. Revenu Ă mon hĂÂŽtel Saint-Quentin, je contemplai longtemps la mansarde oĂÂč j'avais menĂ© la chaste vie d'un savant, une vie qui peut-ĂÂȘtre aurait Ă©tĂ© honorable, longue, et que je n'aurais pas dĂ» quitter pour la vie passionnĂ©e qui m'entraĂnait dans un gouffre. Pauline me surprit dans une attitude mĂ©lancolique. - " Eh bien, qu'avez-vous? " dit-elle. Je me levai froidement et comptai l'argent que je devais Ă sa mĂšre en y ajoutant le prix de mon loyer pour six mois. Elle m'examina avec une sorte de terreur. - " Je vous quitte, ma chĂšre Pauline. - Je l'ai devinĂ©, s'Ă©cria-t-elle. - Ecoutez, mon enfant, je ne renonce pas Ă revenir ici. Gardez-moi ma cellule pendant une demi-annĂ©e. Si je ne suis pas de retour vers le 15 novembre, vous hĂ©riterez de moi. Ce manuscrit cachetĂ©, dis-je en lui montrant un paquet de papiers, est la copie de mon grand ouvrage sur la VolontĂ© , vous le dĂ©poserez Ă la BibliothĂšque du roi. Quant Ă tout ce que je laisse ici, vous en ferez ce que vous voudrez. Elle me jetait des regards qui pesaient sur mon coeur. Pauline Ă©tait lĂ comme une conscience vivante. - Je n'aurai plus de leçons, dit-elle en me montrant le piano. Je ne rĂ©pondis pas. - M'Ă©crirez-vous? - Adieu, Pauline. " Je l'attirai doucement Ă moi, puis sur son front d'amour, vierge comme la neige qui n'a pas touchĂ© terre, je mis un baiser de frĂšre, un baiser de vieillard. Elle se sauva. Je ne voulus pas voir madame Gaudin. Je mis ma clef Ă sa place habituelle et partis. En quittant la rue de Cluny, j'entendis derriĂšre moi le pas lĂ©ger d'une femme. - " Je vous avais brodĂ© cette bourse, la refuserez-vous aussi? " me dit Pauline. Je crus apercevoir Ă la lueur du rĂ©verbĂšre une larme dans les yeux de Pauline, et je soupirai. PoussĂ©s tous deux par la mĂÂȘme pensĂ©e peut-ĂÂȘtre, nous nous sĂ©parĂÂąmes avec l'empressement de gens qui auraient voulu fuir la peste. La vie de dissipation Ă laquelle je me vouais apparut devant moi bizarrement exprimĂ©e par la chambre oĂÂč j'attendais avec une noble insouciance le retour de Rastignac. Au milieu de la cheminĂ©e, s'Ă©levait une pendule surmontĂ©e d'une VĂ©nus accroupie sur sa tortue, et qui tenait entre ses bras un cigare Ă demi consumĂ©. Des meubles Ă©lĂ©gants, prĂ©sents de l'amour, Ă©taient Ă©pars. De vieilles chaussettes traĂnaient sur un voluptueux divan. Le confortable fauteuil Ă ressorts dans lequel j'Ă©tais plongĂ© portait des cicatrices comme un vieux soldat, il offrait aux regards ses bras dĂ©chirĂ©s, et montrait incrustĂ©es sur son dossier la pommade et l'huile antique apportĂ©es par toutes les tĂÂȘtes d'amis. L'opulence et la misĂšre s'accouplaient naĂÂŻvement dans le lit, sur les murs, partout. Vous eussiez dit les palais de Naples bordĂ©s de Lazzaroni. C'Ă©tait une chambre de joueur ou de mauvais sujet dont le luxe est tout personnel, qui vit de sensations, et des incohĂ©rences ne se soucie guĂšre. Ce tableau ne manquait pas d'ailleurs de poĂ©sie. La vie s'y dressait avec ses paillettes et ses haillons, soudaine, incomplĂšte comme elle est rĂ©ellement, mais vive, mais fantasque comme dans une halte oĂÂč le maraudeur a pillĂ© tout ce qui fait sa joie. Un Byron auquel manquaient des pages avait allumĂ© la falourde du jeune homme qui risque au jeu mille francs et n'a pas une bĂ»che, qui court en tilbury sans possĂ©der une chemise saine et valide. Le lendemain, une comtesse, une actrice ou l'Ă©cartĂ© lui donnent un trousseau de roi. Ici la bougie Ă©tait fichĂ©e dans le fourreau vert d'un briquet phosphorique; lĂ gisait un portrait de femme dĂ©pouillĂ© de sa monture d'or ciselĂ©. Comment un jeune homme naturellement avide d'Ă©motions renoncerait-il aux attraits d'une vie aussi riche d'oppositions et qui lui donne les plaisirs de la guerre en temps de paix? J'Ă©tais presque assoupi quand, d'un coup de pied, Rastignac enfonça la porte de sa chambre, et s'Ă©cria " Victoire! nous pourrons mourir Ă notre aise! " Il me montra son chapeau plein d'or, le mit sur la table, et nous dansĂÂąmes autour comme deux Cannibales ayant une proie Ă manger, hurlant, trĂ©pignant, sautant, nous donnant des coups de poing Ă tuer un rhinocĂ©ros, et chantant Ă l'aspect de tous les plaisirs du monde contenus pour nous dans ce chapeau. - " Vingt-sept mille francs, rĂ©pĂ©tait Rastignac en ajoutant quelques billets de banque au tas d'or. A d'autres cet argent suffirait pour vivre, mais nous suffira-t-il pour mourir? Oh! oui, nous expirerons dans un bain d'or. Houra! " Et nous cabriolĂÂąmes derechef. Nous partageĂÂąmes en hĂ©ritiers, piĂšce Ă piĂšce, commençant par les doubles napolĂ©ons, allant des grosses piĂšces aux petites, et distillant notre joie en disant longtemps. A toi. A moi. - " Nous ne dormirons pas, s'Ă©cria Rastignac. Joseph, du punch! " Il jeta de l'or Ă son fidĂšle domestique " VoilĂ ta part, dit-il, enterre-toi si tu peux. " Le lendemain, j'achetai des meubles chez Lesage, je louai l'appartement oĂÂč tu m'as connu, rue Taitbout, et chargeai le meilleur tapissier de le dĂ©corer. J'eus des chevaux. Je me lançai dans un tourbillon de plaisirs creux et rĂ©els tout Ă la fois. Je jouais, gagnais et perdais tour Ă tour d'Ă©normes sommes, mais au bal, chez nos amis; jamais dans les maisons de jeu pour lesquelles je conservai ma sainte et primitive horreur. Insensiblement je me fis des amis. Je dus leur attachement Ă des querelles ou Ă cette facilitĂ© confiante avec laquelle nous nous livrons nos secrets en nous avilissant de compagnie; mais peut-ĂÂȘtre aussi, ne nous accrochons-nous bien que par nos vices? Je hasardai quelques compositions littĂ©raires qui me valurent des compliments. Les grands hommes de la littĂ©rature marchande, ne voyant point en moi de rival Ă craindre, me vantĂšrent, moins sans doute pour mon mĂ©rite personnel que pour chagriner celui de leurs camarades. Je devins un viveur , pour me servir de l'expression pittoresque consacrĂ©e par votre langage d'orgie. Je mettais de l'amour-propre Ă me tuer promptement, Ă Ă©craser les plus gais compagnons par ma verve et par ma puissance. J'Ă©tais toujours frais, Ă©lĂ©gant. Je moi cette passais pour spirituel. Rien ne trahissait en Ă©pouvantable existence qui fait d'un homme un entonnoir, un appareil Ă chyle, un cheval de luxe. BientĂÂŽt la DĂ©bauche m'apparut dans toute la majestĂ© de son horreur, et je la compris! Certes les hommes sages et rangĂ©s qui Ă©tiquettent des bouteilles pour leurs hĂ©ritiers ne peuvent guĂšre concevoir ni la thĂ©orie de cette large vie, ni son Ă©tat normal; en inculquerez-vous la poĂ©sie aux gens de province pour qui l'opium et le thĂ©, si prodigues de dĂ©lices, ne sont encore que deux mĂ©dicaments? A Paris mĂÂȘme, dans cette capitale de la pensĂ©e, ne se rencontre-t-il pas des sybarites incomplets? Inhabiles Ă supporter l'excĂšs du plaisir, ne s'en vont-ils pas fatiguĂ©s aprĂšs une orgie, comme le sont ces bons bourgeois qui, aprĂšs avoir entendu quelque nouvel opĂ©ra de Rossini, condamnent la musique? Ne renoncent-ils pas Ă cette vie, comme un homme sobre ne veut plus manger de pĂÂątĂ©s de Ruffec, parce que le premier lui a donnĂ© une indigestion? La dĂ©bauche est certainement un art comme la poĂ©sie, et veut des ĂÂąmes fortes. Pour en saisir les mystĂšres, pour en savourer les beautĂ©s, un homme doit en quelque sorte s'adonner Ă de consciencieuses Ă©tudes. Comme toutes les sciences, elle est d'abord repoussante, Ă©pineuse. D'immenses obstacles environnent les grands plaisirs de l'homme, non ses jouissances de dĂ©tail, mais les systĂšmes qui Ă©rigent en habitude ses sensations les plus rares, les rĂ©sument, les lui fertilisent en lui crĂ©ant une vie dramatique dans sa vie, en nĂ©cessitant une exorbitante, une prompte dissipation de ses forces. La Guerre, le Pouvoir, les Arts sont des corruptions mises aussi loin de la portĂ©e humaine, aussi profondes que l'est la DĂ©bauche, et toutes sont de difficile accĂšs. Mais quand une fois l'homme est montĂ© Ă l'assaut de ces grands mystĂšres, ne marche-t-il pas dans un monde nouveau. Les gĂ©nĂ©raux, les ministres, les artistes sont tous plus ou moins portĂ©s vers la dissolution par le besoin d'opposer de violentes distractions Ă leur existence si fort en dehors de la vie commune. AprĂšs tout, la guerre est la dĂ©bauche du sang, comme la politique est celle des intĂ©rĂÂȘts. Tous les excĂšs sont frĂšres. Ces monstruositĂ©s sociales possĂšdent la puissance des abĂmes, elles nous attirent comme Sainte-HĂ©lĂšne appelait NapolĂ©on; elles donnent des vertiges, elles fascinent, et nous voulons en voir le fond sans savoir pourquoi. La pensĂ©e de l'infini existe peut-ĂÂȘtre dans ces prĂ©cipices, peut-ĂÂȘtre renferment-ils quelque grande flatterie pour l'homme; n'intĂ©resse-t-il pas alors tout Ă lui-mĂÂȘme? Pour contraster avec le paradis de ses heures studieuses, avec les dĂ©lices de la conception, l'artiste fatiguĂ© demande, soit comme Dieu le repos du dimanche, soit comme le diable les voluptĂ©s de l'enfer, afin d'opposer le travail des sens au travail de ses facultĂ©s. Le dĂ©lassement de lord Byron ne pouvait pas ĂÂȘtre le boston babillard qui charme un rentier; poĂšte, il voulait la GrĂšce Ă jouer contre Mahmoud. En guerre, l'homme ne devient-il pas un ange exterminateur, une espĂšce de bourreau, mais gigantesque. Ne faut-il pas des enchantements bien extraordinaires pour nous faire accepter ces atroces douleurs, ennemies de; notre frĂÂȘle enveloppe, qui entourent les passions comme d'une enceinte Ă©pineuse? S'il se roule convulsivement et souffre une sorte d'agonie aprĂšs avoir abusĂ© du tabac, le fumeur n'a-t-il pas assistĂ© je ne sais en quelles rĂ©gions Ă de dĂ©licieuses fĂÂȘtes? Sans se donner le temps d'essuyer ses pieds qui trempent dans le sang jusqu'Ă la cheville, l'Europe n'a-t-elle pas sans cesse recommencĂ© la guerre? L'homme en masse a-t-il donc aussi son ivresse, comme la nature a ses accĂšs d'amour! Pour l'homme privĂ©, pour le Mirabeau qui vĂ©gĂšte sous un rĂšgne paisible et rĂÂȘve des tempĂÂȘtes, la dĂ©bauche comprend tout; elle est une perpĂ©tuelle Ă©treinte de toute la vie, ou mieux, un duel avec une puissance inconnue, avec un monstre d'abord le monstre Ă©pouvante, il faut l'attaquer par les cornes, c'est des fatigues inouĂÂŻes; la nature vous a donnĂ© je ne sais quel estomac Ă©troit ou paresseux? vous le domptez, vous l'Ă©largissez, vous apprenez Ă porter le vin, vous apprivoisez l'ivresse, vous passez les nuits sans sommeil, vous vous faites enfin un tempĂ©rament de colonel de cuirassiers, en vous crĂ©ant vous-mĂÂȘme une seconde fois, comme pour fronder Dieu! Quand l'homme s'est ainsi mĂ©tamorphosĂ©, quand, vieux soldat, le nĂ©ophyte a façonnĂ© son ĂÂąme Ă l'artillerie, ses jambes Ă la marche, sans encore appartenir au monstre, mais sans savoir entre eux quel est le maĂtre, ils se roulent l'un sur l'autre, tantĂÂŽt vainqueurs, tantĂÂŽt vaincus, dans une sphĂšre oĂÂč tout est merveilleux, oĂÂč s'endorment les douleurs de l'ĂÂąme, oĂÂč revivent seulement des fantĂÂŽmes d'idĂ©es. DĂ©jĂ cette lutte atroce est devenue nĂ©cessaire. RĂ©alisant ces fabuleux personnages qui, selon les lĂ©gendes, ont vendu leur ĂÂąme au diable pour en obtenir la puissance de mal faire, le dissipateur a troquĂ© sa mort contre toutes les jouissances de la vie, mais abondantes, mais fĂ©condes! Au lieu de couler longtemps entre deux rives monotones, au fond d'un Comptoir ou d'une Etude, l'existence bouillonne et fuit comme un torrent. Enfin la dĂ©bauche est sans doute au corps ce que sont Ă l'ĂÂąme les plaisirs mystiques. L'ivresse vous plonge en des rĂÂȘves dont les fantasmagories sont aussi curieuses que peuvent l'ĂÂȘtre celles de l'extase. Vous avez des heures ravissantes comme les caprices d'une jeune fille, des causeries dĂ©licieuses avec des amis, des mots qui peignent toute une vie, des joies franches et sans arriĂšre-pensĂ©e, des voyages sans fatigue, des poĂšmes dĂ©roulĂ©s en quelques phrases. La brutale satisfaction de la bĂÂȘte au fond de laquelle la science a Ă©tĂ© chercher une ĂÂąme, est suivie de torpeurs enchanteresses aprĂšs lesquelles soupirent les hommes ennuyĂ©s de leur intelligence. Ne sentent-ils pas tous la nĂ©cessitĂ© d'un repos complet, et la dĂ©bauche n'est-elle pas une sorte d'impĂÂŽt que le gĂ©nie paie au mal? Vois tous les grands hommes s'ils ne sont pas voluptueux, la nature les crĂ©e chĂ©tifs. Moqueuse ou jalouse, une puissance leur vicie l'ĂÂąme ou le corps pour neutraliser les efforts de leurs talents. Pendant ces heures avinĂ©es, les hommes et les choses comparaissent devant vous, vĂÂȘtus de vos livrĂ©es. Roi de la crĂ©ation, vous la transformez Ă vos souhaits. A travers ce dĂ©lire perpĂ©tuel, le jeu vous verse, Ă votre grĂ©, son plomb fondu dans les veines. Un jour, vous appartenez au monstre, vous avez alors, comme je l'eus, un rĂ©veil enragĂ© l'impuissance est assise Ă votre chevet. Vieux guerrier, une phtisie vous dĂ©vore; diplomate, un anĂ©vrisme suspend dans votre coeur la mort Ă un fil; moi, peut-ĂÂȘtre une pulmonie va me dire " Partons! " comme elle a dit jadis Ă RaphaĂl d'Urbin, tuĂ© par un excĂšs d'amour. VoilĂ comment j'ai vĂ©cu! J'arrivais ou trop tĂÂŽt ou trop tard dans la vie du monde; sans doute ma force y eĂ»t Ă©tĂ© dangereuse si je ne l'avais amortie ainsi; l'univers n'a-t-il pas Ă©tĂ© guĂ©ri d'Alexandre par la coupe d'Hercule, Ă la fin d'une orgie! Enfin Ă certaines destinĂ©es trompĂ©es, il faut le ciel ou l'enfer, la dĂ©bauche ou l'hospice du mont Saint-Bernard. Tout Ă l'heure je n'avais pas le courage de moraliser ces deux crĂ©atures, dit-il en montrant Euphrasie et Aquilina. N'Ă©taient-elles pas mon histoire personnifiĂ©e, une image de ma vie! je ne pouvais guĂšre les accuser, elles m'apparaissaient comme des juges. Au milieu de ce poĂšme vivant, au sein de cette Ă©tourdissante maladie, j'eus cependant deux crises bien fertiles en ĂÂącres douleurs. D'abord quelques jours aprĂšs m'ĂÂȘtre jetĂ© comme Sardanapale dans mon bĂ»cher, je rencontrai Foedora sous le pĂ©ristyle des Bouffons. Nous attendions nos voitures. - " Ah! je vous retrouve encore en vie. " Ce mot Ă©tait la traduction de son sourire, des malicieuses et sourdes paroles qu'elle dit Ă son sigisbĂ©e en lui racontant sans doute mon histoire, et jugeant mon amour comme un amour vulgaire. Elle applaudissait Ă sa fausse perspicacitĂ©. Oh! mourir pour elle, l'adorer encore, la voir dans mes excĂšs, dans mes ivresses, dans le lit des courtisanes, et me sentir victime de sa plaisanterie! Ne pouvoir dĂ©chirer ma poitrine et y fouiller mon amour pour le jeter Ă ses pieds. Enfin, j'Ă©puisai facilement mon trĂ©sor; mais trois annĂ©es de rĂ©gime m'avaient constituĂ© la plus robuste de toutes les santĂ©s, et, le jour oĂÂč je me trouvai sans argent, je me portais Ă merveille. Pour continuer de mourir, je signai des lettres de change Ă courte Ă©chĂ©ance, et le jour du payement arriva. Cruelles Ă©motions! et comme elles font vivre de jeunes coeurs! je n'Ă©tais pas fait pour vieillir encore; mon ĂÂąme Ă©tait toujours jeune, vivace et verte. Ma premiĂšre dette ranima toutes mes vertus qui vinrent Ă pas lents et m'apparurent dĂ©solĂ©es. Je sus transiger avec elles comme avec ces vieilles tantes qui commencent par nous gronder et finissent en nous donnant des larmes et de l'argent. Plus sĂ©vĂšre, mon imagination me montrait mon nom voyageant, de ville en ville, dans les places de l'Europe. Notre nom, c'est nous-mĂÂȘmes , a dit EusĂšbe Salverte. AprĂšs des courses vagabondes, j'allais, comme le double d'un Allemand, revenir Ă mon logis d'oĂÂč je n'Ă©tais pas sorti, pour me rĂ©veiller moi-mĂÂȘme en sursaut. Ces hommes de la banque, ces remords commerciaux, vĂÂȘtus de gris, portant la livrĂ©e de leur maĂtre, une plaque d'argent, jadis je les voyais avec indiffĂ©rence quand ils allaient par les rues de Paris; mais, aujourd'hui, je les haĂÂŻssais par avance. Un matin l'un d'eux ne viendrait-il pas me demander raison des onze lettres de change que j'avais griffonnĂ©es? Ma signature valait trois mille francs, je ne les valais pas moi-mĂÂȘme! Les huissiers, aux faces insouciantes Ă tous les dĂ©sespoirs, mĂÂȘme Ă la mort, se levaient devant moi, comme les bourreaux qui disent Ă un condamnĂ© - " Voici trois heures et demie qui sonnent. " Leurs clercs avaient le droit de s'emparer de moi, de griffonner mon nom, de le salir, de s'en moquer. JE DEVAIS! Devoir, est-ce donc s'appartenir? D'autres hommes ne pouvaient-ils pas me demander compte de ma vie? pourquoi j'avais mangĂ© des puddings Ă la chipolata , pourquoi je buvais Ă la glace? pourquoi je dormais, marchais, pensais, m'amusais sans les payer? Au milieu d'une poĂ©sie, au sein d'une idĂ©e, ou Ă dĂ©jeuner, entourĂ© d'amis, de joie, de douces railleries, je pouvais voir entrer un monsieur en habit marron, tenant Ă la main un chapeau rĂÂąpĂ©. Ce monsieur sera ma dette, ce sera ma lettre de change, un spectre qui flĂ©trira ma joie, me forcera de quitter la table pour lui parler; il m'enlĂšvera ma gaietĂ©, ma maĂtresse, tout jusqu'Ă mon lit. Le remords est plus tolĂ©rable, il ne nous met ni dans la rue ni Ă Sainte-PĂ©lagie, il ne nous plonge pas dans cette exĂ©crable sentine du vice, il ne nous jette qu'Ă l'Ă©chafaud oĂÂč le bourreau anoblit au moment de notre supplice, tout le monde croit Ă notre innocence; tandis que la sociĂ©tĂ© ne laisse pas une vertu au dĂ©bauchĂ© sans argent. Puis ces dettes Ă deux pattes, habillĂ©es de drap vert, portant des lunettes bleues ou des parapluies multicolores; ces dettes incarnĂ©es avec lesquelles nous nous trouvons face Ă face au coin d'une rue, au moment oĂÂč nous sourions, ces gens allaient avoir l'horrible privilĂšge de dire - " Monsieur de Valentin me doit et ne me paie pas. Je le tiens. Ah! qu'il n'ait pas l'air de me faire mauvaise mine! " Il faut saluer nos crĂ©anciers, les saluer avec grĂÂące. " Quand me paierez-vous? " disent-ils. Et nous sommes dans l'obligation de mentir, d'implorer un autre homme pour de l'argent, de nous courber devant un sot assis sur sa caisse, de recevoir son froid regard, son regard de sangsue plus odieux qu'un soufflet, de subir sa morale de BarĂšme et sa crasse ignorance. Une dette est une oeuvre d'imagination qu'ils ne comprennent pas. Des Ă©lans de l'ĂÂąme entraĂnent, subjuguent souvent un emprunteur, tandis que rien de grand ne subjugue, rien de gĂ©nĂ©reux ne guide ceux qui vivent dans l'argent et ne connaissent que l'argent. J'avais horreur de l'argent. Enfin la lettre de change peut se mĂ©tamorphoser en vieillard chargĂ© de famille, flanquĂ© de vertus. Je devrais peut-ĂÂȘtre Ă un vivant tableau de Greuze, Ă un paralytique environnĂ© d'enfants, Ă la veuve d'un soldat, qui tous me tendront des mains suppliantes. Terribles crĂ©anciers avec lesquels il faut pleurer, et quand nous les avons payĂ©s, nous leur devons encore des secours. La veille de l'Ă©chĂ©ance, je m'Ă©tais couchĂ© dans ce calme faux des gens qui dorment avant leur exĂ©cution, avant un duel, ils se laissent toujours bercer par une menteuse espĂ©rance. Mais en me rĂ©veillant, quand je fus de sang-froid, quand je sentis mon ĂÂąme emprisonnĂ©e dans le portefeuille d'un banquier, couchĂ©e sur des Ă©tats, Ă©crite Ă l'encre rouge, mes dettes jaillirent partout comme des sauterelles; elles Ă©taient dans ma pendule, sur mes fauteuils, ou incrustĂ©es dans les meubles desquels je me servais avec le plus de plaisir. Devenus la proie des harpies du ChĂÂątelet, ces doux esclaves matĂ©riels allaient donc ĂÂȘtre enlevĂ©s par des recors, et brutalement jetĂ©s sur la place. Ah! ma dĂ©pouille Ă©tait encore moi-mĂÂȘme. La sonnette de mon appartement retentissait dans mon coeur, elle me frappait oĂÂč l'on doit frapper les rois, Ă la tĂÂȘte. C'Ă©tait un martyre, sans le ciel pour rĂ©compense. Oui, pour un homme gĂ©nĂ©reux, une dette est l'enfer, mais l'enfer avec des huissiers et des agents d'affaires. Une dette impayĂ©e est la bassesse, un commencement de friponnerie, et pis que tout cela, un mensonge! elle Ă©bauche des crimes, elle assemble les madriers de l'Ă©chafaud. Mes lettres de change furent protestĂ©es. Trois jours aprĂšs je les payai; voici comment. Un spĂ©culateur vint me proposer de lui vendre l'Ăle que je possĂ©dais dans la Loire et oĂÂč Ă©tait le tombeau de ma mĂšre. J'acceptai. En signant le contrat chez le notaire de mon acquĂ©reur, je sentis au fond de l'Ă©tude obscure une fraĂcheur semblable Ă celle d'une cave. Je frissonnai en reconnaissant le mĂÂȘme froid humide qui m'avait saisi sur le bord de la fosse oĂÂč gisait mon pĂšre. J'accueillis ce hasard comme un funeste prĂ©sage. Il me semblait entendre la voix de ma mĂšre et voir son ombre; je ne sais quelle puissance faisait retentir vaguement mon propre nom dans mon oreille, au milieu d'un bruit de cloches! Le prix de mon Ăle me laissa toutes dettes payĂ©es, deux mille francs. Certes, j'eusse pu revenir Ă la paisible existence du savant, retourner Ă ma mansarde aprĂšs avoir expĂ©rimentĂ© la vie, y revenir la tĂÂȘte pleine d'observations immenses et jouissant dĂ©jĂ d'une espĂšce de rĂ©putation. Mais Foedora n'avait pas lĂÂąchĂ© sa proie. Nous nous Ă©tions souvent trouvĂ©s en prĂ©sence. Je lui faisais corner mon nom aux oreilles par ses amants Ă©tonnĂ©s de mon esprit, de mes chevaux, de mes succĂšs, de mes Ă©quipages. Elle restait froide et insensible Ă tout, mĂÂȘme Ă cette horrible phrase Il se tue pour vous! dite par Rastignac. Je chargeais le monde entier de ma vengeance, mais je n'Ă©tais pas heureux! En creusant ainsi la vie jusqu'Ă la fange, j'avais toujours senti davantage les dĂ©lices d'un amour partagĂ©, j'en poursuivais le fantĂÂŽme Ă travers les hasards de mes dissipations, au sein des orgies. Pour mon malheur, j'Ă©tais trompĂ© dans mes belles croyances, j'Ă©tais puni de mes bienfaits par l'ingratitude, rĂ©compensĂ© de mes fautes par mille plaisirs. Sinistre philosophie, mais vraie pour dĂ©bauchĂ©! Enfin Foedora m'avait communiquĂ© la lĂšpre de sa vanitĂ©. Le dĂ©mon m'avait imprimĂ© son ergot au front. Il m'Ă©tait dĂ©sormais impossible de me passer des tressaillements continuels d'une vie Ă tout moment risquĂ©e, et des exĂ©crables raffinements de la richesse. Riche Ă millions, j'aurais toujours jouĂ©, mangĂ©, couru. Je ne voulais plus rester seul avec moi-mĂÂȘme. J'avais besoin de courtisanes, de faux amis de vin, de bonne chĂšre pour m'Ă©toudir. Les liens qui attachent un homme Ă la famille Ă©taient brisĂ©s en moi pour toujours. GalĂ©rien du plaisir, je devais accomplir ma destinĂ©e de suicide. Pendant les derniers jours de ma fortune, je fis chaque soir des excĂšs incroyables; mais, chaque matin, la mort me rejetait dans la vie. Semblable Ă un rentier viager, j'aurais pu passer tranquillement dans un incendie. Enfin je me trouvai seul avec une piĂšce de vingt francs, je me souvins alors du bonheur de Rastignac... - HĂ©! HĂ©! s'Ă©cria-t-il en pensant tout Ă coup Ă son talisman qu'il tira de sa poche. Soit que, fatiguĂ© des luttes de cette longue journĂ©e, il n'eĂ»t plus la force de gouverner son intelligence dans les flots de vin et de punch; soit qu'exaspĂ©rĂ© par l'image de sa vie, il se fĂ»t insensiblement enivrĂ© par le torrent de ses paroles, RaphaĂl s'anima, s'exalta comme un homme complĂštement privĂ© de raison. - Au diable la mort! s'Ă©cria-t-il en brandissant la Peau. Je veux vivre maintenant! je suis riche, j'ai toutes les vertus. Rien ne me rĂ©sistera. Qui ne serait pas bon quand il peut tout? HĂ©! hĂ©! OhĂ©! J'ai souhaitĂ© deux cent mille livres de rente, je les aurai. Saluez-moi, pourceaux qui vous vautrez sur ces tapis comme sur du fumier! Vous m'appartenez, fameuse propriĂ©tĂ©! je suis riche, je peux vous acheter tous, mĂÂȘme le dĂ©putĂ© qui ronfle lĂ . Allons, canaille de la haute sociĂ©tĂ©, bĂ©nissez-moi! je suis pape. En ce moment les exclamations de RaphaĂl, jusque-lĂ couvertes par la basse continue des ronflements, furent entendues soudain. La plupart des dormeurs se rĂ©veillĂšrent en criant, ils virent l'interrupteur mal assurĂ© sur ses jambes, et maudirent sa bruyante ivresse par un concert de jurements. Taisez-vous! reprit RaphaĂl. Chiens, Ă vos niches! Emile, j'ai des trĂ©sors, je te donnerai des cigares de la Havane. - Je t'entends, rĂ©pondit le poĂšte, Foedora ou la mort Va ton train! Cette sucrĂ©e de Foedora t'a trompĂ©. Toutes les femmes sont filles d'Eve. Ton histoire n'est pas du tout dramatique. - Ah! tu dormais, sournois? - Non! Foedora ou la mort, j'y suis. - RĂ©veille-toi, s'Ă©cria RaphaĂl en frappant Emile avec la Peau de chagrin comme s'il voulait en tirer du fluide Ă©lectrique. - Tonnerre! dit Emile en se levant et en saisissant RaphaĂl Ă bras-le-corps, mon ami, songe donc que tu es avec des femmes de mauvaise vie. - Je suis millionnaire. - Si tu n'es pas millionnaire, tu es bien certainement ivre. - Ivre du pouvoir. Je peux te tuer! Silence, je suis NĂ©ron! je suis Nabuchodonosor! - Mais, RaphaĂl, nous sommes en mĂ©chante compagnie, tu devrais rester silencieux, par dignitĂ©. - Ma vie a Ă©tĂ© un trop long silence. Maintenant, je vais me venger du monde entier. Je ne m'amuserai pas Ă dissiper de vils Ă©cus, j'imiterai, je rĂ©sumerai mon Ă©poque en consommant des vies humaines, et des intelligences, des ĂÂąmes. VoilĂ un luxe qui n'est pas mesquin, n'est-ce pas l'opulence de la peste! je lutterai avec la fiĂšvre jaune, bleue, verte, avec les armĂ©es, avec les Ă©chafauds. Je puis avoir Foedora. Mais non, je ne veux pas de Foedora, c'est ma maladie, je meurs de Foedora! Je veux oublier Foedora. - Si tu continues Ă crier, je t'emporte dans la salle Ă manger. - Vois-tu cette Peau? c'est le testament de Salomon. Il est Ă moi, Salomon, ce petit cuistre de roi! J'ai l'Arabie, PĂ©trĂ©e encore. L'univers Ă moi. Tu es Ă moi, si je veux. Ah! si je veux, prends garde! je peux acheter toute ta boutique de journaliste, tu seras mon valet. Tu me feras des couplets, tu rĂ©gleras mon papier. Valet! valet , cela veut dire il se porte bien, parce qu'il ne pense Ă rien. A ce mot, Emile emporta RaphaĂl dans la salle Ă manger. - Eh! bien, oui, mon ami, lui dit-il, je suis ton valet. Mais tu vas ĂÂȘtre rĂ©dacteur en chef d'un journal, tais-toi! sois dĂ©cent, par considĂ©ration pour moi! M'aimes-tu? - Si je t'aime! Tu auras des cigares de la Havane, avec cette Peau. Toujours la Peau, mon ami, la Peau souveraine! Excellent topique, je peux guĂ©rir les cors. As-tu des cors? je te les ĂÂŽte. - Jamais je ne l'ai vu si stupide. - Stupide, mon ami? Non. Cette Peau se rĂ©trĂ©cit quand j'ai un dĂ©sir... c'est une antiphrase. Le brachmane, il se trouve un brachmane lĂ -dessous! le brachmane donc Ă©tait un goguenard, parce que les dĂ©sirs, vois-tu, doivent Ă©tendre... - Eh! bien, oui. - Je te dis... - Oui, cela est trĂšs vrai, je pense comme toi. Le dĂ©sir Ă©tend... - Je te dis, la Peau... - Oui. - Tu ne me crois pas. Je te connais, mon ami, tu es menteur comme un nouveau roi. - Comment veux-tu que j'adopte les divagations de ton ivresse? - Je te parie, je peux te le prouver. Prenons la mesure. - Allons, il ne s'endormira pas, s'Ă©cria Emile en voyant RaphaĂl occupĂ© Ă fureter dans la salle Ă manger. Valentin animĂ© d'une adresse de singe, grĂÂące Ă cette singuliĂšre luciditĂ© dont les phĂ©nomĂšnes contrastent parfois chez les ivrognes avec les obtuses visions de l'ivresse, sut trouver une Ă©critoire et une serviette, en rĂ©pĂ©tant toujours - Prenons la mesure! Prenons la mesure! - Eh! bien, oui, reprit Emile, prenons la mesure! Les deux amis Ă©tendirent la serviette et y superposĂšrent la Peau de chagrin. Emile, dont la main semblait ĂÂȘtre plus assurĂ©e que celle de RaphaĂl, dĂ©crivit Ă la plume, par une ligne d'encre, les contours du talisman, pendant que son ami lui disait - J'ai souhaitĂ© deux cent mille livres de rente, n'est-il pas vrai? Eh! bien, quand je les aurai, tu verras la diminution de tout mon chagrin. - Oui, maintenant dors. Veux-tu que je t'arrange sur ce canapĂ©? Allons, es-tu bien? - Oui, mon nourrisson de la Presse. Tu m'amuseras, tu chasseras mes mouches. L'ami du malheur a droit d'ĂÂȘtre l'ami du pouvoir. Aussi, te donnerai-je des ci... ga... res... de la Hav... - Allons, cuve ton or, millionnaire. - Toi, cuve tes articles. Bonsoir. Dis donc bonsoir Ă Nabuchodonosor? Amour! A boire! France... gloire et riche... Riche... BientĂÂŽt les deux amis unirent leurs ronflements Ă la musique qui retentissait dans les salons. Concert inutile! Les bougies s'Ă©teignirent une Ă une en faisant Ă©clater leurs bobĂšches de cristal. La nuit enveloppa d'un crĂÂȘpe cette longue orgie dans laquelle le rĂ©cit de RaphaĂl avait Ă©tĂ© comme une orgie de paroles, de mots sans idĂ©es, et d'idĂ©es auxquelles les expressions avaient souvent manquĂ©. Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bĂÂąillant, fatiguĂ©e, et les joues marbrĂ©es par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tĂÂȘte avait reposĂ©. Euphrasie, rĂ©veillĂ©e par le mouvement de sa compagne, se dressa tout Ă coup en jetant un cri rauque; sa jolie figure si blanche, si fraĂche la veille, Ă©tait jaune et pĂÂąle comme celle d'une fille allant Ă l'hĂÂŽpital. Insensiblement les convives se remuĂšrent en poussant des gĂ©missements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablĂšrent Ă leur rĂ©veil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenĂÂȘtres des salons. L'assemblĂ©e se trouva sur pied, rappelĂ©e Ă la vie par les chauds rayons du soleil qui pĂ©tilla sur les tĂÂȘtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisĂ© l'Ă©lĂ©gant Ă©difice de leurs coiffures et fanĂ© leurs toilettes, les femmes frappĂ©es par l'Ă©clat du jour prĂ©sentĂšrent un hideux spectacle leurs cheveux pendaient sans grĂÂące, leurs physionomies avaient changĂ© d'expression, leurs yeux si brillants Ă©taient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'Ă©clat aux lumiĂšres faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles, quand elles sont reposĂ©es, Ă©taient devenues vertes; les bouches naguĂšre dĂ©licieuses et rouges, maintenant sĂšches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maĂtresses nocturnes Ă les voir ainsi dĂ©colorĂ©es, cadavĂ©reuses comme des fleurs Ă©crasĂ©es dans une rue aprĂšs le passage des processions. Ces hommes dĂ©daigneux Ă©taient plus horribles encore. Vous eussiez frĂ©mi de voir ces faces humaines, aux yeux caves et cernĂ©s qui semblaient ne rien voir, engourdies par le vin, hĂ©bĂ©tĂ©es par un sommeil gĂÂȘnĂ©, plus fatigant que rĂ©parateur. Ces visages hĂÂąves oĂÂč paraissaient Ă nu les appĂ©tits physiques sans la poĂ©sie dont les dĂ©core notre ĂÂąme, avaient je ne sais quoi de fĂ©roce et de froidement bestial. Ce rĂ©veil du vice sans vĂÂȘtement ni fard, ce squelette du mal dĂ©guenillĂ©, froid, vide et privĂ© des sophismes de l'esprit ou des enchantements du luxe, Ă©pouvanta ces intrĂ©pides athlĂštes, quelque habituĂ©s qu'ils fussent Ă lutter avec la dĂ©bauche. Artistes et courtisanes gardĂšrent le silence en examinant d'un oeil hagard le dĂ©sordre de l'appartement oĂÂč tout avait Ă©tĂ© dĂ©vastĂ©, ravagĂ© par le feu des passions. Un rire satanique s'Ă©leva tout Ă coup lorsque Taillefer, entendant le rĂÂąle sourd de ses hĂÂŽtes, essaya de les saluer par une grimace; son visage en sueur et sanguinolent fit planer sur cette scĂšne infernale l'image du crime sans remords. Voir l'Auberge rouge . Le tableau fut complet. C'Ă©tait la vie fangeuse au sein du luxe, un horrible mĂ©lange des pompes et des misĂšres humaines, le rĂ©veil de la dĂ©bauche, quand de ses mains fortes elle a pressĂ© tous les fruits de la vie, pour ne laisser autour d'elle que d'ignobles dĂ©bris ou des mensonges auxquels elle ne croit plus. Vous eussiez dit la Mort souriant au milieu d'une famille pestifĂ©rĂ©e plus de parfums ni de lumiĂšres Ă©tourdissantes, plus de gaietĂ© ni de dĂ©sirs; mais le dĂ©goĂ»t avec ses odeurs nausĂ©abondes et sa poignante philosophie, mais le soleil Ă©clatant comme la vĂ©ritĂ©, mais un air pur comme la vertu, qui contrastaient avec une atmosphĂšre chaude, chargĂ©e de miasmes, les miasmes d'une orgie! MalgrĂ© leur habitude du vice, plusieurs de ces jeunes filles pensĂšrent Ă leur rĂ©veil d'autrefois, quand innocentes et pures elles entrevoyaient par leurs croisĂ©es champĂÂȘtres ornĂ©es de chĂšvrefeuilles et de roses, un frais paysage enchantĂ© par les joyeuses roulades de l'alouette, vaporeusement illuminĂ© par les lueurs de l'aurore et parĂ© des fantaisies de la rosĂ©e. D'autres se peignirent le dĂ©jeuner de la famille, la table autour de laquelle riaient innocemment les enfants et le pĂšre, oĂÂč tout respirait un charme indĂ©finissable, oĂÂč les mets Ă©taient simples comme les coeurs. Un artiste songeait Ă la paix de son atelier, Ă sa chaste statue, au gracieux modĂšle qui l'attendait. Un jeune homme, se souvenant du procĂšs d'oĂÂč dĂ©pendait le sort d'une famille, pensait Ă la transaction importante qui rĂ©clamait sa prĂ©sence. Le savant regrettait son cabinet oĂÂč l'appelait un noble ouvrage. Presque tous se plaignaient d'eux-mĂÂȘmes. En ce moment, Emile, frais et rose comme le plus joli des commis-marchands d'une boutique en vogue, apparut en riant. - Vous ĂÂȘtes plus laids que des recors, s'Ă©cria-t-il. Vous ne pourrez rien faire aujourd'hui; la journĂ©e est perdue, m'est avis de dĂ©jeuner. A ces mots, Taillefer sortit pour donner des ordres. Les femmes allĂšrent languissamment rĂ©tablir le dĂ©sordre de leurs toilettes devant les glaces. Chacun se secoua. Les plus vicieux prĂÂȘchĂšrent les plus sages. Les courtisanes se moquĂšrent de ceux qui paraissaient ne pas se trouver de force Ă continuer ce rude festin. En un moment, ces spectres s'animĂšrent, formĂšrent des groupes, s'interrogĂšrent et sourirent. Quelques valets habiles et lestes remirent promptement les meubles et chaque chose en sa place. Un dĂ©jeuner splendide fut servi. Les convives se ruĂšrent alors dans la salle Ă manger. LĂ , si tout porta l'empreinte ineffaçable des excĂšs de la veille, au moins y eut-il trace d'existence et de pensĂ©e comme dans les derniĂšres convulsions d'un mourant. Semblable au convoi du mardi gras, la saturnale Ă©tait enterrĂ©e par des masques fatiguĂ©s de leurs danses, ivres de l'ivresse, et voulant convaincre le plaisir d'impuissance pour ne pas s'avouer la leur. Au moment oĂÂč cette intrĂ©pide assemblĂ©e borda la table du capitaliste, Cardot, qui, la veille, avait disparu prudemment aprĂšs le dĂner, pour finir son orgie dans le lit conjugal, montra sa figure officieuse sur laquelle errait un doux sourire. Il semblait avoir devinĂ© quelque succession Ă dĂ©guster, Ă partager, Ă inventorier, Ă grossoyer, une succession pleine d'actes Ă faire, grosse d'honoraires, aussi juteuse que le filet tremblant dans lequel l'amphitryon plongeait alors son couteau. - Oh! oh! nous allons dĂ©jeuner par-devant notaire, s'Ă©cria de Cursy. - Vous arrivez Ă propos pour coter et parapher toutes ces piĂšces, lui dit le banquier en lui montrant le festin. - Il n'y a pas de testament Ă faire, mais pour des contrats de mariage, peut-ĂÂȘtre! dit le savant qui pour la premiĂšre fois depuis un an s'Ă©tait supĂ©rieurement mariĂ©. - Oh! oh! - Ah! ah! - Un instant, rĂ©pliqua Cardot assourdi par un choeur de mauvaises plaisanteries, je viens ici pour affaire sĂ©rieuse porte six millions Ă l'un de vous. Silence profond. Monsieur, dit-il en s'adressant Ă RaphaĂl, qui, dans ce moment, s'occupait sans cĂ©rĂ©monie Ă s'essuyer les yeux avec un coin de sa serviette, madame votre mĂšre n'Ă©tait-elle pas une demoiselle O'Flaharty? - Oui, rĂ©pondit RaphaĂl assez machinalement, Barbe Marie . - Avez-vous ici, reprit Cardot, votre acte de naissance et celui de madame de Valentin? - Je le crois. - Eh! bien, monsieur, vous ĂÂȘtes seul et unique hĂ©ritier du major O'Flaharty, dĂ©cĂ©dĂ© en aoĂ»t 1828, Ă Calcutta. - C'est une fortune incalculable s'Ă©cria le jugeur. - Le major ayant disposĂ© par son testament de plusieurs sommes en faveur de quelques Ă©tablissements publics, sa succession a Ă©tĂ© rĂ©clamĂ©e Ă la Compagnie des Indes par le gouvernement français, reprit le notaire. Elle est en ce moment liquide et palpable. Depuis quinze jours je cherchais infructueusement les ayants cause de la demoiselle Barbe-Marie O'Flaharty, lorsque hier Ă table... En ce moment, RaphaĂl se leva soudain en laissant Ă©chapper le mouvement brusque d'un homme qui reçoit une blessure. Il se fit comme une acclamation silencieuse, le premier sentiment des convives fut dictĂ© par une sourde envie, tous les yeux se tournĂšrent vers lui comme autant de flammes. Puis, un murmure, semblable Ă celui d'un parterre qui se courrouce, une rumeur d'Ă©meute commença, grossit, et chacun dit un mot pour saluer cette fortune immense apportĂ©e par le notaire. Rendu Ă toute sa raison par la brusque obĂ©issance du sort, RaphaĂl Ă©tendit promptement sur la table la serviette avec laquelle il avait mesurĂ©, naguĂšre, la Peau de chagrin. Sans rien Ă©couter, il y superposa le talisman, et frissonna violemment en voyant une petite distance entre le contour tracĂ© sur le linge et celui de la Peau. - HĂ© bien! qu'a-t-il donc! s'Ă©cria Taillefer, il a sa fortune Ă bon compte. - Soutiens-le, ChĂÂątillon , dit Biniou Ă Emile, la joie va le tuer. Une horrible pĂÂąleur dessina tous les muscles de la figure flĂ©trie de cet hĂ©ritier, ses traits se contractĂšrent, les saillies de son visage blanchirent, les creux devinrent sombres, le masque fut livide, et les yeux se fixĂšrent. Il voyait la MORT. Ce banquier splendide entourĂ© de courtisanes fanĂ©es, de visages rassasiĂ©s, cette agonie de la joie, Ă©tait une vivante image de sa vie. RaphaĂl regarda trois fois le talisman qui jouait Ă l'aise dans les impitoyables lignes imprimĂ©es sur la serviette, il essayait de douter; mais un clair pressentiment anĂ©antissait son incrĂ©dulitĂ©. Le monde lui appartenait, il pouvait tout et ne voulait plus rien. Comme un voyageur au milieu du dĂ©sert, il avait un peu d'eau pour la soif et devait mesurer sa vie au nombre des gorgĂ©es. Il voyait ce que chaque dĂ©sir devait lui coĂ»ter de jours. Puis il croyait Ă la Peau de chagrin, il s'Ă©coutait respirer, il se sentait dĂ©jĂ malade, il se demandait Ne suis-je pas pulmonique? Ma mĂšre n'est-elle pas morte de la poitrine? - Ah! ah! RaphaĂl, vous allez bien vous amuser! Que me donnerez-vous? disait Aquilina. - Buvons Ă la mort de son oncle, le major Martin O'Flaharty? VoilĂ un homme. - Il sera pair de France. - Bah! qu'est-ce qu'un pair de France aprĂšs juillet? dit le jugeur. - Auras-tu loge aux Bouffons? - J'espĂšre que vous nous rĂ©galerez tous, dit Biniou. - Un homme comme lui sait faire grandement les choses, dit Emile. Le hourra de cette assemblĂ©e rieuse rĂ©sonnait aux oreilles de Valentin sans qu'il pĂ»t saisir le sens d'un seul mot; il pensait vaguement Ă l'existence mĂ©canique et sans dĂ©sirs d'un paysan de Bretagne, chargĂ© d'enfants, labourant son champ, mangeant du sarrazin, buvant du cidre Ă mĂÂȘme son pichĂ© , croyant Ă la Vierge et au roi, communiant Ă PĂÂąques, dansant le dimanche sur une pelouse verte et ne comprenant pas le sermon de son recteur . Le spectacle offert en ce moment Ă ses regards, ces lambris dorĂ©s, ces courtisanes, ce repas, ce luxe, le prenaient Ă la gorge et le faisaient tousser. - DĂ©sirez-vous des asperges? lui cria le banquier. - Je ne dĂ©sire rien , lui rĂ©pondit RaphaĂl d'une voix tonnante. - Bravo! rĂ©pliqua Taillefer. Vous comprenez la fortune, elle est un brevet d'impertinence. Vous ĂÂȘtes des nĂÂŽtres! Messieurs, buvons Ă la puissance de l'or. Monsieur de Valentin devenu six fois millionnaire arrive au pouvoir. Il est roi, il peut tout, il est au-dessus de tout, comme sont tous les riches. Pour lui dĂ©sormais, LES FRANĂâĄAIS SONT EGAUX DEVANT LA LOI est un mensonge inscrit en tĂÂȘte de la Charte. Il n'obĂ©ira pas aux lois, les lois lui obĂ©iront. Il n'y a pas d'Ă©chafaud, pas de bourreaux pour les millionnaires! - Oui, rĂ©pliqua RaphaĂl, ils sont eux-mĂÂȘmes leurs bourreaux! - Encore un prĂ©jugĂ©! cria le banquier. - Buvons, dit RaphaĂl en mettant le talisman dans sa poche. - Que fais-tu lĂ ? dit Emile en lui arrĂÂȘtant la main. Messieurs, ajouta-t-il en s'adressant Ă l'assemblĂ©e assez surprise des maniĂšres de RaphaĂl, apprenez que notre ami de Valentin, que dis-je? MONSIEUR LE MARQUIS DE VALENTIN, possĂšde un secret pour faire fortune. Ses souhaits sont accomplis au moment mĂÂȘme oĂÂč il les forme. A moins de passer pour un laquais, pour un homme sans coeur, il va nous enrichir tous. - Ah! mon petit RaphaĂl, je veux une parure de perles, s'Ă©cria Euphrasie. - S'il est reconnaissant, il me donnera deux voitures attelĂ©es de beaux chevaux et qui aillent vite! dit Aquilina. - Souhaitez cent mille livres de rente pour moi. - Des cachemires! - Payez mes dettes! - Envoie une apoplexie Ă mon oncle, le grand sec! - RaphaĂl, je te tiens quitte Ă dix mille livres de rente. - VoilĂ bien des donations! s'Ă©cria le notaire. - Il devrait bien me guĂ©rir de la goutte. - Faites baisser les rentes, s'Ă©cria le banquier. Toutes ces phrases partirent comme les gerbes du bouquet qui termine un feu d'artifice. Ces furieux dĂ©sirs Ă©taient peut-ĂÂȘtre plus sĂ©rieux que plaisants. - Mon cher ami, dit Emile d'un air grave, je me contenterai de deux cent mille livres de rente, exĂ©cute-toi de bonne grĂÂące, allons! - Emile, dit RaphaĂl, tu ne sais donc pas Ă quel prix? - Belle excuse! s'Ă©cria le poĂšte. Ne devons-nous pas nous sacrifier pour nos amis? - J'ai presque envie de souhaiter votre mort Ă tous, rĂ©pondit Valentin en jetant un regard sombre et profond sur les convives. - Les mourants sont furieusement cruels, dit Emile en riant. Te voilĂ riche, ajouta-t-il sĂ©rieusement, eh! bien, je ne te donne pas deux mois pour devenir fangeusement Ă©goĂÂŻste. Tu es dĂ©jĂ stupide, tu ne comprends pas une plaisanterie. Il ne te manque plus que de croire Ă ta Peau de chagrin. RaphaĂl, qui craignit les moqueries de cette assemblĂ©e, garda le silence, but outre mesure et s'enivra pour oublier un moment sa funeste puissance. III. L'Agonie Dans les premiers jours du mois de dĂ©cembre, un vieillard septuagĂ©naire allait, malgrĂ© la pluie, par la rue de Varennes en levant le nez Ă la porte de chaque hĂÂŽtel, et cherchant l'adresse de monsieur le marquis RaphaĂl de Valentin, avec la naĂÂŻvetĂ© d'un enfant et l'air absorbĂ© des philosophes. L'empreinte d'un violent chagrin aux prises avec un caractĂšre despotique Ă©clatait sur cette figure accompagnĂ©e de longs cheveux gris en dĂ©sordre, dessĂ©chĂ©s comme un vieux parchemin qui se tord dans le feu. Si quelque peintre eĂ»t rencontrĂ© ce singulier personnage, vĂÂȘtu de noir, maigre et ossu, sans doute, il l'aurait, de retour Ă l'atelier, transfigurĂ© sur son album, en inscrivant au-dessous du portrait poĂšte classique en quĂÂȘte d'une rime . AprĂšs avoir vĂ©rifiĂ© le numĂ©ro qui lui avait Ă©tĂ© indiquĂ©, cette vivante palingĂ©nĂ©sie de Rollin frappa doucement Ă la porte d'un magnifique hĂÂŽtel. - Monsieur RaphaĂl y est-il? demanda le bonhomme Ă un suisse en livrĂ©e. - Monsieur le marquis ne reçoit personne, rĂ©pondit le valet en avalant une Ă©norme mouillette qu'il retirait d'un large bol de cafĂ©. - Sa voiture est lĂ , rĂ©pondit le vieil inconnu en montrant un brillant Ă©quipage arrĂÂȘtĂ© sous le dais de bois qui reprĂ©sentait une tente de coutil et par lequel les marches du perron Ă©taient abritĂ©es. Il va sortir, je l'attendrai. - Ah! mon ancien, vous pourriez bien rester ici jusqu'Ă demain matin, reprit le suisse. Il y a toujours une voiture prĂÂȘte pour monsieur. Mais sortez, je vous prie, je perdrais six cents francs de rente viagĂšre si je laissais une seule fois entrer sans ordre une personne Ă©trangers Ă l'hĂÂŽtel. En ce moment, un grand vieillard dont le costume ressemblait assez Ă celui d'un huissier ministĂ©riel sortit du vestibule et descendit prĂ©cipitamment quelques marches en examinant le vieux solliciteur Ă©bahi. - Au surplus, voici monsieur Jonathas, dit le suisse. Parlez-lui. Les deux vieillards, attirĂ©s l'un vers l'autre par une sympathie ou par une curiositĂ© mutuelle, se rencontrĂšrent au milieu de la vaste cour d'honneur, Ă un rond-point oĂÂč croissaient quelques touffes d'herbe entre les pavĂ©s. Un silence effrayant rĂ©gnait dans cet hĂÂŽtel. En voyant Jonathas, vous eussiez voulu pĂ©nĂ©trer le mystĂšre qui planait sur sa figure, et dont parlaient les moindres choses dans cette maison morne. Le premier soin de RaphaĂl, en recueillant l'immense succession de son oncle, avait Ă©tĂ© de dĂ©couvrir oĂÂč vivait le vieux serviteur dĂ©vouĂ© sur l'affection duquel il pouvait compter. Jonathas pleura de joie en revoyant son jeune maĂtre auquel il croyait avoir dit un Ă©ternel adieu; mais rien n'Ă©gala son bonheur quand le marquis le promut aux Ă©minentes fonctions d'intendant. Le vieux Jonathas devint une puissance intermĂ©diaire placĂ©e entre RaphaĂl et le monde entier. Ordonnateur suprĂÂȘme de la fortune de son maĂtre, exĂ©cuteur aveugle d'une pensĂ©e inconnue, il Ă©tait comme un sixiĂšme sens Ă travers lequel les Ă©motions de la vie arrivaient Ă RaphaĂl. - Monsieur, je dĂ©sirerais parler Ă monsieur RaphaĂl, dit le vieillard Ă Jonathas en montant quelques marches du perron pour se mettre Ă l'abri de la pluie. - Parler Ă monsieur le marquis, s'Ă©cria l'intendant. A peine m'adresse-t-il la parole, Ă moi son pĂšre nourricier. - Mais je suis aussi son pĂšre nourricier, s'Ă©cria le vieil homme. Si votre femme l'a jadis allaitĂ©, je lui ai fait sucer moi-mĂÂȘme le sein des muses. Il est mon nourrisson, mon enfant, carus alumnus ! J'ai façonnĂ© sa cervelle, cultivĂ© son entendement, dĂ©veloppĂ© son gĂ©nie, et j'ose le dire, Ă mon honneur et gloire. N'est-il pas un des hommes les plus remarquables de notre Ă©poque? je l'ai eu, sous moi, en sixiĂšme, en troisiĂšme et en rhĂ©torique. Je suis son professeur. - Ah! monsieur est monsieur Porriquet. - PrĂ©cisĂ©ment. Mais monsieur... - Chut, chut! fit Jonathas Ă deux marmitons dont les voix rompaient le silence claustral dans lequel la maison Ă©tait ensevelie. - Mais, monsieur, reprit le professeur, monsieur le marquis serait-il malade? - Mon cher monsieur, rĂ©pondit Jonathas, Dieu seul sait ce qui tient mon maĂtre. Voyez-vous, il n'existe pas Ă Paris deux maisons semblables Ă la nĂÂŽtre. Entendez-vous? deux maisons. Ma foi, non. Monsieur le marquis a fait acheter cet hĂÂŽtel qui appartenait prĂ©cĂ©demment Ă un duc et pair. Il a dĂ©pensĂ© trois cent mille francs pour le meubler. Voyez-vous? c'est une somme, trois cent mille francs. Mais chaque piĂšce de notre maison est un vrai miracle. Bon! me suis-je dit en voyant cette magnificence, c'est comme chez dĂ©funt monsieur son grand-pĂšre! Le jeune marquis va recevoir la ville et la cour! Point. Monsieur n'a voulu voir personne. Il mĂšne une drĂÂŽle de vie, monsieur Porriquet, entendez-vous? une vie inconciliable. Monsieur se lĂšve tous les jours Ă la mĂÂȘme heure. Il n'y a que moi, moi seul, voyez-vous? qui puisse entrer dans sa chambre. J'ouvre Ă sept heures, Ă©tĂ© comme hiver. Cela est convenu singuliĂšrement. Etant entrĂ©, je lui dis Monsieur le marquis, il faut vous rĂ©veiller et vous habiller. Il se rĂ©veille et s'habille. Je dois lui donner sa robe de chambre, toujours faite de la mĂÂȘme façon et de la mĂÂȘme Ă©toffe. Je suis obligĂ© de la remplacer quand elle ne pourra plus servir, rien que pour lui Ă©viter la peine d'en demander une neuve. C'te imagination! Au fait, il a mille francs Ă manger par jour, il fait ce qu'il veut, ce cher enfant. D'ailleurs, je l'aime tant, qu'il me donnerait un soufflet sur la joue droite, je lui tendrais la gauche! Il me dirait de faire des choses plus difficiles, je les ferais encore, entendez-vous? Au reste, il m'a chargĂ© de tant de vĂ©tilles, que j'ai de quoi m'occuper. Il lit les journaux, pas vrai? Ordre de les mettre au mĂÂȘme endroit, sur la mĂÂȘme table. Je viens aussi, Ă la mĂÂȘme heure, lui faire moi-mĂÂȘme la barbe et je ne tremble pas. Le cuisinier perdrait mille Ă©cus de rente viagĂšre qui l'attendent aptes la mort de monsieur, si le dĂ©jeuner ne se trouvait pas inconciliablement servi devant monsieur, Ă dix heures, tous les matins, et le dĂner Ă cinq heures prĂ©cises. Le menu est dressĂ© pour l'annĂ©e entiĂšre, jour par jour. Monsieur le marquis n'a rien Ă souhaiter. Il a des fraises quand il y a des fraises, et le premier maquereau qui arrive Ă Paris, il le mange. Le programme est imprimĂ©, il sait le matin son dĂner par coeur. Pour lors, il s'habille Ă la mĂÂȘme heure avec les mĂÂȘmes habits, le mĂÂȘme linge, posĂ©s toujours par moi, entendez-vous? sur le mĂÂȘme fauteuil. Je dois encore veiller Ă ce qu'il ait toujours le mĂÂȘme drap; en cas de besoin, si sa redingote s'abĂme, une supposition, la remplacer par une autre, sans lui en dire un mot. S'il fait beau, j'entre et je dis Ă mon maĂtre Vous devriez sortir, monsieur? Il me rĂ©pond oui, ou non. S'il a idĂ©e de se promener, il n'attend pas ses chevaux, ils sont toujours attelĂ©s; le cocher reste inconciliablement, fouet en main, comme vous le voyez lĂ . Le soir, aprĂšs le dĂner, monsieur va un jour Ă l'OpĂ©ra et l'autre aux Ital... mais non, il n'est pas encore allĂ© aux Italiens, je n'ai pu me procurer une loge qu'hier. Puis, il rentre Ă onze heures prĂ©cises pour se coucher. Pendant les intervalles de la journĂ©e oĂÂč il ne fait rien, il lit, il lit toujours, voyez-vous? une idĂ©e qu'il a. J'ai ordre de lire avant lui le Journal de la librairie, afin d'acheter des livres nouveaux, afin qu'il les trouve le jour mĂÂȘme de leur vente sur sa cheminĂ©e. J'ai la consigne d'entrer d'heure en heure chez lui, pour veiller au feu, Ă tout, pour voir Ă ce que rien ne lui manque; il m'a donnĂ©, monsieur, un petit livre Ă apprendre par coeur, et oĂÂč sont Ă©crits tous mes devoirs, un vrai catĂ©chisme. En Ă©tĂ©, je dois, avec des tas de glace, maintenir la tempĂ©rature au mĂÂȘme degrĂ© de fraĂcheur, et mettre en tous temps des fleurs nouvelles partout. Il est riche! il a mille francs Ă manger par jour, il peut faire ses fantaisies. Il a Ă©tĂ© privĂ© assez longtemps du nĂ©cessaire, le pauvre enfant! Il ne tourmente personne, il est bon comme le pain, jamais il ne dit mot, mais, par exemple, silence complet Ă l'hĂÂŽtel et dans le jardin! Enfin, mon maĂtre n'a pas un seul dĂ©sir Ă former, tout marche au doigt et Ă l'oeil, et recta ! Et il a raison, si l'on ne tient pas les domestiques, tout va Ă la dĂ©bandade. Je lui dis tout ce qu'il doit faire, et il m'Ă©coute. Vous ne sauriez croire Ă quel point il a poussĂ© la chose. Ses appartements sont... en... en comment donc? ah! en enfilade. Eh bien! il ouvre, une supposition, la porte de sa chambre ou de son cabinet, crac! toutes les portes s'ouvrent d'elles-mĂÂȘmes par un mĂ©canisme. Pour lors, il peut aller d'un bout Ă l'autre de sa maison sans trouver une seule porte fermĂ©e. C'est gentil et commode et agrĂ©able pour nous autres! ĂâĄa nous a coĂ»tĂ© gros, par exemple! Enfin, finalement, monsieur Porriquet, il m'a dit " Jonathas, tu auras soin de moi comme d'un enfant au maillot. Au maillot, oui, monsieur, au maillot qu'il a dit. Tu penseras Ă mes besoins, pour moi. " je suis le maĂtre, entendez-vous? et il est quasiment le domestique. Le pourquoi? Ah! par exemple, voilĂ ce que personne au monde ne sait que lui et le bon Dieu. C'est inconciliable! - Il fait un poĂšme, s'Ă©cria le vieux professeur. - Vous croyez, monsieur, qu'il fait un poĂšme? C'est donc bien assujettissant, ça! Mais, voyez-vous, je ne crois pas. Il me rĂ©pĂšte souvent qu'il veut vivre comme une vĂ©gĂ©tation, en vergĂ©tant. Et pas plus tard qu'hier, monsieur Porriquet, il regardait une tulipe, et il disait en s'habillant " VoilĂ ma vie. Je vergĂšte, mon pauvre Jonathas. " A cette heure, d'autres prĂ©tendent qu'il est monomane . C'est inconciliable! - Tout me prouve, Jonathas, reprit le professeur avec une gravitĂ© magistrale qui imprima un profond respect au vieux valet de chambre, que votre maĂtre s'occupe d'un grand ouvrage. Il est plongĂ© dans de vastes mĂ©ditations, et ne veut pas en ĂÂȘtre distrait par les prĂ©occupations de la vie vulgaire. Au milieu de ses travaux intellectuels, un homme de gĂ©nie oublie Tout. Un jour le cĂ©lĂšbre Newton... - Ah! Newton, bien, dit Jonathas. Je ne le connais pas. - Newton, un grand gĂ©omĂštre, reprit Porriquet, passa vingt-quatre heures, le coude appuyĂ© sur une table; quand il sortit de sa rĂÂȘverie, il croyait le lendemain ĂÂȘtre encore Ă la veille, comme s'il eĂ»t dormi. je vais aller le voir, ce cher enfant, je peux lui ĂÂȘtre utile. - Minute, s'Ă©cria Jonathas. Vous seriez le roi de France, l'ancien, s'entend! que vous n'entreriez pas Ă moins de forcer les portes et de me marcher sur le corps mais, monsieur Porriquet, je cours lui dire que vous ĂÂȘtes lĂ , et je lui demanderai comme ça Faut-il le faire monter? Il rĂ©pondra oui ou non . Jamais je ne lui dis Souhaitez-vous? voulez-vous? dĂ©sirez-vous? Ces mots-lĂ sont rayĂ©s de la conversation. Une fois il m'en est Ă©chappĂ© un. - Veux-tu me faire mourir? m'a-t-il dit, tout en colĂšre. Jonathas laissa le vieux professeur dans le vestibule, en lui faisant signe de ne pas avancer; mais il revint promptement avec une rĂ©ponse favorable, et conduisit le vieil Ă©mĂ©rite Ă travers de somptueux appartements dont toutes les portes Ă©taient ouvertes. Porriquet aperçut de loin son Ă©lĂšve au coin d'une cheminĂ©e. EnveloppĂ© d'une robe de chambre Ă grands dessins, et plongĂ© dans un fauteuil Ă ressorts, RaphaĂl lisait le journal. L'extrĂÂȘme mĂ©lancolie Ă laquelle il paraissait ĂÂȘtre en proie Ă©tait exprimĂ©e par l'attitude maladive de son corps affaissĂ©; elle Ă©tait peinte sur son front, sur son visage pĂÂąle comme une fleur Ă©tiolĂ©e. Une sorte de grĂÂące effĂ©minĂ©e et les bizarreries particuliĂšres aux malades riches distinguaient sa personne. Ses mains, semblables Ă celles d'une jolie femme, avaient une blancheur molle et dĂ©licate. Ses cheveux blonds, devenus rares, se bouclaient autour de ses tempes par une coquetterie recherchĂ©e. Une calotte grecque, entraĂnĂ©e par un gland trop lourd pour le lĂ©ger cachemire dont elle Ă©tait faite, pendait sur un cĂÂŽtĂ© de sa tĂÂȘte. Il avait laissĂ© tomber Ă ses pieds le couteau de malachite enrichi d'or dont il s'Ă©tait servi pour couper les feuillets d'un livre. Sur ses genoux Ă©tait le bec d'ambre d'un magnifique houka de l'Inde dont les spirales Ă©maillĂ©es gisaient comme un serpent dans sa chambre, et il oubliait d'en sucer les frais parfums. Cependant, la faiblesse gĂ©nĂ©rale de son jeune corps Ă©tait dĂ©mentie par des yeux bleus oĂÂč toute la vie semblait s'ĂÂȘtre retirĂ©e, oĂÂč brillait un sentiment
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Quelquesinfos en vue de la prĂ©paration de l'atelier gratuit FFB prĂ©vu prĂšs du Mans les 30 avril et 1er mai prochain (adresse prĂ©cise : Maison de quartier du GuĂ© Perray, 1 allĂ©e du pont des arts 72560 CHANGĂ ) A priori, c'est Jean CROISER qui animera l 'atelier. La salle est grande 180 m2, lumineuse et peut ĂȘtre sĂ©parĂ©e en deux (une
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apavelyon rive droite; horaire caisse station essence super u. ۏ۱ŰčŰ© ۧÙۧ۱ۏÙÙÙ ÙÙۧÙŰȘ۔ۧۚ maio 31, 2022 ; carte sd nintendo dsi non reconnue Sem ComentĂĄrios Sem ComentĂĄrios
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Retrouvez toutes les informations sur la Decheterie de Change horaire et jour d'ouverture, adresse et numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. Cette dĂ©chetterie dessert une population totale de 20 710 habitants ainsi que 6 communes. Les particuliers comme les professionnels peuvent venir y dĂ©poser les dĂ©chets Ă©noncĂ©s ci-dessous. ChangĂ©ens, pensez Ă tĂ©lĂ©phoner Ă votre dĂ©chĂšterie en cas de doute sur la prise en charge de vos dĂ©chets, encombrants, produits dangereux peinture ou solvants. Attention, les horaires de la dĂ©chĂšterie de ChangĂ© peuvent ĂȘtre modifiĂ©s. Certaines dĂ©chĂšteries fonctionnent sur rendez-vous, contactez votre dĂ©chĂšterie avant de vous dĂ©placer. Horaires de la Decheterie de Change Mardi, Jeudi, Samedi Toute l'annĂ©e Mardi, Jeudi et Samedi 9h30-12h et 14h-17h30 Jours de Fermeture Lundi, Mercredi, Vendredi et Dimanche DĂ©chets acceptĂ©s Avant de vous rendre Ă la dĂ©chetterie, vĂ©rifiez ci-dessous que vos dĂ©chets soient bien pris en charge. DĂ©chets mĂ©nagers Oui Textiles Oui Bois Oui Cartons et papiers DĂ©chets d'entreprises Oui Gravats Oui DĂ©chets verts Oui DĂ©chets AmiantĂ©s Non Batteries usagĂ©es Piles usagĂ©es et accumulateurs DĂ©chets Ă©lectriques Hors d'usage Oui Encombrants mĂ©nagers divers Oui Pneumatiques usagĂ©s Non DĂ©chets Diffus SpĂ©cifiques Non
email protected] / BP 15 rue des Ă©coles 72250 ParignĂ©-lâĂvĂȘque. Magazine dâinformation Ă©ditĂ© par la CommunautĂ© de Communes du Sud-Est du Pays Manceau. 12, rue des Ăcoles - BP 15 - 72250 ParignĂ©-lâĂvĂȘque. Courriel : [email protected] TĂ©l : 02 43 40 09 98 / Fax : 02 43 40 18 76.
Depuis le lundi 2 septembre 2019, le rĂ©seau de bus Lignes dâAzur de Nice a Ă©tĂ© modifiĂ© en profondeur. NumĂ©rotĂ©es de 5 Ă 9 on trouve les lignes de bus Ă effet Tram, de 11 Ă 22 les lignes de bus essentielles, de 30 Ă 94 les lignes de bus de proximitĂ© et de C1 Ă C10 les lignes de bus Ă la carte. Les lignes de nuit Noctambus sont remplacĂ©es par des lignes rĂ©guliĂšres ayant une amplitude horaire Ă©tendue en soirĂ©e. Les lignes de bus Ă effet tram Ă Nice NumĂ©rotĂ©es de 5 Ă 9, ces lignes de bus proposent des frĂ©quences de passage Ă©levĂ©es, Ă amplitude semblable aux lignes de tramway de Nice. Bus 5 Rimiez Les Sources / Rimiez Saint-George â Deloye â Dubouchage Ligne de 32 arrĂȘts allant de Rimiez Saint-George et/ou Les Sources Ă Deloye â Dubouchage, circulant de 5h00 Ă 1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 8 Ă 45 minutes 8 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 5 de Nice⊠Horaires et plan du bus 5 de Nice Bus 6 La Madeleine â HĂŽpital Archet 1/2 / Croix de Berra Ligne de 32 arrĂȘts allant de La Madeleine Ă Croix de Berra en passant par lâHĂŽpital Archet, circulant de 5h15 Ă 1h09 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 6 Ă 30 minutes 6 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 6 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 6 de Nice Bus 7 Port Lympia â Ariane â Saramito Ligne de 39 arrĂȘts allant de Port Lympia Ă Ariane â Saramito jusquâĂ La TrinitĂ© â Place de Rebat en soirĂ©e, circulant de 4h30 Ă 1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 8 Ă 30 minutes 8 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 7 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 7 de Nice Bus 8 Las Planas â Sappia â HĂŽpital Pasteur Ligne de 53 arrĂȘts allant de Las Planas â Sappia Ă lâHĂŽpital Pasteur, circulant de 5h00 Ă 1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 8 Ă 30 minutes 8 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 8 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 8 de Nice Bus 9 Parc Phoenix â Le GuĂ© â Polygone Riviera / Halte RoutiĂšre de lâAra Ligne de 32 arrĂȘts allant de Parc Phoenix Nice Ă Le GuĂ© â Polygone Riviera Cagnes-sur-Mer et Halte RoutiĂšre de lâAra Vence, circulant de 5h00 Ă 1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 15 Ă 45 minutes 15 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 9 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 9 de Nice Les lignes de bus essentielles Ă Nice NumĂ©rotĂ©es de 11 Ă 22, ces lignes de bus sont structurantes pour leur secteur et/ou desservent des pĂŽles majeurs dâattractivitĂ©. Bus 11 Square Daudet â Vallon des Fleurs / Bella Vista Ligne de 27 arrĂȘts allant du Square Daudet au Vallon des Fleurs et/ou Ă Bella Vista, circulant de 5h00 Ă 21h40 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 12 Ă 20 minutes 12 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 11 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 11 de Nice Bus 12 Centre Commercial Cap 3000 â Promenade des Arts Ligne de 22 arrĂȘts allant du Centre Commercial Cap 3000 de Saint-Laurent-du-Var Ă la Promenade des Arts, circulant de 5h00 Ă 21h40 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 14 Ă 25 minutes 14 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 12 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 12 de Nice Bus 14 Vauban â Les ChĂȘnes Verts Ligne de 24 arrĂȘts allant de Vauban Nice aux ChĂȘnes Verts La TrinitĂ© / Drap, circulant de 5h10 Ă 21h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 9 Ă 60 minutes 9 Ă 11 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 14 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 14 de Nice Bus 15 Port de Saint-Jean â Promenade des Arts Ligne de 39 arrĂȘts allant de la Promenade des Arts au Port de Saint-Jean-Cap-Ferrat, circulant de 6h30 Ă 20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 15 Ă 35 minutes 15 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 15 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 15 de Nice Bus 16 Saint-Sylvestre / Col de Bast â Cimiez â Hopital Ligne de 26 arrĂȘts allant de Cimiez â HĂŽpital Ă Saint-Sylvestre et/ou au Col de Bast, circulant de 6h00 Ă 21h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 10 Ă 60 minutes 10 Ă 15 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 16 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 16 de Nice Bus 17 STAPS â Arboras â Ferber Ligne de 27 arrĂȘts allant de Ferber Ă STAPS â Arboras, circulant de 5h00 Ă 1h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 13 Ă 30 minutes 13 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 17 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 17 de Nice Bus 18 Saint Sylvestre â Riquier Ligne de 38 arrĂȘts allant de la gare de Riquier Ă Saint-Sylvestre, circulant de 5h55 Ă 21h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 15 Ă 45 minutes 15 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 18 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 18 de Nice Bus 19 Vauban â Saint-AndrĂ©-de-la-Roche / Levens Ligne de 67 arrĂȘts allant de Vauban Ă Levens Village, circulant de 6h05 Ă 21h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 5 Ă 50 minutes 5 Ă 20 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 19 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 19 de Nice Bus 20 Giono â Les Pugets â STAPS â Arboras / Grand ArĂ©nas Ligne de 28 arrĂȘts allant de Nice STAPS â Arboras du lundi au vendredi â Grand ArĂ©nas le week-end et jours fĂ©riĂ©s Ă Saint-Laurent-du-Var Giono â Les Pugets, circulant de 6h00 Ă 21h45 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 12 Ă 25 minutes 12 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 20 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 20 de Nice Bus 21 Le GuĂ© â Polygone Riviera â Grand ArĂ©nas Ligne de 34 arrĂȘts allant de Grand ArĂ©nas au Centre Commercial Polygone Riviera de Cagnes-sur-Mer, circulant de 5h55 Ă 21h45 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 15 Ă 45 minutes 15 Ă 20 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 21 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 21 de Nice Bus 22 Carros Pagnol / â CADAM Centre Administratif Ligne de 13 arrĂȘts tracĂ© principal allant du Centre Administratif Ă Carros Pagnol et jusquâĂ la ZI de Carros Ă horaires spĂ©cifiques, circulant de 5h05 Ă 22h40 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 12 Ă 45 minutes 12 Ă 20 minutes la semaine pendant la journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 22 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 22 de Nice Les lignes de bus de proximitĂ© Ă Nice NumĂ©rotĂ©es de 30 Ă 94, ces lignes de bus proposent une desserte de proximitĂ©, dans des secteurs moins denses. Bus 30 Promenade des Arts â Vauban Ligne de 26 arrĂȘts allant de Vauban Ă la Promenade des Arts, circulant de 6h25 Ă 20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 20 Ă 65 minutes 20 Ă 30 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 30 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 30 de Nice Bus 31 La Madeleine â Hameaux de la CostiĂšre Ligne de 23 arrĂȘts allant de La Madeleine mais Ă©galement jusquâĂ Madeleine SupĂ©rieure et Pont du GĂ©nie au Hameaux de la CostiĂšre, circulant de 6h30 Ă 19h05 environ du lundi au samedi â pas le dimanche en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 25 Ă 95 minutes 25 Ă 60 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 31 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 31 de Nice Bus 32 Caucade â Place Sainte-Marguerite â Ferber Ligne de 12 arrĂȘts allant de Ferber Ă la Place Sainte-Marguerite, circulant de 6h00 Ă 21h15 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 15 Ă 30 minutes 15 Ă 18 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 32 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 32 de Nice Bus 33 Mont Boron â Cimiez â HĂŽpital Ligne de 40 arrĂȘts allant de lâHĂŽpital Cimiez au Mont Boron, circulant de 6h35 Ă 20h50 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 18 Ă 50 minutes 18 Ă 20 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 33 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 33 de Nice Bus 34 GĂ©ronima â CollĂšge de lâArchet Ligne de 20 arrĂȘts allant du CollĂšge de lâArchet Ă GĂ©ronima jusquâĂ Le Centenaire » sur demande, circulant de 6h35 Ă 20h30 environ du lundi au samedi â pas le dimanche en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 45 Ă 60 savoir plus sur le Bus 34 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 34 de Nice Bus 35 Cernuschi â Vauban Ligne dâenviron 60 arrĂȘts allant de Cernuschi Ă Vauban, circulant de 6h05 Ă 20h15 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 30 Ă 60 savoir plus sur le Bus 35 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 35 de Nice Bus 36 Rimiez Saint-George â Las Planas â Sappia Ligne de 27 arrĂȘts allant de Rimiez Saint-George Ă Las Planas â Sappia, circulant de 6h30 Ă 19h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 30 Ă 120 minutes 30 Ă 35 minutes la semaine en journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 36 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 36 de Nice Bus 37 RĂ©sidence Universitaire Montebello â Riquier Ligne de 27 arrĂȘts allant de la RĂ©sidence Universitaire Montebello Ă la gare de Riquier, circulant de 7h00 Ă 19h environ du lundi au samedi â pas le dimanche en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 27 Ă 60 savoir plus sur le Bus 37 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 37 de Nice Bus 38 RĂ©sidence des Baumettes â Gustavin â Parc Vigier Ligne de 50 arrĂȘts allant du Parc Vigier Ă la RĂ©sidence des Baumette, circulant de 6h55 Ă 20h25 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 15 Ă 40 minutes 15 minutes aux heures de pointe du matin et du soir en semaine.En savoir plus sur le Bus 38 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 38 de Nice Bus 39 Complexe Sportif de la Lauvette â Pont Michel Ligne de 6 arrĂȘts allant du Complexe Sportif de la Lauvette Ă la gare de Nice Pont Michel, circulant du mardi au dimanche pas le lundi en proposant uniquement 2 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 39 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 39 de Nice Bus 40 Cimiez â HĂŽpital â Pasteur â Gassin Ligne de 10 arrĂȘts allant de lâhĂŽpital de Cimiez Ă Pasteur Gassin, circulant de 7h00 Ă 19h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 28 Ă 51 savoir plus sur le Bus 40 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 40 de Nice Bus 41 Parc des Sports â CollĂšge A. Malraux / Vallon des Vaux Ligne de 28 arrĂȘts allant du Parc des Sports de Cagnes-sur-Mer au CollĂšge AndrĂ© Malraux certains bus jusquâĂ Vallon des Vaux Ă La Gaude, circulant du lundi au samedi de 6h45 Ă 19h environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 30 Ă 75 minutes 30 minutes la semaine en journĂ©e.En savoir plus sur le Bus 41 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 41 de Nice Bus 42 Le Riou â CollĂšge Pagnol Ligne de 38 arrĂȘts allant du Riou Cagnes-sur-Mer au CollĂšge Pagnol Saint-Laurent-du-Var, circulant du lundi au samedi de 6h40 Ă 18h52 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 30 Ă 55 savoir plus sur le Bus 42 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 42 de Nice Bus 43 CollĂšge de lâArchet â LingostiĂšre Gare Ligne allant du CollĂšge de lâArchet Ă la gare de LingostiĂšre, circulant en pĂ©riode scolaire du lundi au vendredi en proposant uniquement 6 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 43 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 43 de Nice Bus 44 Square Bourdet â ChĂąteau Vieux-Bourg Ligne de 12 arrĂȘts allant du ChĂąteau de Cagnes-sur-Mer au Square Bourdet, circulant de 7h00 Ă 22h38 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 15 savoir plus sur le Bus 44 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 44 de Nice Bus 47 La Manda â Halte RoutiĂšre de lâAra Ligne de 45 arrĂȘts allant de la Halte RoutiĂšre de lâAra Vence Ă la ZA la Manda Carros/GattiĂšres, circulant du lundi au samedi de 6h47 Ă 19h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 50 Ă 67 savoir plus sur le Bus 47 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 47 de Nice Bus 49 Gare de Cagnes-sur-Mer â La Gaude Stade / Le Peyron Ligne de 33 arrĂȘts allant de la gare de Cagnes-sur-Mer La Gaude ou Saint-Jeannet, circulant du lundi au samedi de 6h40 Ă 19h10 environ en proposant des bus Ă horaires fixes et Ă horaires Ă la savoir plus sur le Bus 49 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 49 de Nice Bus 50 CADAM Centre Administratif â Ferber Ligne de 23 arrĂȘts allant de Ferber au Centre Administratif, circulant de 6h30 Ă 20h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 24 Ă 74 minutes 25 minutes du lundi au samedi.En savoir plus sur le Bus 50 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 50 de Nice Bus 51 Ferber par Avenue de Fabron â Ferber par Corniche Fleurie Ligne circulaire dâune trentaine dâarrĂȘts partant et arrivant Ă Ferber, circulant de 6h30 Ă 20h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 25 Ă 76 minutes 25 minutes la semaine.En savoir plus sur le Bus 51 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 51 de Nice Bus 52 Les Cappan Croisement â Centre Commercial Saint-Isidore Ligne dâune quarantaine dâarrĂȘts allant du centre commercial Saint-Isidore Ă Les Cappan Croisement, circulant du lundi au samedi de 6h45 Ă 19h20 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 60 minutes savoir plus sur le Bus 52 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 52 de Nice Bus 53 Fort Casal Colomars â PAL Ligne dâune quinzaine dâarrĂȘts allant du Parc dâActivitĂ© Logistique de Nice Saint-Isidore au Fort Casal de Colomars, circulant en semaine uniquement, du lundi au savoir plus sur le Bus 53 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 53 de Nice Bus 54 Saint-Jeannet â Centre Commercial Cap 3000 / Grand ArĂ©nas Ligne de 45 arrĂȘts allant de Grand ArĂ©nas Ă certains horaires de Saint-Laurent-du-Var Cap 3000 Ă Saint-Jeannet, circulant de 6h30 Ă 20h06 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 30 Ă 90 minutes 30 Ă 35 minutes du lundi au samedi.En savoir plus sur le Bus 54 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 54 de Nice Bus 55 Centre Commercial Cap3000 â La Pompe Ligne de 35 arrĂȘts allant de Cap 3000 Ă Saint-Laurent-du-Var Ă La Pompe Ă La Gaude, circulant de 6h40 Ă 19h35 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 35 Ă 85 minutes du lundi au samedi et 7 bus le dimanche.En savoir plus sur le Bus 55 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 55 de Nice Bus 56 Colomars la Manda â Fort Casal Colomars Ligne de 6 arrĂȘts allant de Colomars La Manda Ă Fort Casal, circulant du lundi au samedi en proposant 3 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 56 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 56 de Nice Bus 57 Riquier â Saint-Sylvestre Ligne de 39 arrĂȘts allant de Riquier Ă Saint-Sylvestre, circulant de 7h00 Ă 20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 15 Ă 30 minutes 15 minutes en semaine.En savoir plus sur le Bus 57 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 57 de Nice Bus 58 Pont des Pugets â Square Bourdet Ligne de 31 arrĂȘts allant de Saint-Laurent-du-Var Pont des Pugets Ă Cagnes-sur-Mer Square Bourdet, circulant du lundi au samedi de 6h40 Ă 19h52 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 35 Ă 42 savoir plus sur le Bus 58 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 58 de Nice Bus 59 Plan du Var â CADAM Centre Administratif Ligne de 20 arrĂȘts allant de Nice CADAM Ă Levens, circulant de 6h20 Ă 20h20 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 20 Ă 90 minutes 20 Ă 30 minutes en semaine.En savoir plus sur le Bus 59 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 59 de Nice Bus 60 Magnan â Croix de Berra Ligne de 17 arrĂȘts allant de Croix de Berra Ă Magnan, circulant de 6h30 Ă 20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 20 minutes en semaine 36 minutes le samedi â 7 bus dans chaque sens le dimanche.En savoir plus sur le Bus 60 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 60 de Nice Bus 61 Ferber â Croix de Berra Ligne de 27 arrĂȘts allant de Croix de Berra Ă Ferber, circulant de 6h15 Ă 20h25 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 20 minutes en semaine 35 Ă 46 minutes le samedi â 7 bus dans chaque sens le dimanche.En savoir plus sur le Bus 61 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 61 de Nice Bus 62 Nice Magan â Fort Casal Colomars / Aspremont Village Ligne de 48 arrĂȘts allant de Magnan Ă Colomars jusquâĂ Aspremont Ă certaines heures, circulant de 6h15 Ă 22h15 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 15 Ă 35 minutes en savoir plus sur le Bus 62 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 62 de Nice Bus 63 Borriglione â Cernuschi Ligne de 50 arrĂȘts allant de Cernuschi Ă Borriglione, circulant de 6h10 Ă 20h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 20 Ă 50 minutes 20 minutes en semaine.En savoir plus sur le Bus 63 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 63 de Nice Bus 64 Saint-Pancrace â Gare Thiers Ligne de 37 arrĂȘts allant de la gare SNCF de Nice Thiers Ă Saint-Pancrace, circulant de 6h30 Ă 20h30 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 25 Ă 35 minutes du lundi au samedi et 10 bus par jour dans chaque direction le dimanche.En savoir plus sur le Bus 64 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 64 de Nice Bus 66 Pont Michel â La Turbie Mairie / Peille Village Ligne de 29 arrĂȘts allant de Nice Pont Michel Ă La Turbie et Peille, circulant uniquement le dimanche Ă raison de 6 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 66 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 66 de Nice Bus 67 Le Broc Village â Langevin Ligne de bus de 9 arrĂȘts allant du Broc Village Ă Langevin Carros, proposant seulement quelques bus par jour circulants du lundi au vendredi en pĂ©riode scolaire savoir plus sur le Bus 67 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 67 de Nice Bus 68 Rue 18bis â MĂ©diathĂšque Ligne de bus allant de Carros MĂ©diathĂšque au Broc, circulant du lundi au vendredi de 5h28 Ă 20h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 18 Ă 42 savoir plus sur le Bus 68 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 68 de Nice Bus 69 Centre Commercial LingostiĂšre â Lei Feirriero Ligne de 18 arrĂȘts allant du Centre Commercial LingostiĂšre de Nice Ă Carros Lei Feirriero, circulant du lundi au samedi de 8h08 Ă 20h45 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes heures savoir plus sur le Bus 69 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 69 de Nice Bus 70 Cimiez â HĂŽpital / Gare Thiers â CPAM EntrĂ©e Ligne allant de lâhĂŽpital Cimiez ou de la Gare SNCF de Nice Thiers Ă la Caisse Primaire dâAssurance Maladie des Alpes Maritimes, circulant tous les jours de 6h30 Ă 20h25 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 30 minutes du lundi au samedi 60 minutes le dimanche.En savoir plus sur le Bus 70 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 70 de Nice Bus 71 Gare Thiers â Corniche Bellevue Ligne de 21 arrĂȘts allant de la gare SNCF de Nice Thiers Ă la Corniche Bellevue, circulant de 6h40 Ă 20h00 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 20 Ă 35 minutes en semaine, 30 Ă 50 minutes le samedi et 7 bus par jour dans chaque direction le dimanche et jours savoir plus sur le Bus 71 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 71 de Nice Bus 72 PN Gambetta â Righi Ligne de bus allant de Gambetta Ă Righi, circulant de 7h00 Ă 20h10 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 25 Ă 30 minutes du lundi au samedi et 12 bus par jour dans chaque direction le savoir plus sur le Bus 72 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 72 de Nice Bus 73 Centre Commercial Cap 3000 â La MĂ©diathĂšque Ligne de bus de 40 arrĂȘts trajet principal allant de la MĂ©diathĂšque de Carros au Centre Commercial Cap 3000 de Saint-Laurent-du-Var, circulant de 5h50 Ă 19h35 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 45 Ă 55 minutes du lundi au vendredi et 9 bus par jour dans chaque direction le savoir plus sur le Bus 73 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 73 de Nice Bus 74 LeĂŻ FeirriĂ©ro / Le Broc / GattiĂšres â La MĂ©diathĂšque Ligne de bus circulant uniquement le dimanche de 10h00 Ă 17h50 environ entre la MĂ©diathĂšque de Carros et GattiĂšres Village ou Le Broc ou LeĂŻ savoir plus sur le Bus 74 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 74 de Nice Bus 75 Gare Thiers â Hameaux de la CostiĂšre Ligne de 32 arrĂȘts allant de la gare SNCF de Nice Thiers au Hameaux de la CostiĂšre, circulant de 6h40 Ă 21h00 environ en proposant une douzaine de bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 75 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 75 de Nice Bus 76 Place Fontaine du Temple â Saint Blaise Village / Castagniers Ligne de bus dâune quarantaine dâarrĂȘts allant de la Place Fontaine du Temple Nice Ă Aspremont, Castagniers ou Saint Blaise, circulant de 6h05 Ă 20h20 environ en proposant 12 bus 11 le dimanche par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 76 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 76 de Nice Bus 77 Langevin â Carros Village Ligne de bus dâune vingtaine dâarrĂȘts allant de Carros Village Ă Carros Langevin, proposant seulement quelques bus par jour circulants du lundi au vendredi en pĂ©riode scolaire savoir plus sur le Bus 77 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 77 de Nice Bus 78 Rue 18bis â Colomars La Manda Ligne de bus allant de Carros ZI La Manda Ă Rue 18bis, circulant du lundi au vendredi de 6h10 Ă 19h21 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 20 Ă 25 savoir plus sur le Bus 78 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 78 de Nice Bus 79 Cimetiere de Cap-dâAil / Les GenĂȘts â Savorani Ligne de bus dâune trentaine dâarrĂȘts circulant uniquement Ă Cap-dâAil entre Savorani et Les GenĂȘts ou le cimetiĂšre du lundi au samedi de 11h00 Ă 19h50 environ en proposant 8 bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 79 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 79 de Nice Bus 80 Le Gentilhomme â Riquier / Vauban Ligne de bus dâune trentaine dâarrĂȘts circulant Ă Nice et Ă Villefranche-sur-Mer du lundi au samedi de 7h10 Ă 19h15 environ en proposant une douzaine de bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 80 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 80 de Nice Bus 81 Ariane â GĂ©nĂ©ral Saramito â La Condamine Ligne de bus de 17 arrĂȘts allant de Nice arrĂȘt Ariane â GĂ©nĂ©ral Saramito Ă Blausasc arrĂȘt La Condamine, circulant tous les jours entre 5h00 et 21h45 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 20 minutes savoir plus sur le Bus 81 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 81 de Nice Bus 82 Vauban â Plateau de la Justice Ligne de 30 arrĂȘts allant de Nice Vauban Ă Ăze Plateau de la Justice, circulant de 6h30 Ă 19h55 environ en proposant une dizaine de bus par jour dans chaque savoir plus sur le Bus 82 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 82 de Nice Bus 83 Baie des Fourmis â Plateau de la Justice Ligne de 28 arrĂȘts allant de Beaulieu-sur-Mer Baie des Fourmis Ă Ăze Plateau de la Justice, circulant de 9h20 Ă 18h30 environ en proposant 8 bus par jour dans chaque direction 4 bus le matin, 4 bus lâaprĂšs-midi.En savoir plus sur le Bus 83 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 83 de Nice Bus 84 Riquier â Baie des Fourmis Ligne de 40 arrĂȘts allant de Nice Riquier Ă Beaulieu-sur-Mer Baie des Fourmis, circulant du lundi au samedi pas le dimanche de 6h25 Ă 19h50 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 25 Ă 70 minutes 25 Ă 45 minutes en semaine.En savoir plus sur le Bus 84 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 84 de Nice Bus 85 CitĂ© du Soleil â ChĂȘnes Verts Delahaye Ligne de 19 arrĂȘts circulant Ă La TrinitĂ© uniquement du lundi au samedi pas le dimanche de 6h40 Ă 19h44 environ en proposant 10 bus par jour dans chaque direction en semaine 7-8 bus le samedi.En savoir plus sur le Bus 85 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 85 de Nice Bus 86 Bertagnia â La Plana Matisse Ligne dâune vingtaine dâarrĂȘts circulant du lundi au samedi pas le dimanche entre La TrinitĂ© Bertagnia et La Plana Matisse de 6h30 Ă 19h07 environ en proposant 13-16 bus par jour dans chaque direction en semaine 7 bus le samedi.En savoir plus sur le Bus 86 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 86 de Nice Bus 87 HĂŽpital de lâArchet â Promenade des Arts / Defly â Klein Ligne dâune trentaine dâarrĂȘts allant de lâHĂŽpital de lâArchet Ă la Promenade des Arts ou Ă Defly â Klein, circulant tous les jours de 6h30 Ă 21h environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 30 Ă 55 minutes 30 minutes en journĂ©e du lundi au samedi.En savoir plus sur le Bus 87 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 87 de Nice Bus 88 Vauban â Marojade Ligne dâune trentaine dâarrĂȘts allant de Nice Vauban Ă Marojade en passant par Saint-AndrĂ©-de-la-Roche, circulant de 6h55 Ă 19h30 environ en proposant 9 bus par jour dans chaque direction 5-6 bus le dimanche.En savoir plus sur le Bus 88 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 88 de Nice Bus 89 Les ChĂȘnes Verts â La Colle / Le ChĂąteau Ligne de bus de 13 arrĂȘts allant de Drap arrĂȘt Les ChĂȘnes Verts Ă lâarrĂȘt La Colle / Le ChĂąteau, circulant du lundi au samedi principalement sur savoir plus sur le Bus 89 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 89 de Nice Bus 90 La Bolline â Grand ArĂ©nas Ligne de 34 arrĂȘts allant de Nice Grand ArĂ©nas jusquâĂ Valdeblore La Bolline, proposant 3 bus par jour dans chaque direction un seul bus le dimanche.En savoir plus sur le Bus 90 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 90 de Nice Bus 91 Grand ArĂ©nas â Auron Ligne de 28 arrĂȘts allant de Nice Grand ArĂ©nas jusquâĂ Saint-Ătienne-de-TinĂ©e Auron, proposant 3 bus par jour dans chaque direction un seul bus le dimanche.En savoir plus sur le Bus 91 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 91 de Nice Bus 92 Grand ArĂ©nas â Isola 2000 Ligne de 24 arrĂȘts allant de Nice Grand ArĂ©nas jusquâĂ la station de ski dâIsola 2000, proposant 2 bus par jour dans chaque direction du lundi au dimanche et jours fĂ©riĂ©s.En savoir plus sur le Bus 92 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 92 de Nice Bus 93 BelvĂ©dĂšre Place Pavy â Lantosque Ligne de 9 arrĂȘts allant de Lantosque Ă la Place Pavy de BelvĂ©dĂšre, proposant un bus par jour dans chaque direction du lundi au samedi â dimanche et jours fĂ©riĂ©s pendant les vacances scolaires.En savoir plus sur le Bus 93 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 93 de Nice Bus 94 RoquebilliĂšre â Centre de Cure Thermale Ligne de 11 arrĂȘts allant de RoquebilliĂšre Ă Centre de Cure Thermale, proposant 5 bus par jour dans chaque direction, du lundi au samedi uniquement durant la pĂ©riode dâouverture du centre thermal de savoir plus sur le Bus 94 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 94 de Nice Bus 706 GattiĂšres Mairie â Centre Commercial Cap 3000 Ligne de 27 arrĂȘts allant de la mairie de GattiĂšres au centre commercial Cap 3000 de Saint-Laurent-du-Var, proposant 3 bus par jour dans chaque direction du lundi au savoir plus sur le Bus 706 de Nice⊠Horaires et plan du Bus 706 de Nice Bus NVN1 Navette Coeur de Vence 1 Le Taude â Bergerie / Camping Navette gratuite de 25 arrĂȘts allant de Vence Le Taude Ă Bergerie jusquâĂ Camping de mai Ă octobre, circulant du lundi au samedi de 6h25 Ă 19h35 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 30 minutes savoir plus sur le Bus NVN1 de Nice⊠Horaires et plan du Bus NVN1 de Nice Bus NVN2 Navette Coeur de Vence 2 Le Suve â Halte RoutiĂšre de lâAra â Le Suve Ligne circulaire de 35 arrĂȘts situĂ©s Ă Vence, circulant du lundi au samedi de 6h20 Ă 19h35 environ en proposant une frĂ©quence de passage dâun bus toutes les 40 minutes savoir plus sur le Bus NVN2 de Nice⊠Horaires et plan du Bus NVN2 de Nice Les lignes de bus Ă la carte Ă Nice NumĂ©rotĂ©es de C1 Ă C10, ces lignes de bus sont des lignes de transport Ă la demande desservent des secteurs de plus faible densitĂ©, ne disposant pas de lignes rĂ©servation 0800 006 007 du lundi au vendredi de 7h Ă 19h45. Bus C1 Cagnes-sur-Mer â Plan du Bus C1 de Nice Bus C2 Saint-Laurent-du-Var, Cagnes-sur-Mer, La Gaude â Plan du Bus C2 de Nice Bus C3 Vence â Plan du Bus C3 de Nice Bus C4 Carros, GattiĂšres, Le Broc â Plan du Bus C4 de Nice Bus C5 Aspremont, Colomars, Nice â Plan du Bus C5 de Nice Bus C6 Saint-Martin-du-Var, La Roquette-sur-Var, Levens, Duranus â Plan du Bus C6 de Nice Bus C7 Levens, Tourrette-Levens â Plan du Bus C7 de Nice Bus C8 Nice LâAbadie, Falicon â Plan du Bus C8 de Nice Bus C9 Villefranche-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Beaulieu-sur-Mer â Plan du Bus C9 de Nice Bus C10 Gilette, Bonson â Plan du Bus C10 de Nice Les lignes de bus scolaires Ă Nice Bus 51c Pont des Pugets â LycĂ©e Thierry Maulnier â Horaires et plan du Bus 51c de Nice Bus 51d La Baronne Place â LycĂ©e Thierry Maulnier â Horaires et plan du Bus 51d de Nice Bus 75D Magnan par La Madeleine â Magnan par Rue de France et Grosso â Horaires et plan du Bus 75D de Nice Bus A Clair Horizon â Parc ImpĂ©rial â Horaires et plan du Bus A de Nice Bus C DĂ©sambrois â Rimiez St Georges â Horaires et plan du Bus A de Nice Bus E Ariane â GĂ©nĂ©ral Saramito â Grand Palais â Horaires et plan du Bus E de Nice Bus F DĂ©sambrois â Aire Saint-Michel â Horaires et plan du Bus F de Nice Bus G Ecole Mozart â Ecole Daudet â Horaires et plan du Bus G de Nice Bus H Square Bourdet â HĂŽtel de Ville â Horaires et plan du Bus H de Nice Bus I CollĂšge A. MALRAUX â Parc des Sports â Horaires et plan du Bus I de Nice Bus J Square Bourdet â Parc des Sports â Horaires et plan du Bus J de Nice Bus K Castagniers Les Moulins â Saint Blaise Village â Horaires et plan du Bus K de Nice Bus L Las Planas â Sappia â Chateauneuf â Horaires et plan du Bus L de Nice Bus M La Madeleine â Parc ImpĂ©rial â Horaires et plan du Bus M de Nice Bus O Square Bourdet â Le ChĂąteau â Horaires et plan du Bus O de Nice Bus P Square Daudet â Urbain Bosio â Horaires et plan du Bus P de Nice Bus Q Parc des Sports â Square Bourdet â Horaires et plan du Bus Q de Nice Bus R Les Cappans Croisement â CollĂšge de lâArchet â Horaires et plan du Bus R de Nice Bus S Vallon des Fleurs â Chateauneuf â Horaires et plan du Bus S de Nice Bus V Caucade / Place Ste Marguerite â LycĂ©e Thierry Maulnier â Horaires et plan du Bus V de Nice Bus W Cal Spagnol â LycĂ©e Thierry Maulnier â Horaires et plan du Bus W de Nice Bus T/Y Parc des Sports â CollĂšge A. Malraux â Horaires et plan du Bus T/Y de Nice Bus CAP1 Bautugan â Groupe Scolaire AndrĂ© Malraux â Horaires et plan du Bus CAP1 de Nice Bus CAP2 Savorani â Groupe Scolaire AndrĂ© Malraux â Horaires et plan du Bus CAP2 de Nice Bus CAP3 LibertĂ© â Groupe Scolaire AndrĂ© Malraux â Horaires et plan du Bus CAP3 de Nice Bus SLV1 Parc des Sports â LycĂ©es Renoir et Escoffier â Square BĂ©nes â Horaires et plan du Bus SLV1 de Nice Bus SLV2 Parc des Sports â LycĂ©es Renoir et Escoffier â La Baronne â Horaires et plan du Bus SLV2 de Nice Bus SLV2b CollĂšge Pagnol â Parc des Sports â LycĂ©es Renoir et Escoffier â Horaires et plan du Bus SLV2b de Nice Bus SLV3 Parc des Sports â LycĂ©es Renoir et Escoffier â Pont des Pugets â Horaires et plan du Bus SLV3 de Nice Bus SLV4 CollĂšge Pagnol â La Baronne Place â Horaires et plan du Bus SLV4 de Nice Bus SLV5 CollĂšge Pagnol â Les Pugets â Aicard â Horaires et plan du Bus SLV5 de Nice Bus 741 CollĂšge Saint-Blaise â Vauban â Horaires et plan du Bus 741 de Nice Bus 742 CollĂšge Jean Franco â Vauban â Horaires et plan du Bus 742 de Nice Bus 743 LycĂ©e de la Montagne â Vauban â Horaires et plan du Bus 743 de Nice Bus 744 CollĂšge Jean Saline â Vauban â Horaires et plan du Bus 744 de Nice Bus 745 Vauban â Saint-Martin-VĂ©subie â Horaires et plan du Bus 745 de Nice Plus de lignes de bus Ă Nice Il existe encore dâautres lignes de bus circulant Ă Nice â Les lignes Express Exp1, Exp2 et Exp3â Les lignes interurbaines ZOU 06 desservant les communes de la MĂ©tropole Nice CĂŽte dâAzur â En savoir plusâŠâ La ligne directe aĂ©roport â En savoir plusâŠâ Les lignes foot soirs de match â En savoir plus⊠Aller plus loin Horaires et plans des lignes de tramway Ă NiceHoraires et plans des lignes de bus Ă NiceInfo trafic, perturbations dans les transports Ă Nice DerniĂšre mise Ă jour 28 mars 2022 par
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